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28 mai 2012

Tour Neptune, années soixante

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Le parisien est extraordinaire : il fait une fête d'un rien. Fatigué de tourner en rond dans les étroits mètres carrés de son intérieur, il vient aux premiers rayons de soleil se serrer sur de plus petits mètres carrés encore, d'herbe ceux-là, avec un panier goûter ou un pique-nique aussi élaboré que frugal, et quelques amis pour se voir heureux de sa vie de parisien. L'herbe et l'espace y sont rares et chers, alors on s'y concentre en tâchant d'ignorer ceux qui s'y pressent à côté de vous. On y boit, y parle du dernier Cronenberg. La parisienne excelle dans cet art, avec ou sans enfant. Tiens d'ailleurs, ça va être l'heure, je m'échappe. C'est un tantinet surréaliste, vu de ma banlieue et de mon petit coin de jardin - promis, je le tonds aujourd'hui ! -, mais ça fait l'esprit parisien. C'est plus drôle encore que la scène du bain de soleil dans 1980, une pièce de Pina Bausch.
 
Pour une fois, je n'ai pas infligé à ma maman, avant qu'elle ne rentre chez elle, près d'Aix, hier midi, de longues soirées devant mon ordinateur, à me soucier d'avantage de mes mails, de mon blog, que du temps à lui consacrer. Du coup, je t'ai délaissé toi. Encore un peu. Tu me pardonnes ?

Depuis longtemps, elle avait en elle l'envie de retourner sur les lieux où elle avait vécu dans ses premières années parisiennes, quand elle avait débarqué, presque à l'improviste, pour tâcher d'être près de mon père qui, à sa grande stupeur, venait de se faire arrêter. D'une façon ou d'une autre, tâcher de l'aider, s'attacher à l'aimer. Et ce faisant, se mettre en souffrance. Rude éducation religieuse aidant, elle a toujours eu, chevillée au corps, l'idée qu'elle comptait moins que les autres, que sa douleur ne pouvait qu'être secondaire, ou imaginaire et coupable. Elle s'est toujours crue transparente, autre façon de se croire insignifiante, et exister pour les autres lui a toujours paru la seule façon d'exister vraiment. Elle n'avait pas quitté le catéchisme depuis bien longtemps que son amour pour mon père lui fut de secourables travaux pratiques.

Après avoir été fraîchement accueillie chez des Pères, près de la Porte de Clichy, une bonne chrétienne de la paroisse lui trouva une chambre au 51 du boulevard Beaumarchais. "Avec vue sur les platanes du Boulevard", lui avait assuré la bourgeoise. Maman en rit encore. Du vasistas de sa sous-pente, on distinguait en effet les toutes dernières feuilles du fut des arbres. Le lavabo et les toilettes étaient dans l'escalier. Pour la douche, elle se rendait à un bain public, juste en face dans son souvenir. Aujourd'hui, on y vend des Harley Davidson.

Son diplôme d'assistante sociale lui permettait d'assurer la direction d'une crèche. Encore fallait-il trouver un poste vacant et se faire embaucher. Elle travaillait dans une usine de montage de transistors, en attendant. Les premiers jours, ses collègues avaient du la rappeler à l'ordre : elle assemblait les pièces bien trop vite, les ouvrières craignaient de se voir accélérer la cadence à cause d'elle. Premier contact rude avec la réalité ouvrière, et premières solidarités de classe. Déjà l'éveil.

Elle rentrait chez elle en mobylette, et s'amusait parfois à faire quatre ou cinq fois le tour de la Bastille avant de retourner chez elle. Sa part de futilité, très nouvelle vague.

Un jour, son oncle - bourgeois et réactionnaire patenté - découvrit son taudis et s'offusqua de voir sa nièce vivre dans ces conditions. Il fit jouer un piston, et maman partit s'installer dans un studio d'une des toutes nouvelles tours de la rue Neptune, dans le nouveau quartier des planètes de Maisons-Alfort. Au 14ème étage du numéro 4, avec vue sur la Marne et confort moderne.

C'est là qu'elle vécut. Quatre ans, entre 1960 et 1965. Avec différentes colocataires, dont elle ne sait plus parler avec précision. C'est là qu'elle vivait quand naquit mon frère, conçu dans une cellule "nuptiale" de Fresnes, à l'occasion du mariage conclu en prison. C'est là qu'elle accueillit mon père à Noël 63, une nuit où elle n'avait pas été prévenue de l'imminence de sa libération. Elle en garde curieusement un souvenir désagréable. C'est là qu'ils habitaient encore à ma naissance, un an plus tard et que je vécus mes premières semaines, avant qu'un emploi ne soit proposé à mon père à Argenteuil, où nous partîmes finalement.

Maman a gardé assez peu de souvenirs de cette époque, sauf ceux qui étaient directement liés à la situation de mon père.

Nous sommes passés hier matin rue Neptune, revoir la tour. Les arbres ont grandi, assurément. Maman a assez vite repéré le marché. Elle se souvenait aussi de ses traversées du bois de Vincennes à mobylette. Mais c'est à peu près tout. De la Marne, des péniches, des ponts, des écluses, très vaguement. Ah si, à Joinville, l'écluse de Saint-Maurice et le tunnel fluvial. Mais rien de Créteil, tout près. Ni de l'Interco, alors son principal hôpital. Rien non plus de l'île du Charentonneau, de son moulin brûlé. Aucun souvenir de pique-nique sur de rafraîchissantes nappes à carreau, jupe légère dans un Paris guindé. En vrai, il n'y en avait que pour mon père, et un peu pour sa galère, parce qu'il fallait bien survivre pour l'aider, et aussi parce qu'il lui avait demandé, s'il elle le pouvait, d'envoyer un peu d'argent à sa propre mère, dont son frère et sa sœur avaient grand peine à s'occuper, pensait-il. Maman était en pénitence.

Nous avons fait des photos de la tour sous le soleil, hier. Elle avait pris auparavant quelques images sous la pluie du 51 Boulevard Beaumarchais. Elle s'en va relire l'abondante correspondance qu'elle eut avec mon père toutes ces années et tâcher de reconstituer cette histoire.

En novembre, il y aura 20 ans que papa est mort, en emportant l'autre versant de l'histoire, dont elle poursuit la quête depuis.

19 mai 2012

pot de confiture

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Pourquoi ce silence ?

Pour rien de spécial, en vrai. J'enchaîne ce qui fut, le week-end dernier, l'aboutissement d'une année de travail, ce temps toujours intense, suspendu, où la réussite se mesure à des indicateurs parfois trompeurs, mais dont la conjonction du beau temps et d'un calendrier propice se sont avérés d'indiscutables révélateurs, avec un week-end prolongé rituel, en compagnie de mes collègues d'il y a douze ans. Cette année, c'est en Bretagne. Et sous la pluie, il n'y a pas de cause à effet. Pour moi, c'est relâche.

A Rochefort-en-Terre, la galette de l'andouille de Guémenée est excellente. Il faut la prendre au Café Breton, rue du porche. La chapelle de La Vraie-Croix est mignonette. Ce matin, c'est Marché de Vannes et, possiblement, sortie en mer.

Entre gens de gauche, nos petits déjeuners se passent à éplucher la composition du nouveau gouvernement. Certains avec des yeux de déraisonnable gourmandise, d'autres avec une circonspection de saison. Les confitures maison font consensus.

Retour à Paris demain soir.

07:47 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (5)

11 mai 2012

l'effet Ferrat

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Voilà à quoi ça ressemble, des statistiques de fréquentation. A entre2eaux, les connections oscillent habituellement autour de 500 visiteurs par jour. Au 21 mars, un mois avant le premier tour et alors que je m'y exaltais, prenant part par ce biais à la campagne, la fréquentation tombait, soudainement divisée par deux : c'est le grand creux au milieu du graphe. Les choses sérieuses se passaient ailleurs, c'est évident. Je m'agitais néanmoins.

Et puis il y eut la lettre de Torreton à Jean Ferrat. Des mots sensibles mis sur la dérive haineuse et inquiétante du pouvoir, l'appel sourd à la raison pour garder espoir. La campagne venait de se terminer pour Mélenchon et les sept autres challengers, mais mon blog connaissait son pic, un niveau jamais atteint avec plus de 1000 clics par jour pendant trois-quatre jours, suivi d'une décrue assez rapide et une stabilisation au niveau d'avant. Comme s'il avait fallu, déception aidant, se retrouver sur des valeurs, se tenir chaud. Puis les choses sont revenues à ce qu'elles étaient. La rivière est finalement revenue dans son lit après l'étiage et la vague impétueuse. Il ne s'est rien passé en apparence.

Tiens, la crue et la vie des fleuves, c'est justement le thème du festival de l'Oh!, qui se déroule ce week-end, à Paris et en Val-de-Marne. Après Torreton, cela nous fera encore un peu de rêve. Ça tombe bien, on va en avoir besoin pour les semaines qui viennent...

07 mai 2012

le changement, et que ça saute !

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J'ai failli ne pas rentrer dans la foule. Une sardine n'y aurait pas retrouvé ses petits. Comprimé, balloté par là, puis par là. Un temps, avec le sourire, j'ai pensé que Mélenchon avait mieux organisé sa Bastille. Mais évidemment, c'était pour rire : ce débordement hier était frais, jeune. Et coloré. C'est ce qui m'a le plus frappé : tous ces jeunes de banlieue, qu'on n'avait pas vus pendant ces mois de campagne, qui avaient disparu des écrans de télé, à qui aucun candidat n'avait vraiment parlé, qu'on aurait cru disparus... Ils étaient là, hier, avaient retrouvé la parole, retrouvé la république, libérés du carcan, le poids de la négation ou de la stigmatisation enfin écarté.

Josiane Balasko avait dit à France 2 qu'elle était militante, mais pas du PS. Militante des sans-papier, militante des sans-logement. Et qu'elle pensait que François Hollande était un honnête homme. Au fond, cette déclaration m'a séduit et je l'ai reprise à mon compte.

Des étudiantes fauchées m'ont offert un gobelet de champagne. L'une d'elles m'a dit : "vous ne pouvez présidentielle 2012,françois hollande,bastillepas savoir combien je suis heureuse". Il y avait de l'espoir et de la joie au cœur. Et du soulagement.

Et  aussi des attentes. Le Front de gauche avait essaimé : drapeaux, stickers, de "l'humain d'abord" sur des tas de poitrines, heureuses de se retrouver là. Le changement, c'est la retraite à soixante ans maintenant. Le changement, c'est l'augmentation des salaires maintenant.

Un peu comme des attentes au pied du mur.

La liesse d'hier n'était pas béate. C'est peut-être pourquoi j'étais heureux d'en être.

06 mai 2012

dix ans

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Dix ans aujourd'hui, jour pour jour, que je suis en poste. Dix ans à la même place, dans le même emploi, avec le même employeur. Oh! j'en aurais connu, des vicissitudes, des contrariétés, des envies de tout lâcher, d'aller voir ailleurs : un sentiment de ne rien savoir y faire au tout début, des collègues castrateurs, une hiérarchie pesante, des bureaucrates à tous les étages, un délitement libéral insidieux... Tout je te dis, parfois même la suspicion, du harcèlement, des remises en cause.

Mais rien n'y fit. J'y suis toujours, à ma plénitude. Débarrassé de mes démons d'imposture, récompensé par le lien que j'ai construit avec mes collègues, fait de confiance et de solidarité dans l'adversité. Et puis il y a les gens avec qui nous travaillons : public, partenaires, prestataires, qui nous reconnaissent des valeurs.

J'ai aujourd'hui, là où je suis, et la paie, et l'utilité sociale, et la stabilité. Qui dit mieux ?

Dix ans : jour pour jour, Jean-Pierre raffarin recevait de Lionel Jospin les clés de l'Hôtel Matignon. La gauche était sonnée. Elle n'avait même pas pu disputer contre Jacques Chirac la mère de toutes les batailles.

Bulletin-Francois-Hollande-Primaire-socialiste_articlephoto.jpgAujourd'hui, nous y sommes, dans la bataille. L'adversaire est plus féroce encore que Chirac. La société en a été défigurée davantage. Ouf ! c'est peut-être ce soir que l'on sort du désert. C'est à portée de main. Derrière, il va falloir payer de nos personnes pour remettre l'Europe et notre pays sur les rails de la conquête sociale. Mais aujourd'hui, il n'y a pas à barguigner : tous derrière Hollande ! Sinon, on en reprend pour dix ans, et encore, dans la version la plus xénophobe...

11:16 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (4)

05 mai 2012

demain, on sera débarrassé d'un problème

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Ça fera déjà un problème de moins...

Après, y'aura tous les autres à s'occuper. Je souhaite bien du plaisir aux syndicats, les négociations avec un techno comme Hollande, ce ne sera pas toujours du billard. Mais au moins sera-t-on moins dans l'injonction et dans l'insulte. Juste un retour à la normale. Après cinq ans de violence et de honte.

Hier à Stalingrad, il y avait beaucoup de monde pour battre Sarko. Mais les averses et la grisaille étaient aussi au rendez-vous, comme pour souligner qu'il avait fait bien moins beau pour ce second tour que pendant la campagne du premier. Au premier, entre un Mélenchon en forme, et les Arthaud, les Poutou, on entendait le capitalisme mis à l'index, on parlait des ouvriers et de la condition modeste jusque sur les plateaux de télévision. Il y avait pour les misérables et les précaires, pour tous les petits de nos villes et de la campagne, des mots de combat et de solidarité. La dignité avait ses drapeaux. Et la finance du souci à se faire...

Entre les deux tours, outre le débat qui a ramené notre président au simple rang du roquet qu'il est, il n'y a eu que haine, les immigrés revenant au coeur de l'enjeu, plus stigmatisés que jamais. On en a ressorti les burqa, les horaires de piscine, on a parlé menus dans les cantines scolaires. Plus rien pour dénoncer le capitalisme. Plus rien pour espérer retrouver la retraite à soixante ans. Plus un mot pour remettre de l'ordre dans la condition humaine, avec chaque chose - le travail, la possession ou le partage - juste à la place qu'elle doit avoir.

J'espère que Sarko ne sera pas que battu, mais qu'il va se prendre une déculottée mémorable, preuve que la stratégie de la connivence avec le poison de la haine ne paie pas. Jamais...

Heureusement, il va ensuite y avoir la vague des législatives, qui va rouvir la vanne des débats. Peut-être à cette faveur le Front de gauche retrouvera-t-il les niveaux d'estime qu'il a conquis dans cette première campagne et les traduira-t-il en voix... Qui sait ?

Au moins sera-t-on heureux de se retrouver, encore et encore, et de construire l'indispensable révolution citoyenne qui a su se redonner une voie.

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01 mai 2012

parties de campagne

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La droite était au pouvoir depuis 30 ans sans discontinuer. Il y avait eu l'Indochine et l'Algérie, les pavés de 68 et la réaction drapée d'ordre moral, le premier choc pétrolier, puis le second, les diamants de Bokassa pour parachever le tableau. Il y avait eu aussi Pragues, et Budapest. Et Kaboul. Ferrat chantait sur le bilan, des certitudes vacillaient. Mais dans la campagne électorale qui commençait, il était question de changement. Et cet espoir était nourri de propositions concrètes, tangibles. Entre les 150 de Marchais, qui voulait tout prendre au delà de 40.000 francs par mois, et les 101 de Mitterrand, il y avait un espace de confrontation, une ribambelle de querelles, parfois violentes, il y avait toute une histoire, celle de l'affrontement séculaire entre l'ouvriérisme et la bienpensance. Mais il y avait l'espoir. Le changement palpitait de toute son envie dans des millions de cœurs, et s'y diluait la brouille de la gauche, obligée de se fondre dans cette déferlante espérance. Hollande a aujourd'hui des accents mitterandiens à ce qu'on dit. Mais il s'en tient à la constance et à la cohérence. De d’espérance, il ne reprend rien. Quelle chance a-t-il d'avoir en face un bateleur usé aux ficelles connues dont tout le monde est lassé !

En mai 1980, de l'autre côté du Rhin, Pina Bausch continuait à prospecter. A convier, entre théâtre et danse, de nouvelles formes d'expression corporelle. Sa révolte à elle, tout aussi féconde et promise à l'immortalité.

La scène du Théâtre de la Ville, transformée en grande pelouse depuis les coulisses jusque sous les 1980.jpgsièges du premier rang, accueille ces jours-ci "1980, une pièce de Pina Bausch", reprise par la troupe qui l'a créée il y a trente deux ans. Un grand pré où les acteurs-danseurs, de sketches en performances, traitent de la vie comme elle va. L'enfance n'est jamais loin, ni les travers dans lesquels chacun se reconnaît. Les prestidigitateurs et autres amuseurs publics y vont de leur numéros, s’enivrent d'eux-même sans voir que le public s'en est allé, tandis que les enfants s'ébrouent déjà ailleurs. Il y a dans cette fraîcheur propre au prè, dans ces couleurs tendres, où l'on est seul en même temps qu'on y est tous, un grand sujet social. Les névroses y explosent, tout comme le spectacle de la conso-pornographie. Des chansons folkloriques et une lente sonate de Beethoven pour violoncelle et piano baignent ces scènes d'une douce mélancolie. La distance qu'il faut pour voir la légèreté dans les hystéries collectives et dans leurs manifestations la quête du bonheur.

pina bausch,1980,présidenteille 2012,1er maiLes jeux, les illusions, les fanfarons, les pique-niques ou bains de soleil obscènes, un bol de soupe pour grandir à la façon de Coué, un micro qu'on s'arrache, des jambes qui se vendent et se marchandent... ces parties de campagne ne sont jamais loin de celles qu'on nous sert et dont nous nous serons bouffis ces derniers mois.

Jusqu'en ce premier mai où la journée des travailleurs s'est trouvée prise en otage de ces jeux vulgaires.

Du pré du théâtre hier soir aux rues de Paris cet après-midi, j'ai ressorti mon rouge.

Ma façon à moi de croire qu'en dépit de nos candidats, la petite veilleuse de l'espoir doit restée allumée. C'est dérisoire, mais ça m'a mis le rose aux joues.

29 avril 2012

la chute

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J'avais troqué Kurt Masur pour jean-Luc Mélenchon. Et délaissé la grande Anne-Sophie Mutter dans le concerto de Dvorak. Il faut que j'y aie cru, à cette campagne. Mes billets sont même devenus des confettis, puisque je n'ai trouvé aucun repreneur : tous mobilisés pour le Front de gauche apparemment, ou découragés à l'avance, car il s'agisssait de billets à 10 euros, avec mauvaise visibilité.

Au grand meeting de clôture de la Porte de Versailles, la visibilité n'était pas meilleure, mais l'émotion était au rendez-vous, chargée de dignité et d'espoir. J'ai profondément imprimé en moi le regard de jeunes filles à la lèvre tremblante, fières d'entendre parler d'elles, la nuque d'un grand blond, drapeau vert et rouge du parti de gauche dans une main, l'épaule de sa copine sous l'autre.

Nous y croyions. C'était avant que ne se mette en marche le grand bulldozer idéologique, la machine à nier, à ignorer, le photoshop de la politique qui met le FN en sur-brillance, au centre de l'image, et entoure du flou des affaires les questions essentielles. Qu'est-ce qu'on s'emmerde, dans cette campagne du deuxième tour, depuis que le vote utile a fait son oeuvre...

J'ai un regret. Jeudi dernier, soit exactement une semaine plus tard, au même Théâtre des Champs-Elysées, le même Kurt Masur, chef affaibli par l'âge et la maladie de Parkinson, est tombé. Un pas de trop en arrière, et son estrade trop petite l'a perdu. Au milieu du 3ème mouvement de la 6ème Symphonie de Tchaikovsky. Evacué vers l'hôpital, il se remettrait doucement sans que l'on sache, à cette heure, si on le reverra à la baguette...

Mélenchon, de son côté, devrait garder le manche. Je l'espère. Son franc parlé a pu éloigner des électeurs sensibles, ou exigeants, mais il a su crever l'écran pour se rendre audible aux hommes et aux femmes du peuple, ce qui n'était pas gagné d'avance. Peut-on le lui reprocher sans renoncer à l'existence d'une autre gauche capable de reconquérir les milieux populaires et de peser ?

J'ai effacé de mon blog les commentaires agités et vengeurs d'un soutien à Marine Le Pen. Non que le débat m'insupporte, mais parce que l'arrogance haineuse ne fait pas partie des valeurs que j'accueille sur ces pages. Et si certains ont le pouvoir de faire dégager le Front de gauche et sa percée des écrans de télés, moi j'ai celui de garder de la dignité à mon blog. Que le 'david' concerné par ma censure aille cracher le venin de sa mesquine hystérie ailleurs. Le racisme et le fascisme sont mes ennemis jurés !