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02 juillet 2013

un livre blanc-miroir

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Le Livre blanc a donc fini par s'ouvrir à moi. Un livre chargé d’errances, aux plaies douces. Une autobiographie tendue comme un miroir, où se bousculent la peur, la mort, la chair, la honte, le spasme, le vertige, tous à portée de l'amour dont ils assurent l'illusion.

Cocteau, grand prêtre d'un siècle disparu, anonyme fortuit comme purent l'être à mes oreilles des Boris Vian ou autres Pierre Dac. Témoin transparent d'une génération enfuie, il était une évanescence, la vague anticipation d'une audace érotique. L'amant de Jean Marais, ça oui, à l'envie et depuis longtemps. Un grand inconnu, en somme, petitement notoire, à la modernité niée.

Jusqu'à ce que me tombe sous la main et dans le blanc des yeux ce Livre blanc, de Hazem El Awadly. theâtre nout,le livre blanc,jean cocteau,hazem el awadly,lionel chomat,pierre adam,homosexualité,théâtreC'est finalement ce dimanche que je m'y suis plongé, au Théâtre Nout, à deux pas de Paris, en la paisible Île-Saint-Denis.

Hazem El Awadly n'a pas seulement mis en scène Cocteau. Il a tiré de son roman juvénile et anonyme, profond, essentiel au sens étymologique du terme, une adaptation généreuse, incarnée, palpitante.

Bien sûr, j'y ai reconnu mes déambulations initiatiques et mes lieux de perdition, le son feutré des gouttes qui perlent et s'écrasent dans un écho sourd au pied des bassins vaporeux. J'y ai retrouvé mes lumières aveugles, à la tension chancelante. J'y ai retrouvé toute la matérialité même de mon dépassement et de mes convulsions. Ma sortie tardive du cocon. Ces premières mains qui un jour vinrent, sous l'eau, caresser mon membre tendu comme un arc. Mais j'ai surtout découvert un auteur qui raconte la vérité d'une oppression insupportable, socialement construite, appuyée de gardes chiourmes moraux, bourreaux inconscients peut-être de leur cruauté mais néanmoins impardonnables.

theâtre nout,le livre blanc,jean cocteau,hazem el awadly,lionel chomat,pierre adam,homosexualité,théâtreLionel Chomat y joue l'auteur, nu d'un bout à l'autre de la pièce, en proie à un désir parfois non dissimulé, à ses démons et à leurs chasseurs. Pierre Adam endosse tour à tour les habits des amants qu'il déshabille, inconstants ou espiègles, effrontés ou déchirés. Le reste de la distribution est tout autant engagée, dans le désir, dans la coercition, dans le tourment des alentours.

La jeunesse dorée et révoltée de Condorcet t'apparaît dans un rap de cité, la parole du monde extérieur est chorale, comme les voix intérieures qui racontent les combats intimes. Le sexe est cru, s'exhibe impudique, parfois chargé de toute la beauté du monde. La révolte et la sensualité se fondent l'une dans l'autre, sans que l'on sache laquelle des deux vient frapper à ta poitrine ou t'arracher une larme. De ce regard clivé dans le tien, qui semble s'y accrocher, tu te surprends à aimer et déjà la douleur du destin te rattrape.

Le récit coule, intime, rompu par des séquences scandées, qui ne sont pas sans rappeler les techniques de diction de Nicolas Hocquenghem avec sa Compagnie théâtrale de la cité. On n'est pas dans le sur-jeu, mais dans le surlignage et le contrepoint, à la façon des théâtres d'Orient.

A la fin de la représentation, Pierre Adam qui jouait cet après-midi-là en présence de ses parents, me le_livre_blanc.jpgdira qu'il y a tant de beauté dans ce texte et dans ce combat, que tout ce que son interprétation peut comporter de scabreux s'efface comme un élément de décor, et qu'il avait donc pu jouer sans gêne. Habillé par le sens.

La réussite de ce spectacle réside sans doute dans la foi qu'y mettent les comédiens et comédiennes, à la fierté qu'ils tirent d'être dans cette aventure artistique. Et l'on conçoit, au soin qu'ils mettent à t'accueillir, à te décrypter à ton insu tandis que tu bois un verre en bavardant avant d'entrer dans la salle, que rien n'est superflus dans ce projet conçu comme une rencontre, un pétale émancipateur.
 
Avec sa gueule et son corps de jeune premier, Lionel Chomat vit son rôle de Cocteau comme un privilège, et il me dira qu'il lui avait importé d'avoir perçu avant de jouer qui allaient être ces regards qui le scruteraient dans le noir de la boîte. J'espère pour lui qu'une fois lassé, si cela arrive, il en sera propulsé.

Dommage, vraiment, que certaines représentations en viennent à être annulées faute de spectateurs. Cette production mérite de triompher chaque soir, et de s'offrir en tournée dans des salles parisiennes et de province. Beaucoup de programmateurs gagneraient à se départir de l'obscénité des tartuffes qui s'interdisent un propos au prétexte de bites dévoilées. La nudité est partout sur scène aujourd'hui. Serait-elle moins flatteuse quand elle parle de la libération homosexuelle ?

En attendant, précipite-toi, Le Livre blanc se joue jusqu'au 21 juillet seulement. De mon côté, j'y reviens le 12, à mon retour du festival lyrique d'Aix. A la fois pour découvrir un changement annoncé de mise en scène, mais aussi dans l'espoir de retrouver le regard maquillé que j'ai cru voir me scruter et qui m'a tant troublé dimanche. Et cette fois, j'y emmène du monde !

Commentaires

Vu il y a quelques années ( nous étions 5 dans la salle )
j y allai me demandant comment on peut extraire un spectacle du Livre blanc, le mettre en scène.
Paris largement tenu et j avais aussi apprécié l atmosphère du lieu..

maintenant, le festival d Aix... tu fais des envieux!!
raconte nous..

bon été

Écrit par : Gilles | 02 juillet 2013

Que dire d'autre à part Wouahou et merci pour ce billet, que cela fait plaisir a lire!

Écrit par : @liolipop | 02 juillet 2013

C'est bon, suis emballé! Je file chercher les places ;-)

Écrit par : Yo | 02 juillet 2013

-> Gilles -> Si tu as aimé l'atmosphère du lieu, le théâtre proposera dès la rentrée une tétralogie de Cocteau. J'en ai eu hier un nouvel avant-goût : toujours autant de discernement et d'efficacité dans le jeu...
-> @liolipop-> Bravo juste à toi et à tes camarades : votre performance est vraiment brillante ! Après avoir vu "l'école des veuves" hier, j'ajoute que vous avez une belle palette dans vos jeux...
-> Yo -> Alors ?

Écrit par : Oh!91 | 13 juillet 2013

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