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26 novembre 2012

Notre-Dame du Colon

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18h. La purge est commencée. Coloscopie demain. Je m'avale une infâme potion salée. Il faut préparer le terrain, ils disent. Depuis trois jours, je suis à un régime dit "sans résidus" dont je crois n'avoir pas tout compris. Enfin, on verra bien ce qu'en dit l'imagerie demain. Pour l'instant, verre après verre, j'ai trois litres à me descendre d'ici 21h. Puis encore un litre dans la nuit. De quoi te dégoûter de te faire rentrer des trucs dans le cul. Je passe à la casserole à 8h.

Je profite d'être cloué à la maison pour faire un petit retour vers toi. Bon, pas très ragoutant, j'en conviens. Mais au regard de ce que nous livre l'actualité, hein !... Tiens, je me suis fait un petit atlas géo-organique des dernières news qui me sont restées en travers du trou de balle ces derniers jours, histoire de me faire pardonner une bien grande paresse... et de parler d'autre chose que de l'UMP.

Commençons par la liberté de conscience. Celle-là, je l'ai adorée ! Ça a à peu près la même noblesse que la Liberté de penser de Florent Pagny : les homos, d'après Hollande, tu les maries, mais si tu veux, comme l'autre avec ses impôts : il les paie... si il veut. A peu près aussi républicain qu'une betterave à sucre ! On pourrait aussi décider qu'on pourrait être raciste... si on veut, non ? Ou d'aller travailler... quand on veut. De mettre un ticket de métro... si on veut. Et vive la liberté de conscience !

Y'a aussi l'aéroport Notre-Dame des Landes. Personne n'en veut, surtout pas ceux qui vivent à côté, les paysans qui cultivent sa terre, les riverains, qui préfèrent y chercher des champignons : mais le progrès, c'est le progrès, ça fait mal aux oreilles, ça nique les zones humides, ça brûle 500 litres de kérosène aux cents et c'est bon pour le business, alors ! Des Verts dans la rue, sur les tracteurs, dans les commissariats, et leurs chefs à des postes ministériels, évidemment solidaires, embêtés, mais solidaires, au nom de la muselière d'or décrochée un jour de mai, sans doute.

19h30. Bon, je suis à bout des premiers litres. Infects ! Avec de l'aspartam parfumé, ça a l'air à peine plus supportable, on va voir.
 
C'est comme les gaz de schistes. Ne pas en vouloir, ça fait de toi un dé-cli-niste. Dixit Claude Alègre. On a de l'or sous les pieds, il paraît ! Un trésor ! Alors avec tes nappes phréatiques, toi, t'as vraiment l'air d'un rigolo... Le patron de Total est en première ligne, mais toute la presse a embrayé, toujours prompte à se faire avoir (ou se faire acheter ?).

Ah! Puis y'a le parti communiste, pourtant si cher à mon cœur et à mon histoire :  voilà qu'il se fait rattraper par ses démons productivistes, et s'engouffre le premier dans la brèche, empêtré dans  le mythe du progrès techno-scientifique. On finira bien par trouver la technologie "propre", pas vrai ? Pourvu qu'on cherche. Elle sert à ça, la science, non ?!?... Et tant pis si, après le nucléaire, après l'industrie de la neige artificielle, les bétonneurs et les pétroliers investissent nos villes et villages franciliens, achètent la paix autour de leurs puits, arrosent les élus et écrasent les velléités démocratiques. Dommage que la parenthèse Mélenchon soit refermée, j'avais imaginé qu'on pourrait avoir un peu d'écologie dans notre gauche radicale. Faudra repasser les plats.
 
20h. Et là, je commence à me sentir ballonné.

Dans mon top 5, j'ai gardé la meilleure pour la fin : la conférence de l'ONU sur le réchauffement climatique au... Qatar ! Celle-là, dans mes rêves les plus fous je n'aurais pas pu l'imaginer. Mais au nom de la liberté de conscience...

20h45. Ouille, je file, l'évacuation commence !...

 

16 novembre 2012

cinq ans, le miroir dépoli

le miroir dépoli.jpg

Ça faisait un petit moment déjà que ma copine Fiso me tannait le cuir, montrant et démontrant le fonctionnement de la chose et sa simplicité. J'avais passé tout l'été à fréquenter le blog de WajDi, mon mirage amoureux, même durant son mois de jachère estivale, et m'y étais fait de nouveaux amis qui m'encourageaient également. Boby notamment, alors qu'il accompagnait dans une lancinante supplique ce qui allait être, à peine un mois plus tard, la disparition de sa femme. Un monde nouveau s'était ouvert, et la tentation était grande. Je m'étais fait connaître sous un curieux pseudonyme, dans l'improvisation d'un dimanche matin à l'occasion de mon premier commentaire fébrile chez WajDi. Je resterai donc Oh!91.

Mon modèle, c'était Fiso. J'opterai donc pour Hautetfort et lui resterai assidu.

J'avais de nombreuses raisons de me voir instable et suspendu, ce serait donc "entre deux eaux".

Je n'ai rien changé à ces partis pris initiaux, même s'ils avaient été peu réfléchis.

Au début, je parlais de mon coming out attardé, de mes amours de jeunesse, secrètes et douloureuses. Au premier jour, un voyage de nuit vint rencontrer ma trajectoire et resterait l'amie fidèle de mes brunchs et de mes pains perdus.

Puis je mêlais à ces histoires anciennes le récit des rencontres coquines qui égayaient mon quotidien. Balmeyer m'en fit un jour une réputation qui se répandit sur la toile. J'ai vite aussi croisé cette intimité à l'expression de mes convictions et à l'urgence de certains combats. Je racontais notamment la lutte contre la menace d'expulsion qui touchait un ami japonais, un amant, dont je tombais amoureux sous tes yeux sans même m'en rendre compte. Presque par anti-sarkozysme.

Vint alors le temps du chagrin d'amour. L'extimité de ces pages devint poignante, entêtante, pour moi en tout cas, et sans doute thérapeutique. C'était le moment de me donner une bannière.

Les chemins de la reconquête prirent des détours vers la grande musique et l'opéra. Encore de nouveaux mondes qui transformèrent mon intérieur et dont je poursuis chaque semaine l'exploration.

Des amis d'ici m'ouvriront des horizons, des talents d'ailleurs me déniaiseront. Et ils savent que.

Un chercheur me fera écrire des pages et des pages pour les besoins de son étude.

La maladie de ma nièce m'inspirera un chant d'amour. La mort de Ferrat un sourire clair.

Et puis la lassitude viendra. Par vagues éphémères, ou comme inéluctable, m'incitant à un nouveau tempo, moins éreintant.

Le phénomène Mélenchon m'aidera à trouver une place dans une campagne électorale partie pour n'être qu'hypocrisie. Et à reconnaître l'optimisme.

Bref, j'ai consigné : ma vie et ma mémoire, par petites touches inégales dont je ne renie rien.

J'eus mes amoureux, réels et virtuels, mes anges protecteurs, mes sources, de Gaza ou de la Deûle, jamais déchus. J'eus un filleul, qui délaissa vite sa tentative, pourtant prometteuse.

J'eus du bonheur à me voir beau dans ton miroir, puis-je l'avouer ?

J'ai appris à écrire. Appris à penser. A construire un message. A concevoir une idée. A te balancer une émotion à la gueule. A exprimer un sentiment. Appris à vivre autrement que dans le doute.

Il y a cinq ans aujourd'hui, d'un clic, je m'installais ainsi sur la toile pour venir à ta rencontre. Nu. Anonyme mais transparent. Et toujours à ta portée.

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illustration : peinture d’Anne Kruchten

12 novembre 2012

"le pire, vous vous en occupez déjà très bien"

virginie-despentes.jpg

Parue aujourd'hui sur tetu.com, en réponse à un Lionel Jospin, homophobe sans le dire...

Je signe des deux mains et des deux pieds, de ma tête, de mes couilles, et de tous les poils de mon corps. Bravo, Virginie Despentes :

«Alors, cette semaine, c'est Lionel Jospin qui s'y colle. Il trouve qu'on n'entend pas assez de conneries comme ça, sur le mariage gay, il y va de son solo perso. Tranquille, hein, c'est sans homophobie. Il n'a pas dit qu'on avait le droit de casser du pédé ou de pourrir la vie des bébés gouines au lycée, non, juste, il tenait à signaler: attention, avec le mariage, on pousse mémé dans les orties. «L'humanité est structurée sur le rapport hommes femmes.» Juste, sans homophobie: les gouines et les pédés ne font pas vraiment partie de l'humanité. Ils ne sont pourtant pas stériles - mais comme ils ne vivent pas en couple, ce n'est pas de l'humain pur jus, pas de l'humain-humain comme l'est monsieur Jospin. Ce n'est pas super délicat pour les célibataires et les gens sans enfants, son truc, mais Jospin est comme ça: il a une idée forte de ce qu'est l'humanité, et l'humanité, c'est les femmes et les hommes qui vivent ensemble, copulent et produisent des enfants pour la patrie. C'est dommages pour les femmes, vu que, in fine, cette humanité là, c'est l'histoire de comment elles en ont pris plein la gueule pendant des millénaires, mais c'est l'humanité, que veux tu, on la changera pas. Et il faut bien l'admettre: il y a d'une part la grande humanité, qui peut prétendre aux institutions, et de l'autre, une caste moins noble, moins humaine. Celle qui devrait s'estimer heureuse de ne pas être persécutée, qu'elle ne vienne pas, en plus, réclamer des droits à l'état. Mais c'est dit sans animosité, hein, sans homophobie, juste: l'humanité, certains d'entre nous en font moins partie que d'autre. Proust, Genet, Leduc, Wittig, au hasard: moins humains que des hétéros. Donc selon Lionel Jospin, il faut que je comprenne, et que je n'aille pas mal le prendre: depuis que je ne suce plus de bite, je compte moins. Je ne devrais plus réclamer les mêmes droits. C'est quasiment une question de bon sens.

je n'avais pas encore pensé
à ne plus me définir comme
faisant partie de l'humanité.
Ça va me prendre un moment avant de m'y faire

Mais c'est dit sans homophobie, c'est ça qui est bien. Comme tous les hétéros qui ont quelque chose à dire contre le mariage gay. C'est d'avantage le bon sens que l'homophobie qui les pousse à s'exprimer. Dans ce débat, personne n'est homophobe. Ils sont juste jospin homophobe sans le dire.jpgcontre l'égalité des droits. Et dans la bouche de Jospin on comprend bien: non seulement contre l'égalité des droits entre homos et hétéros, mais aussi contre l'égalité des droits entre femmes et hommes. Parce qu'on est bien d'accord que tant qu'on restera cramponnés à ces catégories là, on ne sera jamais égaux.

Je m'étais déjà dit que je ne me voyais pas «femme» comme le sont les «femmes» qui couchent gratos avec des mecs comme lui, mais jusqu'à cette déclaration, je n'avais pas encore pensé à ne plus me définir comme faisant partie de l'humanité. Ça va me prendre un moment avant de m'y faire. C'est parce que je suis devenue lesbienne trop tard, probablement. Je ne suis pas encore habituée à ce qu'on me remette à ma place toutes les cinq minutes. Ma nouvelle place, celle des tolérés.

Au départ, cette histoire de mariage, j'en avais moitié rien à faire - mais à force de les entendre, tous, sans homophobie, nous rappeler qu'on ne vaut pas ce que vaut un hétéro, ça commence à m'intéresser.

Je ne sais pas ce que Lionel Jospin entend par l'humanité. Il n'y a pas si longtemps, une femme qui tombait enceinte hors mariage était une paria. Si elle tombait enceinte d'un homme marié à une autre, au nom de la dignité humaine on lui faisait vivre l'enfer sur terre. On pouvait même envisager de la brûler comme sorcière. On en a fait monter sur le bûcher pour moins que ça. On pouvait la chasser du village à coups de pierre. L'enfant était un batard, un moins que rien. Bon, quelques décennies plus tard, on ne trouve plus rien à y redire. Est-on devenus moins humains pour autant, selon Lionel Jospin? L'humanité y a t-elle perdu tant que ça? A quel moment de l'évolution doit on bloquer le curseur de la tolérance?

Jospin, comme beaucoup d'opposants au mariage gay, est un homme divorcé. Comme Copé, Le Pen, Sarkozy, Dati et tuti quanti. Cet arrangement avec le serment du mariage fait partie des évolutions heureuses. Les enfants de divorcés se fadent des beaux parents par pelletés, alors chez eux ce n'est plus un papa et une maman, c'est tout de suite la collectivité. On sait que les hétérosexuels divorcent plus facilement qu'ils ne changent de voiture. On sait que l'adultère est un sport courant (qu'on lise sur internet les commentaires d'hétéros après la démission de Petraeus pour avoir trompé sa femme et on comprendra l'importance de la monogamie en hétérosexualité - ils n'y croient pas une seule seconde, on trompe comme on respire, et on trouve inadmissible que qui que ce soit s'en mêle) et on sait d'expérience qu'ils ne pensent pas que faire des enfants hors mariage soit un problème. Ils peuvent même faire des enfants hors mariage, tout en étant mariés, et tout le monde trouve ça formidable. Très bien. Moi je suis pour tout ce qui est punk rock, alors cette idée d'une immense partouze à l'amiable, franchement, je trouve ça super seyant. Mais pourquoi tant de souplesse morale quand ce sont les hétéros qui se torchent le cul avec le serment du mariage, et cette rigidité indignée quand il s'agit des homosexuels? On salirait l'institution? On la dévoierait? Mais les gars, même en y mettant tout le destroy du monde, on ne la dévoiera jamais d'avantage que ce que vous avez déjà fait, c'est perdu d'avance... dans l'état où on le trouve, le mariage, ce qui est exceptionnel c'est qu'on accepte de s'en servir. Le vatican brandit la polygamie - comme quoi les gouines et les bougnoules, un seul sac fera bien l'affaire, mais c'est ni raciste ni homophobe, soyons subtils, n'empêche qu'on sait que les filles voilées non plus ne font pas partie de l'humanité telle que la conçoit cette gauche là, mais passons - ne vous en faites pas pour la polygamie: vous y êtes déjà. Quand un bonhomme paye trois pensions alimentaires, c'est quoi, sinon une forme de polygamie? Que les cathos s'occupent d'excommunier tous ceux qui ne respectent pas l'institution, qu'ils s'occupent des comportements des mariés à l'église, ça les occupera tellement d'y mettre un peu d'ordre qu'ils n'auront plus de temps à perdre avec des couples qui demandent le mariage devant le maire.

Et c'est pareil, pour les enfants, ne vous en faites pas pour ça: on ne pourra pas se comporter plus vilainement que vous ne le faites. Etre des parents plus sordides, plus inattentifs, plus égoïstes, plus j'm'enfoutistes, plus névrosés et toxiques - impossible. Tranquillisez vous avec tout ça. Le pire, vous vous en occupez déjà très bien.

Tout ça, sans compter que l'humanité en subit d'autres, des outrages, autrement plus graves, en ce moment, les gouines et les pédés n'y sont pour rien, je trouve Lionel Jospin mal organisé dans ses priorités de crispation. Il y a, en 2012, des atteintes à la morale autrement plus brutales et difficiles à admettre que l'idée que deux femmes veulent se marier entre elles. Qu'est-ce que ça peut faire? Je sais, je comprends, ça gêne l'oppresseur quand deux chiennes oublient le collier, ça gêne pour les maintenir sous le joug de l'hétérosexualité, c'est ennuyeux, on les tient moins bien. Parfois la victime n'a pas envie de se laisser faire en remerciant son bourreau, je pensais qu'une formation socialiste permettrait de le comprendre. Mais non, certaines formations socialistes amènent à diviser les êtres humains en deux catégories: les vrais humains, et ceux qui devraient se cacher et se taire.

J'ai l'impression qu'en tombant amoureuse d'une fille (qui, de toute façon, refuse de se reconnaître en tant que femme, mais je vais laisser ça de côté pour ne pas faire dérailler la machine à trier les humains - moins humains de Lionel Jospin) j'ai perdu une moitié de ma citoyenneté. J'ai l'impression d'être punie. Et je ne vois pas comment le comprendre autrement. Je suis punie de ne plus être une hétérote, humaine à cent pour cent. Pendant trente cinq ans, j'avais les pleins droits, maintenant je dois me contenter d'une moitié de droits. Ça me chagrine que l'état mette autant de temps à faire savoir à Lionel Jospin et ses amis catholiques qu'ils peuvent le penser, mais que la loi n'a pas à être de leur côté.

Je ne vois aucun autre mot
qu'homophobie pour décrire ce que je ressens
d'hostilité à mon endroit,
depuis quelques mois qu'a commencé ce débat

Si demain on m'annonce que j'ai une tumeur au cerveau et qu'en six mois ce sera plié, moi je ne dispose d'aucun contrat facile à signer avec la personne avec qui je vis depuis huit ans pour m'assurer que tout ce qui est chez nous sera à elle. Si c'est la mort qui nous sépare, tout ce qui m'appartient lui appartient, à elle. Si j'étais hétéro ce serait réglé en cinq minutes: un tour à la mairie et tout ce qui est à moi est à elle. Et vice versa. Mais je suis gouine. Donc, selon Lionel Jospin, c'est normal que ma succession soit difficile à établir. Qu'on puisse la contester. Ou qu'elle doive payer soixante pour cent d'impôts pour y toucher. Une petite taxe non homophobe, mais qu'on est les seuls à devoir payer alors qu'on vit en couple. Que n'importe qui de ma famille puisse contester son droit à gérer ce que je laisse, c'est normal, c'est le prix à payer pour la non-hétérosexualité. La personne avec qui je vis depuis huit ans est la seule personne qui sache ce que j'ai dans mon ordinateur et ce que je voudrais en faire. J'aimerais, s'il m'arrivait quelque chose, savoir qu'elle sera la personne qui gèrera ce que je laisse. Comme le font les hétéros. Monsieur Jospin, comme les autres hétéros, si demain le démon de minuit le saisit et lui retourne les sangs, peut s'assurer que n'importe quelle petite hétéro touchera sa part de l'héritage. Je veux avoir le même droit. Je veux les mêmes droits que lui et ses hétérotes, je veux exactement les mêmes. Je paye les mêmes impôts qu'un humain hétéro, j'ai les mêmes devoirs, je veux les mêmes droits - je me contre tape de savoir si Lionel Jospin et ses collègues non homophobes mais quand même conscients que la pédalerie doit avoir un prix social, m'incluent ou pas dans leur conception de l'humanité, je veux que l'état lui fasse savoir que je suis une humaine, au même titre que les autres. Même sans bite dans le cul. Même si je ne fournis pas de gamin à mon pays.

La question de l'héritage est centrale dans l'institution du mariage. Les sourds, les homo-parents.jpgaveugles et les mal formés pendant longtemps n'ont pas pu hériter. Ils n'étaient pas assez humains. Me paraît heureux qu'on en ait fini avec ça. Les femmes non plus n'héritaient pas. Elles n'avaient pas d'âme. Leurs organes reproducteurs les empêchaient de s'occuper des affaires de la cité. Encore des Jospin dans la salle, à l'époque ils s'appelaient Proudhon. J'ai envie de vivre dans un pays où on ne laisse pas les Jospin faire le tri de qui accède à l'humanité et qui doit rester dans la honte.

Je ne vois aucun autre mot qu'homophobie pour décrire ce que je ressens d'hostilité à mon endroit, depuis quelques mois qu'a commencé ce débat. J'ai grandi hétéro, en trouvant normal d'avoir les mêmes droits que tout le monde. Je vieillis gouine, et je n'aime pas la sensation de ces vieux velus penchés sur mon cas et déclarant «déviante». J'aimais bien pouvoir me marier et ne pas le faire. Personne n'a à scruter à la loupe avec qui je dors avec qui je vis. Je n'ai pas à me sentir punie parce que j'échappe à l'hétérosexualité.

Moi je vous fous la paix, tous, avec vos mariages pourris. Avec vos gamins qui ne fêteront plus jamais Noël en famille, avec toute la famille, parce qu'elle est pétée en deux, en quatre, en dix. Arrangez vous avec votre putain d'hétérosexualité comme ça vous chante, trouvez des connes pour vous sucer la pine en disant que c'est génial de le faire gratos avant de vous faire cracher au bassinet en pensions compensatoires. Vivez vos vies de merde comme vous l'entendez, et donnez moi les droits de vivre la mienne, comme je l'entends, avec les mêmes devoirs et les mêmes compensations que vous.

Quand les dirigeants déclarent une guerre,
ils se foutent de savoir
qu'ils préparent une génération
d'orphelins de pères.

Et de la même façon, pitié, arrêtez les âneries des psys sur les enfants adoptés qui doivent pouvoir s'imaginer que leurs deux parents les ont conçus ensemble. Pour les enfants adoptés par un parent seul, c'est ignoble de vous entendre déblatérer. Mais surtout, arrêtez de croire qu'un petit coréen ou un petit haïtien regarde ses deux parents caucasiens en imaginant qu'il est sorti de leurs ventres. Il est adopté, ça se passe bien ou ça se passe mal mais il sait très bien qu'il n'est pas l'enfant de ce couple. Arrêtez de nous bassiner avec le modèle père et mère quand on sait que la plupart des enfants grandissent autrement, et que ça a toujours été comme ça. Quand les dirigeants déclarent une guerre, ils se foutent de savoir qu'ils préparent une génération d'orphelins de pères. Arrêtez de vous raconter des histoires comme quoi l'hétérosexualité à l'occidentale est la seule façon de vivre ensemble, que c'est la seule façon de faire partie de l'humanité. Vous grimpez sur le dos des gouines et des pédés pour chanter vos louanges. Il n'y a pas de quoi, et on n'est pas là pour ça. Vos vies dans l'ensemble sont plutôt merdiques, vos vies amoureuses sont plutôt calamiteuses, arrêtez de croire que ça ne se voit pas. Laissez les gouines et les pédés gérer leurs vies comme ils l'entendent. Personne n'a envie de prendre modèle sur vous. Occupez-vous plutôt de construire plus d'abris pour les sdf que de prisons, ça, ça changera la vie de tout le monde. Dormir sur un carton et ne pas savoir où aller pisser n'est pas un choix de vie, c'est une terreur politique, je m'étonne de ce que le mariage vous obnubile autant, que ce soit chez Jospin ou au Vatican, alors que la misère vous paraît à ce point supportable.»

11 novembre 2012

pédale douce à gauche

pédales de piano.jpg

Je suis compétitif. Je crois même hyper-compétitif. Car moi aussi j'ai mon rapport que j'ai remis à mon président. Mais moi, je l'ai pondu en trois mois et demi, et pas en six. Il fait 120 pages, s'il-te-plaît. Quand le rapport Gallois n'en fait que 67, pfff ! Et il compte quarante propositions, quand le rapport Jospin s'arrête à 35... Compétitivité zéro, ces deux là, ou alors incompétents parce que cumulards ? Allez zou, au placard ! Il faut être com-pé-ti-tif ! C'est l'époque qui veut, ou la crise, c'est la guerre et il n'y a pas de place pour tous, dans le monde merveilleux des appels d'offre. Alors c'est Gallois ou moi, un point c'est tout. Jean-Marc, tu ne serais pas un tantinet décliniste ?

Jean-Marc Ayrault me ressemble, en vérité. Il n'est pas dans son rôle. Il surjoue. Dépassé, conscient de ses limites et de son usurpation, pétri de culpabilité mais néanmoins au charbon, taraudé de grandes et de petites choses à se prouver. Le coup de menton contre ses adversaires, lorsque son clan l'observe, ayrault AN.jpgdans l'hémicycle, et le verbe conciliant en privé, l’œil connivent quand tout s'apaise autour d'une table.

Comme moi, je suppose que le bas du dos lui fait mal de temps en temps. Qu'il aimerait avoir plus de temps pour faire du sport et entretenir sa santé. Que son sommeil est agité. Et que décidément, ces putains d'hémorroïdes !... Comme moi, il a des fourmis dans le pied gauche, je suis sûr, mais quand ça veut pas, ça veut pas. Comme moi, je suppose qu'il a acquis, pour se détendre et bien engager ses nuits, un tout nouveau piano et qu'en l'absence de chauffeur, il roule désormais avec un boîtier automatique. Un piano et un boîtier automatique, c'est juste terrible pour le pied gauche, cloué au pilori, au repos complet. On l'oublie, on l'ignore, il devient mou du genou et seuls quelques petits fourmillements viennent t'en rappeler l'existence. Faut l'excuser, c'est mécanique. Et c'est normal qu'il préfère alors perdre de vue qui l'a mis où il est.

En plus, ses semaines à lui font bien plus que 39 heures, alors y'a pas de raison ! Et puis il doit essuyer des réprimandes continuelles. Celles de l'adversaire, sur la place publique. Et celles de ses amis, dans le secret des règlements de compte, lorsque ses maladresses agacent.

ayrault au medef.jpgEncore que. Il vaut mieux qu'on parle des gaffes, non ?, et que les procès s'arrêtent aux portes de l'amateurisme, ça évite qu'on ne creuse trop les sujets de fond : cette compétitivité, là, justement, ce bidule qu'on nous promet en choc ou en pacte, en bloc ou en kit, et qui ne veut rien dire d'autre que la promesse d'une baisse vertigineuse de ton niveau de vie, de celle des gens simples, s'entend, dans le large spectre qui va des milieux déjà exclus jusqu'au milieu des classes moyennes. D'Athènes à Paris, les détenteurs de l'ultrarichesse, l'oligarchie capitaliste qui gouverne le monde n'a rien trouvé de mieux pour, à court terme, préserver ses privilèges exorbitants, et il ne faut jamais insulter trop bruyamment les cercles qu'on aspire à intégrer pour réussir sa vie... Les bienheureux bavardages médiatiques noient tout ça dans une bouillie consensuelle couleur fluo, avec toute l'apparence du bon sens commun. Et tant qu'on peut porter une marinière pour témoigner de son patriotisme !
 
Je ne suis pas prêt de la vendre, ma voiture, avec tout ça. Elle est pourtant bien française, ma petite Mégane !

Moi aussi, quand j'étais petit, je me coinçais le doigt dans une porte et je pleurais très fort, juste pour pas me faire gronder quand j'avais eu une mauvaise note...

Donc va pour la pédale douce à gauche ! On y gagnera au moins le mariage pour tous, ça mange pas de pain, et ça fait au moins une différence avec la droite.

05 novembre 2012

souvenirs et contrepoints

Cimetiere.jpg

Jeudi sonnait le vingtième anniversaire de la mort de papa.

Bizarrement, j'ai d'abord beaucoup pensé à Sylvie, peut-être parce que je l'ai revue récemment. Sylvie était la secrétaire générale des Jeunesses communistes. Nous nous étions beaucoup côtoyés, avant que je ne parte à Damas pour mes études d'arabe - autant que pour échapper à une a carrière politique. Elle avait su m'annoncer la nouvelle avec tact. J'étais dans un état d’affolement car je n'avais pas reçu le premier télégramme qui m'annonçait le décès, mais seulement un second qui me donnait l'heure du vol où une place m'avait été réservée. Je n'arrivais pas à joindre maman, le téléphone de la maison était sans cesse occupé et le pressentiment grondait. Depuis Damas, la ligne était terriblement intermittente. Je ne sais pas d'où m'était venue l'intuition que Sylvie saurait, mais elle n'avait pas semblé surprise de m'avoir en ligne, ni même de m'entendre incrédule. Elle m'avait juste dit que ma mère essayait de me joindre, qu'elle n'y arrivait pas, qu'elle avait une mauvaise nouvelle à m'annoncer, que mon papa était mort, que ma mère serait rassurée de savoir que j'étais prévenu. La suite - l'étourdissement où je me trouvais en rentrant chez moi préparer ma valise, puis en retournant à l'institut français retrouver mes nouveaux amis avant de décoller vers Paris - je l'ai racontée là.

J'ai beaucoup aussi pensé à Menem. A Charles de Gaulle, il m'avait attendu pour faire le voyage de Marseille avec moi. Puis le voyage de Puybrun, juste après l'hommage public rendu à Gardanne, le dernier voyage pour mon père, dans un lourd corbillard gris métallisé.

Il y avait eu le tumulte, la famille, les voisins, ma grand-mère qui gérait, entourait et oppressait ma mère, les couleurs resplendissantes d'un automne élégiaque. La messe, donnée par un prêtre-ouvrier de nos amis mais que ma mère avait malgré tout choisi d'éviter.

Jeudi a sonné le vingtième coup de cette histoire.

Nous n'avons pas eu, cette fois, les belles couleurs d'automne qui nous avaient alors accompagnés. Même ma belle sœur n'a pas voulu nous accompagner au cimetière. Mon frère, ma mère et moi y avons marché seuls. Igor virevoltait autour de nous avec son appareil photo, glanait quelques images morbides pour je ne sais quel travail graphique à venir.

Le sol était humide, quelques tombes à l'abandon faisaient l'objet d'une procédure de reprise, et la cimetiere-de-campagne.jpgmousse s'y amassait dans les cavités. Les autres avaient été abondamment fleuries la veille, le cimetière était propre. Avoir perdu un parent un 2 novembre est un privilège.

Mon frère avait sculpté un masque dans une citrouille. A notre arrivée, mercredi soir, une bougie animait ses yeux exhorbités, concession au goût des traditions de ma belle-soeur. Il m'a dit qu'il avait croisé Jean-Claude, et qu'il l'avait reconnu sans l'ombre d'un doute.

Jean-Claude, c'était le fils du notaire. Quand nous venions, enfants, passer un mois chez ma grand-mère (avant de partir, l'autre partie des vacances, faire du camping sauvage en montagne avec nos parents), nous étions invariablement les parigots, les têtes de veau et les têtes de chiens des mômes de notre âge. Après les deux-trois jours de reprise de contact, nous vivions avec les autres, jouions à leurs jeux, perdions le même temps dans les mêmes langoureuses inactivités, parfois tapions dans un ballon ou allions nous baigner à la rivière, mais nous restions néanmoins toujours les parisiens aux têtes de gogoles toujours bonnes à rabrouer.

Même lorsque, installés près de Marseille, nous ne vivions plus à Paris depuis longtemps.

partie de émptanque.jpgIl n'y avait que jean-Claude et Dominique, avec qui la complicité allait plus loin. Ces deux-là, leur truc, c'était la pétanque. On jouait entre-nous, tout le temps. Le matin, l'après-midi, le soir tombé à la lumière des réverbères. Les week-ends, lorsqu'à l'occasion d'une fête de village s'annonçait un concours de boules, alors c'était la mobilisation générale. Il m'arrivait parfois de compléter leur triplette. Mais souvent, ils faisaient doublette et j'étais leur plus fervent supporter.

L'adolescence passée, j'ai cessé de venir passer toutes mes vacances à Puybrun. Militant étudiant, je "tenais" le parvis des facs pour proposer l'adhésion aux nouveaux inscrits, ou je partais faire de grands voyages de solidarité avec les jeunes communistes. Je venais une semaine, de-ci de-là. J'ai arrêté de les voir. Jean-Claude habitait de l'autre côté du village, de toute façon. Quant à Dominique, devenu maladivement timide, plus encore que sa mère, il devint rare de le croiser même subrepticement, quoi que partageant la même place de village.

Odette, la mère de Dominique est devenue, au fil des ans, une amie très proche de ma mère. Une complice. Elle s'était beaucoup occupée de ma grand-mère avant que la perte totale d'autonomie n'oblige à avoir recours à un établissement. Elle entretient, aujourd'hui encore, le jardin de notre maison de famille, y cultive son partager et nous régale d'une partie de sa récolte. Lorsque les saisons sont à l'heure, elle aime me conduire dans ses coins à girolles, dans un donnant-donnant où nous troquons, elle ses secrets moi ma voiture. Hélas, cela fait déjà plusieurs années que je rate le coche ! Au détour des bavardages d'été, je sais que la complicité de Jean-Claude et de Dominique ne s'est jamais éteinte, qu'ils se voient encore beaucoup et qu'ils courent désormais les concours de boule les plus prisés et les mieux dotés.

A l'évocation de sa rencontre avec Jean-Claude, j'ai dit à mon frère ma surprise de voir son amitié avec Dominique avoir survécu à toutes ces années et à l'âge. Le fils du notaire et le fils du maçon, le notable et le cantonnier. Mon frère m'a répondu, narquois, que cela tenait sans doute au fait qu'il s'agissait plus que d'une simple amitié...

La vache !

C'est vrai qu'ils font l'un et l'autre figure de vieux garçons, les deux seuls du village, d'ailleurs. L'autre Dominique a repris la boucherie de sa vieille tante Aline et nous régale d'une saucisse dont Puybrun 24.jpgla recette se transmet de génération en génération. Les genoux en charpie mais marié, il a un grand fils, plus que beau gosse, qui se prépare déjà à prendre la suite. Quant aux deux garçons de la boulangère, les frères Galtier, ils prospèrent, l'un dans les bars-tabac du Vaucluse, l'autre dans la grande agriculture.

Un souvenir longtemps enfoui a surgi en entendant l'allusion de mon frère : Dominique, sa sœur Josy et leur maman avaient été nos voisins, avant qu'ils ne doivent rendre à mon grand oncle, ou plutôt à sa veuve, la maison qu'ils louaient, attenante à  la nôtre. Nos "jardins de devant" communiquaient par un petit portillon rouge. Une fois - nous avions alors quoi, six ou sept ans ? - nous nous étions cachés sous le banc, Dominique et moi, et nous étions montré nos zizis en gloussant. Ma seule vraie expérience de touche-pipi jusqu'à mon coming out tardif.

girolles.jpgSe montre-t-on les zizis entre garçons sans nourrir un fantasme, une attirance, sans cultiver une orientation sexuelle particulière ? Qui se réalisera ou non, d'ailleurs, mais la question d'un coup m'est venue et avec elle, une autre, beaucoup plus fantasmée, sur la relation qui est celle aujourd’hui de ces deux amis d'enfance et de vacances. Trouble.

Fin septembre, les girolles avaient été en retard, fin d'été trop seche. Début novembre, elles s'en étaient déjà allées, décapitées par la vague de froid. Je me suis replié sur des promenades en plein champ, sur quelques vieux rosés des près - deux-trois jeunes pousses attardées, triste cueillette en vérité ! - avec à la clé, malgré tout, une belle poêlée de mousserons ! Saisis à l'huile, rehaussés d'une jetée de vinaigre balsamique, il ne leur a manqué que quelques lamelles de figues, en contre-point sucré.

Samedi, dans la douceur de l'après-midi, nous avons fait une grande marche et sommes repassés maison de ferrandou.jpgdevant une des très belles demeures du village et de ses alentours. Une vielle bastide en promontoire avec, en contre-bas sur la route de Chatou, un grand portail de pierre tuilé. Son propriétaire arrachait du lierre et, presque honteux d'être vu dans cette tâche, s'est excusé, d'un jovial accent anglais : "Ça ne m'arrive que tous les quinze ans, ne vous inquiétez pas !...".

Il nous a parlé de sa maison, acquise trente ans plus tôt, de ce magnifique portique vieux du XVIIe siècle, d'une imitation réalisée à grand frais par un voisin néo-bourgeois mort six mois après l'avoir achevé. Il en est venu à évoquer les pianos qu'il a installés dans "ses ateliers". Pour répéter, car il est baryton, en est-il venu à nous dire. A son âge, David Wilson-Johnson - c'est son nom - est fatigué de se soumettre aux caprices des metteurs en scène, mais il sillonne encore la terre entière pour des concerts ou des récitals. Il a échappé de justesse à Sandy, quittant Boston sur le fil, poussé par des vents qui l'ont ramené sur Paris en quatre heures et demi.

Il sera le 23 mai au Musée d'Orsay pour chanter un répertoire italien ancien. Contrepoint musical à notre séjour quercynois. Mes voisins de là-bas.