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08 mars 2012

l'inversion des courbes

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Je suis à l'aéroport de Budapest. Hier dans la nuit se sont croisées les courbes du beau et du mauvais temps. J'aurai passé là huit jour sous un soleil inaltéré, et voilà qu'aux dernières heures un épais brouillard ne parvient à se détacher du ciel, plombant l'air d'une nostalgie qui sied aux grands retours.

Dans un instant, les courbes du plaisir et des obligations se croiseront à leur tour.

Budapest me fut, peut-être plus encore qu'à l'habitude, une cure d'apaisée jouvence. Je me suis livré à une débauche indécente des plaisirs qui m'appartiennent : pratique intensive de la natation, dans une piscine olympique à la porte de ma chambre. 15,5 km en tout qui ont redonné à mon corps toute la respiration qui lui manquait. En peu de jours, je l'ai vu se reformer, se débarrasser des masses inélégantes, se parer de la nouvelle marque d'un nouveau maillot, et retrouver un inattendu pouvoir de séduction. Je suis allé aux bains trois fois seulement, tant pour l'eau que pour éprouver ce magnétisme revenu, et les suées ont soulagé mon dos, mais aussi ces stupides doutes existentiels.budapest,natation,mélenchon,présidentielle 2012

Je suis allé au spectacle pratiquement chaque soir, six fois en tout, dont trois avec une partie ou l'autre de ma belle famille. Et je peux donc affirmer que si l'opéra de Budapest est l'un des plus beaux d'Europe, il dispose néanmoins de budgets et d'un plateau technique qui en limitent les capacités de production. Décors kitsch et inconsistants, mises en scènes classiques, distributions locales. Ce qui n'empêche ni les surprises ni les émotions. Les deux auditoriums du Palais des arts, en revanche, sont probablement dotés des conceptions parmi les plus performantes au monde. Pour moi à ce jour, la plus belle acoustique que j'ai jamais rencontrée.

Je suis allé un soir dans un boîte à cul. A contre-cœur pour honorer la budapest,natation,mélenchon,présidentielle 2012promesse d'un coup à boire. La courbe du désir y a croisé celle du dégoût. Sûr que je n'y retournerai plus avant six bons mois !

J'ai écrit, beaucoup, plus que tu ne peux en lire. Depuis ma chambre, la salle à manger de l'hôtel ou des salons de thé. Tâchant toujours de croiser dans mes notes les courbes tangibles de mes vagabondages avec celles plus évasives de mes émois. Mais rassure-toi, le blog va bientôt retrouver un rythme pépère de campagne et te laisser à nouveau respirer.

La campagne, justement, à laquelle, ayant retrouvé dans la dynamique autour de Mélenchon une raison d'espérer, j'ai promis à ce blog de participer. Car quitte à te paraître étrange, j'ai dans ma villégiature suivi l'actualité, regardé par internet les directs ou les différés des grandes émissions politiques. J'ai assisté aux irrésistibles performances de Jean-Luc Mélenchon. En intentions de vote, sa courbe à lui semble sur le point de croiser celle de François Bayrou, ce sera la première bonne nouvelle de la campagne. Mais la deuxième très bonne nouvelle, c'est qu'elle pourrait même désormais croiser celle de François Hollande sans que cela n'empêche la gauche d'être présente au second tour. Mathématiquement, s'entend, car nous n'en sommes pas là. Mais cela vaut déjà d'être relevé : grâce à son efficace combat contre la promenade de santé que tout le monde avait, sidéré, laisser se développer sous les pas de Marine Le Pen, celle-ci est désormais hors d'état de nuire, démasquée en quelque sorte, arrêtée autour de 15 ou 16%, quand François Hollande et Jean-Luc Mélenchon totalisent déjà près de 40%, avec donc un point de croisement à 20% qui nous protège d'un 21 avril.

Cette croisade contre la leader frontiste new-look, m'a d'abord laissé perplexe. Mais il l'a nourrie de tant de conviction, d'ancrage dans des références historiques, et de révélation des aspects les plus absurdes - ou les plus abjectes - de son programme, que force est de constater avec lui que "pour la première fois depuis trente ans, c'est l'extrême-droite qui baisse les yeux devant la gauche".

Une autre dimension de sa campagne m'a d'abord désarçonné : la manie qu'il a de se montrer stratège, fralib-02_12-23.jpgde développer à visage découvert, dans ses interventions publiques, le caractère calculé de tel ou tel bon mot, de telle ou telle position. Et puis peu à peu, au delà des accents de théoricien léniniste que cela donne à ses tribunes, écrites ou orales, apparaît une chose extrêmement importante : Mélenchon fait de la politique un enjeu d'éducation populaire. Il ne fait pas de la communication, il fait de la formation politique. Il travaille à la repolitisation de la société, en commençant par les milieux modestes.

En se montrant à la fois stratège et transparent, et mettant les dimensions tactiques de son combat en partage, il permet à chacun de s'en saisir. Et sa pédagogie désarçonne le milieu journalistique qui ne sait par quel coin le rattraper, quel message de circonstance dénoncer ou quel dérapage relever. Il n'y a rien à déceler car tout est assumé. Ce jeu m'est d'abord apparu étriqué, dépourvu d'ambition majoritaire. Mais dans un monde où la première aspiration populaire est de retrouver la force de compter, de participer à un rapport de force, finalement, cette façon d'avancer s'avère plus payante que je ne l'aurais imaginé.

Alors je ne sais pas si ma courbe croisera la tienne, si nos trajectoires finiront ou non par se rencontrer, si la révolution citoyenne finira ou non par frapper à ta porte, mais putain que c'est bon de retrouver de la confiance. En soi. Et dans la chose publique.

Commentaires

Si, comme je te l'ai déjà dit je me pose encore beaucoup de questions sur mon vote, je suis par contre en accord total avec ton écrit sur Mélanchon.
Je l'ai vraiment découvert lors d'un débat avec Emmanuel Todd sur le site "d'arrêt sur image": et comme toi j'ai été séduite dans sa capacité à parler des sujets complexes d'une manière compréhensible pour tous. Je suis nulle en économie, matière non étudiée à mon époque au lycée et là j'ai eu l'impression de comprendre les enjeux et les solutions possibles.
De plus quel plaisir d'avoir en face de nous quelqu'un de cultivé, s'exprimant dans un français correcte (parfois plaisamment "fleuri") et ce, sans ostentation. Il donne aux gens l'impression de devenir intelligents...
De plus ayant lu son" livre rouge", ses propositions m'agrée. Mais l'enjeu est trop grand pour que je me contente de suivre mes coups de coeur...Rassure toi rien n'est encore perdu et surtout décidé...
Sinon, merci de tes récits hongrois: voilà encore un pays que j'aimerais visiter...

Écrit par : jelaipa | 09 mars 2012

-> jelaipa -> Tiens, puisque tu as le goût pour l'érudition, je te mets le lien vers une interview sur France-culture où il parle d'histoire. C'est instructif... Content de voir que rien n'est figé de ton côté ;-) : http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/03/07/invite-de-la-fabrique-de-lhistoire-sur-france-culture/

Écrit par : Oh!91 | 11 mars 2012

Je n'ai compris le point de croisement à 20% et je n'ai pas encore vu les chiffres d'un Mélanchon si haut, mais j'espère bien qu'il va monter. Je vois quelques amis gauchos qui cette fois-ci ne s'abstiendront pas.
J'écouterai ce soir l'arrêt sur images dont tu parles. As-tu entendu Emmanuel Todd qui pronostiquait une élection d'Hollande, sur un programme modéré donc, et un virage à gauche dans un délai de deux ans maxi, à l'envers de Mitterand-Mauroy 83 ?

Écrit par : estèf | 12 mars 2012

Merci! Je me suis régalée. On se sent plus intelligent après l'avoir écouté!

Écrit par : jelaipa | 13 mars 2012

-> estéf -> Sur le point de croisement à 20%, il est tout théorique - quoi que - ce que je veux dire, c'est que même dans l'hypothèse la plus folle (mais à laquelle je me prends à rêver) où Hollande perdrait 8 ou 9 points que récupèrerait Mélenchon, cela ne laisserait, à aucun moment de l'évolution des intentions de vote, l'un et l'autre des deux leaders de gauche à la fois en dessous du score de Marine Le Pen. Elle est à la ramasse, on le doit à Mélenchon, ce qui fait qu'elle n'est dans aucun cas de figure une menace en vue du second tour. On peut rester vigilent, mais on peut aussi se "libérerer" à l'occasion du premier tour...
-> jelaipa -> ... Quant à Todd, je suis plutôt admiratif des analyses qui sont les siennes, et parfois dubitatif devant les conclusions qu'il en tire. mais un stimulant intellectuel, certes !o

Écrit par : Oh!91 | 17 mars 2012

En fait, on a un "petit décalage", mon premier tour je l'ai fait cet automne. Certes Méluche n 'y était pas... Mais rêver qu'Hollande perde des points à son bénéfice me fait penser qu'on n'avance pas. Ce n'est pas parce que Mitterand a construit le PS sur les décombres du PC que la solution est de faire l'inverse aujourd'hui. Si on veut appliquer un vrai programme de gauche, il faut que la gauche soit majoritaire, et pas qu'un peu, et pas en guerre civile. Alors, je me répète, si le nombre d'abstentionniste ne baisse pas, tout ça ne servira pas à grand chose.
Tu jubiles de voir Méluche monter sur Hollande. Pendant ce temps Sarko reprend du poil de la bête.
En attendant, bonne Bastille aujourd'hui. Sois raisonnable et fou. Alors, nous irons ensemble, au delà de tout...

Écrit par : estèf | 18 mars 2012

-> estéf -> décidément, tu ne me comprends pas. Je ne jubile pas de voir Méluche "mordre" sur Hollande, je ne le souhaite même pas, tant j'aimerais qu'Hollande sache aussi donner un peu, un tout petit peu d'envie, sans quoi on aura même du mal à gagner au second tour. Par cette histoire d'inversion des courbes, j'explique seulement que, "même dans le cas où ça se produirait", il n'y aurait pas de risque de 21 avril, et donc que l'appel désespéré de Hollande au vote utile - son seul argument de campagne - n'a aucun sens !! Force est de constater que pour aller chercher des abstentionnistes, et mobiliser à gauche, Méluche est bien le seul à faire le travail...
signé Oh!91, depuis la Nation où on ne va pas tarder à nous mettre "en marche !"

Écrit par : Oh!91 | 18 mars 2012

Décidément, la politique...
Mes pensées t'accompagnent !

Écrit par : estèf | 18 mars 2012

-> estéf -> Je les ai senties m'accompagner - et elles n'ont pas du se sentir trop seules - j'espère même qu'elles y étaient bien dans ce cortège aimable, au chaud, parmi des gens heureux, enthousiastes, mobilisés et solidaires...

Écrit par : Oh!91 | 20 mars 2012

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