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29 novembre 2011

sur l'air de "quand je pense à fernande"

débander.jpg

Hollande a donc décidé qu'il ne nous ferait pas bander. Pas rêver, pas kiffer. C'est la crise ! Il a décidé de se faire élire sans les écolos et sans la gauche. Avec le centre, c'est la crise, je te dis. Ce serait à mourir de rire si ce n'était pas à pleurer...

Il a choisi le plus à droite de ses rivaux comme directeur de communication, décidé de jouer les pères-la-rigueur, avec juste de belles pensées pour l'école, et encore moyennant d'obscures "contre-parties" que les enseignants apprécieront, ça fait homme d'avenir. Note qu'il avait recommandé à Jospin de mener campagne avec cette même posture un peu fade. Ce n'était pas la crise, mais ça avait eu un succès retentiissant. On en rigole encoe dans les chaumières cossues du néolibéralisme. Il y ajoute le sel de l'intrusion non dissimulée du lobby nucléaire, venu s'immiscer sans voile jusque dans les négociations inter-partis - vive la démocratie techno-industrielle ! - le poivre de l'accord encombrant devenu sans objet - vive la Vè République -, et la sauce moutarde-au-miel de l'œillade plein cadre à Bayrou - coup de fusil dans son pied gauche, pour reprendre l'expression de Mélanchon.

Arnaud avait pour lui un talent de tribun, sans égard pour le modèle économique qui entraîne l'Europe gogo.jpgpar les grands fonds, Martine d'afficher du courage et d'assumer un tranquille ancrage à gauche, Manuel, s'il s'était tu, on aurait pu l'imaginer en gogo boy sous une boule scintillante de boîte de nuit. Manuuuuuu !!....

Franchement, d'une façon ou d'une autre, j'aurais peut-être pu, à un moment ou à un autre, sentir quelque chose frémir en moi, au niveau du bas-ventre. Mais Hollande. Pourquoi rime-t-il avec Fernande, ce con, alors que non, je vois pas, vraiment ? Je l'aurais plutôt fait rimer avec Lulu, même si c'est ma thématique d'automne, car là je ne bande plus - mais plus du tout.

La bandaison, papa, ça ne se commande pas.

Déjà que le 22 avril, ce ne sera pas facile de savoir quoi faire, mais le 6 mai... quelle tristesse !

25 novembre 2011

le continuum des violences masculines et néo-libérales

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Evidemment, Francis a raison, les commentaires sur DSK, et tout l'étalage obscène qui va avec, ça suffit ! Ça devient une machine à blé et ça pue. Autant que le Poker, n'est-ce pas Monsieur Patrick Bruel ?

Tout ? Pas si sûr... Il y a au contraire, je crois, dans cette affaire, dans ces affaires, de quoi réfléchir sans complaisance. Car c'est trop facile de renvoyer DSK dans les cordes d'une vulgaire histoire de moeurs. Trop facile d'invoquer le dégoût du puritanisme, et de faire comme si. Comme si l'abus de pouvoir relevait de la sphère privée. Comme s'il n'y avait aucun lien entre violence et puissance, comme si céder était consentir, avec ou sans dollar.

J'aimerais que tu lises le texte téléchargeable en suivant ce lien. C'est une contribution de Jules Falquet qui s'intitule "Briser l'impunité du continuum des violences masculines et néolibérales". C'est probablement la réflexion la plus intelligente qui ait été produite sur la séquence. Cinq feuillets, au format Word, rédigés avant que n'éclate la dernière des affaires, celle du Carlton, des filles à répétition et de la connivence financière et sexuelle entre un puissant homme politique et un grand groupe du BTP (une version actualisée paraîtra prochainement dans la revue Nouvelles Questions Féministes, fondée en 1981 par Simonde de Beauvoir).

Je te laisse aller y lire la totalité, et ne t'en livre là que trois ou quatre paragraphes pour te mettre l'eau à la bouche :

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(...) "Premier élément : il s’agissait de deux personne gagnant leur vie en dehors de leur pays d’origine, nafissatou diallo,tristane banon,piroska Nagy,prostitution,violence faite aux femmes,néolibéralismecomme tant de personnes sont aujourd’hui amenées à le faire du fait de la mondialisation. L’un, en voyage de travail, dépensait 3000 dollars par nuit pour louer une chambre d’hôtel. L’autre, ayant non sans difficultés réussi à obtenir des papiers pour avoir le droit de vivre et de travailler légalement aux Etats-unis, gagnait peut-être 5 ou 10 dollars à nettoyer la chambre du premier.

Pour nos deux personnages comme pour tant de gens aujourd’hui, se maintenir sur le marché du travail n’a pas été chose aisée : il a fallu faire quelques entorses à la légalité. Mme Diallo aurait un peu déformé la vérité pour émouvoir le cœur endurci des autorités migratoires, afin de se voir autoriser à rester travailler sur le sol nord-américain. Mr Strauss Kahn lui aussi, pour continuer de gagner sa vie en politique, aurait plusieurs fois flirté avec l’illégalité. Ainsi, en 1999, il a été mis en examen dans le cadre de l’affaire de la MNEF, où il a reconnu avoir reçu un chèque de 603.000 francs contre une facture anti-datée par ses soins (accusé de faux et usage de faux, il est ensuite relaxé). En 2000, c’est pour emploi fictif au profit de sa secrétaire, rémunérée par Elf à hauteur de 192.000 francs, qu’il est mis en examen pour recel d’abus de bien sociaux (non-lieu). En 2001, ce chaud partisan de la rigueur budgétaire reconnaît avoir accordé une remise fiscale de 160 millions de francs (ça fait beaucoup de chambres d’hôtel à nettoyer) lorsqu’il était ministre de l’économie, au couturier Karl Lagerfeld, en échange d’une cassette contenant des déclarations compromettantes du financier secret du RPR, Jean-Claude Méry.

Antécédents : un peu d’histoire économique et (post)coloniale

La Guinée, dont est originaire Mme Diallo, est un pays fort riche : elle possède notamment de fabuleux gisements de bauxite, exploités avec l’appui de la Banque mondiale, du fer, de l’or, des diamants, du pétrole et de l’uranium, ainsi qu’un grand potentiel hydraulique. Pourquoi peine-t-elle donc tant à se développer ? Est-ce parce qu’en 1958, quand elle acquit son indépendance, cette ancienne colonie française refusa avec impudence « l’association » avec l’ancienne métropole ? Est-ce à cause de la longue dictature de Sékou Touré qui a suivi, jusqu’en 84 ? Ou de l’incurie de Lansana Conté, trois fois réélu ensuite avec l’appui indéfectible de la Françafrique, de 84 à 2008, alors même qu’il était internationalement accusé de fraude ?

D’abord professeur d’économie, puis co-fondateur d’un cabinet d’avocats et homme politique, Mr Strauss Kahn devient dans les années 80 l’économiste fétiche du PS. Il y représente une tendance bien peu à gauche : c’est lui, par exemple, qui a mis en œuvre la privatisation de France Télécom et a procédé à des privatisations massives lorsqu’il était ministre de l’économie et des finances. On le connaît aussi pour avoir enterré la Taxe Tobin ou pour souhaiter sans ambages la privatisation de l’université —il déclarait le 19 septembre 2006 dans Libération « Pour moi, il n'y aurait pas de scandale à ce que la chaire de physique nucléaire de Paris-VI soit financée par EDF, si EDF trouve que c'est bon pour son image. » En 2007, avec l’appui décidé de Mr Sarkozy, il devient directeur du FMI.

Mme Diallo a quitté un pays exsangue et en crise il y a plus d’une dizaine d’années. Aujourd’hui, le FMI que dirigeait Mr Strauss Kahn continue d’imposer à la Guinée les recettes drastiques des "Pays pauvres très endettés" (PPTE), sans que l’on puisse constater de véritable amélioration de la situation du pays. Les recettes de ce même FMI dirigé par ce même Mr Strauss Kahn, en Irlande, en Grèce, en Italie, ne semblent pas avoir donné les résultats macroéconomiques escomptés. Par contre, au niveau micro, c’est réussi : des dizaines de milliers de personnes descendues dans la rue, protestant avec la dernière des énergies contre l’appauvrissement brutal qui leur est imposé, les coupes dans le budgets publics de la santé et de l’éducation, l’obligation de travailler de longues années supplémentaires et/ou le chômage ou les petits boulots pour seul horizon.

nafissatou diallo,tristane banon,piroska nagy,prostitution,violence faite aux femmes,néolibéralismeDans le monde entier, c’est le FMI qui a aggravé la pauvreté et la misère par l’imposition de ses "plans d’ajustement structurels". Dirigé jusqu’à cet été exclusivement par des hommes occidentaux, blancs, riches et âgés, les politiques du FMI ont jeté des centaines de milliers de personnes sur les routes de la migration, obligées d’accepter n’importe quelle activité précaire, mal rémunérée et mal considérée, pour survivre. Pour beaucoup de femmes, le seul choix s’est résumé à (1) l’usine dans une zone franche ou dans l’agro-industrie exportatrice (2) le ménage ou le travail de care (3) le marché du sexe. De fait, Mr Strauss Kahn l’économiste a vivement encouragé l’ouverture de zones franches à Sarcelles et dans les banlieues françaises, on dit qu’il ne dédaignerait pas le recours à la prostitution, et il est désormais évident qu’il connaît bien les nombreux problèmes occasionnés par l’emploi de domestiques.

Le huis-clos de la suite 2806 : vertige de l’amour ou choc des inégalités ?

Ainsi, dans la suite du Sofitel, il y avait malheureusement bien plus que deux personnes égales en droits et en libertés : il y avait aussi une longue histoire de colonisation, décolonisation et re-colonisation, dont l’un des aboutissements est l’actuelle phase néolibérale. Un néolibéralisme qui a fabuleusement enrichi les uns, les rendant capables de dépenser 14.000 dollars pour un mois de loyer en "dépannage", et qui a drastiquement appauvri les autres, les obligeant à raconter avec force détails des viols réels ou imaginaires aux fonctionnaires de l’immigration de pays étrangers, pour pouvoir résider dans la plus célèbre démocratie du monde.

Alors, est-ce donc un sentiment de toute-puissance du directeur du FMI, sur le point de rencontrer Mme Merkel pour continuer à deviser de l’imposition des politiques économiques particulièrement brutales à la population grecque, qui l’a grisé au point de se laisser aller à des actes sexuels précipités avec une inconnue, apparamment sans même se demander si cette femme consentait ou non, et si oui pourquoi, à ces actes ?

Il est troublant de constater qu’à l’instant décisif de leur rencontre, le directeur du FMI recueillait précisément un des fruits de son travail : il avait devant lui une de ces personnes dont le pays est appauvri par les plans d’ajustement structurels, rendue Noire par la migration, une travailleuse rendue inférieure par l’exercice d’une profession déconsidérée, probablement harassée par la dureté physique de son travail et ne souhaitant en aucun manière menacer la sécurité de son emploi. Si l’on est romantique, on peut souhaiter rencontrer une personne sous un meilleur jour. Mais si l’on est opportuniste et pressé, on peut se féliciter d’avoir contribué à créer une "proie" aussi idéale. Pour couronner le tout et mettre les points sur les i, l’agression sexuelle transforme le violeur en "vrai" homme et l’agressée en "rien qu’une femme". (...)

22 novembre 2011

première dame des petits peuples

Danielle Mitterrand.jpg

Il y a juste un mois. Ce seront mes derniers souvenirs. Elle fêtait les 25 ans de la fondation France-Libertés et avait reçu ses amis, les partenaires de ses combats : l'Amérique latine, les minorités opprimées et les combattants de l'eau étaient là. Entre deux spectacles, j'avais osé m'approcher d'elle et lui dire l'admiration qu'elle m'inspirait.

Mes mots avaient été maladroits, mais les siens furent précis, posés et tendres. Elle s'était laissée caressée la main et nous avions trouvé dans le regard de l'autre un sourire de jouvence. L'instant dura quelques secondes - tatouées aujourd'hui sur le fond de ma rétine.

La première dame des peuples a éveillé en moi - en nous ? - le sens du Bien commun. Dans l'ombre ou la lumière. Je pleure.

16:30 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : danielle mitterrand

20 novembre 2011

la folie Lulu

 

lulu by lou reed & metallica.jpg

Le monde est converti à Lulu. Tout le monde est Lulu. Lulu par-ci, Lulu par-là. Lulu rend fou. L'Opéra de Paris a repris la production de Willy Decker, avec Laura Aikin dans le rôle titre. C'était si bien que j'y suis allé deux fois. Le théâtre de la Ville a programmé une version théâtrale, confiée au Berliner Ensemble de Bertold Brecht dans une mise en scène de Robert Wilson. C'était si tentant que je suis allé acheter mes places dès sept heures, un matin où le guichet ouvrait à onze. Daniel Barenboïm en dirigera une nouvelle lecture, à l'opéra de Berlin Unter den linden. C'est si irrésistible que je m'en retournerai outre-Rhin, à l'occasion du festival de Printemps au Schiller Theater...
 
Rien ne m'arrête plus pour Lulu. Pour elle, insaisissable, si loin de mes fantasmes, mais si intrigante. Innommable bien que nommée. Au passé imprévisible et au destin inéluctable. Aimée et égorgée. A la route d'amour et de mort. Au parfum de désir et de désespoir. Cette autre incarnation de l'impossibilité amoureuse. Cette jetée où viennent inexorables se dérouler et se fracasser les jeux de pouvoir et de possession. Cet hymne à la liberté, à la futilité, au tragique de la vie. L'éclairage qu'il manque aux affaires DSK.
 
Decker et Wilson l'inscrivent dans une épure, dans des lignes sobres où l'on espère la lire, quand lulu_02.jpgOlivier Py l'avait plongée dans un univers foisonnant, mouvant, enfantin. Ils l'entourent de silhouettes dessinées. Elle est là, matériellement présente à nos regards, et pourtant elle s'échappe, s'échappe sans cesse. Toujours authentique mais jamais sincère. Je m'imprègne de la musique, dense et exigeante, d'Alban Berg, j'en attends désormais les exultations. Et puis j'ai découvert cet objet théâtral non identifié, mêlant ombres chinoises et débits mécaniques, chansons de cabaret et estampes sophistiquées. C'est fascinant de voir comment une œuvre écrite il y a un siècle, inscrite au patrimoine, stimule une telle diversité d'approches. Comment une créature incarnée et désincarnée, désirable et désirée, esprit de la terre et boîte de Pandore, déchire toute raison !

Une des filles du Kitkat club s'appelait Lulu, dans Cabaret, hier soir, sur la scène du théâtre Marigny. Lulu investit aussi la musique métal, avec la sortie d'un album éponyme de Lou Reed & Metallica, chez Universal. Et Lulu Gainsbourg - oui, Gainsbourg nous avait pondu un Lulu, il y a quelques temps déjà, dont dont on avait à peu près tout oublié - un homme à la voix fragile, un fils de mordu de musique, il décide enfin de se faire connaître en enregistrant des chansons de son père...

Lulu ? Une folie, je te dis !

 

16 novembre 2011

celui qui fêtait son anniversaire deux fois

fin-de-chantier-mc-proprete.png

Ben oui, un peu présomptueux, le bonhomme !

Il fêtait les 4 ans de son blog le 16 octobre dernier, alors que ça ne tombait que le 16 novembre suivant, aujourd'hui quoi !

Bon voilà, c'est rétabli... Mais du coup, je fais profile bas, hein...

Autrement, un peu débordé par la fin du chantier à la maison (encore un qui aura duré presque six mois). Les ouvriers partis, restent les finitions et les rangements en tout genre. Dans une cuisine et une salle de bains toutes neuves, ce n'est pas le plus désagréable. Mais ça prend du temps, beaucoup de temps, et c'est une dynamique - tant qu'elle tient ! - qui te garde éloigné de l'ordi.

Tiens, j'ai du ménage à faire dans le blog, aussi. C'est qu'à force, il n'est plus tout à fait aussi anonyme qu'il avait prévu de l'être, et il y a des choses et des gens à protéger... Belles séances de spéléologie bloguesque en perspective !

Alors que j'ai tant de choses en retard à te dire. Bon, j'espère trouver vite un peu de temps pour ça. Mais après-tout, il n 'y a pas le feu : DSK est au fond du trou, Hollande pédale, et il n'y a pas besoin de blog pour s'en rendre compte !

09:04 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (11)

09 novembre 2011

lumineuse Porte de Kiev

Kandinsky - la grande porte de Kiev.jpg

La peau gardera longtemps inscrite dans le chaud de ses replis la vibration de ce final.

Nous sommes samedi soir, à la fin de près de deux heures de concert. L'oratoire du Louvre n'est plus le même. Non seulement pris de l'extérieur par un habillage de bois et de toile annonciateur d'une renaissance, mais inondé d'une invraisemblable clarté intérieure, il est plus impressionnant que jamais. Des étoles de couleurs reconstituent autour des pupitres l'arc-en-ciel emblématique de l'orchestre, contrastant avec l'impérieuse nudité de la pierre, la patine épaisse des boiseries, la dalle carrelée de motifs en noir et blanc.

L'orchestre est dense, sonore, mais clair malgré l'écho naturel de l'ogive. Les cuivres se surpassent, emmenés dans une sorte de perfection par le saxophone et les clarinettes qui viennent de dessiner d'un trait pénétrant et émouvant la légende du Vieux château, dans la version peinte en musique par Ravel et Moussorgski.

Sur les avant-bras et les nuques de mes voisins, les poils se dressent fébrilement. Avec lenteur, la porte, la Grande Porte commence à s'ouvrir, à laisser entrer la lumière, on entend le carillon en annoncer l'aubaine. La lourde majesté du monument, parfois éclipsée par des arrêts légers sur des détails ou des ornements, revient s'imposer aux corps. Les timbales battent sur le rythme d'une promenade emballée.

C'est au son de Saint-Saens que la fête avait été ouverte. Les dix ans du RSO valaient bien ça. Une interprétation encore brouillonne à mes oreilles, mais corrigée et totalement accomplie le lendemain pour sa seconde interprétation. Puis, le jeune pianiste Alfonse Cemin ayant rejoint l'orchestre, la Rhapsodie sur un thème de Rachmaninov avait commencé à illuminer l'assistance - au demeurant comble les deux soirs. Là encore, l'attaque aura été meilleure le lendemain, mais la rondeur des trilles, la précision des piqués, les sublimes ruptures romantiques de Rachmaninov encadrées d'accords graves, avaient su souligner le précis de l'orchestre. Le premier défi musical et technique avait été relevé avec classe, à l'instar de cette variation 18, commencée par le solo délicat et enchanteur du piano, pour gonfler lentement dans les cordes en densité maîtrisée, puis s'éteindre, apaisée.

La Porte s'ouvre grand, les poitrines sont désormais gorgées de cette montée d'air, brisée encore par une allégorie amoureuse assoiffée de préliminaires, insatiable et patiente, mais qui reprend encore, vaillante, à chaque fois davantage auréolée de puissance.

rso,rainbow symphony orchestra,ravel,moussorgski,rachmaninov,john dawkins,oratoire du louvreLes Tableaux d'une exposition étaient sans doute le pari le plus périlleux auquel s'était jamais attaqué le RSO. Entamés dans une parfaite maîtrise, sur un tempo un peu plus soutenu ce samedi qu'il ne le sera le lendemain, colorés, scintillants, ils submergent à présent corps et âmes prêts à cette confrontation. A la fin de chaque phrase, un gong invasif retentit, poussé par le poing levé de John Dawkins, l'impétueux chef qui ne pourra retenir une larme de gratification pour ce merveilleux cadeau de réussite et de tenue que lui fait l'orchestre, dont il est le père. L’œuvre à présent explose littéralement d'un ultime coup de tonnerre, accouche, orgasmique, inassouvible, d'un inextinguible éternel.

Il est de ces instants que l'on voudrait prolonger à l'infini, sans craindre de donner au point d'orgue son sens plein. Juste pour offrir à la milliseconde de silence qui précède les applaudissement son devoir de suspension, dans l'évidence des sourires qui s'affichent et de ceux qui ne se voient pas, encore retenus par la pudeur au fond des ventres.

A côté de moi, je sens la sourde exultation de mes amis, Véro et son nouveau compagnon, comme je la sentirai le lendemain chez Bougre, Fabrice, Gaël et son couple d'amis, et chez tous les spectateurs pris comme moi sous cette voûte extatique.

Oh! la vache, j'en fais des tonnes, là...! C'est que la tension, l'émotion étaient trop forts ce samedi soir. En rappelant le contexte dans lequel le RSO naquit il y a dix ans, comme un rêve de gosse, comme un trip d'ado - la proposition d'un ami timbalier, tu sais, celui du fond de l'orchestre qu'on ne voit jamais vraiment : "pourquoi pas, après tout, s'essayer à fonder un orchestre gay ?" - John ne put dissimuler un léger sanglot. Que de chemin parcouru ! On voudrait pouvoir en être. Manier de la timbale ou du hautbois, pouvoir se glisser au cœur de la fonderie au moment où l'émotion fusionne, ne pas rester extérieur à la cuve, même si c'est de l’extérieur qu'elle résonne le mieux.

Les prochains concerts du RSO seront à l'espace des Blancs manteaux, fin janvier. Je n'en connais pas encore le programme, mais parions qu'ils seront à la hauteur de la fête.

05 novembre 2011

le retour du juste

Stéphane_Hessel_IMG_9283.jpg

C'est pour ce soir. Puis encore dimanche. Un programme juste magnifique. Les tableaux d'une exposition, et un Rachmaninov enivrant de romantisme. John Dawkins, le chef, a juste obtenu le meilleur de ses musiciens, que j'entendais déjà hier soir pour leur générale.

Sur un autre sujet, l'abandon du référendum en Grèce est juste hallucinant. A croire que que les grands de ce monde n'ont qu'un  problème : les peuples, juste les peuples.

L'incendie de la crise grecque n'est pas éteint, il est juste mis sous le couvercle. Le modèle capitaliste productiviste n'est pas défait, il s'est juste offert un sursis. Pour juste laisser passer les prochaines élections en croisant les doigts très fort ?

As-tu remarqué le retour de ce juste dans nos façons d'aborder le monde ? Un juste qui devrait être un simple bémol, n'introduire qu'une nuance, un soupir entre deux blanches pointées, mais qu'on emploie deux blanches pointées.pngà contre-temps pour faire du grand majeur le détail qui tue. Un juste qui te fait passer de l'à peine au rien à ajouter.

Mon patron est juste incompétent. Il n'a pas à peine moins d’acuité que le précédent. Il n'est pas non plus totalement imbu et fuyant. Il est juste incompétent. Un rien, en somme, mais qui veut tout dire.

Ce juste-là avait déjà conquis nos langages dans les années 2000, puis s'était replié. Et le voilà de retour, gravement épidémique. En une semaine, je l'ai vu fleurir dans d'innombrables bouches. Le dernier Chéreau ? Juste le meilleur spectacle qu'elle ait vu ces dernières années, dixit une collègue. Polisse, dixit un autre, juste le film à ne pas rater parmi les derniers sortis. L'automne, juste la saison qu'elle préfère, à en croire une troisième. Les Grecs, on sait désormais pourquoi ce sont des empapaoutés depuis des siècles, parce que là ils se le font mettre juste profond ! Ça, c'est de notre grand Fred au langage enturbané.

On aurait voulu le retour d'une autre juste. D'un vrai, d'un grand, d'un juste authentique. D'un qui filerait des claques aux hypocrites. D'un qui dresserait des digues protectrices. D'un Robin-des-bois de notre temps qui se révolterait contre l'hyper-richesse, l'hyper-accumulation, contre l'accaparement du monde par ceux à qui l'on ne demande juste aucun compte, jamais, et qui s'accrochent à leur système. D'un Docteur justice ressuscité qui règlerait leur compte aux hommes politiques pour qui la gauche n'est qu'une posture, qui remettrait à leur place ceux qui sacrifient le réel à leur carrière, qui balaierait la pitoyable médiocrité des barons intermédiaires, qui ne sont là que pour endiguer l'indignation.
les-indignes-de-la-bastille.jpg
D'ailleurs, c'est peut-être bien chez eux qu'il se trouve : parmi les Indignés des grandes places du monde, qui construisent des réponses en dehors du système politique en place.

Il mérite un bel hommage, le plus grand des justes, ignoré du G20 alors qu'il a mis des millions de personnes dans les rues : ce vieil homme de 94 ans, qui a su en toute modestie, d'un livre sans prétention à 3 balles, trouver l'intuition du mot-étincelle.

Juste un coup de génie !