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02 décembre 2012

soleil rouge contre l'homophobie

guillaume coppola,hervé billaut,anne-marguerite werster

En période de regain d'homophobie, on peut dire que le Rainbow Symphony Orchestra a eu du nez pour clore la saison de ses dix ans : organiser un concert en partenariat avec l'UNESCO sous le signe de la lutte contre l'homophobie en milieu scolaire. La soirée avait tout pour faire événement, à commencer par une actualité chaude. Et glauque. Pari réussi puisque la salle était comble hier soir, et qu'il fallait faire la queue presque une heure pour accéder aux portillons de sécurité.

Pour l'occasion, outre le prestige du lieu - le palais des conférences de l'UNESCO à Paris - l'orchestre a sorti le grand jeu. D'abord un répertoire ardu, sensible, tout entier emprunté à la musique française du XXème siècle, avec Debussy, Poulenc et Duruflé. Ensuite, le recours à de talentueux solistes, les deux jeunes pianistes virtuoses Guillaume Coppola et Hervé Billaut, et surtout la soprano Anne-Marguerite Werster qui, vétue d'une magnifique robe - créée, nous dit-elle, pour les 80 ans de Rostropovich -, illuminait la soirée de son timbre et de son sourire.

Quelques interventions protocolaires en ouverture rappelaient que l'homophobie en milieu scolaire, version latente ou violente, était source d'échec, de déscolarisation, et parfois de suicide chez les jeunes. La dynamique association SOS-homophobie rendait compte d'actions préventives menées en collège et en lycée, et montrait comment et pourquoi il fallait savoir apporter des réponses simples, ouvertes, et tolérantes aux questions que se posent les enfants sur le sujet.

J'ai beaucoup apprécié le discours de Jean-Christophe, oboiste et président du RSO : en peu de mots, et avec l'humilité qui le caractérise, il a rappelé le sens des valeurs que porte l'orchestre et salué ceux qui ont fait ses dix ans d'histoire. C'était généreux.

Puis est venu le tour de la musique. L'animateur Alex Taylor aux commandes, la préséance guillaume coppola,hervé billaut,anne-marguerite werstersymphonique fut quelque peu malmenée, mais on n'y perdait pas en fraîcheur. Déjà en place pendant la demi-heure de discours, l'orchestre se trouvait encore engourdi au moment du Prélude à l'après-midi d'un Faune. La flûte y tirait malgré tout son épingle du jeu, tandis que les cuivres demeuraient embrumés. J'ai un peu serré les dents, mais l'ensemble était convenable. Après la mise en bouche, le Concerto pour deux pianos de Poulenc permettait à l'orchestre de se déparer de ses résidus amateurs. Porté par la virtuosité de Guillaume et Hervé, il s'ennoblissait, tantôt nerveux, tantôt fragile, servant les pianos avec une belle maturité. Ma copine Fiso, que Debussy avait eu peine à effleurer, s'enthousiasmait des rythmes espiègles et de la palette colorée de Poulenc. Guillaume Coppola, sur le papier le meilleur des deux pianistes, m'a paru un peu tétanisé par le lieu, plein à craquer - peut-être 1500 personnes, dans la salle ? Je l'ai senti bridé, plus qu'aux répétitions - un détail -, tandis qu'Hervé Billaut se livrait, plus relâché, avec fluidité.

Avant l'entracte, la soprano fit une première apparition avec l'invocation de Debussy. Une touche poétique prometteuse, avec pour écrin le sombre chœur des hommes des merveilleux Mélo'Men.

J'ai eu la chance, sur plusieurs mois, de suivre par bribes les répétition de l'orchestre avec les deux chœurs qui l'accompagnaient hier soir, depuis les premiers déchiffrages où l'on croit que rien ne sera possible, jusqu'à l'assemblage final, en passant par les efforts minutieux et inlassables de John Dawkin. Le patient chef anglais des 160 choristes et musiciens, a payé de sa personne, comme à l'accoutumée, pour affiner un détail, rectifier une posture, corriger une note, préciser une nuance, améliorer une élocution, et ainsi, pièce par pièce, former le puzzle. Moi qui ai suivi, donc, sur plusieurs mois ces sentiers escarpés, où l'on s'écorche les oreilles plus sûrement que les genoux, j'étais fébrile et impatient d'accéder au résultat pour ce concert unique. L'entracte me laissait rasséréné. L'assistance, comme les musiciens et les chanteurs, y étaient en joie. Facebook relatait déjà le triomphe de mille photos envoyées en temps réel. Le champagne coulait à flot. Les femmes du chœur Romantica de Torcy piaffaient de n'être pas encore montées sur scène.

Il leur faudrait attendre encore. Par la Danse lente de Duruflé - une délicate découverte, pour moi - l'orchestre assurait seul la reprise, avant le moment phare : le Gloria de Poulenc, avec les deux chœurs et la soprano. Et là. Et là... Sublime ! Les lumières et les partitions des chanteurs retraçaient en fond de scène les couleurs de l'arc-en-ciel, symbole de l'orchestre et des revendications LGBT. L'orchestre donnait tout de sa maîtrise, les chœurs étaient précis, fondus sans se perdre, suivant John de la baguette et de la lèvre. L'acoustique était sèche mais pas trop, l'on discernait ainsi chaque instrument, chaque voix. Jusqu'à ce que, au milieu du deuxième mouvement, Anne-Marguerite Werster se lève et hisse, toute drapée de rouge, un immense soleil au dessus de l'orchestre. Cette touche sublime, venue de l’œuvre comme du talent de la soprano, délicate, précise, puissante, professionnelle, finissait de consacrer le RSO. Lequel, avec les chœurs, s'appliquait à lui renvoyer une perfection jamais atteinte lors des répétitions : on avait oublié avoir passé la soirée entre amateurs, on avait juste participé, pour une bonne cause, à une grande soirée musicale. La maîtrise artistique, l'affluence du public et l'émotion étaient au rendez-vous. Quoi attendre de plus ?

Si j'en crois un violoncelliste que je connais bien, les musiciens vont avoir un petit baby-blues à traverser. Mais il y a encore plein de projets dans les valises, et peut-être des suites aux collaborations inaugurées hier. Pas diva, Anne-Margueritte ne cachait en tout cas pas son envie de repartir pour un tour...

Commentaires

Concerto pour deux pianos :) pas 2 violons.. la fatigue et l'émotion de ce moment sublime certainement :)

Écrit par : ptit phoque | 03 décembre 2012

-> p'tit phoque -> Oups ! merci de ta vigilance... C'est corrigé ! Une confusion due surtout aux petits coups de blanc de mes festivités du dimanche. Deux verres de vin pour transformer deux pianos. Heureusement que je n'ai pas bu davantage : c'est tout l'orchestre qui aurait fini habillé en équipe de foot...

Écrit par : Oh!91 | 03 décembre 2012

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