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27 avril 2012

et voilà le résultat !

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Dire qu'on aurait pu avoir un second tour où les candidats se seraient sentis obligés de parler salaire, sécurité sociale, retraite, qu'on aurait pu se pencher sur la transition énergétique, entendre des annonces à faire pour renforcer les droits des salariés dans les entreprises. Qui sait si on n'aurait pas flatté le métissage, promis le mariage gay pour avant la fin de l'année et si Hollande n'aurait pas annoncé la convocation d'une Constituante pour préparer la VIè République... Ou promis un référendum avant de ratifier les derniers traités européens.

Ah! s'il s'était agi de caresser les électeurs de Jean-Luc Mélenchon dans le sens du poil...

Tu disais vote utile ? Voilà le résultat : un deuxième tour où l'on ne parle plus que de vote des étrangers, de mosquées et d'islamisme, de présomption de légitime défense, d'assistatanat, où les seconds couteaux de Le Pen pérorent, se proclament centre de gravité... Le vote utile du premier tour devait accessoirement mettre Hollande sur sa rampe de lancement, mais surtout nous libérer de la pression Le Pen. Il a donné la vedette aux fascistes : un effet de trompe l’œil qui régale le gotha médiatique mais nous asphyxie. Une soirée électorale pourrie, lancée à dessein sur les rails d'un score démesuré à 20%, et depuis lundi, les thèmes au cœur des tactiques et des commentaires sont toutes à gerber. Les yeux sont rivés sur un FN qui exulte, tandis que les candidats en applaudissent les thèses ou en convoitent subtilement les voix.

On a mangé notre pain blanc !

Bien sûr, 6 millions de voix et des brouettes, ça fait peur. Mais quelle manipulation ! Ramené à 2002, la blondasse réalise avec 17,9% un score en dessous de celui de son père et de Bruno Mégret rassemblés (19%). Dans la plupart des grandes villes et près des grands bassins d'emploi, sa progression ne doit qu'au retour des voix siphonnées par Nicolas Sarkozy en 2007. Du donnant-donnant, rien de plus. Un simple aller-retour. C'est dans les campagnes, dans des zones rurales pas vraiment concernées par la violence, ni par l’immigration, qu'une progression est enregistrée, mais seulement là... C'est à dire là où Chasse-pêche-nature et tradition faisait ses gros scores en 2002 (tiens, pourquoi personne ne parle de ces 4,5 % d'alors ?). Et accessoirement là où le Front de gauche ne dispose d'aucun relais d'opinion pour allumer des contre-feux...

Mais ça semble arranger tout le monde de dissimuler que le seul véritable événement de cette élection, c'est que Mélenchon est celui qui apporte à la gauche sa dynamique positive, bien plus que Hollande qui ne progresse pratiquement pas sur Ségolène, ou d'à peine un point en cinq ans. Que la percée du Front de Gauche ressemble à quelque chose comme l'émergence d'une vraie seconde force à gauche.

Silence radio. Voix déjà acquises, inutile d'en parler ! La loyauté se paie cher... Dire qu'il aurait peut-être suffi d'un 13 ou d'un 14 % pour que l'on troque un événement pour un autre. Mais 11,11% c'est terne, donc c'est mort. Médiatiquement, s'entend.

Je préfère retenir qu'il s'en est fallu de peu qu'on en sorte autrement, de cette tranche dense de la vie politique. Et je n'ai aucun regret de l'enthousiasme que j'y ai mis. Je crois qu'il en restera quelque chose.

Philippe Torreton, de son côté, a mis le feu à mon blog, avec sa lettre à Jean Ferrat. Depuis deux jours que je l'ai publiée, mon blog bat tous ses records de connexion. Si cela ne suffit pas à dire qu'il y a de l'espoir !... Alors le 6 mai, on vote Hollande, mais vraiment pour se débarrasser de l'autre enculé, hein !. Et puis on passe à autre chose.

24 avril 2012

lettre de Philippe Torreton à Jean Ferrat

jean ferrat,philippe torretonJean,

J'aimerais te laisser tranquille, au repos dans cette terre choisie. J'aurais aimé que ta voix chaude ne serve maintenant qu'à faire éclore les jeunes pousses plus tôt au printemps, la preuve, j'étais à Entraigues il n'y a pas si longtemps et je n'ai pas souhaité faire le pèlerinage. Le repos c'est sacré !

Pardon te t'emmerder, mais l'heure est grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es tu ne reçois que le Figaro comme dans les hôtels qui ne connaissent pas le débat d'idées, je ne sais pas si tu vois tout, de là haut, ou si tu n'as que les titres d'une presse vendue aux argentiers proche du pouvoir pour te tenir au parfum, mais l'heure est grave!

Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si bien chantée, écoute-la craquer, écoute la gémir, cette France qui travaille dur et rentre crevée le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des puissants par son sang et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui s'abîme les poumons, celle qui se blesse, qui subit les méthodes de management, celle qui s'immole devant ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux psychotropes, celle à qui on demande sans cesse de faire des efforts alors que ses nerfs sont déjà élimés comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à coups de charters, celle que l'on traque comme d'autres en d'autres temps que tu as chantés, celle qu'on fait circuler à coups de circulaires, celle de ces étudiants affamés ou prostitués, celle de ceux-là qui savent déjà que le meilleur n'est pas pour eux, celle à qui on demande plusieurs fois par jour ses papiers, celle de ces vieux pauvres alors que leurs corps témoignent encore du labeur, celles de ces réfugiés dans leurs propre pays qui vivent dehors et à qui l'on demande par grand froid de ne pas sortir de chez eux, de cette France qui a mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la rougeole, cette France de bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette France qui pleure quand le ticket de métro augmente, celle qui par manque de superflu arrête l'essentiel...

Jean, rechante quelque chose je t'en prie, toi qui en voulais à D'Ormesson de déclarer, déjà dans le Figaro, qu'un air de liberté flottait sur Saigon, entends-tu dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui ose déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas? Qui pourrait le chanter maintenant ? Pas le rock français qui s'est vendu à la Première dame de France. Ecris nous quelque chose à la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire devant le peuple français à quelle famille de pensée appartenait Guéant et tous ceux qui le soutiennent !

Jean, l'huma ne se vend plus aux bouches des métro, c'est Bolloré qui a remporté le marché avec ses gratuits. Maintenant, pour avoir l'info juste, on fait comme les poilus de 14/18 qui ne croyaient plus la propagande, il faut remonter aux sources soi-même, il nous faut fouiller dans les blogs... Tu l'aurais chanté même chez Drucker cette presse insipide, ces journalistes fantoches qui se font mandater par l'Elysée pour avoir l'honneur de poser des questions préparées au Président, tu leurs aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu...

Jean, l'argent est sale, toujours, tu le sais, il est taché entre autre du sang de ces ingénieurs français. La justice avance péniblement grâce au courage de quelques uns, et l'on ose donner des leçons de civilisation au monde...

jean ferrat,philippe torretonJean, l'Allemagne n'est plus qu'à un euro de l'heure du STO, et le chômeur est visé, insulté, soupçonné. La Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées par l'haleine fétide des renvois populistes de cette droite "décomplexée".

Jean, les montagnes saignent, son or blanc dégouline en torrents de boue, l'homme meurt de sa fiente carbonée et irradiée, le poulet n'est plus aux hormones mais aux antibiotiques et nourri au maïs transgénique. Et les écologistes n’en finissent tellement pas de ne pas savoir faire de la politique. Le paysan est mort et ce n’est pas les numéros de cirque du Salon de l’Agriculture qui vont nous prouver le contraire.

Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans les cirques. Le paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l'industrie agroalimentaire. On lui dit de couper il coupe, on lui dit de tuer son cheptel il le tue, on lui dit de s'endetter il s'endette, on lui dit de pulvériser il pulvérise, on lui dit de voter à droite il vote à droite... Finies les jacqueries!

Jean, la Commune n'en finit pas de se faire massacrer chaque jour qui passe. Quand chanterons-nous "le Temps des Cerises" ? Elle voulait le peuple instruit, ici et maintenant on le veut soumis, corvéable, vilipendé quand il perd son emploi, bafoué quand il veut prendre sa retraite, carencé quand il tombe malade... Ici on massacre l'Ecole laïque, on lui préfère le curé, on cherche l'excellence comme on chercherait des pépites de hasards, on traque la délinquance dès la petite enfance mais on se moque du savoir et de la culture partagés...

Jean, je te quitte, pardon de t'avoir dérangé, mais mon pays se perd et comme toi j'aime cette France, je l'aime ruisselante de rage et de fatigue, j'aime sa voix rauque de trop de luttes, je l'aime intransigeante, exigeante, je l'aime quand elle prend la rue ou les armes, quand elle se rend compte de son exploitation, quand elle sent la vérité comme on sent la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour soutenir son frère ibérique, quand elle donne d'elle même pour le plus pauvre qu'elle, quand elle s'appelle en 54 par temps d'hiver, ou en 40 à l'approche de l'été. Je l'aime quand elle devient universelle, quand elle bouge avant tout le monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu'à elle même et puise sa morale et ses valeurs dans le sacrifice de ses morts...

Jean, je voudrais tellement t'annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai...

Je t'embrasse.

Philippe Torreton,
début avril 2012

23 avril 2012

de si belles choses

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La question du choix. Ne pas en reprendre pour cinq ans. Ravaler sa déception. Se rappeler qu'on part de loin. Se rappeler que des idées ont germé. Se dépiter de ce verrou qui se maintient, qui se renforce, et qui fait de la cinquième République l'espace du non-choix. J'en veux beaucoup à tous ceux qui n'ont rien entrepris pour combattre Marine Le Pen, qui se sont d'abord laissé sidérer par ce nouveau sourire trompeur, ou qui ont par calcul ou par défaut, entretenu le fléau.

S'en sortira-ton ? Trouvera-t-on dans la ferveur des rassemblements de campagne l'énergie et l'audace de remettre la politique entre les mains des gens, des jeunes, de ceux qui ne décident jamais de rien ? Nos partis en auront-ils l'envie ? La maison Front de gauche a su se montrer accueillante. Saura-t-elle s'ouvrir encore, dans ses frontières comme dans ses formes ?

Et puis la crise toujours là, en embuscade, mise sous le boisseau de la campagne, mais qui s'apprête à nous lâcher un, puis deux, puis trois plans d'austérité qui finiront d'asphyxier notre pays, notre Europe, cette partie de la civilisation humaine. Et de jeter des millions d'hommes et de femmes en pâture à l'oligarchie.

Aller voir ailleurs. Résister à l'occasion. Retourner sur les terrains de la musique, dans les champs des grands chants et ne jamais perdre de vue qu'il existe ici, ailleurs, de si belles choses...

22 avril 2012

sois belle et rebelle

présidentielle 2012,mélenchon

C'est à toi que j'écris ce billet. A toi, ma France, insoumise par mission. A toi qui chantes aux accents de Jean Ferrat ou de Zebda, à toi qui désespères depuis des lustres de ce jour qui ne vient pas, ni sa couleur d'orange, toi ma France étourdie par des décennies d'impuissance. Ma grande France, ma petite France aux minuscules égratignures.

A toi que font vibrer les airs de nos classiques ou les audaces de nos contemporains, mais qui vois se fermer la porte des opéras. Ma France assourdie par l'élitisme des cultures. Assoiffée de beauté.

A toi mon monde, passé par là depuis bientôt cinq ans, partager des larmes, des révoltes ou des instants coquins. Ma France d'amants, d'ami(e)s, de frères et sœurs lyriques, secrets, impétueux.

Quelque chose peut se passer, quelque chose comme une soudaine accélération. Tout ne sera pas réglé alors, mais un chemin nouveau pourra être ouvert. Avec sur ce chemin des espaces pour discuter, pour inventer, pour expérimenter, pour chaparder aux marchés le monopole des idées et de l'action. Pour se considérer autrement entre hommes et femmes du monde.

C'est à toi que j'écris, dans tes hautes montagnes, tes bruyères d'Ardèche, sur les lèvres tendres de notre Méditerrannée à Oran ou à Grenade, au milieu de tes dossiers, de tes budgets à boucler, de ta famille à aimer, de tes misères à consoler. A toi qui crains les groupes les ligues ou les processions. A toi qui te méfies du rouge mais qui aimes le rouge. A toi qui crées chaque jour des images. A toi, partagé entre la déraison du raisonnable et le réalisme de l'utopie. Qui veux être authentique.

A toi ma France que j'aime : sois belle et rebelle, c'est le jour ! Prends le pouvoir !

présidentielle 2012,mélenchon

21 avril 2012

aide-mémoire d'avant dimanche

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Et moi, j'ai le droit de continuer à mener campagne pour Mélenchon ? Je ne sais pas bien, mais après-tout, je vois plein de trucs sortir encore sur le net, et puis il faut bien s'occuper d'ici dimanche, et en plus...

Tiens, cet ultime argument, paru sur Agora Vox sous le titre Les cinq raison d'un vote indiepensable. Au vrai, un pense-bête qui s'en tient à l'essentiel :

  1. Voter pour le programme du Front de Gauche, c'est d'abord rappeler une évidence honteusement occultée par les deux candidats favoris des sondages et leurs médias : l'urgence pour les générations futures n'est pas de rembourser une dette financière due aux plus riches, mais bien de rembourser la dette écologique. Organiser la transition énergétique et écologique de notre économie à travers la planification écologique et la règle verte, voilà le coeur du programme du Front de Gauche.
     
  2. Voter pour le programme du Front de Gauche, c'est dire non à l'affaiblissement de notre démocratie. La dérive oligarchique est en effet rendue évidente par les diktats de la troïka (FMI, BCE, Commission européenne non élue) en Europe, les ultimatums à répétition des marchés et agences de notation, et par le mépris avec lequel notre vote au referendum de 2005 a été traité. En faisant élire par le peuple une assemblée constituante composée de citoyens non éligibles par la suite, qui seront chargés de rédiger une nouvelle Constitution plus démocratique pour la France, nous pourrons commencer à reprendre le pouvoir dont nous nous sommes laissés peu à peu dessaisir.
     
  3. Voter pour le programme du Front de Gauche, c'est se battre pour résorber la crise sociale qui fracture notre pays. En redonnant du pouvoir d'achat aux travailleurs sous-payés par le biais d'une augmentation de 20% du SMIC, d'un encadrement des loyers, d'une limitation des marges des intermédiaires et grandes surfaces, et de l'instauration de tarifs progressifs pour l'eau et l'énergie, c'est l'économie tout ensemble qui se retrouvera relancée par la consommation.
     
  4. Voter pour Jean-Luc Mélenchon, c'est l'aider à réussir son pari de passer devant le Front National de la famille Le Pen, et éloigner ainsi le danger que constituerait une droite tentée de se recomposer autour d'un Front National alors en position de force.
     
  5. Enfin, Hollande a au minimum 12 points d'avance sur le troisième dans tous les sondages. Cette différence est largement supérieure à leur marge d'incertitude et donc c'est maintenant une certitude : François Hollande sera au second tour. Un plébiscite en sa faveur serait équivalent à lui faire un chèque en blanc, lui dont les tendances néolibérales sont connues. Assurer un gros score au Front de Gauche lui rappellera que la gauche est forte et sera fortement mobilisée au cas où il serait tenté par une dérive néolibérale du type de celles initiées par ses camarades Papandréou, Schroeder, Blair ou Zapatero.

20 avril 2012

les cartes en main

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Voilà, chacun a les cartes en main. J'aurais beaucoup donné dans cette campagne du premier tour, dans la vie comme sur ce blog. Reste à attendre le verdict.

Hier à la Porte de versailles, Jean-Luc a donné son dernier meeting. Brillant, argumenté, éloquent, étoilé d'humour. Un style où tu trouveras ton compte ou non, mais qui a contribué à la réussite du rassemblement avec le Front de gauche. Au même titre que l'espoir de changement.

Les derniers sondages de ce jour placent Hollande à 27, 28 ou 29 %. Sarkozy dévisse. Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont au coude à coude, avec un léger avantage à la première, miraculeusement ressuscitée par une certaine presse cette semaine quand Mélenchon était vilipendé.

Le seul enjeu de ce premier tour sera donc celui-là. Le Pen et sa haine resteront-ils à la place qu'on leur prédit : 3èmes, c'est à dire à l'affut, prêts à mordre, demeurant l'insupportable verrou de la démocratie française ? Ou Mélenchon, dont l'alternative est porteuse de solidarité, de générosité et de réalisme, qui rappelle à la gauche quelles sont ses obligations à l'égard des hommes et de la justice, feront-ils à la place la percée attendue ?

La vie politique de notre pays sera-t-elle, à l'avenir, faite d'un débat sur les véritables choix de société, ou entretiendra-t-on dans sa cage le chien de garde qui interdit de penser l'alternative au libéralisme ?

C'est le seul enjeu. Mélenchon devant ou derrière Le Pen. Le seul.

Les jeux sont faits. Mais toi, tu as encore une carte à jouer.

Jean-Luc Mélenchon - Discours de Paris Porte de Versailles

18 avril 2012

"une occasion extraordinaire de tout changer"

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Cette campagne m'entête. A mesure que la cime approche, l'oxygène manque. Dans le tourbillon des ultimes effets de manche, quand la boussole des sondages perd ses pôles, on pourrait négliger ses repères, oublier l'essentiel, bref... se laisser avoir.
 
Nicolas Sarkozy est à la peine, semble-t-il. Les girouettes "d'ouverture" qu'il avait ralliées à sa cause quittent son navire en perdition, espérant sans doute trouver à rebondir, ou sauver leur honneur sali, auprès du rival en vogue. Pas sûr que l'afflux de tant d'anciens ministres sarkozistes vers le giron de François Hollande, dans le sillage du "clan" Chirac, ne soit de nature à rassurer sur le contenu de gauche de son projet politique.

Mais ça fait une dynamique. Et de fait, il décolle. Il prend des couleurs. Pas tant lui, toujours aussi fade, même la voix éraillée, mais sa campagne. Chaque fois que j'écoute François Hollande, j'ai l'impression d'entendre un bulletin météo de Joël Collado : c'est précis, la syntaxe est alambiquée mais irréprochable, je comprends tout. Sauf qu'à la fin, je me demande quel temps il va faire.

Au moins, ça nous donne une certitude : la gauche peut gagner, il est même probable qu'elle gagnera. La question, à cet instant, la seule question, c'est de savoir pour mettre en œuvre quelle politique. Sortir de l'entêtement grisant de cette perspective si longtemps attendue pour se projeter sur l'après. Car il s'agit évidemment d'effacer le terrible cauchemar de ces cinq années ahurissantes de violence et de bêtise, de rude déshumanitude.

Mais il s'agit aussi de mettre notre vieille Europe sur de nouveaux rails - sinon, à quoi sert de voter pour le changement ? Faire de l'Europe un levier pour désincarcérer le monde de l'étau mortifère de la financiarisation où l'a enfermé le capitalisme.

Il s'agit donc d'ouvrir une brèche, d'enclencher la désobéissance aux marchés, d'envoyer des méluche.jpgsignaux à tous les peuples d'Europe sans qui rien n'est possible. De résister.

Je prends le vote Mélenchon comme le seul capable de donner du tonus à la gauche pour rentrer, vaillante, dans cette bataille, au lieu de louvoyer en croyant pouvoir passer au travers des goutes, et finalement succomber à ce qui serait une sorte d'austérité à visage humain. Comme le vote qui ira parler au cœur des hommes et des femmes qui, en proie aux mêmes craintes austéritaires, regardent notre pays avec des yeux d'espoir.

Il s'agit de reléguer l'extrême-droite, malgré le visage souriant dont elle s'est affublée, dans les catacombes de l'histoire de France. Au moins à l'arrière scène. Pourquoi Mélenchon est-il le seul qui se soit engagé comme il l'a fait pour démasquer l'opération de dédiabolisation des Le Pen ? Pourquoi a-t-il fallu, à chaque fois, que ce soit lui et lui seul qui dénonce leur programme rétrograde pour les femmes avec la fin du remboursement de l'IVG, qui combatte leurs obsessions haineuses à l'égard des étrangers, qui démasque leurs références persistantes à la littérature collaborationniste ? Qui d'autre l'aura affrontée, la Marine, dans cette campagne ?

Je prends le vote Mélenchon comme celui qui achèvera le travail. Mélenchon avant Le Pen, dimanche soir, ça aura de la gueule, et notre pays ne vivra plus les débats politiques de la même façon, ça c'est sûr ! Avec un Sarkozy qui dévisse, le FN a repris du poil de la bête dans les sondages ces dernières heures, alors je compte sur toi pour contribuer à faire passer Mélenchon devant.

Il s'agit d'affirmer comment nous voulons vivre. Voulons-nous nous tuer au travail, accumuler des heures supplémentaires, renoncer à des vacances, au temps libre, à la culture, aux sorties, à une retraite paisible et méritée ? Courir derrière l'emploi, vivre l'humiliation de précarités imposées ? Ou nous épanouir, au travail et dans la vie, disposer d'un revenu décent, profiter de la retraite dès 60 ans, avoir du temps pour aller au spectacle ou participer à la vie associative ?

Je prends le vote Mélenchon comme celui qui met l'humain en avant, dans une rupture radicale mais concrète des hiérarchies politiques et économiques, les banques étant mises au service d'un cercle vertueux, avec une écologie, une sobriété, une démocratie à échelle humaine qui deviennent des clés partagées. "Une occasion extraordinaire de tout changer", selon les mots du généticien Albert Jacquard.

Allez ! Si tu le veux, il peut se passer quelque chose de neuf, d'assez sensationnel, de porteur de sens, dans cette élection. Battre Sarkozy, ce sera déjà bien. Entendre pulser une petite musique de révolte, de confiance retrouvée, c'est aussi ce qui nous aidera le plus pour traverser ces prochaines années.

Voici ce que dit de Jean-Luc Mélenchon le grand écrivain humaniste Patrick Chamoiseau : "Il a le discours qui me paraît le plus acceptable, le plus revitalisant, le plus chargé de futur. Il me semble en effet qu’il nous faut de la radicalité. La raison d’Etat, la responsabilité d’Etat, le sérieux de gestion, ça doit commencer par une radicalité de la pensée. Comme disait René Char : "Les plus belles récoltes, les plus pures, émergent de sols qui n’existent pas encore."

Il faut refuser le sol capitaliste, ne pas entrer dans les petits accommodements, changer complètement le sol. Mélenchon est proche de l’humain, il fonde sa radicalité sur l’humain. Il y a quelque chose qui relève du poétique."

17 avril 2012

vu de l'étranger, Mélenchon ça le fait

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Mélenchon est une énigme. Pas l'homme, mais la dynamique qui s'est mise en mouvement dans une élection présidentielle dont la fonction est pourtant plus d'enfermer que de lever des verrous.

Un éditorialiste économique du Guardian, l'Américain mark Weisbrot, estime même dans les colonnes du prestigieux journal qu'il est le candidat idéal pour la France. Et c'est argumenté avec clairvoyance :

" (...) Mélenchon veut aussi réduire le temps de travail, augmenter le salaire minimum, ainsi que les impôts pour les plus riches. Il rejette l’absurdité de l’équilibre budgétaire - comme d'ailleurs la plupart des économistes aux États-Unis - et fustige l'absence d'engagement de la Banque centrale européenne en faveur du plein emploi. Cette démarche est pertinente d’un point de vue économique puisque, notamment en période de récession, la BCE peut créer de la monnaie. C'est ce qu'a  fait la Réserve fédérale américaine en créant 2 300 milliards de dollars depuis 2008 sans craindre une inflation excessive.

Mélenchon veut aussi faire sortir la France de l’OTAN. Ce serait là une très bonne chose pour la France, mais aussi pour le monde. Initialement, l’OTAN a été créée pour contenir l’Union soviétique qui, au cas où certains ne l’auraient pas remarqué, n’existe plus. Les Américains n’ont plus besoin d’  « alliés » qui aident nos gouvernements à occuper d’autres pays comme l’Irak ou l’Afghanistan, ou à entamer une autre guerre dangereuse et déraisonnable, comme nous semblons nous préparer à le faire en Iran.  (...)"

Et puis un chef d'Etat, rien que ça. Pas le Secrétaire général du parti communiste chinois, pas Hugo Chavez, mais le président équatorien, Rafael Correa, celui qui a impulsé et qui défend les principes de la révolution citoyenne, par des voies pleinement démocratiques dans son pays. Celui qui a été le premier à inscrire le droit à l'eau dans la constitution de son pays :

" (...) Le nouveau Front de Gauche que tu mènes est une référence pour les mouvements progressistes de toute l'Europe, nous sommes sûrs que vous saurez affronter les défis posés par ce moment historique de la réalité européenne. Ce soutien populaire croissant est une preuve que l'Europe peut, elle aussi, surmonter le fondamentalisme néolibéral qui fait subir aux citoyens le coût de la crise, repoussant ainsi les aspirations sociales et enracinant les inégalités. (...)"

D'autres journalistes étrangers s'exprimaient il y a peu sur cette bizarrerie : à suivre là.

Et puis ce petit montage qui remet quelques idées au clair à propos des éternelles hésitations et regrettables divagations de Michel Onfray :

 Alors, d'ici dimanche, ne lâchons rien !