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29 décembre 2011

la fin des stars

clarence.jpg

Cheetah est morte, c'est une affaire entendue... Ou plutôt pas si claire que cela. Un peu triste, certes, mais à 80 balais, pour un chimpanzé, on ne va pas en faire un fromage, ni une forêt vierge !

Mais quelqu'un a-t-il des nouvelles de Clarence ? Je n'arrive pas à remettre la mais sur mon vieux pote Daktari...

Peut-être parce que je ne me suis pas mis à facebook ?...

23 décembre 2011

Joyeux ostinatoël !

le cheval de turin.jpg

Ostinato. Voilà un mot que je viens de découvrir. D'abord parce que c'est le nom d'un orchestre de jeunes, semi professionnel, que ma grande nièce A. vient d'intégrer. Dans un petit rôle, mais par la grande porte d'une soirée télé animée par Nagui et jean-François Zygel - pardonnez du peu. Avec sur le plateau, en mission promo, Roberto Alagna, Augun et Thomas Dutronc. Bon, on ne l'a pas vue beaucoup : deux heures trente de prime time en direct intégral, pour une soirée consacrée aux "standards" de la musique classique revisités par de jeunes artistes de variété. Mais entre plans trop larges ou trop serrés, elle était dure à reconnaître. Le caméraman lui préférait manifestement la greluche blonde et pulpeuse assise à sa gauche !
 
L'ostinato, c'est surtout un motif qui se répète, la trame, souvent énoncée en mode basse, sur laquelle la mélodie vient prendre place. C'est un peu le cœur battant d'une phrase musicale, sa fondation cachée.

Chez Bartók, l'ostinato a une fonction plus marquée. Il évolue dans son cycle, il se répète, mais transformé, allongé, étriqué, il agglutine de nouvelles syllabes, à la façon de la syntaxe hongroise. C'est Alexandre tharaud que j'entendais expliquer cela au cours d'une petite leçon de piano sur Radio classique ces jours-ci.

Bartók est d'ailleurs une énigme. Adulé par les interprètes et boudé par les mélomanes, il gagne de fait à être écouté avec attention. On le croit souvent heurté, ou dissonant, alors que son œuvre est d'abord riche, étonnamment structurée et mélodieuse. L'ami d'amour, avec qui je poursuis mon voyage musical, tout comme ma jeune nièce, le portent tous deux aux nues. Et force est de constater que, bien servi, c'est délectable.

Nous étions ainsi mercredi soir à la Salle Pleyel pour entendre, après la merveilleuse Nuit transfigurée béla artók,béla tarr,pierre boulez,bertrand chamayou,schoenberg,concerto pour orchestre,la nuit transfiguréede Schöenberg, son 2ème concerto pour piano, avec Bertrand Chamayou en soliste, puis son fameux Concerto pour orchestre, sous la direction de Pierre Boulez. Joël, un de mes anciens amis prosélytes lyriques, rencontré par hasard dans le hall de Pleyel, en raconte l'essentiel ici, même si c'est sous le spectre déformant de l'arrière scène.

De mon côté, je suis tombé sous le charme de cette interprétation du Concerto pour orchestre. L'Orchestre de Paris a décidément un talent rare en matière de sonorité, une exceptionnelle maîtrise des vents. Les mouvements se sont enchaînés, tous plus enchanteurs les uns que les autres, et nous sommes restés en pâmoison à la fin de l'exécution. (Voir la vidéo du concert ci-dessous)

Pour mon anniversaire, mon ami m'avait fait la surprise de réserver une bonne table à côté de Pleyel à la fin du concert. Peu de temps après nous, juste à côté, nous eûmes la surprise de voir venir s'installer Pierre Boulez, compositeur et chef mythique, en compagnie de Bertrand Chamayou et d'un staff d'une demi-douzaine de personnes.

A l'issue des desserts, alors que sur la pointe des pieds nous le remerciions du moment enchanteur qu'il nous avait offert, Boulez apposât un "cordial souvenir" sur la partition de Bartók de mon ami. Instant de grâce.

Béla Tarr fait du cinéma à la façon de Bartók. Il prend le temps d'installer un contexte. Son dernier Cheval de Turin, Ours d'argent à Berlin, raconte la fin du monde à travers le face à face immuable d'un paysan - cocher manchot du fiacre qui renversa Niestzsche et le propulsa dans la démence, un soir de la fin du 19è siècle à Turin - avec sa fille. A travers d'invraisemblables plans-séquence en pleine tempête, un quotidien sombre est raconté, fait d'eau cherchée au puits, de patates assaisonnées de sel, d'un rituel d'eau-de-vie au petit matin, d'un cheval à nourrir, de petits arrangements avec le handicap à travers les laborieuses séances d'habillage et de déshabillage du père. Sur cet ostinato lugubre de la vie, se greffe la visite d'un prédicateur dément, l'intrusion de tziganes à l'insupportable énergie de vie, la maladie du cheval, l'assèchement du puits. Non seulement, l'ordinaire cyclique s'émaille d'incidents, mais les imprévus en viennent à le dérégler et à le faire basculer dans une fin ténébreuse. Là où Dieu créa l'homme, au sixième jour, Béla Tarr, lui, dans une saisissante genèse inversée, fait disparaître au sixième jour la lumière. Film épilogue d'une longue carrière cinématographique mal connue sur une musique de Mihaly Vig, proche, paraît-il, de celle de Philipp Glass, tenant d'une musique minimaliste ayant recours au procédé de l'ostinato.

Heureusement, avant Noël, nous avons une autre corde à notre arc, sinon, ce serait à pleurer : La mélodie du bonheur, au théâtre du Châtelet, où nous irons ressourcer notre optimiste vision du monde. Les cloches, alors, pourrons sonner la joie.

Joyeux ostinato de Noël à toi !
 

13 décembre 2011

le tigre dans la cuisine

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La cuisine venait d'être montée. A deux-trois choses près - il y manquait un bout du plan de travail, la crédence et quelques accessoires - tout était en place. Les meubles hauts suspendus, les corniches de finition vissées. Au châpitre des dépenses imprévues, il nous avait fallu changer de frigo et de micro-onde : trop large pour l'un, trop profond pour l'autre. Du coup, question micro-onde, nous avions jeté notre dévolu sur un modèle encastrable. Acheté chez IKEA, il trouvait sa place harmonieusement parmi les placards aux portes en chêne clair, et acceptait la même poignée en inox brossé. Une sous-marque de Whirlpool.
 
Au début, tout se passait bien. Nous bichonnions le four - et du reste chaque élément de cette nouvelle cuisine - comme s'il s'était agi d'un animal de compagnie. Notre nouveau chaton n'était pas toujours simple à dompter. Au début,  sa porte n'avait pas de poignée. Les pictogrammes en façade n'étaient pas excessivement clairs, et n'en permettaient pas un usage intuitif. Il se montrait récalcitrant à la programmation. Mais bon, il était efficace dans sa fonction principale : chauffer.
 
Et puis un jour, il s'est mis à émettre de petits sons. Des bips, pour être précis. Parfois, l'horloge affichait des chiffres bizarres. Quand j'appuyais sur le bouton de la puissance, il modifiait la durée - et inversement. Un peu plus tard, un soir où je regardais la télé, ou que je m'activais à l'ordi dans le canapé du salon, le bruit caractéristique de sa ventilation s'est fait entendre, et je découvrisi qu'il s'était mis en marche tout seul.

Durant deux-trois nuits, je fus réveillé par la sensation que ça se reproduisait, et une fois descendu, je constatais que c'était bien le cas.

Un autre soir, en rentrant à la maison, et en voulant réchauffer des restes de la veille pour notre dîner, je découvris horrifié que la cloche en plastique destinée à éviter aux aliments l'assèchement et au four les projections, était tout déformé : il avait fondu. C'est là que j'ai commencé à avoir peur.

alors, ça boum.jpgCe même soir, le four se mit en marche à plusieurs reprises. Pire, la fonction "stop" ne me permettait plus d'arrêter la minuterie. Je voyais cette dernière s'emballer subitement, afficher une minute, deux minutes, trois cinq, huit, une demi-heure, une heure, tandis que les ondes fonctionnaient à toute puissance. Même porte ouverte, il produisait des ondes, il ventilait. Rien ne l'arrêtait, il devenait fou, il était hors de contrôle. Le chat était un tigre, plein de furie. J'avais un monstre enfermé dans mes mûrs, Fukushima dans ma cuisine.

Le mode d'emploi ne me proposait aucune solution. Une réinitialisation supposait de débrancher la bête, mais elle était scellée avec la prise dans le dos, inaccessible. J'étais alors seul à la maison, et l'état de mon dos ne me permettait pas d'envisager raisonnablement de déplacer le four. Le SAV d'IKEA me proposait une visite technique la semaine suivante. Finalement, en les testant les uns après les autres, je trouvai dans l'armoire électrique le fusible qui lui correspondait et réussis à désactiver le robot fou. Et j'eus la chance que seule la hôte aspirante fut dépendante du même fusible.
 
J'étais sauvé.

Ce qui est bien avec le SAV d'IKEA, c'est qu'il n'existe pas, en fait. Cinq ans de garantie pièces et main d’œuvre, mais recours direct au constructeur. Un professionnel a ainsi débarqué chez moi un matin, sûr de son fait. Un jeune black de banlieue, caleçon blanc dépassant du jeans, vigueur et sens du travail bien fait en bandoulière. Il m'a renversé l'animal, a joué du tourne-vis, remplacé les circuits intégrés en deux temps trois mouvements. Il m'a laissé sur le cul, mais soulagé !

Le chat dort désormais paisiblement dans sa cage. Et ne ronronne qu'à la demande. Ouf !

08:50 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (2)

11 décembre 2011

la pose de la dernière pierre

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On a posé la dernière pierre à la cuisine. Le dernier petit bout de granit, oublié au Portugal lors de la livraison du plan de travail à la fin de l'été, vient enfin d'arriver. Il a été installé jeudi. L'ultime corniche au dessus du placard porte-évier, qui parachève l'inversion de ma salle de bains et de ma cuisine : un travail bien fait.

Le chantier avait commencé tonitruant, laissant en une demi journée des tonnes de gravats et des trous béants au milieu de mon salon, encore mal emmailloté de bâches et autres films plastique.. Là où tu croyais qu'il suffirait d'installer un lavabo à la place de l'évier, et un lave-vaisselle à la place de la cuvette des WC, rien, quoi, tu t'es en fait payé une traversée de l'enfer. Six mois de vie au milieu de la poussière plus tard, assortis de six ans de crédit bancaire, d'un lumbago qui n'en finit pas de ne pas se résorber, et d'engueulades mémorables avec ton compagnon sur les options d'aménagement, l’œuvre est enfin livrée.

Je jouis désormais d'une cuisine digne de ce nom, avec tout à portée de main. J'y trône au milieu du salon, sans plus y être coupé du monde, ou sans voir mes hôtes s'obliger à se tenir debout, reclus à l'entrée, pour m'y faire la conversation.

Et la salle de bain, si j'en crois la réaction des filles qui s'y sont déjà invitées pour une soirée ou un week-end, elle déchire sa race : lavabo galbé, WC intégré, douche à l'italienne, armoire panoramique... En plus, on l'a prise version anti-calcaire : dotée de raclettes et autres petites serviettes en micro-fibres, on est prié d'y essuyer l'eau après chaque utilisation, sur les émaux, les surfaces vitrées comme sur la robinetterie en inox. Sous peine d'amende.

On a fêté avec Fiso, jeudi, la pose de la dernière pierre, on attend désormais Bougre pour une formule Brunch-douche dont elle te donnera des nouvelles. Et puis, je serai fier de montrer tout ça à ma petite maman qui va faire le voyage pour Noël presque exprès !

Ah ! J'ai quand-même l'épisode du tigre fou de la cuisine à te raconter. C'est pour la prochaine fois ?

09:56 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (5)

03 décembre 2011

mon premier CD

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C'est un largo de houle profonde, qui vient te chercher dans tes tréfonds, le premier mouvement de la sixième symphonie de Chostakovitch était la révélation de la soirée. Mais ce n'est pas ça que j'étais venu écouter mardi. J'étais Salle Pleyel pour Anne-Sophie Mutter et le concerto pour violon de Tchaikovski. Mon premier CD.

Le concerto en ré de Tchaikovski fait partie de moi depuis tout petit. Comme un grand frère. Je me souviens de cette grande pochette, un motif classique aux tons bruns fondu dans une trame contemporaine. Je n'ai aucune idée de la distribution. Il devait s'agir d'un enregistrement bon marché venu d'Union soviétique. Nous l'entendions souvent, et son premier mouvement, surtout, aux élans énergiques, s'imprimait dans ma mémoire intime. La subtilité des solos, le grain du violon, me parlaient peu. Le trente-trois tours devait crépiter, à force.

Et puis je m'en suis allé vivre ma vie : l'adolescence, les études, les amis, les amours secrètes et déchirantes, le goût de la culture arabe, l'exode parisien, les responsabilités, l'illusion de la grande vie et de la notoriété. Et puis une maturité normée qui vient sonner à la porte de l'âge adulte, l'appel à l'installation dans les codes, le premier canapé, le premier congélateur.

La première chaîne hifi.

Denon+Concept+CX3-154-154119.jpgComme l'affirmation d'un droit, celui d'accéder au confort bourgeois bien qu'étant de condition modeste. Une évolution surtout portée par mon amie, d'ailleurs, érigeant cette aspiration en théorie émancipatrice. Le début d'une distance, en fait, d'un fossé qui n'allait cesser de croître entre la cité où nous vivions dans un quartier populaire de Colombes et notre mode de vie, entre une population que nous portions à bout de bras et des repères qui se diluaient inéluctablement, entre la jeunesse que nous étions censés représenter, et qui s'accrochait à notre militantisme inébranlable comme à un recours face à la précarisation grandissante de sa condition, et la réalité d'un nous qui regardait déjà ailleurs, de fait ailleurs.

L'acquisition de cette chaîne Hifi représentait un saut dans notre vie. Nous l'avions choisie de grande qualité. Une Denon, avec des JM Lab pour les enceintes, what else. Vingt deux ans après, mon ex se la traîne encore et rien n'est altéré.

Et puis les six premiers CD que nous offraient nos amis pour fêter ça. Il y avait Cesaria Evora, il y avait Souchon et sa foule sentimentale, il y avait Pergolese et un Stabat Matter d'anthologie qui m'accompagne toujours. Il y avait Duke Ellington, il y avait Gilberto Gil. Et dans cet éclectisme de choix, il y avait le concerto en ré de Tchaikovski. Un Deutsche Grammophone.

Herbert Von Karajan à la tête de l'Orchestre philharmonique de Berlin. Et Anne-Sophie Mutter. A travers les enceintes de cette chaîne, dans le silence cossu de notre salon, le concerto de mon enfance reprenait vie, revenait prendre sa place auprès de moi, mûr. Le violon révélait un grain sombre, rugueux, l'imprécision d'un toucher prenait une valeur poétique infiniment plus puissante que la prouesse technique d'un trait virtuose. Peut-être pour la première fois, et sans savoir qui'l s'agissait de cela, la notion de musicalité venait s'ajouter à ma perception de la musique. Je devinais ce qu'était la musique. Les élans pompiers du premier mouvement me devenaient anecdotiques, mais les déchirements de la corde d'Anne-Sophie Mutter venaient parler à mes émotions. Je dépassais la réminiscence.

Anne-Sophie Mutter n'a pas livré une exécution parfaite, aux côtés du London Symphony Orchestra dirigé par Valery Gergiev, mardi soir. Certains de ses traits ont été égratignés, il y a manqué quelques notes. Les flûtes de l'orchestre n'ont pas toujours su se fondre, avec la délicatesse requise, dans la subtile fragilité du violon assourdi du deuxième mouvement. Mais elle n'avait rien perdu de sa poésie, imprimant son rythme, s'autorisant de judicieux décalages avec l'orchestre, et imposant des pianissimo d'exception.

Je peux maintenant ranger mon premier CD dans la boîte à archives. Il peut y rejoindre paisiblement le vieux vinyle de mon enfance. Le casier ouvert de ma mémoire. Où d'autres notes viendront se nicher prochainement dans ses emplacements libres.