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14 août 2011

tout est affaire de sourire

Vinci au Louvre.jpg

Ma copine Fiso, qui n'a pas froid aux yeux, se propose de faire découvrir Paris à des étrangers de passage. Mais attention : un Paris loin des sentiers battus. Histoire d'échapper, une journée durant, au papier glacé - et à laccueil glacial - qu'on leur sert plus souvent qu'à leur tour. Car le Parisien est comme ça : chantant par la gouaille, charmant par l'impertinence, mais inbitable d'impatience et d'arrogance. Et le professionnel de l'étape n'échape pas à la règle, bien au contraire. Alors nul doute que le sourire de Fiso, et sa curiosité contagieuse, leur seront une parenthèse mémorable... Je vois d'ici les albums photos : la Tour-Eiffel, les Champs-Elysées, et des yeux rieurs égarés au milieu comme entrés au patrimoine de l'Unesco.

Moi, en parisien-banlieusard de longue date, je me suis récemment offert tout le contraire - peut-être pour me donner l'impression de prolonger mes vacances, ou pour déguster la chaste mais intense lune de miel dont me gratifie ces jours-ci mon ami d'amour : je suis allé sur les sentiers rebattus de Paris-plage et... du musée du Louvre !

Le Louvre, c'est libre et gratuit le premier dimanche de chaque mois, mais pour autant, en ce début d'août, l'entrée par le Carrousel s'est faite assez rapidement. Une queue impressionnante à la porte, mais avalée en un rien de temps par les salles gigantesques de cet ogre de musée. C'était donc il y a tout juste une semaine (le temps que je mets pour écrire un billet, moi !...)

Je passe sur la Joconde, qui n'a plus rien d'une œuvre d'art mais se résume en un phénomène. Je ne sais pas si c'est l'effet d'un marketing organisé, ou d'un buzz hors de tout contrôle, mais cette pauvre Mona-Lisa, qui n'avait rien demandé à personne, méritait sans doute mieux. C'est la belle Ferronnière, ou le beau Jean-Baptiste, aux sourires non moins énigmatiques, aux allures non moins androgynes, aux clairs-obscurs non moins fondus, qui doivent bien rigoler, tranquilles dans la grande galerie, sans carcan ni verre fumé, offrant des connivences intimes à qui veut. Aussi bien, la malédiction aurait-elle pu leur tomber dessus, avec son avalanche de flashs crépitants, ses bousculades barbares et ses sourires idiots. Pauvre Joconde !

C'est le passage dans la salle des grandes peintures françaises qui m'a le plus saisi. Trompé par de vagues souvenirs d'enfant, je n'imaginais pas qu'autant de grands chez-d’œuvre puissent être ainsi rassemblés en un même lieu, offerts au mouvement d'un seul regard. Tu es assommé !

Le Radeau de la méduse, dont j'avais oublié qu'il fut une si grande toile, à côté de la Liberté guidant le meduse.jpgpeuple, jouxtant le Sacre de Napoléon, les fameuses Sabines, avec leurs paires de fesses à croquer, Œdipe s'adressant au Sphynx... toutes ces toiles qui mériteraient à elles seules un musée tout entier, rassemblées là dans une profusion excessive, te rappellent que le Louvre est à part.

La prochaine fois, ma visite sera pour les Flamands.

En passant sous la pyramide pour t'orienter vers une des ailes du Palais, tu ne peux pas rater une grande publicité, avec vue d'artiste, vantant l'installation d'un Louvre à... Abou Dhabi. C'est pour 2013, je crois. Et là tu te dis que c'était peut-être la dernière fois. Que ces collections ne seront peut-être plus jamais rassemblées en un lieu d'exception. Tu te dis que cette commercialisation du Louvre comme une vulgaire franchise va forcément conduire à une dilapidation sourde et besogneuse. Désormais, ce sera Géricault au Louvre, et Delacroix au Emirats, à moins que ce ne soit le contraire. David et Ingres ne sont pas menacés, trop de paires de fesses nues. Mais qui sait, dans des salles VIP Premium Exclusive...

J'ai un bon ami, Jean-Pierre, de l'époque où j'étudiais l'arabe à Damas, qui enseigne désormais l'art et l'archéologie à La Sorbonne, et qui participe depuis deux ans à l'aventure de "la Sorbonne à Abou Dhabi" - autre licence fraîchement, et chèrement, vendue. C'était une philosophie, une conception de l'enseignement supérieur, de la recherche, tout un rapport à la connaissance qui devait s'expérimenter en terre inconnue sous la divine protection de la sainte appellation Sorbonne. Aujourd'hui, il déchante, devant ce que lui imposent l'argent et le népotisme ambiant.

Comment pourrait-il arriver autre chose au plus prestigieux musée du monde ? Ce n'est certes pas demain matin qu'on lira "vendu" sur la porte du Louvre (ça commencera par un "Prêté pour quinze ans" devant la salle de la Joconde), mais comment l'appel de Mona-Lisa résisterait-il à l'appel de l'argent ?

De toute façon, et heureusement, il restera pour longtemps encore le sourire de Fiso pour conserver son attrait à Paris.

Commentaires

Et on m'a laissé l'honneur d'être la première à commenter, malgré un retard évident (la blogosphère est assez déserte, ces jours-ci).
Merci de cette publicité pour ... mon sourire. Je dois cependant apporter une correction : il ne sera pas question pour moi de trimballer mes touristes sous la tour Eiffel ou sur les Champs-Elysées (avenue sur laquelle, par ailleurs, je me promène le moins souvent possible car je ne l'aime pas). Je les entraînerai dans les rues avoisinantes, les courettes, les passages, les portes cochères ;)
Tu m'as donné, quand à toi, envie de retourner au Louvre. Tu vois, c'est un échange de bons procédés.
Pour l'heure, je file, je vais parfaire ma connaissance du 6ème arrondissement, du côté d'Odéon, là où j'ai flâné avec toi et elles, hier, sous le soleil (enfin !)
Je t'embrasse.

Écrit par : Fiso | 16 août 2011

Ha bon on était du côté d'Odéon ?
Je savais pas moi !
Me demande si je ne vais pas être obligée de revenir (encore) pour peaufiner ma culture parisienne tiens.
Je laisse Fiso approfondir et je reviens ...

Écrit par : feekabossee | 19 août 2011

-> Fiso -> Loin de moi l'idée de laisser penser que tu pourrais entraîner tes touristes vers les lieux communs, bien au contraire. Mais parisienne d'un jour, ça laisse aux autres jours le loisir d'aller faire les impondérables, d'où la gueule présumée de l'album photos. Enfin, tu vois ce que je veux dire...
Autrement, ça peaufine toujours ?
-> feekabossee -> En effet, on était tout près d'Odéon... T'as vraiment besoin de revenir, toi !...

Écrit par : Oh!91 | 25 août 2011

Les commentaires sont fermés.