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13 juillet 2013

l'art difficile de la balançoire

emmanuelle urien,l'art difficile de rester assise sur une balançoire,déception amoureuse

Un concours de circonstances qui m'a pourri la journée d'hier, finalement si dérisoire à côté de ce qui allait suivre, m'a fait croiser le 3657 cinq minutes avant qu'il ne se crashe en gare de Brétigny, douze minutes après que j'y fus moi même, dans un train roulant en sens inverse. Moi qui ne prends jamais le RER, mais qui payais d'un invraisemblable ballet d'allers et retours à travers Paris et sa banlieue, valises et bagages à la traine, l'oublie à Aix-en-Provence, de la clé de chez moi et de celle de ma voiture, me suis retrouvé tout près du drame, finalement juste bloqué en gare de Juvisy par l'arrêt complet et total de tout trafic sur la ligne C.

Guerrit-on jamais d'un chagrin d'amour ? Je  me croyais engagé sur un chemin de rémission. J'avais mis à distance les hurlements nocturnes ayant trouvé un havre où reconstituer désir et plaisir. J'y avais travaillé depuis des mois, avec des pas concrets et décisifs, avais arrêté les sacs de courses remontés de Carrefour-Market, les paniers de linge sale transportés en banlieue, les comptes arrangés et les petits cadeaux coûteux. J'avais ainsi pu rencontrer Maurice et envisager un autre possible.

Dans son dernier roman, L'art difficile de rester assise sur une balançoire, dont je lui ai subtilisé un exemplaire emmanuelle urien,l'art difficile de rester assise sur une balançoire,déception amoureuseun jour de mai où, avec son ami Manu, ils m'offraient une nuit d'hospitalité à Toulouse, Emmanuelle Urien a inventé un mot pour ça : la doulhaine. Ce mélange de douleur et de haine qui te ronge, te prostre, t'obsède, et qui te colle aux basques plus sûrement qu'un vieux chewing-gum ramassé sur un trottoir. Dans son récit, la narratrice perd une famille idéale : un couple admiré pour son entrain et sa complicité, trois enfants parfaits élevés parfaitement par des parents parfaits, un statut social et familial enviable en tout point, tout cela en définitive soufflé par l'infidélité de son mari avec... sa meilleure amie.

Moi, je n'ai jamais rien perdu de construit. Je n'ai jamais égaré qu'un rêve, qu'un idéal théorique, inexistant et inenvisageable, mais qui fabrique de la nostalgie et de la mélancolie à n'en savoir que faire par un emballement insensé du presse-purée logé dans la boîte crânienne.

La Pauline d'Emma tente de juguler sa doulhaine par le meurtre, imaginaire, de l'époux infidèle. Tout doit disparaître. Même si la vie réelle, en l’occurrence la présence d'enfants à garde partagée, se charge de rendre la tentative plus sournoise qu'il n'y paraît.

Incapable de pareille radicalité, au lieu de couper les ponts, je les ai recherchés, sollicités, dessinés sans cesse, et encore avec abnégation. Je me suis raconté une autre histoire, une histoire raisonnable, où je suis fort, où j'admets la liberté de l'autre dès lors que l'amour ne se contraint pas, où l'amitié est possible, voire évidente malgré tout. Une histoire où le projet permet de supporter l'attente - des sorties, des concerts, des petits voyages inscrits au calendrier... Une histoire où importe peu le rejet amoureux, l'infidélité, pourvu que l'amitié soit sincère, la reconnaissance intacte et quelques caresses permises. Une histoire où parfois la pierre vient à manquer, comme le bois, pour achever les ponts, une histoire où l'énergie mise à creuser les fondations et à hisser les poutres croît autant que décroissent les projets, la sincérité et les caresses. Une histoire de perdition, en somme, où tu t’avilis pour un impossible incandescent. Avec moins de style, crois-moi, que n'en a Emma dans ses romans.

Alors oscillent en toi au gré des jours, des semaines, des sourires, d'une invitation au restaurant, la douleur et la haine, la haine t'aidant à croire possible de tourner la page, et la douleur inscrivant dans tes entrailles l'insondable nostalgie du rêve inaccessible. Entre les deux parfois, de plus en plus fugace, l'illusion d'un échange, ou d'un partage, où tu te crois compter. Mais l'aiguillage est défectueux et tu dérailles sans autre forme de procès. La gare de Brétigny du 12 juillet à 17h02 est forcément suivie de la gare de Brétigny de 17h14. Et pourtant tu t'obstines à marcher sur le quai.

emmanuelle urien,l'art difficile de rester assise sur une balançoire,déception amoureuseTiens ! Mon ami d'amour m'a rejoint pour trois-quatre jours à Aix, à l'occasion du festival d'art lyrique. Que cette expression est bête à présent, tellement surannée. Mon amour, il le rejette et son amitié, inconsistante et intéressée, où dominent les reproches, ne peut plus que blesser. En dehors d'Elektra et de deux autres spectacles, c'était une mauvaise idée. Il était ailleurs, je ne pouvais qu'être déçu et réveiller la doulhaine. Évoquant à distance sa présence dans un SMS à mon Maurice, j'ai de surcroît réveillé chez lui des doutes et une vulnérabilité qui l'ont beaucoup affecté, là-bas, en Italie, où il est parti se ressourcer une quinzaine de jours. La distance agit comme une loupe.

Du coup, je me suis essayé à un pas de plus, hier, en jetant rageusement le double de ses clés, dont j'étais toujours détenteur, dans sa boîte aux lettres. Geste futile au regard des dévastations du jour, mais essentiel. Reste le violoncelle. Là, nous serons à la racine. Oserais-je l'arracher, autrement que pour espérer une réaction ? Saurais-je une fois pour toute oublier mon orgueil pour me tourner vers  la vie ?

Commentaires

Attention à ne pas tomber de la balançoire !
Prends soin de toi, laisse tomber l'orgueil, va où on te désire
Chaleureuses pensées

Écrit par : olivier | 17 juillet 2013

-> olivier -> Merci de ta bienveillance. Je me suis tourné vers la vie, vers le désir et vers la confiance. Résoluement et au diable tout le reste. Le chemin demeure passablement cabossé néanmoins. Alors je m'attaque aux ornières parce que j'ai envie d'y croire. J'espère avoir assez de ressources pour les combler, pour rassurer, pour partager l'envie et estomper la crainte... Bonnes vacances...

Écrit par : Oh!91 | 25 juillet 2013

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