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25 novembre 2011

le continuum des violences masculines et néo-libérales

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Evidemment, Francis a raison, les commentaires sur DSK, et tout l'étalage obscène qui va avec, ça suffit ! Ça devient une machine à blé et ça pue. Autant que le Poker, n'est-ce pas Monsieur Patrick Bruel ?

Tout ? Pas si sûr... Il y a au contraire, je crois, dans cette affaire, dans ces affaires, de quoi réfléchir sans complaisance. Car c'est trop facile de renvoyer DSK dans les cordes d'une vulgaire histoire de moeurs. Trop facile d'invoquer le dégoût du puritanisme, et de faire comme si. Comme si l'abus de pouvoir relevait de la sphère privée. Comme s'il n'y avait aucun lien entre violence et puissance, comme si céder était consentir, avec ou sans dollar.

J'aimerais que tu lises le texte téléchargeable en suivant ce lien. C'est une contribution de Jules Falquet qui s'intitule "Briser l'impunité du continuum des violences masculines et néolibérales". C'est probablement la réflexion la plus intelligente qui ait été produite sur la séquence. Cinq feuillets, au format Word, rédigés avant que n'éclate la dernière des affaires, celle du Carlton, des filles à répétition et de la connivence financière et sexuelle entre un puissant homme politique et un grand groupe du BTP (une version actualisée paraîtra prochainement dans la revue Nouvelles Questions Féministes, fondée en 1981 par Simonde de Beauvoir).

Je te laisse aller y lire la totalité, et ne t'en livre là que trois ou quatre paragraphes pour te mettre l'eau à la bouche :

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(...) "Premier élément : il s’agissait de deux personne gagnant leur vie en dehors de leur pays d’origine, nafissatou diallo,tristane banon,piroska Nagy,prostitution,violence faite aux femmes,néolibéralismecomme tant de personnes sont aujourd’hui amenées à le faire du fait de la mondialisation. L’un, en voyage de travail, dépensait 3000 dollars par nuit pour louer une chambre d’hôtel. L’autre, ayant non sans difficultés réussi à obtenir des papiers pour avoir le droit de vivre et de travailler légalement aux Etats-unis, gagnait peut-être 5 ou 10 dollars à nettoyer la chambre du premier.

Pour nos deux personnages comme pour tant de gens aujourd’hui, se maintenir sur le marché du travail n’a pas été chose aisée : il a fallu faire quelques entorses à la légalité. Mme Diallo aurait un peu déformé la vérité pour émouvoir le cœur endurci des autorités migratoires, afin de se voir autoriser à rester travailler sur le sol nord-américain. Mr Strauss Kahn lui aussi, pour continuer de gagner sa vie en politique, aurait plusieurs fois flirté avec l’illégalité. Ainsi, en 1999, il a été mis en examen dans le cadre de l’affaire de la MNEF, où il a reconnu avoir reçu un chèque de 603.000 francs contre une facture anti-datée par ses soins (accusé de faux et usage de faux, il est ensuite relaxé). En 2000, c’est pour emploi fictif au profit de sa secrétaire, rémunérée par Elf à hauteur de 192.000 francs, qu’il est mis en examen pour recel d’abus de bien sociaux (non-lieu). En 2001, ce chaud partisan de la rigueur budgétaire reconnaît avoir accordé une remise fiscale de 160 millions de francs (ça fait beaucoup de chambres d’hôtel à nettoyer) lorsqu’il était ministre de l’économie, au couturier Karl Lagerfeld, en échange d’une cassette contenant des déclarations compromettantes du financier secret du RPR, Jean-Claude Méry.

Antécédents : un peu d’histoire économique et (post)coloniale

La Guinée, dont est originaire Mme Diallo, est un pays fort riche : elle possède notamment de fabuleux gisements de bauxite, exploités avec l’appui de la Banque mondiale, du fer, de l’or, des diamants, du pétrole et de l’uranium, ainsi qu’un grand potentiel hydraulique. Pourquoi peine-t-elle donc tant à se développer ? Est-ce parce qu’en 1958, quand elle acquit son indépendance, cette ancienne colonie française refusa avec impudence « l’association » avec l’ancienne métropole ? Est-ce à cause de la longue dictature de Sékou Touré qui a suivi, jusqu’en 84 ? Ou de l’incurie de Lansana Conté, trois fois réélu ensuite avec l’appui indéfectible de la Françafrique, de 84 à 2008, alors même qu’il était internationalement accusé de fraude ?

D’abord professeur d’économie, puis co-fondateur d’un cabinet d’avocats et homme politique, Mr Strauss Kahn devient dans les années 80 l’économiste fétiche du PS. Il y représente une tendance bien peu à gauche : c’est lui, par exemple, qui a mis en œuvre la privatisation de France Télécom et a procédé à des privatisations massives lorsqu’il était ministre de l’économie et des finances. On le connaît aussi pour avoir enterré la Taxe Tobin ou pour souhaiter sans ambages la privatisation de l’université —il déclarait le 19 septembre 2006 dans Libération « Pour moi, il n'y aurait pas de scandale à ce que la chaire de physique nucléaire de Paris-VI soit financée par EDF, si EDF trouve que c'est bon pour son image. » En 2007, avec l’appui décidé de Mr Sarkozy, il devient directeur du FMI.

Mme Diallo a quitté un pays exsangue et en crise il y a plus d’une dizaine d’années. Aujourd’hui, le FMI que dirigeait Mr Strauss Kahn continue d’imposer à la Guinée les recettes drastiques des "Pays pauvres très endettés" (PPTE), sans que l’on puisse constater de véritable amélioration de la situation du pays. Les recettes de ce même FMI dirigé par ce même Mr Strauss Kahn, en Irlande, en Grèce, en Italie, ne semblent pas avoir donné les résultats macroéconomiques escomptés. Par contre, au niveau micro, c’est réussi : des dizaines de milliers de personnes descendues dans la rue, protestant avec la dernière des énergies contre l’appauvrissement brutal qui leur est imposé, les coupes dans le budgets publics de la santé et de l’éducation, l’obligation de travailler de longues années supplémentaires et/ou le chômage ou les petits boulots pour seul horizon.

nafissatou diallo,tristane banon,piroska nagy,prostitution,violence faite aux femmes,néolibéralismeDans le monde entier, c’est le FMI qui a aggravé la pauvreté et la misère par l’imposition de ses "plans d’ajustement structurels". Dirigé jusqu’à cet été exclusivement par des hommes occidentaux, blancs, riches et âgés, les politiques du FMI ont jeté des centaines de milliers de personnes sur les routes de la migration, obligées d’accepter n’importe quelle activité précaire, mal rémunérée et mal considérée, pour survivre. Pour beaucoup de femmes, le seul choix s’est résumé à (1) l’usine dans une zone franche ou dans l’agro-industrie exportatrice (2) le ménage ou le travail de care (3) le marché du sexe. De fait, Mr Strauss Kahn l’économiste a vivement encouragé l’ouverture de zones franches à Sarcelles et dans les banlieues françaises, on dit qu’il ne dédaignerait pas le recours à la prostitution, et il est désormais évident qu’il connaît bien les nombreux problèmes occasionnés par l’emploi de domestiques.

Le huis-clos de la suite 2806 : vertige de l’amour ou choc des inégalités ?

Ainsi, dans la suite du Sofitel, il y avait malheureusement bien plus que deux personnes égales en droits et en libertés : il y avait aussi une longue histoire de colonisation, décolonisation et re-colonisation, dont l’un des aboutissements est l’actuelle phase néolibérale. Un néolibéralisme qui a fabuleusement enrichi les uns, les rendant capables de dépenser 14.000 dollars pour un mois de loyer en "dépannage", et qui a drastiquement appauvri les autres, les obligeant à raconter avec force détails des viols réels ou imaginaires aux fonctionnaires de l’immigration de pays étrangers, pour pouvoir résider dans la plus célèbre démocratie du monde.

Alors, est-ce donc un sentiment de toute-puissance du directeur du FMI, sur le point de rencontrer Mme Merkel pour continuer à deviser de l’imposition des politiques économiques particulièrement brutales à la population grecque, qui l’a grisé au point de se laisser aller à des actes sexuels précipités avec une inconnue, apparamment sans même se demander si cette femme consentait ou non, et si oui pourquoi, à ces actes ?

Il est troublant de constater qu’à l’instant décisif de leur rencontre, le directeur du FMI recueillait précisément un des fruits de son travail : il avait devant lui une de ces personnes dont le pays est appauvri par les plans d’ajustement structurels, rendue Noire par la migration, une travailleuse rendue inférieure par l’exercice d’une profession déconsidérée, probablement harassée par la dureté physique de son travail et ne souhaitant en aucun manière menacer la sécurité de son emploi. Si l’on est romantique, on peut souhaiter rencontrer une personne sous un meilleur jour. Mais si l’on est opportuniste et pressé, on peut se féliciter d’avoir contribué à créer une "proie" aussi idéale. Pour couronner le tout et mettre les points sur les i, l’agression sexuelle transforme le violeur en "vrai" homme et l’agressée en "rien qu’une femme". (...)

Commentaires

L'eau à la bouche, je préfère la version de Gainsbourg !
Soyons sérieuse ma vieille, aussi j'ai imprimé ce texte, cet après midi, je le présenterai dans le cadre d'une réunion "violences faites aux femmes".
A aucun moment je ne peux "oublier" que je suis femme, et qu'à tous moments il y a un "merdeux" prêt à la vindicte contre mon genre.
Ma dernière expérience n'est âgée que d'un mois...
Du berceau jusqu'à la tombe,se battre toujours, partout.

Écrit par : mume | 26 novembre 2011

-> mume -> Excellente initiative ! Dans le genre, moi aussi j'aimais mieux Gainsbourg, même s'il était un autre macho : au moins, y avait-il du talent, et de l'impudeur saine ! Ben oui, se battre, toujours, même quand l'horizon s'obscurcit...

Écrit par : Oh!91 | 29 novembre 2011

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