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14 décembre 2013

...où je suis étranger

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L'amour, la mort, la vie.

Avant de nous dire adieu. Tu te rappelles cette chanson de Jane Manson ? Je finissais ma 6ème, je ne savais pas ce que voulais dire faire l'amour, mais cette voix déchirée, qui invoquait l'amour avec l'énergie du désespoir, berçait mon enfance tranquille et nourrissait un sentimentalisme adolescent.

J'aime. Je fais l'amour. Je découvre des jeux nouveaux. Une passion nouvelle. Je partage l'attente, l'impatience, le plaisir, des touchers simples et plaisants. Je retrouve une vision heureuse de l'avenir. Le temps ne lasse rien, il structure, c'est tout.

Mon blog est donc mort, si je veux bien en parler sans déni.
 
Non que le temps me manque, il me manque, oui, bien sûr, mais bien davantage le désir parce qu'il n'y a désormais rien à combler. Le désir d'écrire s'est tari. Je sors beaucoup, au théâtre par la force des choses, à l'opéra toujours, au concert, mais je fructifie mes émotions ailleurs et autrement, je cultive les métamorphoses qui se font au-dedans de nous.

C'est brutal, la mort. Surtout quand elle te prend jeune et par surprise. Cet été, l'amour m'avait conduit ailleurs, pour décantation, je feuilletais de nouvelles pages. Puis je me suis retourné et je me suis vu mort. Mort à la blogosphère. Mort aux réseaux sociaux. Elle te laisse penaud, la mort, sidéré, pantois. Et frustré à cause de l'éternelle question sur ce qu'il y a derrière...

A tes faire-part, qui m'ont touché au fond du cœur, presque à me donner envie d'y revivre, je te dois au moins cette confidence : depuis six mois que j'ai congédié mes obligations blogophiliques, l'amour émerveille chaque parcelle de ma vie. Je regarde avec bonheur mon soleil exhumé, m'émeut de ses fragilités, m'étonne de sentir sur ma peau la douce chaleur de ses rayons.

Mon blog est donc mort. La mort, d'ailleurs, ne cesse de venir manifester son impatiente disposition, comme pour m'interdire d'oublier sa nécessaire brutalité.

D'abord Boby, à qui la naissance de mon blog était si étroitement liée, et qui a fini par accomplir son projet irréparable. Puis un jeune collègue de 45 ans, un technicien du spectacle, prince maure au sourire titan, venu ainsi me glisser à l'oreille qu'on meurt encore du Sida, surtout quand d'affreux tabous familiaux s'en mêlent. Guîte ensuite, la bonne amie de ma maman - une chute d'escalier -, puis Henri, l'un de ses derniers voisins, qui avait été mon professeur de physique à l'université il y a trente ans, malgré ses lourds handicaps. Patrice Chéreau, dont la brillantissime Elektra avait illuminé les regards à Aix en juillet, pour mon plus grand enchantement. Mon oncle Mandela, l'immortel héros du temps et de mon intime jeunesse, emblème d'un vingtième siècle où les espoirs de libération humaine étaient encore permis, et qui me laisse veuf des combats où je me suis façonné...

La mort sur scène, la mort dans l’apparat, la mort dans la vie, la mort sur la toile. Ce n'est donc rien, un blog qui meurt.  Rien n'est précaire comme vivre. Juste une pause dans des quêtes ou des frénésies morbides. Et peut-être le début d'autres vies.

A 3 heures cette nuit, j'aborde ma cinquantième année. En quelque sorte et à mon tour, j'arrive où je suis étranger. Et toi Estèf, qui avec ton sourire clair étais venu à ma rencontre dans un des couloirs sombres d'entre-deux-eaux, chargé d'une chaleureuse bienveillance, toi qui a cheminé longtemps ensuite à mes côtés, avec à la main ton sac à secrets, voilà que tu te lances. Que tu offres aux vaillants survivants de la blogosphère un nouvel horizon, et à toi-même un sentier où trimballer tes vérités.

C'est tout toi, ça : à la mort, répondre par la vie. Arriver où... tu ne seras peut-être pas si étranger. Va, chemine, autant qu'il te plaira, tu verras, par delà le fracas du monde, les promeneurs ne manquent pas pour faire un brin de causette à chaque portion de route.
 
Merci, ce faisant, de me donner l'occasion de transgresser, d'offrir à la fin de mon blog autre chose qu'une queue de poisson, et de dire à vous tous, les amis précieux qui m'avez suivi si fidèlement, combien je vous aime et vous suis reconnaissant. Rien comme être n'est passager, C'est un peu fondre pour le givre, Et pour le vent être léger.
 
Bon vent, Estèf !