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16 avril 2012

quand les lignes bougent

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Le Monde publie ce jour une enquête où il apparaît qu'un électeur sur deux a changé d'intention de vote depuis six mois.

Longuement commentée dans les colonnes du journal, Pascal Perrineau souligne en particulier à son propos :

"(...) N'oublions pas Mélenchon. C'est lui qui déplace le plus les lignes, qui crée une vraie dynamique, régulière, qui le fait passer de la marginalité à la position d'outsider. En outre, c'est lui qui, par sa progression, enclenche une dynamique de l'ensemble de la gauche ; avant qu'il ne fasse irruption sur la scène, il n'y a pas de dynamique de la gauche.

Ce qui m'a étonné, c'est sa capacité, dans le temps court d'une campagne, à réactiver des mémoires politiques enfouies, des cultures qu'on croyait lyophilisées. L'historien Marc Lazar le disait : le Parti communiste est mort, mais la culture communiste est toujours là, diffuse, chez bon nombre d'électeurs de gauche, de l'extrême gauche jusqu'au Parti socialiste.

Pour la première fois depuis longtemps, un homme est capable d'incarner cette culture que l'historien François Furet aurait qualifiée de révolutionnaire. Il l'a fait en trois temps : d'abord en solidifiant autour de lui l'électorat communiste, ensuite en mettant à genoux ce qu'avaient construit Olivier Besancenot et Arlette Laguiller, enfin en s'attaquant au môle socialiste, avec un succès non négligeable. Il y a là quelque chose de très intéressant, qui ressort très bien des entretiens qualitatifs : il réveille des énergies et des électeurs dormants ou démobilisés.

C'est certainement favorisé par le grand mouvement des "indignés" réactivé par la crise, qui n'a pas réussi à s'organiser mais qui est présent en France comme ailleurs. C'est très intéressant cette capacité de renouer le temps long d'une mémoire enfouie avec le temps court d'une indignation. Tout cela est présent dans la parole des électeurs qui ont rallié Mélenchon. En particulier d'électeurs socialistes, qui ont toujours eu un complexe vis-à-vis de celui qui est plus à gauche. Ce vieux complexe est en train de réapparaître(...)"

En une semaine, les lignes vont encore bouger, plus vite et plus fort encore. Avec l'envie de réussir à faire passer Marine Le Pen loin derrière Mélenchon. Avec la tranquilité de savoir que la gauche a suffisemment de dynamique pour s'épargner un nouveau 21 avril. Avec la certitude d'enfin compter face à l'agression des marchés financiers. Avec l'utopie joyeuse des espérences qui se lèvent.

15 avril 2012

au printemps de quoi rêvais-tu ?

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J'aurais pu donner une autre titre à ce billet : "pourquoi je monte dans le train". Ou "résister au vertige".

Mais c'est le meeting sur les plages du Prado, hier à Marseille, sa conclusion que Jean-Luc Mélenchon a empruntée à Jean Ferrat, et le goût que j'ai retrouvé pour le rêve d'un printemps ininterrompu, qui m'auront finalement orienté.

Ma trêve berlinoise ne m'a pas éloigné de ma ferveur électorale revenue. Mais elle a constitué une respiration lyrique exceptionnelle de beauté. Outre le Schiller Theater, où j'étais déjà allé l'an passé voir La Walkyrie, de Richard Wagner, dans la mise en scène de Guy Cassier, et où je suis retourné cette fois, toujours sous la baguette de Daniel Barenboïm, pour y découvrir une version détonante de Lulu, j'ai pénétré dans le saint des saints de l'acoustique orchestrale, la Philharmonie, et le soir de Pâques dans l'impérial Konzerthaus pour y écouter religieusement la Messe en si de Bach.

Mon séjour berlinois m'aura aussi conduit vers les ruines du mur. Je me suis amusé de constater que berlin,lulu,mélenchon,présidentielle 2012pas plus que moi, la plupart des touristes ou des visiteurs, même les Allemands, n'était capable de comprendre laquelle, des deux parties de la ville séparées par ce lambeau, appartenait autrefois à l'est et laquelle à l'ouest. Autrefois. Il n'y a pas si longtemps. Même pas vingt-cinq ans.

J'avais 11 ans quand, à la faveur du jumelage qui liait Argenteuil, où j'habitais alors, à Dessau, je participais pour un mois à une colonie de vacances en RDA. Lever du drapeau au petit matin, hymnes nationaux ou révolutionnaires, mais aussi jeux d'enfants, sorties, amourettes... Les images que je ramenais de ce séjour resteront embrouillées, mais nourriront durablement un imaginaire défiant à l'égard de ce socialisme suranné et hors du temps.

Les anti-corps sont encore dans mon sang. J'en parlais vendredi soir avec un ami : notre socialisme à la française, dans ses traditions idéologiques les plus profondes, est parsemé d'accents libertaires. L'esprit de révolte est chez nous à la fois dirigé contre l'ordre établi, qui nous étouffe, que ce soit sous les traits d'un Sarkozy ou d'un autre, mais aussi contre le risque naturel qui nous menace à tout instant, dès lors que nous prenons part à un collectif, d'y laisser notre libre arbitre et d'encourager les dérives. L'Internationale ne clame-t-elle pas qu'"il n'est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni César ni tribun" ? Voir le succès des rassemblements populaires qui réunissent le peuple de gauche dans cette campagne, voir les sondages nous autoriser à espérer la reconstruction d'une nouvelle gauche de recours, peut donner le vertige, d'autant qu'on sait ce que ce succès et cette nouvelle espérance doivent au talent de son leader.

J'en entends autour de moi qui, mal à l'aise pour en rire, refusant de se voir en suivistes, ressentent le besoin de se rassurer. Proches de moi par les valeurs, par le parcours, par l’espérance, ils s'empressent de s'enfuir vers un vote minoritaire, ou marginal, se mettent à dénigrer la foule, comme pour s'immuniser de la toujours possible dérive sectaire. Il n'est forcément pas difficile, dans l'abondant programme du Front de gauche, de trouver ici ou là une proposition mal ficelée, énoncée un peu vite, où nourrir son scepticisme et en constater un désaccord. Ni de connaître tel ou tel leader de telle ou telle de ses composantes, peu en cohérence par ses actes avec ce que porte le programme "l'humain d'abord". Au fond, ça les rassure. Et chacun détermine ainsi où il situe l'équilibre entre cette part de clairvoyance, de liberté, voire de vigilance, même si elle signifie en la circonstance le choix de l'impuissance, et le fait de prendre part au mouvement en train de se faire, au moment où il écrit une page d'histoire.

Parmi les remarques les plus construites, celles qui n'insultent pas trop l'avenir, à mille lieu des caricatures de Jean-Vincent Placé ou de Daniel Cohn-Bendit, il y a celle-ci, où ce militant d'EELV explique pourquoi il ne monte pas dans le train du Front de gauche.

berlin,Lulu,Mélenchon,présidentielle 2012Et bien moi, les yeux ouverts mais le cœur battant, parce que j'ai connu assez d'occasions manquées, parce que j'en ai soupé des scores du Front national qui dénaturent les choix électoraux, parce qu'on doit au Front de gauche d'avoir vu les enjeux écologiques revenus au devant du choix de société, parce que pour la première fois depuis longtemps je me prends à croire que nous pourrons échapper au fascisme, je suis dans ce train. Sans état d'âme. Être dedans pour ne pas le regarder passer. Ni courir derrière, en suiviste.

_________________________

Au printemps de quoi rêvais-tu?
Vieux monde clos comme une orange,
Faites que quelque chose change,
Et l'on croisait des inconnus
Riant aux anges
Au printemps de quoi rêvais-tu?

Au printemps de quoi riais-tu?
Jeune homme bleu de l'innocence,
Tout a couleur de l'espérance,
Que l'on se batte dans la rue
Ou qu'on y danse,
Au printemps de quoi riais-tu?

Au printemps de quoi rêvais-tu?
Poing levé des vieilles batailles,
Et qui sait pour quelles semailles,
Quand la grève épousant la rue
Bat la muraille,
Au printemps de quoi rêvais-tu?

Au printemps de quoi doutais-tu?
Mon amour que rien ne rassure
Il est victoire qui ne dure,
Que le temps d'un Ave, pas plus
Ou d'un parjure,
Au printemps de quoi doutais-tu?

Au printemps de quoi rêves-tu?
D'une autre fin à la romance,
Au bout du temps qui se balance,
Un chant à peine interrompu
D'autres s'élancent,
Au printemps de quoi rêves-tu?

D'un printemps ininterrompu

08 avril 2012

le temple aux grandes orgues

Philharmonie de Berlin.JPG

C'est la trêve, paraît-il.

On se presse aujourd'hui dans les églises du monde, courir derrière la bonne nouvelle des Évangiles. D'autre cloches sonnent dans un temple improvisé au Bourget, pour un rassemblement habituel mais inhabituellement stigmatisé où chaque voile, chaque barbe, sera bien la preuve que.

Moi-même me suis rendu hier soir dans un autre Panthéon. Musical, le mien : la Philharmonie de Berlin. Les orgues y ont galvanisé les accords majeurs de Bartok. Sous la baguette de Kent Nagano, Mathias Goerne habitait avec passion un Barbe bleue pétri de conviction et de prévenance, qui louait avec tact le merveilleux de son château gigantesque derrière les portes duquel les armes, les drames et les larmes demeuraient embusqués. Magique parabole du pouvoir et de la séduction.

Mélenchon doit son ascension justement au fait qu'il n'est pas le candidat d'une chapelle, mais qu'il résulte d'une union. Qu'il eut été communiste et beaucoup ne se seraient résolus à la rejoindre. Que les communistes aient décidé de partir sans lui, son talent n'aurait suffi à créer l'émulsion. C'est sans doute cette équation inédite qui laisse tous les acteurs et observateurs interloqués, sans voix, sans axe, face à cette dynamique.

J'attends avec impatience le sondage qui nous dira que, présent au second tour, Mélenchon battrait Sarkozy plus nettement, plus efficacement que Hollande, et la digue alors finira de céder.

C'est ça qui est bien avec l'opéra, la musique, l'art en général et les univers qu'ils t'ouvrent : ils te permettent de rêver.

La trêve, le temps aussi de la réflexion. Pour te prouver que je ne suis pas (re)devenu sectaire à la faveur de cette échéance, et que je suis simplement porté par une espérance renaissante, je te renvoie vers la lecture de cet article de Médiapart où un certain Ludo B. explique pourquoi il votera EELV, et non Front de gauche : à mon sens, la meilleure contribution pour réinterroger avec intelligence le choix qui est le mien.

vive la VIè république !.jpgJ'ai été touché par l'argument sur les bonnes échelles de l'action, à l'encontre de la place que fait le Front de gauche à la Nation ou à l’État : "L'échelle nationale est trop petite pour lutter contre les problèmes environnementaux (...) L'échelle nationale est trop grande pour coller à la diversité des réalités régionales". Mouche !

Sur le fond, il reste que l'échelle nationale est peut-être la bonne échelle de la résistance face à la puissance financière dans le contexte actuel de l'hyper libéralisme et de sa toute puissance. Non pour s'y replier, mais pour pouvoir entraîner le reste de l'Europe à revoir la totalité de sa copie. Pour ne pas avoir à abdiquer. Il reste que le pouvoir au Régions ne suffit peut-être pas à redonner le pouvoir aux peuples, les enjeux démocratiques dans la gestion des ressources et la restauration d'une convivialité populaire démocratique se situent à une échelle bien plus petite encore : on parle de 30.000 comme entité pertinente pour conserver une maîtrise humaine de l'eau, des ressources, des réseaux, les départements s'avèrent d'une efficace proximité pour les prestations sociales, les Régions pour la promotion des diversités et des pratiques culturelles... bref, parlons échelle sans idéaliser les frontières institutionnelles actuelles : un beau sujet pour la Constituante en vue de la VIè République.

Et puis surtout, plus que tout, en pleine lucidité sur le fait que les partis et les dirigeants qui composent aujourd'hui le Front de Gauche ne sont pas à la hauteur du mouvement qui s'est créé autour de lui, que quelque chose de bien plus grand qu'eux est en train de les submerger : malgré tout, malgré cela qui n'est rien en fin de compte au regard de ce qui nous met en mouvement, ne pas être en dehors de ce qui est en train de se passer !

Les ferments en existaient depuis longtemps sans trouver à éclore, bien des occasions en ont été gâchées. Alors au moment où ça se passe, où le vent pousse, où les orgues grondent, surtout en être, communier, participer les yeux ouverts et décider de ne pas aigrir trop jeune !

J'y crois, et je reprends ma trêve pascale dans la musique, les rues de Berlin et cette espérence qui me chante aux oreilles.

04 avril 2012

l'inventeur du Pacs

présidentielle 2012,mélenchon,lgbt

Pacsons, pacsons !?!... A plaisanterie (qu'on voit surtout dans une version féminine qui provoque un buzz assez déplacé - c'est mon avis), plaisanterie et demie !..

C'est vrai que Jean-Luc Mélenchon a été l'initiateur de l'ancêtre du Pacs, le Contrat d'union civile. Et qu'il est aujourd'hui le plus applaudi des candidats dans les assemblées gays et lesbiennes !

Hommage donc, et intérêt pour une approche non dépourvue de philosophie :


28 mars 2012

le Xème homme

'La rivière est sortie de son lit et quoi qu’il arrive elle n’y retournera pas de sitôt'' (Mélenchon, Lille, 27 mars 2012).

26 mars 2012

les belles personnes et les esprits faibles

 la ciotat.jpg

Je n'avais pas vingt ans.

Mes parents étaient d'actifs militants communistes. Permets-moi de te dire qu'il n'y avait pas de place pour le racisme dans les réunions de cellule : mon père pouvait en concevoir de violentes colères. L'élection de 1981 avait été vécue dans un mélange bizarre d'amertume, de joie et de méfiance. Les 15% de Marchais au 1er tour avaient été une rude déception. Certains communistes en réunion évoquaient une consigne de "vote révolutionnaire à droite" pour le second tour. Mes parents n'y accordaient aucun crédit : pour eux, la politique se jouait à visage découvert. Même si les plus vieux camarades n'avaient guère d'illusion et multipliaient les mises en garde contre Mitterrand, la victoire du 10 mai fit majoritairement naître une immense espérance. Je me souviens bien que moi, et toute la famille à la maison, étions d'abord dans cette espérance, et avions envie d'oublier toute défiance.

Puis les années ont passé. L'abolition de la peine de mort, la retraite à 60 ans, les 39 heures, joyeusement applaudies étaient déjà loin. De réunions de cellule en réunions de cellule, on se félicitait moins et on s'inquiétait plus, de nombreuses décisions gouvernementales n'enchantaient plus. Et puis les premières mesures d'austérité sont arrivées. Et puis les premières fermetures d'usine.
 
les ministres communistes sous mitterrand.jpgLes chantiers navals de La Ciotat, première activité délocalisable, par excellence, ouvrit le bal. Nous avions un voisin qui travaillait à La Ciotat. Un robuste ouvrier issu de l'immigration portugaise. Un lecteur du journal, un sympathisant, comme on disait. Les communistes avaient beau prendre leur distance, dénoncer la dérive de la rigueur, préparer leur sortie du gouvernement, il n'a jamais su considérer autrement le licenciement qui le frappait que comme une trahison des siens. Il a pris ses distance avec les communistes, qui ne savaient plus quoi lui proposer, n'a jamais plus parlé à mes parents. Nous avons su, ou cru, qu'il s'était mis à voter Le Pen.

Mais peut-être, saisi par la paralysie politique, renonçant à croire au changement de société, devint-il simplement abstentionniste. Peu importe.
 
Parmi les théories très en vogue chez les commentateurs, il en est une qui fait flores depuis longtemps. Ressassée sur tous les tons, aussi indiscutable qu'il fait beau quand le soleil brille ou qu'un verre vide n'est donc pas plein, c'est la théorie des vases communicants : l'extrême-droite et l'extrême gauche pêchent dans les mêmes eaux, la concomitance de la montée de Le Pen et de l'effondrement du parti communiste en constitue la preuve indiscutable sur ces vingt dernières années : les seconds sont allés chez les premiers sans sourciller : avides de discours faciles et peu regardant sur les valeurs, les pauvres sont bêtes, c'est bien connu, quant aux ouvriers, n'en parlons même pas ! Et si Mélenchon remonte ces temps-ci chez les ouvriers, c'est qu'il pique ses électeurs direct à Marine Le Pen. Aucune valeur, je te dis ! cqfd.

La version moderne de cette analyse à deux balles a été, au début de cette campagne, le "populisme" supposé, coulant de source, commun aux candidats du front de gauche et du front national : âpreté au débat, ton vindicatif, l'affaire était faite.

Il aura fallu que Jean-Luc Mélenchon mette le paquet dans ses discours et ses explications pour que plus personne ne s'autorise ce parallèle, et il était réjouissant de trouver ces jours-ci dans le Monde un papier découvrant au contraire que "Mélenchon cultive son électorat" : son populisme était donc illusion. Une invention des "belles personnes", selon le mot de Victor Hugo qu'il affectionne pour parler des bourgeois. Fermons le ban sur ce plan, mais revenons un instant à la théorie des vases communicants.

Comment Mélenchon démonte-t-il cette thèse ? D'abord avec ce constat, délivré par les instituts de lepen.JPGsondage fin février : on ne passe pas du vote front national au vote front de gauche. Si Marine Le Pen n'avait pas eu ses signatures, les 17% d'intention de vote qui lui étaient attribués seraient allés sur Sarkozy, puis sur Hollande et Bayrou. Mélenchon n'en aurait récupéré qu'à peine 1%. Puis avec cette analyse. C'est la droite qui s'est extrême-droitisée. Il y a toujours eu 30% d'ouvriers qui votaient à droite, c'est le jeu démocratique. Déceptions et trahisons aidant, cet électorat s'est tourné vers le Front national, et d'autant plus nombreux que les médias accompagnaient complaisamment l'opération dédiabolisation du Front National. En réalité, entre les années 80 et les années 2000, il y a eu un glissement vers la droite de l'ensemble du corps électoral, du personnel politique, et des idées. Le capitalisme n'avait plus de rival, il était la modernité, le bout de l'histoire, l'individualisme en était son corollaire et le rejet de l'immigré sa version droitière, décomplexant le racisme ordinaire, la haine, parée de son bruit et de son odeur.

Si le corps électoral a globalement glissé, interdisant à toutes les forces politique de se dédouaner, Mélenchon parle d'"esprits faibles" pour évoquer ceux qui, peu nombreux, auraient pu faire le grand pont, du communisme à Le Pen.
 
Et aujourd'hui, si la poussée de Mélenchon "gauchit" tous les discours - de celui de Hollande aux propositions se Sarkozy, s'il grimpe parmi les ouvriers, si Marine Le Pen se tasse au point qu'elle pourrait bien finir cinquième roue du carrosse, si le total de gauche n'a jamais été aussi haut, ce n'est pas parce que l'électorat du FN aurait découvert des vertus à Mélenchon, mais parce que le glissement s'est enfin opéré en sens inverse. Et ça pourrait bien ne pas s'arrêter là. Ni au jour de l'élection.

08 mars 2012

l'inversion des courbes

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Je suis à l'aéroport de Budapest. Hier dans la nuit se sont croisées les courbes du beau et du mauvais temps. J'aurai passé là huit jour sous un soleil inaltéré, et voilà qu'aux dernières heures un épais brouillard ne parvient à se détacher du ciel, plombant l'air d'une nostalgie qui sied aux grands retours.

Dans un instant, les courbes du plaisir et des obligations se croiseront à leur tour.

Budapest me fut, peut-être plus encore qu'à l'habitude, une cure d'apaisée jouvence. Je me suis livré à une débauche indécente des plaisirs qui m'appartiennent : pratique intensive de la natation, dans une piscine olympique à la porte de ma chambre. 15,5 km en tout qui ont redonné à mon corps toute la respiration qui lui manquait. En peu de jours, je l'ai vu se reformer, se débarrasser des masses inélégantes, se parer de la nouvelle marque d'un nouveau maillot, et retrouver un inattendu pouvoir de séduction. Je suis allé aux bains trois fois seulement, tant pour l'eau que pour éprouver ce magnétisme revenu, et les suées ont soulagé mon dos, mais aussi ces stupides doutes existentiels.budapest,natation,mélenchon,présidentielle 2012

Je suis allé au spectacle pratiquement chaque soir, six fois en tout, dont trois avec une partie ou l'autre de ma belle famille. Et je peux donc affirmer que si l'opéra de Budapest est l'un des plus beaux d'Europe, il dispose néanmoins de budgets et d'un plateau technique qui en limitent les capacités de production. Décors kitsch et inconsistants, mises en scènes classiques, distributions locales. Ce qui n'empêche ni les surprises ni les émotions. Les deux auditoriums du Palais des arts, en revanche, sont probablement dotés des conceptions parmi les plus performantes au monde. Pour moi à ce jour, la plus belle acoustique que j'ai jamais rencontrée.

Je suis allé un soir dans un boîte à cul. A contre-cœur pour honorer la budapest,natation,mélenchon,présidentielle 2012promesse d'un coup à boire. La courbe du désir y a croisé celle du dégoût. Sûr que je n'y retournerai plus avant six bons mois !

J'ai écrit, beaucoup, plus que tu ne peux en lire. Depuis ma chambre, la salle à manger de l'hôtel ou des salons de thé. Tâchant toujours de croiser dans mes notes les courbes tangibles de mes vagabondages avec celles plus évasives de mes émois. Mais rassure-toi, le blog va bientôt retrouver un rythme pépère de campagne et te laisser à nouveau respirer.

La campagne, justement, à laquelle, ayant retrouvé dans la dynamique autour de Mélenchon une raison d'espérer, j'ai promis à ce blog de participer. Car quitte à te paraître étrange, j'ai dans ma villégiature suivi l'actualité, regardé par internet les directs ou les différés des grandes émissions politiques. J'ai assisté aux irrésistibles performances de Jean-Luc Mélenchon. En intentions de vote, sa courbe à lui semble sur le point de croiser celle de François Bayrou, ce sera la première bonne nouvelle de la campagne. Mais la deuxième très bonne nouvelle, c'est qu'elle pourrait même désormais croiser celle de François Hollande sans que cela n'empêche la gauche d'être présente au second tour. Mathématiquement, s'entend, car nous n'en sommes pas là. Mais cela vaut déjà d'être relevé : grâce à son efficace combat contre la promenade de santé que tout le monde avait, sidéré, laisser se développer sous les pas de Marine Le Pen, celle-ci est désormais hors d'état de nuire, démasquée en quelque sorte, arrêtée autour de 15 ou 16%, quand François Hollande et Jean-Luc Mélenchon totalisent déjà près de 40%, avec donc un point de croisement à 20% qui nous protège d'un 21 avril.

Cette croisade contre la leader frontiste new-look, m'a d'abord laissé perplexe. Mais il l'a nourrie de tant de conviction, d'ancrage dans des références historiques, et de révélation des aspects les plus absurdes - ou les plus abjectes - de son programme, que force est de constater avec lui que "pour la première fois depuis trente ans, c'est l'extrême-droite qui baisse les yeux devant la gauche".

Une autre dimension de sa campagne m'a d'abord désarçonné : la manie qu'il a de se montrer stratège, fralib-02_12-23.jpgde développer à visage découvert, dans ses interventions publiques, le caractère calculé de tel ou tel bon mot, de telle ou telle position. Et puis peu à peu, au delà des accents de théoricien léniniste que cela donne à ses tribunes, écrites ou orales, apparaît une chose extrêmement importante : Mélenchon fait de la politique un enjeu d'éducation populaire. Il ne fait pas de la communication, il fait de la formation politique. Il travaille à la repolitisation de la société, en commençant par les milieux modestes.

En se montrant à la fois stratège et transparent, et mettant les dimensions tactiques de son combat en partage, il permet à chacun de s'en saisir. Et sa pédagogie désarçonne le milieu journalistique qui ne sait par quel coin le rattraper, quel message de circonstance dénoncer ou quel dérapage relever. Il n'y a rien à déceler car tout est assumé. Ce jeu m'est d'abord apparu étriqué, dépourvu d'ambition majoritaire. Mais dans un monde où la première aspiration populaire est de retrouver la force de compter, de participer à un rapport de force, finalement, cette façon d'avancer s'avère plus payante que je ne l'aurais imaginé.

Alors je ne sais pas si ma courbe croisera la tienne, si nos trajectoires finiront ou non par se rencontrer, si la révolution citoyenne finira ou non par frapper à ta porte, mais putain que c'est bon de retrouver de la confiance. En soi. Et dans la chose publique.

05 mars 2012

vu de Hongrie : une campagne vaseuse

 gadoue.jpg

Je parle le hongrois. Mal. Niveau de conversation courante, mettons. De quoi prendre des nouvelles de ma belle-famille, où j'étais invité à déjeuner samedi. Dans une ambiance joyeuse, rieuse, où je suis toujours choyé, j'ai raconté deux-trois bricoles de ma vie, je me suis intéressé aux études de médecine de la grande, à la curiosité de sa jeune sœur pour la langue japonaise. Je me suis laissé dire "mal au dos un jour, mal au dos toujours", une considération à la hongroise dont j'aurais bien fait l'économie.
 
Bref, je parle un hongrois léger, suffisant pour évoluer dans un quotidien ordinaire. Pour féliciter un compositeur contemporain, comme je le ferai timidement auprès de Kálmán Oláh, dont j'allais, le soir-même, apprécier la création mêlant trio de jazz et ensemble symphonique. Mais évidemment, assez limité pour évoquer les sciences ou la politique.

Or la politique, nous y sommes venus. C'était couru. "Comment va Sarkozy," m'a demandé mon beau-frère ? A la hongroise, Sarkozy se prononce Char-keu-zy. Une sorte d'entre-deux boueux, un marigot, une terre inhospitalière, de la vase. Notre prononciation de ce nom d'origine hongroise les amuse. Car le son sar, comme les Hongrois nous l'entendent dire, qu'ils écriraient szar, ça veut dire... merde. Szar-keu-zy, ce n'est pas un marigot, c'est un tas de fumier.

Je leur ai fait remarquer que de toute façon, entre la boue et la merde, il n'y avait pas beaucoup de différence, hein. Mon beau-frère a aussitôt relevé : "Si, l'odeur". Pas faux !

Puis invariablement, ma belle-mère m'a demandé : "et l'autre, là, comment s'appelle-t-il déjà, qu'est-ce que tu en penses ?" J'ai fait une moue perplexe et, pris de court, répondu qu'entre Sarkozy et Hollande, la différence était à peu près la même qu'entre la merde et la boue. Bon, pas glorieux, je l'admets. Mais le trait d'humour, en même temps que cette répartie énoncée sans faute au milieu de mon hongrois cassé, les a fait rire. "Il y a donc une différence", a dit ma belle mère. "Voilà", ai-je répondu.

Mais en hongrois, il ne faut pas me demander plus de politique que ça... J'ai évité le sujet des Roms, parce que là, on aurait aussitôt fini fâchés, et ma langue en aurait perdu ses moyens.
 
Autrement, il nous reste à désenvaser la campagne, histoire qu'elle finisse par intéresser ! Et je suis bien conscient que ce n'est pas ce billet qui y contribuera... Mea culpa.