Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01 mars 2012

un temple de délicatesse

Rafał Olbiński - «Manon Pelleas et Melisande».jpg

C'est sur une note douce et mélancolique, que j'ai quitté Paris. La première de Pelléas et Mélisande, à l'Opéra de Paris. En fait, une reprise de la mise en scène de Robert Wilson, d'une épure totale, lente, presque statique, un théâtre de poses plus que de mouvements, où tout se joue dans l'occupation de l'espace et les jeux de lumière. Ses tableaux évitent les redondances, ce qui est dit n'étant jamais montré. Que servirait de toucher une main quand le chant le raconte, ou de donner des roses, ou de dérouler une chevelure aussi longue que la hauteur d'une tour quand le livret expressionniste de Debussy s'avère aussi explicite. Le chant et les compositions scéniques se font écho, dans le même registre soyeux et transparent, sans démonstration superfétatoire. Tout sonne juste.

C'est la troisième fois que j'assiste à un spectacle monté par Bob Wilson, après Madame Butterfly l'an dernier, et une version théâtrale de Lulu au théâtre de la ville en début de saison. Sa pâte m'est désormais reconnaissable entre mille. Ce gars a une signature. Soignée, travaillée, malaxée, débarrassée d'inutiles apparats, souvent emprunte d'un univers visuel asiatique. Mélisande, dans sa longue robe à traîne blanche, les bras toujours relevés, le visage blanchi tourné vers un soleil invisible, aurait pu être coréenne. Mon ami me dira qu'il y avait reconnu la technique du kabuki japonais. Debussy et Wilson forment un temple à la délicatesse.

Dommage qu'en arrivant à l'hôtel hier j'ai découvert avoir oublié ma carte d'identité dans l'avion ! Sans cet incident qui tracasse mon début de séjour, tout aurait été parfait : petit temps mort à l'aéroport, qui m'a permis de lire plus longuement le blog de Jean-Luc Mélenchon, qui ne finit pas de me surprendre pour la pertinence de ses approches, même sur des questions où on ne l'attend pas. Ponctualité du vol, Buda.jpggentillesse du personnel de bord, rapidité de la prise en charge à l'aéroport de Budapest. Et puis cette route en pleine lumière d'hiver, crue, transparente, écorchant les façades d'immeubles, réveillant leur patine désuète, et avec elle presque un siècle d'histoire européenne.

Après avoir écouté les émissions récentes de Daniel Mermet sur la Hongrie, je me suis surpris à regarder autrement les Hongrois. Qu'un rire soit gras, et j'y lis de la haine, la rondeur débonnaire des quadras m'apparaît suffisante. A bonne distance, j'ai l'impression de voir partout une transpiration nationaliste, un rejet confusément mêlé de l'étranger et du tzigane. L'Europe libérale - tu sais, celle qui devait assurer la paix du continent pour cent ans ? - a réussi à transformer le visiteur occidental en colonialiste. Vivement que je me replonge dans de vraies rencontres pour balayer cette lecture univoque et insupportable de la rue. J'espère ne pas être trop déçu...

J'ai nagé ce matin mes premiers deux-mille mètres, le dos n'a pas bronché. Je m'en vais de ce pas, une fois postée cette note, m'immerger dans les bains chauds de Rudas - un autre temple de délicatesse - avant de retrouver ma belle famille, que j'invite ce soir à l'opéra pour un Cosi Fan Tutte dont je te reparlerai sans doute.

Puis-je conclure autrement ce billet que par un tonitruant "Vivent les vacances !" ?

Commentaires

Bons bains .... !
Merci à l'avance pour ton journal de Budapest

Écrit par : olivier | 01 mars 2012

-> olivier -> journal... tu ne crois pas si bien dire. Changement de rythme !!

Écrit par : Oh!91 | 02 mars 2012

Les commentaires sont fermés.