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21 février 2012

entrée en campagne

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C'était l'âge d'or des blogs. Ils fleurissaient, prospéraient. Ils croyaient faire la pluie et le beau temps. La crainte du sarkozisme avait stimulé les plumes, et l'heure était aux prises de partie. Ils incarnaient la victoire de la communication numérique, la démocratie se vivait en web deux point zéro. Et en temps réel. C'était il y a une éternité. C'était il y a cinq ans.

J'étais arrivé sur le tard. Sans doute l'avènement de Sarkozy m'avait-il plongé dans un profond ennui, comme m'y avait préparé une campagne absurde, elle-même dépourvue d'espoir, marquée par le sourire en papier glacé de Ségolène et l'éparpillement si décevant d'une expression plus authentique de la gauche.

Perdant mes petits matins endimanchés dans de futiles séances de surf sur le net, à la recherche de sexe plus que d'idées, de sensations crues, j'étais par hasard tombé sur le blog de ce jeune de cité, limite racaille, jeune père de famille, vivant sa bissexualité virtuelle avec la même intensité fantasmée présidentielle2012,jean-luc mélenchon,front de gaucheque sur un ring de boxe. Il mêlait dans ses textes, avec ses mots de banlieue à l'orthographe écorchée, essemessée, l'amour des siens, une quête affranchie de tabous, un rapport singulier à son corps, très analytique bien que dépourvu de références, et un positionnement éclairé sur la société stigmatisante à laquelle le tandem Sarkozy-Hortefeux donnait son assise.

Tombé en addiction avec son blog dès mai 2007, je me shootais à d'insatiables interactions, pleines de politique, d'introspection, de fantasmes aussi, et je m'aventurais dans une relecture de ma propre histoire.

Si j'étais passé à côté de la campagne, l'avenir obscurci qui s'installait en torpeur du quotidien frémissait malgré tout grâce à ces nouvelles fenêtres. La sienne en particulier. Je me liais à certains de ses personnages et de ses commentateurs, tous encore très présents dans mon imaginaire, même si j'ai perdu l'énergie d'entretenir ce lien avec la ferveur qu'appelaient à leur début ces nouvelles amitiés.
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Mon blog est apparu comme une étape de ce cheminement. J'avais raté la veillée d'arme. Il me restait la gestion convalescente de la défaite. M'engager n'avait rien d'héroïque car la blogosphère était une foule qui exultait, se donnait des rendez-vous flatteurs, se jaugeait, se classait, reproduisait les hiérarchies traditionnelles, se linkait et se relinkait. On y perdait le sens d'une certaine réalité, mais qu'importait puisque nous nous en recréions une autre, à nous, et que notre société secrète savait aller à la rencontre des autres. Facebook était alors une rigolade pour happy few de salon, les ados en ignoraient encore les vertus, et tweeter sommeillait dans son placenta.

J'ai souvent dans ce blog livré mes états d'âme. Tu n'ignores rien de mes errances, toi qui passes ou es passé. Rien de mes désillusions. Si j'y fais de la politique, c'est par révolte car j'ai perdu mon âme partisane. La politique m'a autant déçu par ses fan-clubs que par les glissements irrésistibles de ses institutions publiques dans la médiocrité libérale. Mais les rafles d'enfants à la sortie des écoles, la réforme des retraites, Fukushima et les hypocrites plans de sauvetage de la zone euro sont passés par là. Alors je n'ai pas renoncé à m'engager.

Il s'est déjà passé quelque chose avec la primaire socialiste, qui a su réveiller mon envie de m'en mêler, vite retombée par le choix de François Hollande. J'ai pensé un temps qu'avec Europe-écologie, j'avais l'opportunité de faire un saut plus net vers l'urgence écologique, de donner un coup de pied au cul de tous les détenteurs du productivisme, dans leurs versions libérale ou ouvriériste. Mais refaire un 2 ou 3%, cela en vaut il vraiment la peine ? Puis j'ai été gagné par la peur d'un retour du fascisme, saisi par l'efficacité du discours haineux entretenu à coup de voile islamique, d'identité nationale et de viande halal dans le contexte de la crise.

Et maintenant, une chose est en train de se dérouler. Le Non de gauche au traité constitutionnel de 2005, les forces éparpillées et lassées de 2007, semblent en train de retrouver le chemin de leur rassemblement. Qui aurait pu penser qu'avec sa gouaille marchaisienne, Jean-Luc Mélenchon réussirait, deux mois avant le scrutin, à capitaliser près de 10% des intentions de vote, à remplir autant les salles lors de ses meetings, et à tenir, en fin de compte, des raisonnements aussi censés ?

J'ai bien cru qu'avec ses coups de colère calculés et son ton austère, il serait dans la posture plus que dans la conviction ou dans les idées. Son talent d'orateur ne me paraissait pas suffire pour incarner le 00.jpgpossible révolté que j'appelais de mes vœux. Mais force est de constater que derrière les effets de manche ou les formules à buzz,  il mène un combat d'idées non complaisant. J'ai été séduit par sa virulence de fond face à Marine Le Pen. Et puis, lorsqu'il se laisse aller à évoquer des sujets plus sensibles et la perception qu'il en a, ou le cheminement qui a été le sien sur des questions de sociétés, il ne manque pas de chaleur, comme en témoignent les dernières minutes de l'entretien ci-dessous.

J'ai donc fait mon choix. Un choix qui me rassure car il me ramène dans un giron familier. Mais un choix inédit où le rassemblement a primé sur les logiques d'appareil.

Et qu'on se le dise : si j'ai raté 2007, le blog ne ratera pas 2012. A deux mois du scrutin, il entre en campagne !
 


Commentaires

Ah ! Au boulot !

Écrit par : Nicolas | 21 février 2012

Et putain, y'en a, du boulot !

Écrit par : Oh!91 | 26 février 2012

Les commentaires sont fermés.