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27 janvier 2013

redevenir l'entier de soi même

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J'ai reçu vendredi un courrier du service des permis de conduire. Après six mois à carreau, un point perdu en mai vient de m'être restitué. Outre ce mouvement, presque anecdotique, le courrier contenait une information importante : mon permis compte actuellement six point sur douze. Un demi-permis, voilà ce dont je suis titulaire !

Les trois premiers points, je les ai perdus il y a dix ans, aux premières heures des radars automatiques et des radars volants. Pris à 56 km/h, comptés 51, un soir en sortant du travail sur une quatre voies limitée à 50. A l'époque, la notion de "petit dépassement" n'existait pas. On perdait trois points illico, et il fallait demeurer sans récidive pendant trois ans pour les retrouver. Depuis, la même infraction ne vaut plus qu'un point, et la prescription sur la récidive est passée à six mois. Mais ce nouveau tarif ne s'applique pas aux points perdus alors, selon le principe de la non-rétroactivité de la loi. Les autres trois points, je les ai perdus un ou deux ans plus tard, une histoire de téléphone portable que je tenais en main. Trois ans de rédemption également.

Depuis cette date, cela fait donc huit ans, je perds chaque année 1 point, que je récupère l'année d'après - ou le semestre d'après désormais - mais je ne parviens pas à aller au bout de mes trois ans sans violation. Le maximum que j'ai tenu, c'est dix-huit mois...

J'ai compté l'autre jour que je passais chaque jour devant 6 radars routiers. Sans compter les occasionnels ou ceux qui sont sur la route de mes week-ends ou de mes vacances. Ça m'en fait 2.000 par an environ. Et sur 2.000, j'ai donc en moyenne 1 faute d'inattention dans l'année. 1 fois sur 2.000. Je suis à 99,95 % de respect des limitations de vitesse. J'ajoute que je ne dois ce résultat qu'au fait qu'à l'aide de mon régulateur de vitesse, je respecte les vitesses non pas dans les zones de radars, mais bien partout, partout et partout. Sauf une fois, une maudite fois en moyenne chaque année, de 1 ou 2 km/h seulement, mais qui m'oblige à demeurer amputé d'un demi-permis. Avec la moitié d'une autorisation à conduire ma Mégane, je suis ainsi à deux doigts de bourdes plus graves, qui me priveraient du tout.

La peur est mère de toutes les soumissions. C'est bien comme ça qu'ils nous obligent à accepter de n'être que la moitié de nous-même.

Renault fait pareil avec ses salariés, tiens ! Un "contrat de productivité" qu'ils l'appellent, où l'on renonce à ses congés, à ses primes, à ses RTT, où l'on accepte de travailler plus pour gagner moins, en échange d'un hypothétique plan de maintien des sites industriels... Un chantage odieux, qui coupe les congés en deux, ampute la vie de ce qu'elle a de plus beau, les temps partagés en famille. La peur comme moyen de voler la moitié des vies tout en sauvant les dividendes. L'accord "tout bénef pour le médef", arraché à une poignée de syndicats de poules mouillées, va généraliser ce système, abattre les protections qu'apportent la loi et les conventions collectives en donnant la primeur à des accords obtenus sous le chantage par branches ou par entreprises.
 
Être la moitié de soi-même, ce doit devenir la règle. Il en est là, notre monde, elle en est là, la France-de-maintenant-et-du-changement, notre civilisation : des vies amputées de moitié.

md1.libe.com.jpgJe sais bien pourquoi j'y étais, même dans le froid, à la manif pour le mariage pour tous. Les mêmes droits, ça ne fait pas bien lourd quand les droits rabougrissent. Mais même dans le monde injuste et impitoyable où l'on est, être égaux, c'est au moins nous permettre de nous regarder dans une glace en entier, sans avoir à en soustraire une moitié ombrageuse, par honte, peur ou simple confort. Ça en évitera peut-être à beaucoup, encore jeunes, d'avoir à s'enfoncer dans des vies en impasse, où leur moitié d'authenticité demeurera cachée et menaçante.

Voilà. Un peu laborieuse, ma complainte ! Mais il faut me pardonner : je suis rentré de la manif à moitié grippé...

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