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23 décembre 2011

Joyeux ostinatoël !

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Ostinato. Voilà un mot que je viens de découvrir. D'abord parce que c'est le nom d'un orchestre de jeunes, semi professionnel, que ma grande nièce A. vient d'intégrer. Dans un petit rôle, mais par la grande porte d'une soirée télé animée par Nagui et jean-François Zygel - pardonnez du peu. Avec sur le plateau, en mission promo, Roberto Alagna, Augun et Thomas Dutronc. Bon, on ne l'a pas vue beaucoup : deux heures trente de prime time en direct intégral, pour une soirée consacrée aux "standards" de la musique classique revisités par de jeunes artistes de variété. Mais entre plans trop larges ou trop serrés, elle était dure à reconnaître. Le caméraman lui préférait manifestement la greluche blonde et pulpeuse assise à sa gauche !
 
L'ostinato, c'est surtout un motif qui se répète, la trame, souvent énoncée en mode basse, sur laquelle la mélodie vient prendre place. C'est un peu le cœur battant d'une phrase musicale, sa fondation cachée.

Chez Bartók, l'ostinato a une fonction plus marquée. Il évolue dans son cycle, il se répète, mais transformé, allongé, étriqué, il agglutine de nouvelles syllabes, à la façon de la syntaxe hongroise. C'est Alexandre tharaud que j'entendais expliquer cela au cours d'une petite leçon de piano sur Radio classique ces jours-ci.

Bartók est d'ailleurs une énigme. Adulé par les interprètes et boudé par les mélomanes, il gagne de fait à être écouté avec attention. On le croit souvent heurté, ou dissonant, alors que son œuvre est d'abord riche, étonnamment structurée et mélodieuse. L'ami d'amour, avec qui je poursuis mon voyage musical, tout comme ma jeune nièce, le portent tous deux aux nues. Et force est de constater que, bien servi, c'est délectable.

Nous étions ainsi mercredi soir à la Salle Pleyel pour entendre, après la merveilleuse Nuit transfigurée béla artók,béla tarr,pierre boulez,bertrand chamayou,schoenberg,concerto pour orchestre,la nuit transfiguréede Schöenberg, son 2ème concerto pour piano, avec Bertrand Chamayou en soliste, puis son fameux Concerto pour orchestre, sous la direction de Pierre Boulez. Joël, un de mes anciens amis prosélytes lyriques, rencontré par hasard dans le hall de Pleyel, en raconte l'essentiel ici, même si c'est sous le spectre déformant de l'arrière scène.

De mon côté, je suis tombé sous le charme de cette interprétation du Concerto pour orchestre. L'Orchestre de Paris a décidément un talent rare en matière de sonorité, une exceptionnelle maîtrise des vents. Les mouvements se sont enchaînés, tous plus enchanteurs les uns que les autres, et nous sommes restés en pâmoison à la fin de l'exécution. (Voir la vidéo du concert ci-dessous)

Pour mon anniversaire, mon ami m'avait fait la surprise de réserver une bonne table à côté de Pleyel à la fin du concert. Peu de temps après nous, juste à côté, nous eûmes la surprise de voir venir s'installer Pierre Boulez, compositeur et chef mythique, en compagnie de Bertrand Chamayou et d'un staff d'une demi-douzaine de personnes.

A l'issue des desserts, alors que sur la pointe des pieds nous le remerciions du moment enchanteur qu'il nous avait offert, Boulez apposât un "cordial souvenir" sur la partition de Bartók de mon ami. Instant de grâce.

Béla Tarr fait du cinéma à la façon de Bartók. Il prend le temps d'installer un contexte. Son dernier Cheval de Turin, Ours d'argent à Berlin, raconte la fin du monde à travers le face à face immuable d'un paysan - cocher manchot du fiacre qui renversa Niestzsche et le propulsa dans la démence, un soir de la fin du 19è siècle à Turin - avec sa fille. A travers d'invraisemblables plans-séquence en pleine tempête, un quotidien sombre est raconté, fait d'eau cherchée au puits, de patates assaisonnées de sel, d'un rituel d'eau-de-vie au petit matin, d'un cheval à nourrir, de petits arrangements avec le handicap à travers les laborieuses séances d'habillage et de déshabillage du père. Sur cet ostinato lugubre de la vie, se greffe la visite d'un prédicateur dément, l'intrusion de tziganes à l'insupportable énergie de vie, la maladie du cheval, l'assèchement du puits. Non seulement, l'ordinaire cyclique s'émaille d'incidents, mais les imprévus en viennent à le dérégler et à le faire basculer dans une fin ténébreuse. Là où Dieu créa l'homme, au sixième jour, Béla Tarr, lui, dans une saisissante genèse inversée, fait disparaître au sixième jour la lumière. Film épilogue d'une longue carrière cinématographique mal connue sur une musique de Mihaly Vig, proche, paraît-il, de celle de Philipp Glass, tenant d'une musique minimaliste ayant recours au procédé de l'ostinato.

Heureusement, avant Noël, nous avons une autre corde à notre arc, sinon, ce serait à pleurer : La mélodie du bonheur, au théâtre du Châtelet, où nous irons ressourcer notre optimiste vision du monde. Les cloches, alors, pourrons sonner la joie.

Joyeux ostinato de Noël à toi !
 

Commentaires

Le restaurant près de Pleyel ne serait italien, par hasard ? (Après les concerts, on y cotoie parfois des musiciens du LSO, de l'Orchestre de Paris ou du Colonne...)

Écrit par : Joël | 26 décembre 2011

-> Joël -> Je crois bien que j'étais dans plus chic que ça, anniversaire oblige !... La Marée, spécialité de poissons et de fruits de mer. On n'y a vu que le gratin, les stars de la soirée, pas les forçats de la fosse d'orchestre...

Écrit par : Oh!91 | 29 décembre 2011

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