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22 janvier 2012

démence

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Mais qu'est-ce qui lui a pris de parler de semi-démence ? Il y a beaucoup à en dire, de la fille Le Pen : qu'elle est un fleuron de démagogie, l'héritière d'une tradition profondément anti-ouvrière et anti-populaire, qu'elle construit son parcours sur la haine de l'autre, que son "immigration zéro" est dépourvue non-seulement d'humanisme, mais de toute efficacité économique, qu'elle est une dangereuse stratège, qu'elle est peut-être celle par qui le fascisme reviendra en France, au nez et à la barbe de ce qui ont voulu s'en jouer, qu'il y a à ce titre du démon en elle. Du démon. Mais pas de la démence. A trop chercher à faire le buzz, il a dérapé, le père Mélenchon. Dommage, parce qu'en dehors de ça, c'est à dire au delà de ses fanfaronnades, il semble que ce soit lui qui réussisse à incarner un petit début de rassemblement prometteur, à gauche. Qu'est-ce que ça va donner, d'ici les quelques mois qui nous séparent du premier tour de la présidentielle ?

Marine Le Pen, c'est une vulgaire courtière de casino : si tu te fies à elle, tu es à peu près sûr de tout perdre. Elle prétend détenir le secret de la combinaison magique qui t'assurera la prospérité : trois mesures pour abolir le code du travail, sept obsessions contre les libertés publiques et syndicales, et puis surtout le Graal, la préférence nationale, qui promet la fin des droits sociaux pour les étrangers, la lutte absolue et définitive contre les immigrés. Le trio d'un poker étincelant, trois dés en 421, la lame d'un couteau.
 
On ne sait pas encore à quelles tragédies cette mise nous promet, on ne sait pas si au bout d'une trajectoire que rien ne viendrait interrompre il y aura des camps, des trains ou des fours, mais on sait déjà que des enfants seraient privés immédiatement d'allocations familiales, des jeunes interdits d'emploi et des familles entières de logis. Cela s'appelle une œuvre civilisatrice. On sait aussi, même si elle s'attache à faire croire le contraire, qu'elle ne veut pas se défaire de l'oligarchie de l'ultra-richesse, mais qu'elle veut juste y accéder, y conduire son camp, et s'accaparer de sa part du gâteau.

Le temps de ce billet, appelons-la la Dame de Pique. Juste pour souhaiter que ses promesses - son secret d'opulence, trop de fois proclamé - ne l'emporte elle, comme dans la nouvelle de Pouchkine dont Tchaikovsky a fait un mémorable opéra, plutôt que nous autres, pauvres misérables asphyxiés par la crise et tout juste distraits de nos authentiques désirs par l'attrait pour l'aventure du jeu.

Lev Dodin en propose une lecture originale - par l'approche plus que par la nouveauté puisqu'il s'agit d'une reprise - à l'Opéra Bastille ces jours-ci. J'étais, jeudi, à la Première, en présence du metteur en scène russe qui s'est fait copieusement huer, sans doute parce qu'il a tronqué le cadre léger des jardins publiques de Saint-Petersburg ou de ses salons volages pour celui d'un hôpital psychiatrique, avec ses fous et ses nurses. Le héros de la pièce n'en est plus le jeune homme impétueux, partagé entre son amour pour l'inaccessible Lisa déjà promise à un Prince, et sa fascination pour le secret que détient sa grand-mère, mais l'état de semi-démence - nous y voilà - où le conduit cette double addiction.

Les amis de Herman, qui dans la pièce de Pouchkine se gaussent de sa puérilité amoureuse, et titillent son goût pour le jeu, le poussant malgré eux à la déraison, sont ici des docteurs, testant leur malade pour en tirer des observations médicales. Une modernité que les classiques n'auront pas appréciée, sans doute.

C'est drôle, cette tradition des huées, à l'Opéra. Coline Serreau aussi a été huée, à la Première de Manon, le 10 janvier. A mon avis, pas pour la modernité de ses partis-pris scénographiques, mais  plutôt pour leur inaboutissement. Pas facile, de passer du cinéma et de ses plans serrés à la scène d'un théâtre, vaste, dont le public ne se rapproche jamais !

Pour Manon aussi, le jeu était une expression de liberté. Sa façon à elle d'échapper à la misère, quitte à entrainer son chevalier Des Grieux sur le terrain de l'illusion et de la dépersonnalisation.

Tous et toutes ont perdu à ces jeux-là. Lisa se jette dans la Lena gelée, et Manon meurt d'épuisement dans sa fuite en plein désert. Herman et Des Grieux ne connaissent pas de sort plus enviable.

Moralité : en littérature comme en politique, détourne-toi des Dames aux recettes miraculeuses : elles piquent. Moi, je les hue !

dame-de-pique-.jpg

Commentaires

J'ai tweeté, hein !

Écrit par : Nicolas | 22 janvier 2012

-> Nicolas -> C'est ce qui s'appelle être un homme de parole ! ca ne m'étonne pas de toi...

Écrit par : Oh!91 | 22 janvier 2012

CA me fait bizarre, ce rapprochement MArine et La dame de Pique. Tu as peut-etre raison. Interprétation en tous les cas interessantes.

Écrit par : arthur | 23 janvier 2012

Je suis totalement pour la liberté d'expression et donc contre la censure... j'avoue cependant que lorsque j'entends ou lis ce que dit ou écrit cette "dame de pique", la liberté me gêne.... mais en écrivant ce mot, la chanson de Georges Moustaki (qui ne peut presque plus parler) me vient en tête... et malgré tout c'est un beau mot "Liberté", dommage qu'il y ait des "dames de piques" et aussi des valets....

Écrit par : Francis | 25 janvier 2012

J'étais aussi à la première de la Dame de pique. Bien qu'ayant lu la nouvelle de Pouchkine juste avant de venir, je n'ai strictement rien compris à l'histoire pendant la première partie (à part que ça se passait chez les fous, ce que Hermann devient à la fin de la nouvelle) : les surtitres n'étaient pas visibles. Heureusement que j'y retourne dans une semaine avec un placement différent...

Écrit par : Joël | 30 janvier 2012

-> arthur -> mais c'est que je ne réponds plus aux commentaires, moi ?!?... Honte sur moi ! Et j'essaie de me rattrapper ;
-> Francis -> ... et aussi des valets. J'avais presque envie d'en faire un autre billet ;
-> Joël -> et alors, avec les surtitres ?

Écrit par : Oh!91 | 07 février 2012

Avec les surtitres, j'ai adoré la musique, mais j'ai trouvé que les chanteurs étaient mal éclairés, et quand on ne voit presque que leur crâne il est difficile de se passionner pour l'histoire.

Écrit par : Joël | 17 février 2012

-> Joël -> Les crânes... Mon dieu ! Mais où étais-u donc placé ? Galeries de côté au dessus de la scène ?

Écrit par : Oh!91 | 18 février 2012

Les commentaires sont fermés.