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09 avril 2013

lettre ouverte à Philippe Torreton

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Encore un effort, Philippe !

Tu permets que je t'appelle Philippe ? C'est une façon d'établir la sincérité de ma démarche, d'exprimer la sympathie que je te porte, et de manifester mon admiration pour le courage de ta parole, malheureusement trop rare dans l'entre-soi du show business.
 
Si je m'autorise cette familiarité, c'est aussi pour plagier le ton que tu as choisis d'employer pour adresser tes remerciements à Jérôme Cahuzac, dans l'admirable tribune que tu as publiée hier dans Libération.

Et puis, je te dois des excuses : entre les deux tours de l'élection présidentielle - mon Dieu, il y a déjà jeröme cahuzac,philippe torretton,moralisation de la vie politique,vie républiqueun an et nous n'avons rien vu ! - je postais ici la lettre à Jean Ferrat que tu avais écrite à sa mort, car je venais de la découvrir par un mail anonyme, et elle avait à ce moment-là une résonnance forte. Cette publication valut à mon blog un record de connexions, toutes époques confondues, et un flot inégalé de commentaires dont beaucoup étaient des remerciements simples, venant de gens simples, qui croyaient te les adresser alors qu'ils me les confiaient. Je n'avais pas su alors comment en porter l'écho jusqu'à toi. Voilà, c'est fait et j'en suis soulagé.

A mon tour, donc, de te remercier. Avec une même sincérité que celle que tu emploies à l'endroit de Jérôme : non feinte. Je vois dans ta lettre l'occasion d'une mise au point comme tu vois dans l'affaire Cahuzac l'occasion d'un retour à gauche de la politique gouvernementale. Tu préconises un sursaut fiscaliste, une moralisation politique, la pénalisation de la faute en politique. C'est dans la lignée de ta réaction à l'évasion fiscale de Gérard Depardieu, et cet ancrage moral qui réjouit les coeurs de gauche dans sa constance, est honorable et salutaire.

Seulement voilà, mon cher Philippe, je crains qu'il ne suffira pas de repeindre les murs en blanc pour que les hommes et les femmes qui constituent le pouvoir d'aujourd'hui ne redonnent sa virginité à la gauche. La gauche leur est devenue lointaine dans leur pratique, mais aussi dans leur visée. As-tu entendu l'autre soir François Hollande rappeler sa priorité au désendettement ? L'as-tu entendu annoncer que, vu l'allongement de l'espérence de vie, il faudrait retarder encore l'âge de départ à la retraite - ou plutôt augmenter le nombre des années de cotisation, ce qui revient au même ?

Pourquoi, Philippe, ne ligoter la gauche qu'à sa bonne conscience morale, à son éthique républicaine, et la dédouaner de ses impérieuses obligations économiques et sociales ?

Le Pape peut bien, pour Pâques, baiser les pieds de jeunes détenus dans une prison pour mineurs de Rome, mais à quoi cela sert-il si c'est pour stigmatiser l'usage des préservatifs et condamner le droit au mariage pour tous ?

Voilà où en est notre gauche ! A quoi sert-elle, quand bien même serait-elle capable de se moraliser, quand bien même en connaitrait-on le patrimoine, si ce n'est pas pour augmenter les salaires ? Si ce n'est pas pour remettre en cause les dogmes libéraux qui interdisent la dépense publique ? Si ce n'est jeröme cahuzac,philippe torretton,moralisation de la vie politique,vie républiquepas pour redonner de l'air aux services publics, redonner de la motivation à ses agents, et du goût pour le vivre ensemble à toute la société ? Si ce n'est pas pour vraiment tourner les pages Thatcher ?

A quoi sert-elle si elle n'apporte pas à chacun la sécurité de l'emploi, du revenu ? Si elle ne promeut pas la transition écologique de nos villes, de nos campagnes et de notre industrie ? Si elle est incapable de dessiner une nouvelle sobriété à la fois sûre et heureuse ?

A quoi sert-elle si les acteurs culturels - hors-mis ceux qui se sont bien logés dans les brillantes niches marchandes - se voient tous asphyxiés, si le spectacle et la création n'ont plus droit de citer dans les quartiers ni les campagnes, parce que nos communes, nos départements et nos régions n'ont plus de moyens à leur consacrer ?

Philippe, crois-moi, en homme de gauche : l'affaire Cahuzac peut constituer l'occasion d'un sursaut, je te suis. Mais alors, c'est toute la politique qu'il faut revoir, tout son lien à l'argent, tout son rapport au peuple. Encore un effort, Philippe, avance, n'aie pas peur de la gauche au pouvoir, puise dans ta lettre à Ferrat, redonne-lui des couleurs, avance encore, concrètement, avec du contenu, oui, du contenu. La vie politique doit être moralisée, oui, mais pas parce "le pays est en tension", pas à cause des "efforts considérables demandés aux Français". Au contraire, pour en finir avec ces sacrifices mortifères et ces mutilations vaines.
 
Tiens, regarde ces trois domaines, juste ces trois-là, ne pourrais-tu me suivre à ton tour ?

1/ D'abord le revenu. Bon, toi comme moi, on a un revenu, disons, confortable. Plus toi que moi, mais je ne me plains pas. Je peux manger, nourrir mes proches, aller au spectacle, prendre soin de ma pauvre maman vieillissante. Mais sais-tu combien sont dans l'effroi, chaque jour, du jour à venir ? Avoir peur du lendemain, avoir honte du regard des autres, vivre au bord du précipice social, c'est une violence qu'il t'est insupportable de concevoir, n'est-ce pas ? C'est aussi celle qui me mobilise. Alors attaquons-nous aux revenus. Ce qui est révoltant avec l'hyper-richesse, ce n'est pas seulement qu'elle flirte avec la légalité, qu'elle s'autorise toutes les entorses aux règles communes, c'est simplement qu'elle prospère. C'est son existence qui pose problème et corrompt tout. Elle suscite toutes les convoitises, elle pervertit jusqu'aux valeurs de ceux que mon grand père appelait avec le plus grand respect les serviteurs de l'Etat, maintenant qu'ils la côtoient. Alors oui, pourquoi pas une armée de fiscalistes pour traquer les tricheurs, mais la conception même du revenu doit être revue.
 
As-tu rapproché ces faits, c'était il y a un mois ou deux, à 24 heures d'intervalle ? Jérôme Cahuzac jeröme cahuzac,philippe torretton,moralisation de la vie politique,vie républiqueexpliquait qu'il manquerait au budget de la France 5 ou 6 milliards d'euros, les experts économiques habituels étaient convoqués sur les plateaux de télé pour se perdre en conjectures sur les moyens de les trouver, on reparlait taxes, impôts, CSG, montant des pensions... Et le lendemain, Challenges publiait le bilan annuel des grandes fortunes du monde où l'on apprenait que Lilianne Bétencourt avait vu en un an son patrimoine passer de 28 à 33 milliards d'euros, si j'ai bonne mémoire. En un an ! Les 5 milliards manquant étaient là et personne n'en disait rien. On y apprenait aussi que le monde n'avait jamais connu autant de milliardaires.

Alors, on s'y attaque ou pas, au revenu : pour donner plus aux pauvres et aux classes moyennes, et pour prendre aux riches ? On les encadre, ou pas ? On décide, une fois pour toutes, que nul n'a le droit de gagner plus que vingt fois ce que gagne l'autre ? On oblige les grands à augmenter leurs ouvriers chaque fois qu'ils veulent s'augmenter eux ? On prend 100 % d'impôt pour la partie des revenus qui dépasserait, disons, le million d'euro annuel ?

2/ Mon cher Philippe, j'aimerais aussi que tu parles des retraites. Je ne connais pas ta famille, mais je me doute que tu as à te débattre, d'une façon ou d'une autre, avec le problème du vieillissement. Acceptes-tu cette idée sommairement et vulgairement défendue, par Sarko hier, et malheureusement reprise par Hollande aujourd'hui, qui voudrait faire d'une évidence que le départ en retraite doive être retardé parce que l'espérence de vie augmente ? Avec cet argument, la retraite à soixante ans n'aurait jamais existé, tu en es conscient, et la vie ouvrière serait demeurée un esclavagisme moderne indépassable. Mais surtout pourquoi François Hollande n'évoque-t-il pas le rapport de l'INED qui établit jeröme cahuzac,philippe torretton,moralisation de la vie politique,vie républiqueque désormais en France l'espérence de vie "en bonne santé" commence à diminuer, et qui prévoit que ça va s'aggraver ? Celui qui te parle vient de passer une semaine auprès de sa mère à l'hôpital, l'a vue au soir de Pâques, à soixante-seize ans, se vider de sa merde dans ses bras et l'accompagne comme il peut au milieu de troubles cognitifs aigus qui confinent à la démence. La retraite en bonne santé, on y a droit ou des arguments économiques supérieurs nous la dénient pour nous enchaîner au turbin jusqu'à la maladie ? Elle ne devrait pas être là aussi, la gauche, Philippe ?

3/ Et puis la démocratie, merde ! Ces putains d'institutions, qui fonctionnent pour elles-mêmes, pour protéger les nouveaux oligarques en arrosant leurs meilleurs serviteurs, en rond, à chacun son rôle, avec des médias qui servent la soupe, des partis politiques qui sécurisent leur financement, une extrême droite qui joue les chiens de garde, des lobbyistes patentés qui passent d'une sphère à l'autre pour s'assurer que ne sera jamais brisée la grande spirale des connivences... Cette Ve République à la con, où le greffon de la gauche ne peut plus prendre tant la gangrène est profonde, qui laisse au milieu d'un illusoire printemps le sol jonché de promesses dépéries : comment on fait pour redonner du pouvoir au peuple, Philippe ? Pour bouter hors de tout les agences de communication qui gravitent dans ces sphères, nous vendent du "choc" de ceci ou de cela comme toi tu offres du rêve et de la révolte ? Franchement, c'est peut-être le plus difficile, mais c'est peut-être aussi la première chose à faire. Et de toutes façons, c'est plus sûr que d'espérer ramener Docteur François ou Mister Hollande à gauche, au point où nous en sommes... Car le problème n'est pas son éthique, mais le terreau infertile où il tente de la cultiver.

Une partie de la gauche appelle à marcher pour une VIe République, le 5 mai. Eva Joli annonce qu'elle y sera. Mélenchon invoque une Constituante... Je me rallie à ces appels car l'heure n'est plus à protéger le système ni à le ravaler.

Philippe, souviens-toi de ta lettre à Jean, et reste courageux. Quitte à heurter une partie de ceux en qui tu as voulu croire. Avance-toi sur les contenus, redonne à la gauche, avec moi, avec tous ceux qui y sont prêts, de la consistance, de l'aptitude au changement, ses fonctions utopistes.

Commentaires

Je ne sais pas ce qu'à dit cette andouille de Torreton mais j'aurais pu citer ton billet dans le mien, ce matin...

Écrit par : Nicolas | 09 avril 2013

J'apprécie beaucoup des billets d'humeur, mais là je trouve que tu manques un peu (beaucoup) de réalisme. Le monde est ouvert, tu le sais puisque tu as vécu en Hongrie, alors comment peux tu croire qu'on pourrait établir nos règles en ignorant le monde qui nous environne, je dirais même nous encercle. Il y a certainement beaucoup de choses à améliorer, à corriger, mais croire qu'on sera les seuls à partir à 60 ans en retraite, que quels que soient leurs efforts, les gens auront le même revenu.... tu rêves. Ceci dit, continue, j'aime beaucoup tes textes

Écrit par : Abel | 09 avril 2013

Beaucoup d'entre-nous passent leur vie à croire que c'est mieux chez les autres. Ainsi ce fantasme de la VIe république qui sera mieux que la cinquième. Or je constate que cette cinquième République a encaissé bien des crises, bien des retournements de situation, bien des révisions, et qu'elle est toujours là permettant à Hollande de tenir cinq ans pour, je l'espère, redresser la situation économique et rendre la France en meilleur état qu'il ne l'a trouvée. Ce cadre solide et efficace est une chance pour notre pays et je ne vois pas pourquoi on tenterait l'aventure de tout chambouler alors qu'on est déjà submergé par les difficultés de tous ordres. C'est une idée folle furieuse...

Écrit par : RPH | 09 avril 2013

Ah, ben ca fait du bien, des textes comme ça. Il y a des jours où on a l'impression d'être un peus eul.
Oui, la Veme republique surmonte des dfrises, mais à quel prix? je suis OK avec toi sur cette espece de confiscation de la democratie , du debat public, qu'engendre ce systême présidentialiste. MAis qui est Ok pour une VIeme? montebourg semble l'avoir oublié, et seuls les Verts et melenchon sont pour. les autres en tirent trop profit: donc, quel choc (Cahuzac?je doute) fera bouger les lignes?
Sur les revenus, as-tu écouté ce matin sur Inter Daniel Cohen? interessant , le decodage sur les niveaux de salaires des patrons, calés sur des critères qui n'ont rien à voir avec leur performance, mais sont aussi liés à des variables comme le cours des matières premlières. Il propose du coup de fixer des salaires "realtivement" aux autres, engendrant ainsi une réel prime au bon et sanction au mauvais. Tout ça est à préciser en da=étail (j'ai pas lu son bouquin), mais ca veut dire que des solutions , il y en a , et qu'il faut les oser. Oser, oser, oser...c'est pas évident aujourd'hui on dirait..et difficile d'être seul contre les autres (Torreton est un peu cavalier seul aussi)... alors , osons, et avançons...et ne lachons rien!!

Écrit par : arthur | 10 avril 2013

Je m’étais promis de ne jamais intervenir, mais là !...
Olivier, tes choix partisans te font perdre de vue ce que je crois l’essentiel : nous vivons (toi plus que moi…) en France. C'est-à-dire dans une « république » qui a toujours été et EST politiquement à droite. Même s’il arrive, rarement, qu’un regroupement conjoncturel dit de gauche essaye d’assumer le pouvoir. Alors, oui, je suis fondamentalement en désaccord avec ta présente analyse.
Hollande est Président. Il a été élu normalement, légalement, difficilement. Pas Mélenchon.
Je trouve dommage que la gauche de la gauche oublie cette évidence. Ce qui, je peux te l’affirmer, fait souffrir des hommes et des femmes sincèrement, tripalement, de gauche.
Certaines de vos critiques, que tu relaies, sont certes justifiées. Et alors ? Apportez-vous la moindre preuve qu’il soit possible de faire autrement dans ce régime politique instable sans prendre le risque de perdre le seul petit levier qui subsiste de remonter la pente ?
Je dis bien DE PERDRE ! Car Olivier, Mélenchon et la gauche de la gauche font comme si ils avaient le confort d’une politique de la durée. Mais à tout moment, nous pouvons tout perdre. Les carnassiers sont à l’affut !
Alors ? Alors, je me suis assis sur tout ce qui a fait mes 68 années de vie ? J’ai oublié mon enfance au cœur du Parti Communiste ? J’ai oublié nos luttes de tous les instants, à Monique et à moi ? Je serais devenu un ignoble capitaliste ?? Allons !
Toute notre vie, Monique et moi avons été convaincus que la seule solution était dans l’éducation du peuple. Dans un accompagnement d’une certaine prise de conscience. Et en ceci, j’adhère totalement aux choix politiques d’Hollande et de Peillon. Car une transformation profonde, fondamentale et difficilement révocable de l’émancipation du peuple par la connaissance continuera à produire ses effets, même si la gauche n’a plus le pouvoir.
Comprends-moi bien, Olivier. Je n’ai surtout pas la prétention de pontifier ! Je ne prétends pas avoir une aussi subtile et profonde analyse politique que la tienne. Mais comme beaucoup je crois, j’ai peur. Peur que nous ne puissions pas mener au bout nos espoirs. Et que ce soit la gauche elle-même qui se tire une balle dans le pied… Si ce n’est ailleurs.

Écrit par : Boby | 10 avril 2013

-> Nicolas -> A andouille, andouille et demie ! Ce qu’il dit n’est pas mal, en fait, c’est même irréprochable : lui manque juste de définir la gauche autrement que par ses seules valeurs morales. A quelle heure faut publier, pour être cité, chez toi ?...
-> Abel -> Merci. C’est terrible, ce réalisme mortifère, finalement très conservateur. Le monde est dominé par la finance, certes ! Et alors ? On ne bouge pas ? Je ne dis pas qu’il faut, seuls, rétablir la retraite à 60 ans, mais pourquoi s’interdirait-on de le faire les premiers, et ainsi de donner un signal à tous les peuples d’Europe sur une autre direction possible que celle de l’austérité ! Je ne dis pas qu’il faut donner le même revenu à tout le monde, mais juste qu’on pourrait encadrer l’inégalité, et qu’un rapport de 1 à 20 est déjà très confortable pour le haut de l’échelle. Le monde qui nous encercle est cruel, mais l’austérité en accroit la cruauté sans offrir d’espoir de sortie. Comme Philippe Torreton, j'aurais envie d'espérer que l'affaire Cahuzac soit "une belle opportunité pour montrer que les socialistes au pouvoir ne se contentent pas de faire tout ce que la droite elle-même n’a pas osé faire !" Je n’abdique pas ma gauche : essayons autre chose !
-> RPH -> L’Ancien régime avait assuré une certaine stature à la France, et même une longue stabilité, s’en prendre aux trois piliers qui en assuraient la pérennité : à son armée, à son clergé et à sa noblesse était à coup sûr une folie furieuse, mais on l’a faite, la Révolution ! La Résistance a été aussi une folie furieuse quand Pétain avait finalement signé la « paix » et évité le pire. Les luttes anti-coloniales étaient une folie furieuse quand les peuples barbares recevaient enfin des routes et des soins… Je ne crois pas que ce soit mieux chez les autres. J’observe qu’ici ou là, surtout en Amérique latine, d’autres formes de démocratie et de redistribution s’expérimentent, avec un certain succès puisque la pauvreté y recule de façon spectaculaire, que l’éducation y progresse. Avec 5 millions de chômeurs, 8 millions de pauvres, des bidonvilles qui fleurissent à l’orée de nos villes, et avec eux des maladies qui réapparaissent, avec des services publics qui se délitent, et le champ de l’espoir abandonné à l’Extrême-droite… non, je n’ai pas envie de défendre coûte que coûte ce système, ces institutions qui nous enferment dans le néo-libéralisme où seuls les puissants et leurs communiquants gouvernent…
-> arthur -> Bien d’accord avec toi : il faut les voir, sur les plateaux de télé, toujours les mêmes, parler maintenant de la moralisation après avoir parlé des retraites, comme de sujets froids, comme pour gérer la crise, laisser passer l’orage ou quoi ! Ce système a la capacité incroyable de se refaire sa virginité en toutes circonstances, sans voir la déconsidération qui pousse autour de lui et qui, inéluctablement, nous conduirait à l’extrême droite si une autre gauche n’était pas capable de dessiner une perspective…
-> Boby -> Heureusement que même au sein du gouvernement, y’en a qui ont un peu moins froid aux yeux que toi, et que des Hamon, Montebourg ou Duflot s’autorisent à alerter sur les risques que comporte l’enfermement dogmatique dans les choix austéritaires… Tu la vois, Boby, cette France qui souffre ? Tu les vois ces hommes et ces femmes à qui l’on prend tout ? Tu réalises qu’on ne peut plus se payer de mots aujourd’hui, et que la vérité est plus forte que les intentions louables ? Ton « je renonce à la gauche et je mise tout sur l’éducation » n’a juste pas de sens, parce que l’éducation elle-même est cruellement mise à mal par le libéralisme et la « baisse de la dépense publique ». Les communes ne savent plus comment elles vont financer leurs activités péri-scolaires. Dans la collectivité pour laquelle je travaille, tous les programmes pédagogiques sont ramenés à la portion congrue. Les associations d’éducation populaire voient leurs subventions fondre plus vite que la neige au soleil, et l’ambition culturelle est abandonnée. Tu sais où elles en sont les universités, dans quelle condition les enseignants-chercheurs exercent leurs activités, le temps qu’il leur reste pour essayer d’ancrer leurs formations dans la société réelle, pris par toutes les contraintes liées à la recherche de financement ?…
Je crois hélas que désespérer la gauche n’est un levier pour rien, Boby, pour rien, ou juste pour le fascisme ! Si je lis dans tes peurs celle qui concerne la poussée de l’extrême-droite, je suis, moi, convaincu que les deux seules choses qui peuvent l’endiguer, les deux seules, c’est soit que la gauche mène une politique vraiment différente, renonce aux dogmes libéraux, affronte l’Europe avec conviction en parlant plus aux peuples qu’à Mme Merkel, et redistribue concrètement les richesses pour remettre de l’huile dans les fonctionnements économiques, démocratiques et sociaux, soit, si celle qui nous gouverne n’y est pas prête, que demeure vivante, audible et rassembleuse une critique "de gauche" de ce qu’accomplit le pouvoir : sinon, à coup sûr et tôt ou tard, c’est la Marine qui raflera la mise !
Pourquoi donc t’étais-tu promis de ne pas intervenir sur ce blog ? De peur que ce coming out de ventre mou ne soit pas compris ?

Écrit par : Oh!91 | 11 avril 2013

Ce qui est désespérant est l'interdiction actuelle d'être UTOPISTE. Il faut être réaliste... L'utopie nous fait regarder vers le haut et même si on aura du mal à atteindre le ciel, on est tiré vers le haut.
Le réalisme commence à nous maintenir sur place, puis on baisse les bras et on recule.
Puisqu'il y a un quota "femmes" pour les élections il serait peut-être judicieux d'instituer un quota non-ENA et non-sciences pô au gouvernement (au sens large c-a-d membres des cabinets et conseillers compris). La Politique ne doit pas être un métier qualifié mais l'affaire de tous, sinon elle devient politicienne. Et on voit ce que cela donne...

Écrit par : jelaipa | 11 avril 2013

En tous les cas, moi je sais où je vais quand j'ai loupé quelques jours d'information ou qu'il me manque les analyses intelligentes.
ICI !
Moi je trouve que ton analyse est brillante (comme d'hab'), que tu assumes bien mieux que la plupart d'entre nous les pourquoi de tes colères et putain que ça rassure des mecs comme toi !
Continue mon potO.
Nous, dans les milieux ou la culture populaire est étudiée chaque jour, à coup de débat avec les élus locaux (les premiers à remettre à l'heure à mon avis) ou de sondages ministériels, je peux te dire que le père Hollande il continue bien le boulot de son pote Sarko.
Belle politique de droite que nous avons là !
Moi je veux continuer de rêver, de rêver qu'un jour un mec sensé remettra l'humain au cœur de la cité !
Je me faisais une réflexion hier à propos de mes ados qui découvrent tout ça, avec beaucoup de colère aussi, je me disais "on passe une partie du temps éducatif à leur expliquer qu'il ne faut pas prendre parti, qu'il faut rester neutre et puis après on leur assène l'exact opposé, engagez vous, défendez vos idées, travaillez votre argumentaire ..." bref, hier je pensais à ça en écoutant une vieille copine de chez Arthaud Grenoble qui risque de se retrouver au chômage avec 43 de ses collègues. Elle pleurait, elle avait ressorti son vieux vieux badge Arthaud (maison de 1801) pour défier ces abrutis de la finance que sont les dirigeants du groupe Actissia (http://sauvezarthaud.blogspot.fr/2013/04/dans-plan-de-sauvegarde-de-lemploi-ny-t.html)
Jusqu'où va-t-on tolérer que des passionnés du livre se mettent à vendre des produits cosmétiques pour pouvoir payer leur loyer ?
Moi je suis grinche là et je retourne sur mon mémoire pour affirmer que ce DUT métiers du livre que je passe à 45 ans, c'est pas pour trouver un job, j'ai la chance d'en avoir un, mais c'est pour affirmer haut et fort que la culture pour tous est un domaine à défendre autant que les autres si on veut continuer d'aider chacun (et tous) à s'instruire pour lutter contre ces assoiffés de pouvoir.
Je t'embrasse fort

Écrit par : féekabossée | 13 avril 2013

Je t'envie de rêver, je finis par ne plus y arriver ou bien c'est un cauchemar qui me réveille.
Toujours ces histoires de référentiels à la noix qui nous gouvernent. Tu fais bien de parler de l'espérance de vie en bonne santé. Notre environnement s'est pourri, les gens né avant la deuxième guerre mondiale ont une espérance de vie plus forte que la notre, la totale et la en bonne santé. Pour les générations suivantes, l'espérance de vie en bonne santé a commencé à baisser et bientôt on va s'apercevoir que la totale baisse aussi... Finalement, aussi bien dans quelques décennies on aura de quoi payer toutes les retraites. Qui tient compte de telles hypothèses dans son calcul ?
Faut-il faire confiance aux calculateurs et aux modèles ? Tiens regarde cette nouvelle erreur trouvé dans la super étude des super chercheurs de Havard sur les projections de croissance. Même le code du tableur était pourri. Je ne parle même pas du biais créé par les 5 pays retirés du calcul sans aucune justification.
La VIe république, ça me plait bien. Il faut changer de régime de temps en temps, sinon on se lasse. Et tant qu'à faire autant y aller en douceur qu'avec des têtes au bout de piques. Mais pas grand monde n'en veut de notre VIe... C'est trop compliqué les histoires d'institutions. C'est un truc de minorités agissantes. Hors révolution, il faudrait qu'on soit vraiment au fond du trou. Qu'il y ait un front républicain ou un conseil de résistance. On n'en est pas là... On a mieux à faire à s'écharper entre anciens bons amis ou à se refuser des droits devenus fondamentaux ailleurs, chez plus catho que nous.
Du coq à l'âne. je viens de voir le montant de dépenses de campagne de la présidentielle (à cause de la dispute sur celles de ton ami). Est-ce que la VIe a une réponse à ces débordements ?

Écrit par : estèf | 17 avril 2013

J'ai bien fait de passer depuis tout ce temps. Les mots de Torreton et les vôtres qui se croisent comme on croise le fer, qui s'entre-croisent comme deux amants impossibles ne me laissent pas indifférente. Résultat : encore moins qu'hier je ne crois en la puissance de la politique et des politiciens pour dévier de sa voie la France et lui faire éviter les ornières dans lesquelles plus elle avance, plus elle s'enfonce !

Écrit par : Gicerilla | 21 avril 2013

Jelaipa -> C’est désespérant, en effet. Mais bon, comptons sur une chose : la jeunesse est indomptable, c’est même à ça qu’on la reconnaît, l’utopie ne se laisse jamais trop longtemps brider…
-> feekabossee -> Bravo ! J’applaudis des deux mains ! Parler d’éducation en oubliant la culture, c’est se payer de mots. Et toi, quel courage !...
-> estéf -> Je crois que ce qui compte, quand les « expert » ont décidé de te convaincre de leur science économique, ce n’est pas la fiabilité du tableur, ni même l’expérience vécue dans le pays d’à côté, la seule chose qui compte, c’est le dogme. La bataille idéologique a rarement été aussi vive, sans doute parce que leur échec n’a jamais été aussi patent. Quant à la VIe République, le truc c’est de ne pas en faire une histoire d’institutions, mais qu’elle parle de la vie, qu’elle s’écrive avec les gens. Je rêve, oui, mais de collectifs humains qui se rassembleraient sur leur seule volonté, et réclameraient de nouvelles institutions tout en écrivant ce qu’ils voudraient y voir. Qui exigeraient une Constituante, mais sans en déléguer le fonctionnement, en gardant leurs représentants sous leur contrôle vigilent. Bien sûr des curetons comme ceux qui ont prêché la haine toutes ces semaines à propos du mariage pour tous viendraient polluer les procédures, mais peut-être que ce serait justement le gage de la démocratie…
-> Gicerilla -> En quoi croyez-vous donc, alors, pour éviter ces ornières ? Amant avec Torretton ? Tiens, l’idée est séduisante….

Écrit par : Oh!91 | 24 avril 2013

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