Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15 janvier 2012

Oum Kalsoum en business class

ghalia_3_10_09.jpg

J'étais donc samedi dernier à l'Institut du Monde arabe pour entendre la belle et charismatique Ghalia Benali reprendre le répertoire de Oum kalsoum. Une audace dont elle nous a raconté tout le chemin qu'il lui avait fallu parcourir pour l'assumer. Cet itinéraire la fit passer de l'appartement de sa grand-mère, où la photo de l'idole ne quittait pas les mûrs, à une séance vivifiante de gommage au hammam avec une masseuse qui chantait faux mais fort. Et sans complexe. Il fallait se convaincre qu'Oum Kalsoum était désormais au delà de la légende, retrouver le regard d'enfant qui la lui faisait voir comme une membre de la famille. Se persuader qu'elle était trop populaire, trop présente, trop patrimoniale pour être interdite de reprise. Et elle a fantastiquement bien réussi cet emprunt, retrouvant les accents rauques de la Reine, ses souffles déchirants, vibrants, étouffés dans d'ultimes diphtongues. Avec, en plus de la présence, un sourire irradiant, des musiciens de génie - en particulier le joueur de luth - et la petite lumière des révolutions arabes, commencées juste un an plus tôt dans le berceau des deux chanteuses, l'Égypte et la Tunisie.

Le grand auditorium de l'Institut du Monde arabe a été refait il y a peu, et rebaptisé salle Rafik Harriri. On croirait la cabine business d'un 747 : vastes sièges en cuir simili noir, accoudoirs larges d'au moins vingt centimètres, reposes-tête... C'était étrange de voir ces mamas qui s'agitaient, cherchaient leur place dans le noir au début du concert, qui fredonnaient de la gorge et des mains les refrains les plus connus, qui youyoutaient à la fin de chaque performance vocale, occuper ainsi cet espace aseptisé pour conférences internationales où l'on aurait plus volontiers imaginé des hommes d'affaire en costard et des hôtesses de l'air blafardes et anorexiques qu'un rendez-vous très féminin de nos banlieues.

Le lendemain, je découvrais un autre auditorium, celui de la Cité de la Musique pour un concert gratuit des lauréats du conservatoire national supérieur de Paris. Un orchestre de jeunes, éphémère, qui nous a régalé d'une interprétation très soignée du concerto pour orchestre de Bartók. La salle avait une acoustique impeccable, et tout en ovalie quelque chose d'un paquebot.

costa croisières.jpgBon, c'était avant que n'échoue le triple A de la France au large de la Toscane, avant que n'échouent les nouvelles négociations de la Grèce avec ses créanciers-vautours, avant que l'on ne reparle des turbulences de la zone euro, à nouveau menacée de naufrage alors qu'on la croyait embarquée sur de solides canots de sauvetage. C'était avant qu'un capitaine de pédalo ne fracasse une croisière de luxe, par temps clément pourtant, et n'en quitte l'embarcation sans se soucier des femmes et des enfants. Bah, au fond, combien sont-ils les disparus de ces épisodes tragiques, ces damnés de la terre et de la mer ? Quelle est l'épaisseur humaine des pertes et profits de l'actualité ?

C'est dire que malgré mes bonnes résolutions, il me faut du temps pour te raconter mes sorties musicales, ou simplement les évoquer. Je suis rattrapé par une vie qui court toujours plus vite. Je gère comme je peux mes scrupules à ne pas faire plus de politique sur cette page, alors que. Et encore, je ne t'ai rien dit de Manon. C'était mardi à l'Opéra Bastille, une Première avec Coline Serreau et Natalie Dessay. Où il fut aussi question d'étranges compromis, entre amour, futilité, pauvreté et convoitise.

Les commentaires sont fermés.