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08 juin 2012

Pujadas, l'affiche verte

législatives 2012

Dans la circonscription d'Hénin-Beaumont se joue quelque chose de gros ces dimanches. Ou la fille Le Pen entre à l'Assemblée, et dispose d'un tremplin inespéré pour incarner, en France, la face la plus hideuse de ce que nourrit en Europe la crise capitaliste actuelle : la montée, pourtant faillible, d'une Extrême-droite pétrie de haine et de rejet de l'autre. Ou une voix nouvelle l'emporte, une voix découverte lors de la présidentielle, qui revendique sa filiation avec une gauche européenne neuve, qui n'a plus peur de refuser les recettes libérales et prétend résister à l'arrogance de la finance.

La bataille est féroce, mais elle a du sens. Elle mérite d'être éclairée. On a beaucoup reproché à Jean-Luc Mélenchon de s'y être lancé, mais comment, sinon, ce débat aurait-il pu avoir la place qu'il devait avoir, qu'il aurait du avoir, face à la poussée des menaces fascistes en Europe ?

Sur place, alors que le candidat du Front de gauche mène une plutôt belle campagne, s'efforce de parler avec dignité au monde du travail, redonne en terres ouvrières ses vertus solidaires aux vagues migratoires successives et à leurs enfants, en réveille les valeurs de résistance et de créativité, les coups les plus tordus sont lâchés. Tracts anonymes, dénonciation d'un patrimoine et de revenus farfelus, faux flyers pour essayer de faire du vote Mélenchon un acte communautaire, religieux même, musulman donc anti-français. Le faux-tract sur fond vert, écrit dans un pseudo arabe - inversé donc illisible, en vrai - que les sbires de Marine Le Pen ont été pris en flagrant délit de distribution, n'a rien à législatives 2012envier à l'affiche rouge du régime nazi. Même procédé, fondé sur la peur de l'étranger et la dénonciation de l'anti-France. Le Pen a du en admettre l'initiative, prise qu'elle était la main dans le sac, mais tout le monde médiatique semble s'amuser des simagrées par lesquelles elle banalise l'affaire.

législatives 2012Hier, c'est une effigie de Mélenchon grimé en Hitler, sur fond de camp de concentration, qui a été diffusée. Paroxysme de l'abject. Mais l'on n'entend rien d'autre que des commentaires badins, qui se contentent d'y voir, ainsi agrémentée, la thèse du grand cirque médiatique que constituerait le duel Mélenchon-Le Pen  - commode pour renvoyer les protagonistes dos à dos, à égale responsabilité de cette chose ! Incroyable lecture !...

Bien triste illustration dans le journal de France 2, hier soir. Pujadas reçoit Marine Le Pen. Après deux-trois considérations embrouillées sur le retour de la retraite à 60 ans, et une tribune jamais contrariée sur la nouvelle version de la préférence nationale - "avec moi, c'est les nôtres plutôt que les autres" -, on en arrive à la séquence Hénin-Beaumont. Tandis que l'on voit à l'image, sans l'entendre, Jean-Luc Mélenchon présenter à la presse les deux nouveaux faux-tracts qui le calomnient et troublent profondément les esprits dans un contexte de campagne électorale, la Le Pen, déploie sans contradiction ses talents de sainte-nitouche. Tribune insupportable à 72 heures du scrutin.

Et là, faisant mine de vouloir la titiller, sur le ton de "là, on tient quelque chose..." Pujadas lance une pastille : on y voit Marine Le Pen dans une rue d'Hénin. Passe une BMW décapotée, deux jeunes à bord, manifestement d'origine maghrébine. Ils crient à son endroit : "Mélenchon, mélenchon". Et elle de les interpeler : "vous l'avez eu comment votre voiture, vous l'avez gagnée au loto, c'est ça ?" Et à la caméra : "voyez, ce sont eux, il n'y a que les Français musulmans qui sont avec Mélenchon". Pujadas fait mine de tenir la preuve qui l'accable "entendriez-vous que tous les Français ne se valent pas ?" Ne se rend-il vraiment pas compte qu'il vient de lui servir sa soupe ? Celle dont elle fait sa campagne de bout en bout, sans autre argument ? Sa "preuve", c'est exactement le faux législatives 2012tract vert en vidéo, la version héninoise de l'affiche rouge, le même message de peur qui cherche à jeter tous ceux que la fragilité accapare ou effraie dans les bras de l'extrême-droite. Le Pen l'a fait à quelques centaines d'exemplaires dans les boîtes de sa circonscription. Pujadas le fait dans la lucarne de 4 millions de foyers. Quand il n'y a personne pour répondre. Le Pen exulte : "Mélenchon surfe sur le vote communautaire". C'est lui le sectaire, lui qui divise, lui qui choisit l'autre quand elle choisit les nôtres. Et Pujadas de sourire bêtement.

Voilà où en est le cirque médiatique, à trois jours du vote.

L'Express, le Nouvel Obs, et bien d'autres s'étaient livrés à cet exercice dans la dernière ligne droite de la présidentielle, et voilà qu'ils nous rejouent le match : plutôt Le Pen que le Front de gauche. Je préfère ne pas me demander qui est derrière cette opération. Pour m'épargner.

Quant à Pujadas, ça se confirme, il n'est qu'un valet !

Commentaires

Bonjour,
Pujadas ? Il faut garder en mémoire la décoration reçue de ses pairs.

Il a été décoré de la "laisse d'or du journaliste le plus servile".
Remise de décoration duement filmée et visible (peut-être encore) sur youtube.

Écrit par : PIERROT13 | 08 juin 2012

c'est affligeant effectivement. MAis qu'attends-tu de nos journalistes, quand on sait aussi que SArko a sans doute été élu grâce aux infos du 13h uniquement orienté "peur et sécurité" pour le 3eme age? MAis tu as raison, il ne faut pas arreter de dénoncer, dénoncer, dénoncer ces manipulations...

Écrit par : arthur | 08 juin 2012

Je partage ton avis sur le cirque médiatique mais quand tu assènes que l'Obs joue dans le match "plutôt le Pen que le Front de gauche" ne procèdes-tu pas des mêmes raccourcis et de la même désinformation que ceux que tu dénonces ? J'ose même te demander si tu le lis toi-même... car je n'y ai jamais rien lu de tel. Et ne crois pas que j'en sois un inconditionnel sans recul. Je le lis depuis bien trop longtemps en croisant avec d'autres médias.
On n'arrivera à rien en considérant qu'il n'y a qu'une seule et vraie gauche.

Écrit par : estèf | 09 juin 2012

-> PIERROT13 -> J'étais passé à côté de l'épisode. Mais disons qu'il ne l'a pas volée...
-> arthur -> Je sais que les médias sont le reflet d'un rapport de force, mais il m'insupporte qu'ils y participent. Leur ton "d'observateurs", neutres évidemment, alors qu'ils sont des acteurs directs, des instruments, serviles aux donneurs d'ordre... Faut il changer le monde pour changer l'information, ou changer l'informatiion pour changer le monde ?!?... That's the question...
-> estéf -> J'ai la conviction profonde qu'une certaine presse de gauche, la bien-pensante, partisane d'une vie politique à l'américaine, œuvre avec méthode, consciente de son pouvoir, à l'élimination de toute gauche alternative. Je pense même que Le Nouvel Obs est fer de lance dans ces stratégies. D'où un numéro titré en une "Mélenchon, le grand perturbateur", affiché dans tous les kiosques, pendant huit jours juste avant le scrutin, expliquant que Mélenchon était le candidat des salons parisiens, le chouchou de Sarko, le principal problème de Hollande, celui qui ferait perdre la gauche, j'en passe et des meilleurs, avec des plumes pour étayer tout cela, Onfray et d'autres... Après avoir quelques mois avant entretenu la thèse des similitudes des extrêmes et des populistes. Une presse de gauche, à huit jours du scrutin et alors que l'extrême-droite menaçait, n'avait-elle rien de mieux à faire ? Libé a rejoué le même scénario le samedi de la législative, en publiant sur une page une article intitulé : "les autres points communs entre Le Pen et Mélenchon", cherchant à étayer des analogies et des équivalences dans l’absentéisme des deux élus européens, alors même que les faits mentionnés contredisaient la tonalité de l'article. Plutôt Le Pen que le Front de gauche relève d'un calcul assumé dans certains cercles. Et une certaine presse sert la soupe, c'est comme ça que ça se passe dans un monde de communication. Ce n'est pas un raccourci, c'est de la lucidité... Mon amertume n'est que passagère.

Écrit par : Oh!91 | 15 juin 2012

Les commentaires sont fermés.