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01 avril 2012

la nostalgie, le phénomène et les imbéciles

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Je suis à Marseille pour un week-end prolongé. Une pause dans la campagne et ses inévitables passions. Je ne fais pas assez attention à Maman. Je dois descendre plus, plus souvent, prendre soin d'elle et de son âge avançant. J'ai fixé aux fenêtres les stores vénitiens qu'elle avait achetés mais qu'elle ne parvenait pas à visser. Elle reste vaillante, mais à 75 ans, ses doigts et son épaule ne répondent plus comme avant.

Hier, sous un soleil estival, j'ai rejoint la mer en passant par les abords de la fac Saint-Charles. Un coup d’œil, comme à chaque fois, vers cette fichue fenêtre du 9ème étage de la cité universitaire où Ali avait couvé mes peines dans l'innocence des siennes, il y a vingt-cinq ans.

Sur la plage, bondée comme en juillet, deux jeunes hommes insouciants de leur beauté jouaient au volley avec un ballon d'enfant. J'ai eu la nostalgie de ces années ici, sans toutefois regretter leur lumière excessive et agressive. La nostalgie est douce, aigre, souvent utile parce que riche de sens. Mais elle n'est pas une ligne de conduite.

Certains se sont fait un métier de déceler dans la campagne de Mélenchon quelque chose de nostalgique, les Verts en particulier - je suis triste du zèle qu'il y mettent - s'amusent à évoquer une campagne "à la papa", où Claude François et Mélenchon, rassemblés dans le même panier des inutiles icônes, réveilleraient juste des tendres souvenirs qui feraient le "phénomène Mélenchon". C'est vrai que l'ami Jean-Luc ne lésine pas sur les symboles historiques, ni sur les références. Moi je crois qu'il vaut mieux cette part d'érudition et cet ancrage culturel pour se projeter vers l'avant. Les voyageurs sans bagage sont les plus dangereux.

présidentielle 2012,Mélenchon,parti socialisteIl n'y a pas de "phénomène Mélenchon". Ce n'est pas lui qui fait se lever les masses, ce n'est pas lui qui jette les foules dans les rues. On ne va pas à ses meetings pour l'entendre, le voir ou le toucher. La télé ou internet sont très bien pour apprécier son indéniable talent. S'il a un mérite, dans cette campagne, c'est qu'il est le révélateur non pas de la colère qui gronde, mais de sa capacité à servir à quelque chose, à incarner une conscience grandissante, qui veut s'épargner ce que le social-libéralisme a infligé à la Grèce, puis à l'Espagne.

Il n'y a pas de phénomène Mélenchon, il n'y a pas de fan club, on ne crie jamais son nom dans ses meetings. Il y a juste un début d'insurrection citoyenne. Ce mouvement se cherche depuis longtemps. Il est passé par le NON en 2005 avant qu'on ne le fasse rentrer dans le rang. Nos institutions de la Vème république avaient pour habitude de le dévoyer, de le tuer dans l’œuf. Le rejet de la vaine alternance droite-gauche a même cru pouvoir s'exprimer par son centre. Ainsi, on a rejeté en 2007 l'idée d'une factice différence par celui qui représentait l'entre deux des semblables. Il n'y avait pas d'enthousiasme dans le vote Bayrou, mais au moins permettait-il de montrer que l'on n'était pas dupe. Et comment aurait-il pu en être autrement, quand nos foutus partis de gauche alternatifs étaient partis chacun de leur côté défendre les intérêts de leurs boutiques.

Il n'y a pas de phénomène Mélenchon, mais en 2012, grâce au Front de gauche, à cette belle évocation de l'union retrouvée et du désintéressement, ce rejet de la politique de l'apparence a trouvé un outil autrement plus performant pour s'exprimer, où il n'est plus question de sortir de l'impasse par son milieu - quel leurre ! - mais par la révolte citoyenne.

Pris au dépourvu de cet espoir renaissant, ceux qui n'avaient qu'une austérité de gauche à proposer en échange de l'austérité de droite, ou du centre, sans stratégie de rechange, font haro sur le baudet. Le phénomène Mélenchon est un effet de mode, un cri de colère, inaudible et inutile. Pire, qui fait le jeu de Sarkozy en empêchant d'aller ratisser au centre. Dans leurs vues, il faudrait renoncer au changement pour réussir à changer. Ne rien changer tout en appelant ça changement. Ils n'ont jamais imaginé l'emporter autrement qu'en se faisant tout petit, ils n'ont jamais cru renégocier un traîté européen autrement que pour y ajouter un mémorandum moral non-contraignant. Ils n'ont aucune visée économique alternative à la réduction de la dépense publique. Ils manient des leurres et serrent les fesses en espérant que ça ne se verra pas trop. Et pour finir, ils refusent la discussion, le débat, croyant que c'est ainsi que se consolide l'image du présidentiable.

Ce sont des imbéciles ! C'est leur manque d'audace, leur incapacité à porter un rêve concret, à s'appuyer sur ce qui monte à gauche pour élever leur ambition de changement qui fera perdre la gauche. A cause de cette courte vue, on risque d'en reprendre pour cinq ans... Je ne l'espère pas, je le redoute, je le vois venir et les vois s'enfermer, aveugles, s'agitant pour culpabiliser ce qui se passe autour de Mélenchon pour n'avoir rien à bouger de leur stupide quête de pouvoir. On a le parti socialiste le plus bête du monde.

Commentaires

Tu me fais rêver. Une rencontre très sensuelle ce vendredi avec un jeune homme inconscient de sa beauté me renvoie à ces belles années qui sont passées trop vite et à ces secrets que je n'ai pas su percer en leur temps... Jeudi soir prochain, peut-être irai-je partager la ferveur toulousaine, pas la ferveur pour un homme en effet, mais bien pour un mouvement. Il vient de loin mais son expression actuelle n'est pas encore assez forte pour emporter ce qu'il faudrait. Les autres ne sont pas si bêtes, juste encore trop tactiques, ou inconscients ou empêtrés dans leurs erreurs. de jugement. De toute façon, ce qui va compter sera l'après. Comme tu le dis ailleurs, les partis constitutifs de ce mouvement sauront-ils s'entendre ? Et cet après, faut-il le construire avec une présidence qui ira jusqu'au bout de sa folie destructrice de notre république ?
Je suis dans les tourments.

Écrit par : estèf | 01 avril 2012

-> estéf -> Hmmm ! Te savoir peut-être dans les ferveurs du capitole, jeudi soir, près de ma mère, mon oncle, ma tante, ma cousine et ses enfants, mon frère et ma belle-sœur, mes nièces et d'innombrables de mes frères et sœurs de cœur... Voilà qui - même si c'est par simple curiosité, ou pour un bain d'enthousiasme, ou encore pour retrouver sur tes pommettes les couleurs de ce qui est de gauche, voilà qui me réjouit profondément. Et témoigne d'une belle ouverture d'esprit...

Écrit par : Oh!91 | 02 avril 2012

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