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30 janvier 2013

"aucune différence ne doit servir de prétexte à des discriminations d'Etat"

Olivier, lecteur-veilleur de ce blog, m'a permis de découvrir en léger différé le discours de Christiane Taubira à l'Assemblée Nationale, hier. La ministre y a sobrement donné une belle leçon d'histoire et de dignité. Et Olivier d'ajouter :"C'est ce qui s'appelle poser le débat, ça fait du bien, ça change des invectives"

Je ne résiste pas au plaisir de partager ces 28 minutes de grande clarté. Chapeau!

 


27 janvier 2013

redevenir l'entier de soi même

Mannequin-Half-Body-.jpg

J'ai reçu vendredi un courrier du service des permis de conduire. Après six mois à carreau, un point perdu en mai vient de m'être restitué. Outre ce mouvement, presque anecdotique, le courrier contenait une information importante : mon permis compte actuellement six point sur douze. Un demi-permis, voilà ce dont je suis titulaire !

Les trois premiers points, je les ai perdus il y a dix ans, aux premières heures des radars automatiques et des radars volants. Pris à 56 km/h, comptés 51, un soir en sortant du travail sur une quatre voies limitée à 50. A l'époque, la notion de "petit dépassement" n'existait pas. On perdait trois points illico, et il fallait demeurer sans récidive pendant trois ans pour les retrouver. Depuis, la même infraction ne vaut plus qu'un point, et la prescription sur la récidive est passée à six mois. Mais ce nouveau tarif ne s'applique pas aux points perdus alors, selon le principe de la non-rétroactivité de la loi. Les autres trois points, je les ai perdus un ou deux ans plus tard, une histoire de téléphone portable que je tenais en main. Trois ans de rédemption également.

Depuis cette date, cela fait donc huit ans, je perds chaque année 1 point, que je récupère l'année d'après - ou le semestre d'après désormais - mais je ne parviens pas à aller au bout de mes trois ans sans violation. Le maximum que j'ai tenu, c'est dix-huit mois...

J'ai compté l'autre jour que je passais chaque jour devant 6 radars routiers. Sans compter les occasionnels ou ceux qui sont sur la route de mes week-ends ou de mes vacances. Ça m'en fait 2.000 par an environ. Et sur 2.000, j'ai donc en moyenne 1 faute d'inattention dans l'année. 1 fois sur 2.000. Je suis à 99,95 % de respect des limitations de vitesse. J'ajoute que je ne dois ce résultat qu'au fait qu'à l'aide de mon régulateur de vitesse, je respecte les vitesses non pas dans les zones de radars, mais bien partout, partout et partout. Sauf une fois, une maudite fois en moyenne chaque année, de 1 ou 2 km/h seulement, mais qui m'oblige à demeurer amputé d'un demi-permis. Avec la moitié d'une autorisation à conduire ma Mégane, je suis ainsi à deux doigts de bourdes plus graves, qui me priveraient du tout.

La peur est mère de toutes les soumissions. C'est bien comme ça qu'ils nous obligent à accepter de n'être que la moitié de nous-même.

Renault fait pareil avec ses salariés, tiens ! Un "contrat de productivité" qu'ils l'appellent, où l'on renonce à ses congés, à ses primes, à ses RTT, où l'on accepte de travailler plus pour gagner moins, en échange d'un hypothétique plan de maintien des sites industriels... Un chantage odieux, qui coupe les congés en deux, ampute la vie de ce qu'elle a de plus beau, les temps partagés en famille. La peur comme moyen de voler la moitié des vies tout en sauvant les dividendes. L'accord "tout bénef pour le médef", arraché à une poignée de syndicats de poules mouillées, va généraliser ce système, abattre les protections qu'apportent la loi et les conventions collectives en donnant la primeur à des accords obtenus sous le chantage par branches ou par entreprises.
 
Être la moitié de soi-même, ce doit devenir la règle. Il en est là, notre monde, elle en est là, la France-de-maintenant-et-du-changement, notre civilisation : des vies amputées de moitié.

md1.libe.com.jpgJe sais bien pourquoi j'y étais, même dans le froid, à la manif pour le mariage pour tous. Les mêmes droits, ça ne fait pas bien lourd quand les droits rabougrissent. Mais même dans le monde injuste et impitoyable où l'on est, être égaux, c'est au moins nous permettre de nous regarder dans une glace en entier, sans avoir à en soustraire une moitié ombrageuse, par honte, peur ou simple confort. Ça en évitera peut-être à beaucoup, encore jeunes, d'avoir à s'enfoncer dans des vies en impasse, où leur moitié d'authenticité demeurera cachée et menaçante.

Voilà. Un peu laborieuse, ma complainte ! Mais il faut me pardonner : je suis rentré de la manif à moitié grippé...

19 janvier 2013

madjnûn WajDi

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Puisqu'on en est aux statistiques, celles de nageurs.com viennent de tomber pour 2012. nageurs.com, c'est une communauté, un réseau social. Une amie, qui s'est mariée cet été, me l'a fait connaître en début d'année. Je m'y suis inscrit, j'en parlais là, et mes statistiques sont tenues à jour, semaine après semaine, mois après mois. Il y a une part de futilité narcissique, dans le suivi régulier de la performance. Mais la nage n'est pas la boxe. S'il y a combat, ce n'est que contre soi-même. Dans un couloir, une rivalité occasionnelle peut s'instaurer, et elle stimule, mais pour l'essentiel, les choses se jouent avec soi-même. C'est cogner dans un sac. Décider d'y aller, alors que le froid pique dehors. S'encombrer des opérations d'habillage et de déshabillage, dans des vestiaires trop ventilés ou trop étuvés. Se lancer dans le grand bain le corps fébrile, mal réveillé, la digestion inachevée, le dos endolori, les articulations engourdies - les prétextes au renoncement ne manquent jamais. Puis s'astreindre à un rythme, à une distance, à un comptage. La piscine, on est toujours plus content de l'avoir fait que d'avoir à le faire. Même si une séance a toujours ses instants de grâce, de glisse, d'harmonie, et quelques fois à l'heure de la douche, de virilité partagée.

Nous avons donc été 1.809 nageurs à barboter en 2012, pour un total de 87.361 kilomètres parcourus. Avec 226 km, je me retrouve 95è de la communauté, loin derrière Grosse baleine, qui a inscrit 3.714 km a son compteur personnel, mais tout de même dans les 6% les plus endurants. Avec 137 sorties piscines en 2012, je fais mieux en nombre de séances, puisque je me classe 50è. Mais c'est dans le vagabondage aquatique que j'explose les statistiques. J'ai éprouvé l'eau de 25 bassins différents au cours de l'année passée, profitant de missions professionnelles, de week-ends et des vacances pour découvrir de nouvelles installations nautiques, en France et en Europe. Me voilà, sur ce terrain, 14è de la communauté. Pour une année d'entrée en piste, je ne m'en sors pas si mal.

Samedi dernier, feekabossee était à Paris pour les 40 ans d'un ami à elle. Elle m'a piégé dans une après-midi shopping, que mes collègues ensuite n'ont pas manqué de remarquer... Puis j'étais, moi, à une autre fête, des cinquante ans d'un blogopote, celle-là, qui a vu se recomposer un cercle rare, un tout petit cercle, celui par lequel je suis un jour entré dans la blogosphère. WajDi était là, et Yo, et Fiso et... Zarxas, celui qui s'était laissé fasciner, tant par WajDi, son charisme rayonnant que par la force de l'amitié en train de naître entre nous, et dont, à cause de la distance, il était resté à l'écart, quoi que dans la toute proche périphérie.

Ce regroupement, rêvé depuis déjà cinq ans, fantasmé à perdre haleine, se réalisait à l'occasion de cette petite cérémonie intime dont Fiso avait pris les rênes. C'était touchant de nous voir, tous, de nous toucher, de nous sourire, de nous remémorer cette aventure, aussi intense que virtuelle, aussi réelle qu'improbable, quasi-maçonnique dans ses codes. Entre mythomanie et mythologie, entre amour et amitié, impudence et imprudence, nous étions tous un peu - y compris son créateur - Madjnûn WajDi, fous de WajDi, l'homme blessé mais droit, offrant son corps à distance, dévoilant à petites doses son cœur tendre et ses attentes déçues. Enfermé mais libre.

Encore une fois, on a bien ri de ce défi qu'il m'avait lancé un jour par Messenger : faire le 100m crawl en 1'21'', comme lui. La course effrénée derrière ce record me valut plusieurs fois des tendinites à l'épaule, mais je ne m'en suis jamais approché qu'à dix secondes environ, avant de découvrir la supercherie.

arton2663.jpgComme en écho à ces souvenirs et au personnage touchant de WajDi, Daniel Mermet a consacré cette semaine des émissions à Lionel Cardon. Détenu pour un triple meurtre, ex-ennemi public n°1, plusieurs fois évadé, il raconte aujoud'hui comment, une fois passés l'isolement et les quartiers de haute sécurité, il a reconstruit des repères dans la pratique de la boxe, jusqu'à prétendre devenir entraîneur et acteur de l'insertion. Sujet sensible, plein d'humanité parce que n'éludant pas ce que l'humanité a toujours de complexe.

Cette année, je nagerai 250 kilomètres.

15 janvier 2013

MPT, PMA, MGB et autres bons enfants

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Le pire, c'est ça. Ces bons enfants, là. Sourire, famille, décontraction. Juste la vie ordinaire. Juste la vie rêvée. C'est ça le pire. Ils auraient eu des figures hirsutes, ils auraient eu les oripeaux de la bondieuserie ratatinée, le faciès fascisant, au moins, on aurait su qu'ils ne nous aimaient pas. Même pas mal, en prime : on le savait déjà ! Mais non, ils étaient là, avec des ballons bleus, des pancartes roses, des mouflets sur les épaules. Ça dansait la carmagnole, c'était joyeux. Et du coup, c'était violent. Affreusement violent. Ils ne s'en rendaient pas compte, ivres de la foule qu'ils étaient, mais du coup, c'était quasi-criminel. Ils nous aiment bien, hein. Mais juste à notre place. Juste pas avec les même droits. Juste parce qu'on menacerait la famille, l'équilibre de la société, voire la paix mondiale. Mais ils nous aiment bien. Ils sont même prêts à nous laisser le PACS, tiens, tout exprès, même s'ils ont oublié qu'ils n'avaient pas voulu en entendre parler il y a quinze ans. Ils nous aiment à notre place. En souffrance, même. C'est bon pour la compassion, la souffrance !

Un enfant, c'est un père, et une mère, voilà. Le maximum filial comme minimum vital. En dehors de ça, on ne sait pas, prions pour eux.

Pourtant, j'attends encore les statistiques : les statistiques des salauds, par exemple. Les fils de putes : combien sont donc fils de pédés, ou de lesbiennes, les fils de pute ? Les Staline, les Hitler, les Mussolini, les Polpot ? Allez ! Dans ces quatre-là, juste ces quatre, a-t-on un seul fils de pédé ? Élargissons la liste alors : Prenons les Ben Laden, les Georges Ibrahim Abdallah, prenons les Khadafi, Kim Jung Il et autre Pinochet. Prenons les tueurs en série, tiens, ces jeunes fous venus tirer à bout portant dans les écoles elephant-splash1.jpgaméricaines pour les mémorables carnages de ces dernières années... prenons les tous, tous, et voyons voir : combien de fils de pédés, combien de fils de gouines ? On a les statistiques ? Non, rien ? Dommage !

Alors partons sur autre chose. Si les homos, ça ne fabrique pas des criminels, il doit bien y avoir autre chose, une autre raison de s'y opposer, à ce foutu mariage gay, non ? Ça fait des malheureux et des malheureuses, c'est ça. Des paumés peut-être. Des asociaux. Ou des homosexuels encore... Ça fait des dépressifs. Des anorexiques. Des suicidés... Ah, là on a des chiffres ? Comment non, rien ? Rien de rien ? Ah si, 59 études ont été menées en Amérique ces dernières années. Leurs résultats ont été compulsés, et ils sont édifiants. Même taux de normalité, même taux de difficultés. Un peu moins d'homosexuels chez les fils et filles d'homo. Un peu moins de mariage aussi à l'âge adulte, mais un peu plus de vie en couple. Un peu moins de suicides aussi... Bien sûr, les lobbys catho ont financé les contre-expertises qui s'imposaient, la technique des marchands de doutes est bien connue : l'homo-scepticisme, après le climat-scepticisme. La ficelle est bonne pour tous les sujets, suffit d'y mettre le prix, et le référencement sur Internet ! Mais les fais sont têtus, et eux, ils n'ont pas de prix, même s'ils n'ont pas de réseau !

Alors le suicide, parlons-en ! Ils y pensaient, ces bons-enfants du tout-Paris, au suicide, quand ils étaient dans la rue ? Ils y pensaient à tous ces mômes, qui traversent dans la souffrance la découverte de leur homosexualité, qui se sentent hors du monde parce que leur monde les rejette, le monde en rose et bleu, le monde des bons-enfants ? Le monde qui ne leur veut pas de mal, hein, qui est même prêt à les tolérer, pourvu qu'on reconnaisse bien qu'ils ne sont pas pareil, qu'ils n'ont pas droit à la famille, peut-être même pas à l'amour ?

Ils y pensaient à l'envie de mort qui les taraude, ces jeunes, tant ils n'ont ni la force ni l'envie de se révolter contre tant de gentillesse, tant compte l'amour des leurs et tant ils ont peur de le perdre qu'ils ne voient pas d'autre issue que celle de disparaître sans laisser de trace au milieu de la joyeuse carmagnole ?

Un jour de printemps des années quatre-vingt, au milieu d'une joyeuse fête dominicale dans le patio de notre maison, au milieu d'une franche rigolade j'ai entendu mon père lancer à la cantonade "le jour où je te vois une boucle à l'oreille, je te déshérite, mon fils !" C'était une boutade. Si loin de sa pensée, de son amour et de sa tolérance. C'était les années quatre-vingt. C'était une bouffe entre quarantenaires avancés. Un peu de vin et beaucoup de rires. Ce jour-là, personne n'a rien vu, peut-être même pas moi, mais j'en ai pris pour dix ans. Dix ans à ne pas imaginer possible un coming out. Dix ans à espérer la mort comme une délivrance. L'ambiance avait été bon enfant. Sur le moment, le coup ne m'avait pas fait mal. Les ballons auraient pu être bleus et roses, il y avait du monde et des rires. C'était juste ça, le pire, que mon père ne m'offre rien contre quoi me révolter. J'étais lâche et il ne me restait que le ravalement. De salive, et de façade.

Moi, je m'en suis sorti, mais je n'arrête pas de penser à ceux qui ont le courage d'aller au bout de leur désespoir. Leur seule arme contre les bons enfants. Et la seule statistique qui justifie qu'on aille au bout de l'égalité des droits.

Allez, le 27, on reprend notre revanche. Pas dupe de l'opération diversion que cela représente pour Hollandréou et son gouvernement à l'heure de toutes les capitulations sociales. Les socialistes ont renoncé à inscrire la procréation médicalement assistée dans la loi, alors qu'elle se pratique légalement en France depuis trente ans - histoire sans doute qu'on continue un peu à culpabiliser, quand même. Normaux, oui, mais pas tout à fait tout à fait...

Je suis content que ce soit Marie-George Buffet qui tienne bon sur ce coup-là, j'espère qu'il y aura du monde à gauche pour soutenir son amendement en faveur de la PMA...

06 janvier 2013

Verdi vs Wagner

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Tout balance.

D'un côté à l'autre, comme un métronome.
 
Du meilleur au pire, du pire au meilleur.

Un coup à droite, un coup à gauche, un bras après l'autre. Pousser, battre des pieds, glisser, avancer coûte que coûte, que l'eau soit douce ou saumâtre. En 2012, j'ai nagé 220 km.

Se révolter contre la bêtise, mais pas se braquer. Ne pas renoncer, mais ne pas se perdre, ni s'isoler. L'équation est complexe.

Verdi et Wagner sont célébrés ensemble pour leurs bicentenaires, et les programmateurs ont hésité entre ces deux jubilés, ont pris parti ou se sont pliés aux règles du partage.

L'un est léger, l'autre ténébreux. L'un évoque l'histoire humaine, l'autre s'ancre dans ses mythologies. L'un est dans son époque, l'autre jette les prémices de la nouvelle. Populaire, l'un a essaimé toutes les places lyriques du monde et des siècles, et aussi la variété contemporaine, quand l'autre s'est sacralisé, sanctuarisé, souffrant qu'on entrât dans son œuvre comme en religion. L'un a accompagné Lady Di vers sa dernière demeure, quand l'autre lançait dans une flamboyante esthétique le sublime assaut héliporté des troupes américaines contre le peuple vietnamien.
 
L'un vient d'être joué à Rome, sous la baguette de Riccardo Muti, en résistance à Sylvio Berlusconi. Nabucco-5.jpgL'autre était adoré d'Adolphe Hitler. Ainsi, bien longtemps après la mort des créateurs, les sociétés assignent-elles des messages et des fonctions à des patrimoines qui pourtant transcendent toutes les valeurs auxquelles on veut les rattacher. Le balancier s'en va de l'un à l'autre, puis revient, sans décider ce qui est le pire ni où est le meilleur. L'Opéra de Paris fera la part belle cette saison à l'Anneau du Nibelung, pour rentabiliser les nouvelles productions des deux saisons précédentes. Gageons qu'au début de la prochaine, c'est Verdi qui sera porté au pinacle, et que nous aurons droit aussi à un magistral chœur des esclaves de Nabucco. Pour exorciser nos périls.

38741656.jpgLe tournant de cette année est aussi celui des trente ans de la disparition d'Aragon, et des quarante de celle de Picasso, deux créateurs de génie et d'engagement, ancrés dans un vingtième siècle tourmenté qui ne laissait que peu transparaître ce qu'il adviendrait du vingt et unième. Gageons qu'ils en ont vu suffisamment pour ne pas avoir à se retourner aujourd'hui dans leurs tombes.

Le vingtième avait été le siècle des barbaries. La sacro-sainte civilisation occidentale et son héritage judéo-chrétien, dont beaucoup voudraient qu'on reconnaisse une supériorité à ses vertus, ont produit la pire d'entre elles. On a cru longtemps que la Shoah nous préservait pour toujours des ténèbres, l'Europe unie des rivalités imbéciles, mais au vingt et unième, la haine se répand. La quête du pouvoir ne connaît pas l'éthique. La compétition est la règle commune et tire notre époque dans l'abîme. Sans que l'on apocalypse-now_01.jpgsache si face à l’inouïe violence des espoirs déçus et des promesses trahies, le balancier s'arrêtera sur la case révolution citoyenne ou sur celle de la contre-révolution conservatrice. La roulette est lancée, l'on trépigne autour du tapis vert où l'attrait du gain seul compte.

Nous n'aurons pas d'élection, en 2013. Et pourtant, une partie serrée se joue. L'austérité et la crise tiennent la corde, se légitimant l'une l'autre. Plus qu'un simple mauvais moment à passer, ou un tunnel à traverser, la crise donne l'impression, surtout, d'être un moyen pour les possédants de restructurer en profondeur la société française. Le fameux "modèle social européen" dont ils se gargarisent, est devenu incompatible avec l'objectif obsessionnel de la compétitivité. Je crains qu'on soit loin de percevoir les tréfonds de la régression sociale qu'ils nous promettent. Et il ne suffira pas de jouer la différence avec la droite en laissant traîner en longueur le débat sur le mariage homosexuel comme un hochet, pour nous distraire et dissimuler Machiavel.

20 milliards pour les patrons, 3 centimes pour les smicards. Tout balance et la gauche se perd.

Les 40 plus grandes fortunes du monde ont vu leur patrimoine augmenter de 241 milliards de dollars en 2012. A eux quarante, ils possèdent 1.900 milliards de dollars. Mais chut, faut pas y toucher, ça pourrait les faire fuir. Tandis que les taudis fleurissent le long du périphérique, sur les délaissés urbains, dans les interstices des échangeurs autoroutiers.

Tel le choeur des esclaves, le vent de la révolte finira peut-être par nous atteindre ? Tiens, un étonnant 3424555.jpgsondage, sur les personnalités préférées des Français, à Noël, plaçait Mélenchon ex aequo avec Hollande. Mélenchon, Hollande, Mélenchon, Hollande... J'espère que cette autre voix à gauche, celle qui a su se rassembler pour se constituer en front de gauche, ne va pas se perdre, pas se dissoudre, pas laisser le champ libre de la contestation à la seule illusion nationaliste.
 
Un coup à droite, un coup à gauche, un bras après l'autre. Pousser, battre des pieds, glisser, avancer coûte que coûte, que l'eau soit douce ou saumâtre. Qui sait où s'arrêtera la balancier ? Et si, à l'heure de la douche, un belâtre n'aura pas plaisir à se laisser caresser du regard ou de la peau ? Pousser encore !