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16 février 2013

une lune à économie d'énergie

nager sous les étoiles.jpg

Quelques congères mal fondues - signe qu'ici aussi, l'hiver a eu son épisode humide et froid -, une lumière claire et diaphane, presque bleue, une tranquillité apparente et rassurante... Me voici donc de retour à Budapest, pour ma semaine hivernale de pleine liberté. Débarqué de l'avion à 15h, de la navette de l'aéroport à 16, j'étais à 16h30 en maillot de bain, seul dans ma ligne d'eau pour 1500m de mise en jambe. D'abord sur le dos, j'observais sur mes retours le jeune quartier de lune gagner en intensité à mesure qu'il se décalait vers l'ouest et que le ciel s'estompait. La lune, c'est un repère plus malcommode que des dalles de faux-plafonds, pour se repérer dans un dos crawlé, mais c'est l'un des prix à payer pour ce rare privilège de nager hors les murs en cette saison. Puis seul dans une ligne, fut-elle de 50m, l'absence de repère visuel n'est pas un problème bien grave.

Le crépuscule s'est installé peu à peu, les projecteurs ne furent pas allumés tout de suite, de sorte que les yeux s'habituaient à cette pénombre.

J'ai donc pris mes marques, plongeant d'emblée dans mon grand bain de jouvence annuelle.

310.1031.jpgPersonne sous les douches ? Normal, et pas grave : ce soir, je m'offre le Coxx ! J'y escompte deux ou trois bières, et j'espère bien au moins autant de bites avec lesquelles m'amuser un peu. Ou me refaire. Dans ce domaine, j'ai un grave déficit à combler, je sature des vidéos et de ma main droite, et Budapest m'a jusque-là plutôt réussi.

Budapest sera sans doute aussi un petit retour vers ces pages, même si je me suis concocté un programme musical - léger !

Alors bon ski à ceux qui sont au ski (et à celles, y'a pas de raison), bon voyage à ceux qui ont la bougeotte comme moi, bonne drague à ceux qui veulent, bon week-end à tous les autres. Et bon courage à ceux qui luttent contre les plans sociaux. C'est encore eux qui ont le plus de souffle.

05 février 2013

nous les gueux

christiane-taubira-defend-le-projet-de-loi.jpg

Puisque la poésie de Léon-Gontran Damas a surgi du coeur du Parlement, invoquée pour diviser par la droite, alors qu'il est question d'abolir l'une des discrimination dont est encore entâchée l'institution du mariage, puis reprise avec brio, citée avec éclat, par notre infatiguable passionaria Christiane Taubira, voilà la part de dignité et de combat dont sont issus les vers qu'elle a fait entendre dans l'hémicycle. Hommage

damas.jpgnous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Nous à qui n'appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens

Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Qu'attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l'envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres

30 janvier 2013

"aucune différence ne doit servir de prétexte à des discriminations d'Etat"

Olivier, lecteur-veilleur de ce blog, m'a permis de découvrir en léger différé le discours de Christiane Taubira à l'Assemblée Nationale, hier. La ministre y a sobrement donné une belle leçon d'histoire et de dignité. Et Olivier d'ajouter :"C'est ce qui s'appelle poser le débat, ça fait du bien, ça change des invectives"

Je ne résiste pas au plaisir de partager ces 28 minutes de grande clarté. Chapeau!

 


24 décembre 2012

un baiser pour ma mère

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Cette Carmen ne méritait sans doute pas le dénigrement que la presse lui a réservé. Plastique froide, expression corporelle un peu rigide, certes, mais pas vulgaire. Une composition très classique, en vérité, la caserne y est une caserne, les brigadiers des brigadiers et la manufacture de tabac un sanctuaire fantasmé d'ouvrières délurées. Les tziganes y sont davantage roms que gitans, ils mendient et trafiquent plus qu'ils ne jouent de la guitare, et la montagne où ils se planquent a des allures de marché aux puces. Concession à une modernité qui ne règle pas son compte aux clichés.

L'orchestre est excellent, dirigé par un Philippe Jordan à son apogée d'élégance. Une tâche plus ardue l'attend, le semestre prochain, avec l'intégrale de l'Anneau du Nibelung. Quant à la distribution, elle est efficace et équilibrée. Ludovic Tézier est un peu enrobé pour être crédible en torréro, mais assure dans le civil en intrigant maffieux. Karine Deshaye est convaincante, mais elle gagnerait à introduire de la souplesse dans son jeu (Il est vrai que je l'ai vue à sa Première). Nikolai Schukoff est un Don José de toute beauté. Son chant manque d'un poil de brillance, mais son poitrail ni de poils ni de formes, et il apparaît extrêmement brillant dans sa composition.

Les scènes de cabaret ont le côté lupanar qui sied au livret, mais le travelo ou la stripteaseuse ont peu c_opera_national_de_paris_charles_duprat.jpgd'excès dans leur présence pour justifier du scandale. Ce fut une bonne soirée, avec une œuvre d'exception, un de ces grands opéras populaires, ma foi plutôt pas mal servi. Quand Michaela porte à Don José le baiser de sa mère, j'ai été parcouru de frissons...

Un baiser de ma mère ! Un baiser pour son fils !

"Ma mère, je la vois !... oui, je revois mon village ! O souvenirs d'autrefois ! doux souvenirs du pays ! O souvenirs ! O souvenirs chéris, vous remplissez mon cœur de force et de courage ! O souvenirs chéris !
Ma mère, je la vois, je revois mon village !"

Je pars vers notre village près d'Aix. Maman ne s'y est plus retrouvée seule depuis cet été. Depuis que ses angoisses sont devenues insupportables et qu'elle a commencé à en parler.

J'y étais allé en pleine saison de festival cet été, avec la résolution de lui consacrer plus de temps, de faire le voyage du village plus souvent. J'avais calé sur l'occasion deux opéras et des visites quotidiennes à la piscine Yves Blanc, à deux pas de mon ancien lycée, un bassin particulièrement agréable à nager. Et nous avions beaucoup parlé. De quelques menus-travaux à effectuer dans sa maison, à commencer par la cuisine tout en formica, qui n'a pas bougé depuis qu'ils se sont installés là il y a trente-cinq ans, mais dont l'évier s'est ébréché. Et puis maman m'avait longuement parlé de ces angoisses. Elles venaient la chatouiller la nuit souvent, à la faveur de réveils malheureux. Mais parfois, en journée, elles pouvaient surgir et la tétaniser. Imprévisibles, souvent intenses, elles tournaient parfois à la peur panique. Elles lui rendaient la vie épouvantable, même si le plus souvent, qu'on frappât à la porte ou que le téléphone sonnât, que quelqu'un se manifestât d'une façon ou d'une autre et elles éclataient comme une bulle de savon...

Médecins et psy en tout genre essayaient des traitements et des dosages. Entre antidépresseurs et anxiolytiques, ils avaient souvent eu pour effet d'aggraver les choses. Nous n'avions pas encore envisagé les batteries d'examen à venir.

A la fin de mon séjour, je la conduisais vers Foix, pour une courte escale estivale chez mon frère, avant un séjour d'été habituel dans le Quercy où les visites allaient se succéder, comme à l'accoutumée. Cet après-midi de juillet, j'étais loin de m'imaginer que les réflexions que nous avions convenu d'avoir avec mon frère, sur le grand avenir de maman, allaient ainsi tourner court et nous obliger à revoir les projets.

A soixante-seize ans, maman est naturellement affaiblie. Si elle n'y prend garde, elle peut même se vouter légèrement. Elle s'est tassée. Et son front porte la cicatrice d'une chute récente. Mais on lui a toujours donné beaucoup moins que son âge. Fraicheur physique, agilité des mains, c'était elle, le bricoleur de la maison. Et le jardinier. Elle a toujours tout su faire, sans avoir jamais eu confiance en elle. Excellente cuisinière, elle laissait les fourneaux à papa dans les grandes réceptions. Elle se réfugiait derrière son goût et son avis, puis derrière ceux de ses enfants, plutôt que de risquer de se tromper. Ses amis, elle a toujours cru qu'elle les devait à mon père.

Elle est comme ça, maman, elle a tous les talents, les a toujours eus, mais n'en a jamais rien su. Que l'on s'annonçât, et la maison était prête, les repas confectionnés pour trois jours, le frigo plein. Même si elle geignait de n'avoir pas assez ni assez bien fait les choses... Cet été encore, on pouvait dire tout cela d'elle. Les angoisses la perturbaient, mais elle était cette femme, belle, digne, et oublieuse d'elle-même.

Je ne sais pas comment je vais la retrouver tout à l'heure. Elle n'est plus retournée au village depuis l'été. La solitude est un état qui lui est devenu d'un coup insupportable. Une nuit seule est désormais inenvisageable. Ces six mois, elle a oscillé, entre la maison de mon frère et la mienne, aux deux pôles du pays. Nous nous sommes retrouvés une fois pour un long week-end dans la maison familiale du Lot, à Puybrun, pour les vingt ans de la disparition de papa.

Maman avait alors formulé des souhaits. Puybrun devrait devenir sa maison de référence, son domicile d'été. Nous allions vendre Aix et réaménager ici, pour qu'elle s'y sente comme chez elle, avec tous les espaces qu'elle affectionne, et les objets. Et puis pour le reste du temps, elle irait s'installer à Toulouse, dans une résidence sinon communautaire, du moins intergénérationnelle, avec des espaces communs, des lieux de vie et de rencontre. Une résidence qui ne serait pas une maison de vieux, mais où il y aurait de l'attention à l'autre, ça doit bien exister, non ? Et puis Toulouse, c'est tout près de Foix, et de Puybrun, elle y a cette partie de la famille qu'elle affectionne. Nous en étions là, espérant que les traitements la stabilisent.

Ces derniers jours, mon frère, chez qui elle était demeurée, m'a fait part de son impression. Il ne faut pas croire qu'un traitement fera des miracles. Elle ne vivra plus jamais seule. Ses angoisses génèrent des absences. Parfois tout va bien, et à d'autres moments, face à un petit problème, il l'a retrouvée prostrée, bras ballants. Plus d'une fois, elle a oublié d'éteindre le gaz après en avoir retiré une casserole, ou laissé la porte du frigo ouverte. Bref, elle n'est plus autonome, m'a-t-il dit. Plus autonome... Ce mot a raisonné terriblement dans ma tête le matin où il l'a prononcé au téléphone. C'était le matin de ma Carmen. C'est si loin de ce qu'elle est, de ce qu'elle était avant cet été. Si loin de l'impression qu'elle me donne encore certaines fois où je l'ai au téléphone.

iYM3d7fWycIo.jpgA l'entracte, j'ai parlé d'elle à François et Catherine, que j'avais associés à ma sortie. François est un ancien collègue. Je l'ai vu consterné, évoquant sa propre mère, une femme énergique et entreprenante, qu'il a vue sombrer en six mois, à l'âge de soixante-dix-huit ans. Je n'aurais pas du parler.

A la reprise, Micaëla revient en vélo donner à Don Jose des nouvelles de sa mère :

"Moi, je viens te chercher. Là-bas est la chaumière, où sans cesse priant une mère, ta mère, pleure, hélas sur son enfant. Elle pleure et t'appelle, elle pleure et te tend les bras ; tu prendras pitié d'elle, José, ah ! José, tu me suivras !
(...) Une parole encor, ce sera la dernière. Hélas ! José, ta mère se meurt, et ta mère ne voudrait pas mourir sans t'avoir pardonné."

J'ai pris pour moi cette injonction, et ai hâte d'être près d'elle pour ces fêtes, de l'entourer d'affection et de stimuler, autant que je le pourrais, celle qui est encore en elle quand elle n'est pas dominée par cet indomptable démon... Ce soir, c'est Noël. Je pars, je pleure, mais je veux croire en la mauvaise passe.

20 décembre 2012

désorienté

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Voilà, voilà, toujours vivant. Quoi que.

Une maman qui chancelle, une belle maman qui débarque, une hiérarchie qui perd la tête, et me maltraite. Un ouvrage qui se boucle. Des dossiers qui se ferment... Je perds le nord, le sens, le goût.

Bah ! Les fêtes vont y remettre de l'ordre. Ou Pas.

Heureusement, les desperate housewives sont revenues me visiter, en trois coffrets de saisons... Je reprends le cours d'épisodes abandonnés, qui m'apportent cette part de précieuse légèreté et me font toujours autant rire.

Je me suis aussi accordé un grand OUI au mariage pour tous, dimanche, et j'y ai retrouvé de nombreux amis.

Et puis ce soir, je m'offre Carmen, à Bastille : il paraît qu'elle fait scandale, avec sa tignasse blonde-platine, mais je n'ai rien voulu en lire pour préserver surprise et liberté de jugement....

Voilà voilà, donc. Toujours vivant. Juste un peu absent. Tu me pardonnes ?

18:36 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (8)

10 décembre 2012

le repos de l'iguane

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Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour. Ça, c'était dimanche, ma petite visite avec la Fée à l'exposition sur les Enfants du Paradis, à la Cinémathèque française. Il y a des moments comme ça. Faut qu'on se parle d'amour, de patience, de l’œuvre du temps, de la confiance en des promesses jamais faites. Croire qu'à force de servir à quelque chose, d'être là tout simplement, ça finira par se voir. Alors viendra le pardon. A moins qu'il ne fut là dès le début, le pardon. Nouveauté ? La nouveauté, c'est vieux comme le monde. Les dialogues de Prévert sont incomparables. C'est un les-enfants-du-paradis.jpgastre lunaire quand on ne sait plus vers où se tourner.

A mon travail, je traverse des temps difficiles. Question de hiérarchies. D'incompétences, aussi, s'il n'y avait pas de suffisance à le dire. Une tension exacerbée par de douloureux choix budgétaires où la culture a comme chaque fois vocation à jouer les parents pauvres. L'esprit vengeur se réveille alors, part à la rencontre de l'oiseau chétif, le dépeint en iguane à quatre têtes pour parvenir à ses fins. Les contre-feux sont alors risqués, instables, hésitants à s'allumer. Saurai-je me replier à temps pour repartir la tête haute sans y laisser mes plumes ?
 
Mon ostéo m'a offert une belle heure et demi de détente et de lâcher prise en fin de journée. Je n'avais besoin que de ça.
 
Une inattendue prise en main, au vrai, un massage de pied en cape, d'abord étendu sur le ventre pour qu'il s'applique sur les épaules et le long de la colonne. De son avant bras tout à plat, qu'il faisait glisser et rouler perpendiculairement à mon dos, il s'est employé jusqu'à mes reins, a rabaissé mon slip à demi sans inutile précaution et a inclus mon bassin dans le champ de son travail manuel. J'avais la gaule quand il m'a fait mettre sur le dos et a manœuvré mes épaules et ma nuque. Le haut de mon 22779-503202b6aca24..jpgcrâne effleurait son pantalon à chacun de ses va-et-vient. Je ne le voyais pas mais l'idée que ce contact fut voulu aggrava mon cas. Il m'a délaissé quelques dizaines de minutes avec une cire chaude sous les omoplates, recouvert de deux grandes serviettes. Je ne changeais rien à la position impudique de mon slip, rêvassais, bandais, finalement somnolais. A son retour, il m'a ôté les chaussettes et s'est attaqué à mes pieds, travaillant les orteils avec sensualité, puis la plante, les chevilles et les mollets. Sa main remontait à quelques reprises jusqu'à mi-cuisse. L'idée qu'il tentait quelque chose ne m'a pas quitté de toute la séance, sans pourtant que ce ne fut assez explicite pour que je m'autorise une audace. J'ai fini alangui, seul, encouragé dans mes exercices habituels avant de me rhabiller et de laisser mon chèque. L’ambiguïté en guise de signature.

J'y retourne dans une dizaine de jours. Peu de chance que ce ne se soit arrangé, au travail, d'ici-là. Si ça ne fait pas de bien à mon dos, ça ne lui fait pas de mal non plus, et puisque le slip descend plus bas d'une fois sur l'autre, il finira peut-être un jour à mes chevilles...

Ah ! Vous avez souri. Ne dites pas non vous avez souri.

16 novembre 2012

cinq ans, le miroir dépoli

le miroir dépoli.jpg

Ça faisait un petit moment déjà que ma copine Fiso me tannait le cuir, montrant et démontrant le fonctionnement de la chose et sa simplicité. J'avais passé tout l'été à fréquenter le blog de WajDi, mon mirage amoureux, même durant son mois de jachère estivale, et m'y étais fait de nouveaux amis qui m'encourageaient également. Boby notamment, alors qu'il accompagnait dans une lancinante supplique ce qui allait être, à peine un mois plus tard, la disparition de sa femme. Un monde nouveau s'était ouvert, et la tentation était grande. Je m'étais fait connaître sous un curieux pseudonyme, dans l'improvisation d'un dimanche matin à l'occasion de mon premier commentaire fébrile chez WajDi. Je resterai donc Oh!91.

Mon modèle, c'était Fiso. J'opterai donc pour Hautetfort et lui resterai assidu.

J'avais de nombreuses raisons de me voir instable et suspendu, ce serait donc "entre deux eaux".

Je n'ai rien changé à ces partis pris initiaux, même s'ils avaient été peu réfléchis.

Au début, je parlais de mon coming out attardé, de mes amours de jeunesse, secrètes et douloureuses. Au premier jour, un voyage de nuit vint rencontrer ma trajectoire et resterait l'amie fidèle de mes brunchs et de mes pains perdus.

Puis je mêlais à ces histoires anciennes le récit des rencontres coquines qui égayaient mon quotidien. Balmeyer m'en fit un jour une réputation qui se répandit sur la toile. J'ai vite aussi croisé cette intimité à l'expression de mes convictions et à l'urgence de certains combats. Je racontais notamment la lutte contre la menace d'expulsion qui touchait un ami japonais, un amant, dont je tombais amoureux sous tes yeux sans même m'en rendre compte. Presque par anti-sarkozysme.

Vint alors le temps du chagrin d'amour. L'extimité de ces pages devint poignante, entêtante, pour moi en tout cas, et sans doute thérapeutique. C'était le moment de me donner une bannière.

Les chemins de la reconquête prirent des détours vers la grande musique et l'opéra. Encore de nouveaux mondes qui transformèrent mon intérieur et dont je poursuis chaque semaine l'exploration.

Des amis d'ici m'ouvriront des horizons, des talents d'ailleurs me déniaiseront. Et ils savent que.

Un chercheur me fera écrire des pages et des pages pour les besoins de son étude.

La maladie de ma nièce m'inspirera un chant d'amour. La mort de Ferrat un sourire clair.

Et puis la lassitude viendra. Par vagues éphémères, ou comme inéluctable, m'incitant à un nouveau tempo, moins éreintant.

Le phénomène Mélenchon m'aidera à trouver une place dans une campagne électorale partie pour n'être qu'hypocrisie. Et à reconnaître l'optimisme.

Bref, j'ai consigné : ma vie et ma mémoire, par petites touches inégales dont je ne renie rien.

J'eus mes amoureux, réels et virtuels, mes anges protecteurs, mes sources, de Gaza ou de la Deûle, jamais déchus. J'eus un filleul, qui délaissa vite sa tentative, pourtant prometteuse.

J'eus du bonheur à me voir beau dans ton miroir, puis-je l'avouer ?

J'ai appris à écrire. Appris à penser. A construire un message. A concevoir une idée. A te balancer une émotion à la gueule. A exprimer un sentiment. Appris à vivre autrement que dans le doute.

Il y a cinq ans aujourd'hui, d'un clic, je m'installais ainsi sur la toile pour venir à ta rencontre. Nu. Anonyme mais transparent. Et toujours à ta portée.

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illustration : peinture d’Anne Kruchten

11 novembre 2012

pédale douce à gauche

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Je suis compétitif. Je crois même hyper-compétitif. Car moi aussi j'ai mon rapport que j'ai remis à mon président. Mais moi, je l'ai pondu en trois mois et demi, et pas en six. Il fait 120 pages, s'il-te-plaît. Quand le rapport Gallois n'en fait que 67, pfff ! Et il compte quarante propositions, quand le rapport Jospin s'arrête à 35... Compétitivité zéro, ces deux là, ou alors incompétents parce que cumulards ? Allez zou, au placard ! Il faut être com-pé-ti-tif ! C'est l'époque qui veut, ou la crise, c'est la guerre et il n'y a pas de place pour tous, dans le monde merveilleux des appels d'offre. Alors c'est Gallois ou moi, un point c'est tout. Jean-Marc, tu ne serais pas un tantinet décliniste ?

Jean-Marc Ayrault me ressemble, en vérité. Il n'est pas dans son rôle. Il surjoue. Dépassé, conscient de ses limites et de son usurpation, pétri de culpabilité mais néanmoins au charbon, taraudé de grandes et de petites choses à se prouver. Le coup de menton contre ses adversaires, lorsque son clan l'observe, ayrault AN.jpgdans l'hémicycle, et le verbe conciliant en privé, l’œil connivent quand tout s'apaise autour d'une table.

Comme moi, je suppose que le bas du dos lui fait mal de temps en temps. Qu'il aimerait avoir plus de temps pour faire du sport et entretenir sa santé. Que son sommeil est agité. Et que décidément, ces putains d'hémorroïdes !... Comme moi, il a des fourmis dans le pied gauche, je suis sûr, mais quand ça veut pas, ça veut pas. Comme moi, je suppose qu'il a acquis, pour se détendre et bien engager ses nuits, un tout nouveau piano et qu'en l'absence de chauffeur, il roule désormais avec un boîtier automatique. Un piano et un boîtier automatique, c'est juste terrible pour le pied gauche, cloué au pilori, au repos complet. On l'oublie, on l'ignore, il devient mou du genou et seuls quelques petits fourmillements viennent t'en rappeler l'existence. Faut l'excuser, c'est mécanique. Et c'est normal qu'il préfère alors perdre de vue qui l'a mis où il est.

En plus, ses semaines à lui font bien plus que 39 heures, alors y'a pas de raison ! Et puis il doit essuyer des réprimandes continuelles. Celles de l'adversaire, sur la place publique. Et celles de ses amis, dans le secret des règlements de compte, lorsque ses maladresses agacent.

ayrault au medef.jpgEncore que. Il vaut mieux qu'on parle des gaffes, non ?, et que les procès s'arrêtent aux portes de l'amateurisme, ça évite qu'on ne creuse trop les sujets de fond : cette compétitivité, là, justement, ce bidule qu'on nous promet en choc ou en pacte, en bloc ou en kit, et qui ne veut rien dire d'autre que la promesse d'une baisse vertigineuse de ton niveau de vie, de celle des gens simples, s'entend, dans le large spectre qui va des milieux déjà exclus jusqu'au milieu des classes moyennes. D'Athènes à Paris, les détenteurs de l'ultrarichesse, l'oligarchie capitaliste qui gouverne le monde n'a rien trouvé de mieux pour, à court terme, préserver ses privilèges exorbitants, et il ne faut jamais insulter trop bruyamment les cercles qu'on aspire à intégrer pour réussir sa vie... Les bienheureux bavardages médiatiques noient tout ça dans une bouillie consensuelle couleur fluo, avec toute l'apparence du bon sens commun. Et tant qu'on peut porter une marinière pour témoigner de son patriotisme !
 
Je ne suis pas prêt de la vendre, ma voiture, avec tout ça. Elle est pourtant bien française, ma petite Mégane !

Moi aussi, quand j'étais petit, je me coinçais le doigt dans une porte et je pleurais très fort, juste pour pas me faire gronder quand j'avais eu une mauvaise note...

Donc va pour la pédale douce à gauche ! On y gagnera au moins le mariage pour tous, ça mange pas de pain, et ça fait au moins une différence avec la droite.