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31 juillet 2011

entre rêves et eau

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(...)(*) Je suis sous cette voûte, étendu sur l'eau, dans une apesanteur aigre, les pieds campés sur une marche, la tête à moitié immergée, les oreilles enfoncées pour échapper à la rumeur tamisée d'une sensualité qui m'échappe.

(Nous sommes lundi, et je ne sais pas encore que, revenu aux bains Rudas le vendredi suivant, donc avant-hier, à cause peut-être d'un soin du poil que je me serai opportunément prodigué, le gars le plus sexy du bassin, une icône bertoluccienne au profil de dieu grec et au buste d'athlète, Renauld de son prénom, un grand Hollandais circoncis à l'orbite profonde et rieuse, m’inclura dans un ballet d'effleurages suaves, m'offrant sans le savoir une réconciliation fragile mais inattendue)

Les lumières au dessus de ma tête ne dansent pas, signe que dehors, le temps est terne. Encore. (Vendredi, sous l'effet du soleil, elles seront projecteurs de théâtre, poursuites animées, faisceaux vivants, changeants, aux lignes nettes, droites, malicieusement soulignées par des vapeurs éparses) Selon leur inclinaison, derrière les petites ouvertures hexagonales qui traversent l'épaisse pierre du dôme, on distingue ou pas le ciel chargé. Je les fixe, je me les décris, me les décrie, je les compte. Je me replie hors des jeux qui m'entourent, m'efforçant de les trouver stériles, puérils. Je compte les couleurs de ce ciel hypnotique. Un tesson central, un premier cercle de neuf ouvertures, puis quatre cercles concentriques qui en ont tous dix-sept. Je recommence, puis encore. C'est bien ça, dix-sept. Neuf d'abord, puis dix-sept. Pour les quatre autres. Le chiffre dix-sept avait-il une signification chez les Turcs ? Je me dis qu'il faudra le vérifier avec Wikipedia (et j'oublierai de le faire). Cela nous fait soixante-dix-huit trous dans cette alcôve minérale, soixante dix huit-moyens de m'échapper, soixante dix-huit méridiens entre le ciel et l'eau, entre l'ombre et la lumière, soixante-dix-huit percées à travers la pierre et le cuivre, à travers l'histoire, à travers un temps qui ne passe pas. Mon esprit rejoint par leur biais les masses aqueuses rassemblées dans le ciel, désormais en orbite autour de Budapest. Aspiré, je somnole.

Je pense à l'eau des rêves.

Il y a quelques semaines, j'ai reçu sous Word, un futur nouveau roman, pour une lecture en avant-première... Privilège de l'amitié avec des écrivains. Enfin, avec un écrivain.

(Je me souviens, il y a longtemps, près de vingt-cinq ans, traversant en ferry la mer du Nord pour aller assister à Wembley au concert pour la libération de Nelson Mandela, Patrick Besson qui avait commencé une partie de scrabble avec un talentueux éditorialiste de l'Humanité - qui des années plus tard deviendrait mon chef malheureux - et quelques dirigeants des jeunesses communistes, abandonna la partie et me demanda de prendre sa place. Sur son chevalet était formé le mot "muse", et je me suis longtemps amusé à l'idée de m'être vu ainsi léguer la bonne fée d'un écrivain, que l'on pressentait de génie. Je n'ai jamais eu d'autres rapports avec Patrick Besson et je ne me rappelle même pas si sa muse a fini disloquée ou déposée sur le damier du scrabble.)

Patrick Besson n'est pas un ami. Ou il n'est pas écrivain. Ni l'un ni l'autre, si ça se trouve. Moi, j'ai un ami écrivain. Il s'appelle Manu.

Les choses étant ce qu'elles sont, c'est à dire mon rapport compliqué à la lecture, l'état instable de ma vue, mal corrigée depuis qu'est apparue la presbytie, la surcharge professionnelle et affective de ces derniers mois, tous les grands et les petits chantiers de ma vie... je n'ai imprimé ce précieux manuscrit qu'avant de m'envoler vers Budapest, sur le fil du rasoir. Et comme je prends toujours les choses dans l'ordre, il m'a fallu d'abord achever un roman commencé et délaissé, repris puis délaissé encore, un roman psy qui m'a plusieurs fois égaré, un Philippe Grinberg. J'ai ainsi fini, assez tard mais avant les deux mois de prescription, par me mettre au manuscrit, feuillet par feuillet.

J'ai été hapé.

Peut-on parler d'un roman qui n'est pas encore paru ? Qui sait, l'éditeur voudra-t-il lui donner un autre style, une autre fin, un autre titre. L'eau des rêves. L'eau des rêves, pourtant.

Manu m'a donné la permission. Comme je le sens, il m'a dit. Alors je le sens, justement. A moitié endormi sous la voute céleste, amidonné de mes aigreurs, emmitouflé de tiédeur dans la position de la planche, des mots me viennent. Les garder. Les mettre en boîte jusqu'à la maison. Ne pas les laisser s'échapper, eux aussi s'évaporer avec l'illusion de la séduction.

Manu a décidément une écriture qui me saisit, inventive, toujours à la limite de la rupture, une écriture automatique sous l'effet du diabolo-menthe - où le diabolo se fume et la menthe se sniffe, à moins que ça ne soit le contraire - où les sons viennent par si, par la, par mi, par ré, par sol, dans une musique qui tambourine, qui cogne, qui ne s'embarrasse pas de bémols, où les sons cassent, caisse de résonance à ceux d'avant ou à ceux d'après, en poésie percussive, déchirée, déchirante. Les mots s'enfilent les uns dans les autres, comme ils viennent, appelés les uns par les autres, aspirés par leur couleur, leur texture, l'odeur de leur peau ou la longueur de leur bite. J'adore ce sens que l'on croit perdre dans ce vagabondage tumultueux et qui t'apparaît haletant. J'aime sa matière, ses traits. On ressent une basse gronder dans la poitrine, on a hâte de découvrir quelle est cette déchirure, le secret apparaît en perspective dans la brume qui se lève, la tempête est annoncée. Et la musique ne s'arrête pas, c'est l'écriture intraduisible d'un gars qui vit pourtant de traductions.

Évidemment, j'ai parfois souffert. Chaque fois que j'ai reconnu le Manu poindre sous le Emmanuel, chaque fois que le dégoût de soi a transpiré sa race, la sienne autant que la mienne, chaque fois que manu causse-plisson,l'eau des rêves,écrivain,littérature,budapest,thermes,rudas,rudas gőzfürdőles doutes ont eu le dessus - et ils ont surtout le dessus. Il exprime un désabusement total, le rejet sans appel de l'existence, une autodestruction sans tain qui se vomit plus qu'elle ne se dit, empruntant des mots qui n'appartiennent pas à l'écriture. Il devient dingue. Tu lis à perdre haleine. A t'assoiffer. Et tu crains un impossible rebond.

L'eau des rêves, c'est l'histoire d'un type qui n'a pas de bouche et croise un fantôme dans un train. Voilà, la quatrième de couverture est faite. Ça se passe dans le sud, c'est écrit en Toulouse majeur, mais ça fleur bon la vigne et le terroir. Un secret de famille, des mythes d'enfant qui se brisent, et une incapacité à conduire sa vie qui n'en finit pas de s'analyser. Tu te dis que toi aussi, tu en veux à tes parents de ne t'avoir donné aucune raison de les détester. Paradoxe de la construction humaine d'où naissent les fantômes... Comme quoi on peut écrire un roman psy et ne pas être chiant.

La voûte t'hypnotise, et tu penses à tes parents, à tes fantômes. Moi à mon vampire...

La boîte n'était pas hermétique, certains se sont échappés, mais c'est bon, tu as pu garder quelques uns des mots venus dans l'alcôve. Assez pour rendre une partie des émotions ressenties. Pour reconstituer un peu de l'état où t'avais mis cette lecture. Tu peux signer ta note et la poster. Et puis attendre l'heure de la parution, en prédisant, ou en souhaitant un beau destin à cette écriture inventive et contagieuse, dépourvue de complaisance, écorchée, les vers à sang.

_________________________

(*) Ce billet est un peu la suite de celui-ci, ou de celui-là, mais de très loin, il n'est donc pas indispensable de s'y référer. Dis-toi juste que je suis dans des thermes, au milieu de créatures sensuelles et viriles, à demi-frustré, et que m'extrayant de toute quête, je me permets pour quelques minutes de revenir à mon état d'homme.
 

28 juillet 2011

la marque du maillot

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J'aime bien écrire des billets qui me sortent des tripes, où je ne joue pas de rôle, où mes états d'âme sont aussi secs que le corps que j'aimerais me faire, aussi crus que les sexes étalés au Rudas, aussi sincères que je le suis. Car je le suis, sincère. Toujours. Surtout là, dans cet espace privé et public à la fois. C'est le seul défaut que je ne voudrais pas qu'on m'impute. Ca me donne l'impression de ne pas faire de remplissage, ni de maintenir le blog dans une survie artificielle.

Ca me rapporte des marques d'affection, d'amour, de la compassion, de la compréhension. Mails, plus que commentaires. Même au milieu de l'été, ça fait du bien. Continuer, me sortir les doigts du cul pour me laisser les entrailles sortir de la plume, c'est mon challenge de l'été. Parmi d'autres...

J'ai la marque du maillot. Un beau bronzage vient me hâler la peau. Pas de ces teintes un peu rougeâtres qui trahissent des crèmes accélératrices, ni de ces bruns foncés, forcés, surnaturels, obsessionnels, où perce l'insupportable culte de soi. Le mien est charpenté, profond, il résulte d'une exposition quasi quotidienne, oh pas très longtemps, une cinquantaine de minutes tout au plus, même par mauvais temps, juste le temps de mes longueurs de natation. C'est un brun mat, épais. Le brun du labeur. Le brun de la classe ouvrière, des hommes de chantier. Un vrai brun d'homme, un beau bronzage. Un bronzage beau.

J'ai la marque du maillot. Ça veut dire que j'ai fait peu usage des terrasses naturistes du Palatinus ou des bains Széchényi. C'est con, maintenant que j'en connais la longueur du bassin... La pluie, sans doute. Salope !

DSCN0954.JPGMercredi, mais pas une âme ! Je suis seul, putain de seul sur cette terrasse, où je suis finalement revenu. Seul. Comme depuis plusieurs jours dans mes lignes d'eau. Ils se sont passé le mot, ou quoi ?

Pas une paire de fesses, pas une couille, même pendante, pas un ventre... on s'en fout, pas forcément du body-buldé, pas forcément de la tablette de chocolat, juste un petit ventre, une surface un peu plate, un peu lisse, une arrête de poils au dessus du pubis, quelque chose d'un homme, quoi !

Le temps promet quelques généreuses bouffées de soleil, mais pas un nez, pas une peau. Pas un sourire aguichant, pas un regard ténébreux, pas une grimace non plus. Pas de signe que quelqu'un va venir, pas de signe du contraire non plus.

Il se passe quoi ? La veille, c'était fermé, soit. Je le sais, je m'y suis cassé les dents. Je suppose à cause de cette saleté de pluie ! Replié sur Hajós Alfréd je me suis fait une belles séance encore. Seul à seul avec ma ligne bleue, évidemment - ça devient une marque de fabrique - qui est noire, d'ailleurs, dans le 33 mètres de Hajós Alfréd. C'est à n'y rien comprendre. Mais ils sont où ?

Mercredi, c'est moitié prix, merde ! Remarque, ça a peut-être été fermé plusieurs jours, en fait. Je n'en sais rien, je n'avais pas tenté d'y mettre les pieds depuis plus d'une semaine - les derniers beaux jours. Et personne n'aurait eu envie de s'y casser les dents de nouveau, ça se tient... même pour ce timide retour de chaleur ?

Étalage désolé de transats blanches sur ce bitume vert délavé. Seul. Dans un désert. Un désert d'ombres. sans fantôme, ni vampire. Casquette et lunettes noires vissées, la chronique new-yorkaise d'Edmund White en main, City-Boy, que je dois à la fée, ma copine de blog et de ballet et de plein d'autres trucs.

Nu.
Seul, mais nu. Évidemment.
A l'ombre, mais nu. Quoi d'autre ?
Un livre à la main, mais nu.

Pas une âme sur cette terrasse, des plombes que j'y suis désormais, avec mon nouveau roman, ma casquette, mes lunettes de soleil, et moi. Moi brut. Brute épaisse, rendu au rang d'animal. Un singe, un singe savant, voilà ce que je suis. Aux pulsions d'un vieux mâle solitaire. Habillé de rien, surtout pas d'un regard, de quiconque, c'est plus simple. Le temps passe, la chaleur monte, toujours légère. Ma main n'en finit pas de parcourir mon corps et d'aboutir à ce point ultime, ce point unique, d'y revenir sans cesse, de vérifier qu'il y a toujours quelque chose qui vit à cet endroit. Sans pudeur, sans vergogne, ignoré de tous. Seul en cage.

Je joue, je joue avec moi-même, avec mes sensations, comme le jeune brun du Rudas l'autre jour. Je joue avec moi-même, avec mon image. Je sors mon appareil. A bout de bras, debout, assis, allez, bande, bande, espèce de con, vas-y, voilà, je m'excite tout seul. Je me mets droit face à l'entrée, déclencheur, retardateur, je provoque, l'idée de l'arrivée soudaine de quelqu'un au moment d'une pose obscène m'excite encore plus, mon appareil photo me branle, je fais l'amour avec mon image, ma seule compagne, avec mon nouveau joujou, on fait ce qu'on peut en matière de joujoux, je suis chaud, voilà, naturisme,palatinus,obcénité,sexe,masturbationc'est ça, quel con, non mais quel con je suis. Je pavoise pour moi-même. Je laisse des tâches blanches abondantes, des tâches sublimes, sur le vert décrépi de la terrasse, je suis à terre. Ma constellation. Un vieux singe n'aurait pas pu le faire.

L'eau des rêves n'est pas loin, juste cinq ou six mètres au dessous, un  bassin de quarante mètres, le seul bassin resté fermé toute la journée pour me garder reclus sur cette terrasse déserte...
Il faut que je te parle de l'eau des rêves (...)

26 juillet 2011

la cure

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Sortie de la piscine, samedi, il est presque 16 heure. Deux gars, la quarantaine environ, minces mais patauds, perdus plutôt, et gênés. Il pleut. Ou presque, je ne sais plus. Ils sont dehors et me voient sortir, les alentours sont déserts. Ils cherchent les bains Király, ils ne savent pas trop comment l'expliquer, alors ils me montrent une feuille imprimée d'un site Internet, d'une page dont je perçois parmi les mots du titre : Gay et Budapest. Ils ont l'air espagnols. L'un d'eux baragouine un peu d'anglais, l'autre non. Ils se concertent dans leur langue. A leur accent, à leur taille, à leur bouille ronde, je les soupçonne plutôt d'être latinos. Le taxi les a déposés là, mais je leur dit que c'est de l'autre côté du pont. Ils sont dépités, alors je leur explique que c'est fini, de toute façon : les bains Király, ce n'est plus un lieu gay. C'est mixte, désormais, chaque jour de la semaine, et les week-ends aussi. C'est fini. Je propose des mots à cette situation absurde : changement de politique, homophobie... Ils blêmissent, se parlent entre eux, je n'y comprends rien. Mon bus arrive. Je voudrais aller au Rudas. Je leur dit qu'au Rudas, oui, il est encore possible de s'y retrouver entre hommes, mais que ce n'est pas d'abord un lieu gay, qu'il faut faire attention. Le bus s'arrête à la station, je leur propose de monter, de me suivre. Hésitation, incompréhension. Ils ont visiblement besoin de faire un point ensemble, ne sont pas prêts pour un voyage aventureux, je cours vers le bus et les abandonne. Ils n'étaient pas mon type.

Ils ont bien fait de ne pas me suivre : le Rudas est en version mixte aussi les week-end, déception. Les samedis et les dimanches, question bains, il ne reste aux gays que leurs yeux pour pleurer, et sans doute le Gellért pour patauger en secret. J'essaierai peut-être demain.

Le lendemain, je n'essaie pas. Pas envie. Pas de goût.

Je ne sais plus vraiment ce que je cherche à Budapest. A traiter mon cœur, mon sexe, ma tête, à soigner mon dos, à retrouver mon corps, mon plaisir, mon désir, je ne sais plus. Je ne sais pas. Budapest, c'est ma cure de tout, ma cure de rien.

J'ai encore nagé 2.000 mètres hier midi. C'était lundi. Encore une fois seul dans ma ligne d'eau. Seul avec ma ligne bleue. J'ai retrouvé mon rythme, c'est déjà ça. En sortant de la douche, je me suis vu nu dans la glace, et je me suis trouvé beau. Sexy. Attirant. J'ai longtemps touché le bourrelet qui m'obsède. Il commence à se fondre dans ma peau, dans mon abdomen. Mon corps réponds donc aussi. Le corps, le rythme. Ce séjour n'est pas perdu. Mon mal de dos est très atténué depuis hier matin. Peut-être la nage, les muscles qui reprennent le dessus. Ou alors le lit, que je viens de changer. Ou alors les premiers effets des thermes, fréquentés jusque là en famille avec Bougre.

Bougre, reviens ! Reviens, s'il-te-plaît !

Je déprime.

budapest,gay;thermes,thermalisme,hongrie,déprime,impuissance,bains király,bains rudas,l'eau des rêvesLundi. J'ai nagé et me voilà au Rudas. Cette fois pour de bon ! L'ambiance feutrée, les corps dénudés, la coupole constellée, les odeurs de souffre... Pendant la première heure, je tourne, je sue, j'observe, je suis observé, j'échange un regard, deux, non, j'oublie, je n'ai pas envie de ça, pas avec ça, pas avec lui. Celui là n'est pas mal, mais j'en ferai quoi ? Je tourne encore, je sue encore, puis me plonge dans le bassin froid. Sauna, bain de vapeur, bain froid, bains chauds... Je connais par cœur les parcours qui me détendent. J'oublie mon dos.

Un jeune est dans cette même frénésie. Plus encore que moi. La trentaine ? brun, beau corps, simple, sans exubérance, sans défaut. Il se laisse facilement voir la quéquette. Au sauna, il déplace son tablier vers l'arrière, comme font la plupart, pour s'asseoir sur un semblant de propre, sur un à-soi. Sa verge est belle, calme. Dans le grand bain central, il fait la planche, bras en croix, son tablier flottant à l'eau qui lui découvre le sexe. Il ne regarde personne. Il n'écoute que son corps, il provoque les regards, évite de peu les contacts, comme par simple mégarde. Il ne regarde rien ni personne. Son corps, lui, seulement lui. Et ses sensations. Il s’assoit. Et il bande. Enfin, il bande. Ignore-t-il les hommes qui le scrutent autour de lui ? Les devine-t-il au contraire ? Devine-t-il ma présence à côté, y a-t-il un rapport entre l'une et l'autre ? Entre ma présence et son érection ? Il ne regarde rien ni personne. Mais il bande. Assis, sous l'eau, sur son tablier, il offre sa verge gonflée, droite, étirée vers la coupole, à ta vue qu'il ignore. Je tente de m'approcher, j'hésite, je le regarde, j'en souris avec d'autres observateurs coquins.

J'abandonne. J'en ferai quoi ? Je le laisse, lui, à ses sensations, aux effets de l'eau sur son entre-cuisse. Plus tard, je le retrouve. Un tout jeune homme est arrivé, au corps sec. Ils se sont vus sans dissimulation, sont allés s'asseoir l'un près de l'autre, et sa main l'a caressé. Je ressens de la jalousie. Du dépit. Un peu de haine. Contre moi-même. Je vais sous les douches, essaie de me branler face à d'autres hommes, des vieux, l'un d'eux hideux, un corps flasque, sans fesse, un abdomen voûté, plissé, un cheveu gras qui lui laisse comme un chignon ridicule à l'arrière du crâne. Une moustache à la Hitler. Dégoût ! Serais-je comme ça, moi, dans vingt ans ? Non, bien-sûr que non. La moustache, au moins, la moustache en moins, elle me sauvera.

Je retourne dans le grand bain. Je fais la planche à mon tour, les pieds sur une marche comme une budapest,gay;thermes,thermalisme,hongrie,déprime,impuissance,bains király,bains rudas,l'eau des rêvesancre pour laisser le corps flotter sans dériver. La coupole étoilée resplendit. Les tessons sont blancs, jaunes, orangés, certains sont verts, d'autres bleus, il y a un rouge fuchsia, un violet... Je les regarde, je les contemple, je m'y noie, j'oublie ce que je fais là, ce que je cherche, je ne sais pas ce que je cherche, je ne veux rien. Je regarde les tessons, ce ciel étoilé au dessus des eaux, je pense aux errances humaines, aux quêtes, aux plus indéfinies des quêtes. Je pense à l'eau, aux mots, je pense à l'eau des rêves, à cette eau qui m'a saisi par la manche dès ses premières pages. A cette eau qui me contamine. Je compare ses fantômes à lui à mes vampires à moi. A mon vampire. Rencontré , il y a quatre ans, et qui depuis se repaît de mon sang, de ma force, qui a vidé mon sexe de son sang, qui hante jusqu'à cette antre où je ne sais plus ni bander ni accrocher un sourire. L'eau des rêves.

Il faut que je te parle de l'eau des rêves (...)

25 juillet 2011

la ligne bleue

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Il y a entre toutes les lignes, entre les lignes continues, les lignes de conduite, les lignes de fracture, les lignes politiques, entre les lignes blanches et les lignes jaunes, bien plus infranchissable qu'une ligne rouge, une ligne incomparable, une ligne à l'impossible osmose, à l'impossible contour, une ligne d'errance et de contemplation, une ligne de feu, la ligne orgasmique par excellence, la ligne vers laquelle tu tends, tu retends, tout le temps, à laquelle tu prétends : la ligne bleue.

C'est une ligne d'un bleu sombre, épais, impénétrable, qui court au fond de la piscine depuis le point d'impulsion jusqu'à la paroi opposée, qui repart par reflet vers le point de départ, une ligne droite mais toujours instable, un guide visuel imparable, qui longe et rythme, qui attire et repousse, qui prescrit la direction à suivre et impose un sens giratoire, rectiligne au dessous de toi, irisée et dansante au dessus de toi. Tu la touches elle se brouille, tu l'ignores elle te noie.

Voilà trois jours qu'à Budapest, je rencontre la ligne bleue. Oui oui, c'est bien ça, je la rencontre. Je ne la surveille pas d'un œil distrait, je ne m'y cale pas par défaut vaguement à sa droite. Je la rencontre, je la poursuis, je m'y infiltre, je l'intrusionne...

Tu vois comment sont faites la plupart des piscines ? Carrelées, d'un bleu clair et aérien. La ligne dont je te parle n'est pas la ligne de flottaison bariolée de bleu et de blanc, aux terminaisons rouge, qui dessine un couloir, un tiroir d'eau, une zone de nage et non de jeu, elle n'est pas celle que l'on garde attentivement à sa droite, ni trop près pour ne pas s'y érafler, ni trop loin pour ne pas risquer de mauvaise rencontre, à l'aller comme au retour. Elle n'est pas la ligne étriquée, de mauvaise réputation, qui rend les dépassements périlleux - surtout s'il s'agit d'un nageur de brasse jaloux de son amplitude ! La ligne bleue, celle du fond de la piscine, reste au centre du couloir, fixe, impériale, elle est ton maître, ton guide, elle t'évite la cécité quand tu es en immersion.

budapest-fecske2.jpgLa piscine Császár Komjádi, ma piscine de prédilection - pas celle qui m'a vu naître à la natation, mais celle où je m'y suis accompli, celle où je reviens en pèlerinage chaque année - était fermée quelques jours pour problèmes techniques au début de mon séjour hongrois (j'en parlais là). Sa réouverture n'a pas donné lieu à une annonce tonitruante et avec le temps mitigé qui s'est mis en place, j'ai été seul, ces trois derniers jours, absolument seul dans ma ligne d'eau, d'un bout à l'autre de mes longueurs. Seul vendredi, seul samedi, et ce dimanche, seul pour mes derniers 700 mètres.

As-tu déjà nagé seul dans un bassin, quand la surface de l'eau devant toi, au dessus de toi, se fait lisse comme une mer gelée ? La ligne bleue alors se reflète immobile. En crawl, ton bras part loin devant en éparpiller l'image, plus rapide que son onde. En brasse ou en papillon - pauvre papillon que je malmène, ou qui me malmène à cause d'un dos qui foire - c'est la tête qui en traverse le miroir et se perd dans sa cataracte. La ligne et son reflet se reconstituent aussitôt à l'identique et te tendent le même miroir. Tu tu mires et tu en oublies que tu nages, ou plutôt ta nage devient ta danse, ton eau ton élément, tes brassées ton pas de deux, ton pas de trois, ta jubilation. Tu es phoque, tu es pingouin, tu es dauphin. Tu voudrais être nu et oublier le monde. Tu oublies le monde. Tu oublies l'effort. Tu jouais 14160462 jpeg_preview_medium.jpgavec les nombres, tu joues avec ton ombre, avec la démultiplication des reflets, avec les bris que tu provoques d'une pointe de la main, avec la magie de l'élément le plus magique de tous, au delà des rêves, l'eau.

Cette sensation est rare, il faut aller la chercher pour quelques courtes secondes à l'ouverture des piscines si tu es assez rapide au vestiaire, et puis le rêve se dissipe dès l'arrivée des autres nageurs. Là, quarante-cinq minutes durant, la sensation s'est prolongée, m'a poursuivi. La ligne bleue m'a absorbé.

M'a transformé.

Aujourd'hui, après ma séance, je retrounerai dans une autre eau, sans ligne, celle-là : celle, chaude et sensuelle des bains Rudás.

23 juillet 2011

quarante mètres

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Je compte. Je suis un obsédé du chiffre. J'en avais d’ailleurs fait un billet, il n'y a pas si longtemps. C'est mon TOC à moi. Mais ce n'est pas trop grave, car il ne se déclenche qu'au contact de l'eau : je compte en particulier mes mouvements dans l'eau, le nombre de mes longueurs, j'additionne mes distances parcourues.

Alors pas question de me laisser troubler par un bassin à la longueur indéterminée.

J'ai profité de ma visite "en famille" à Palatinus, mardi dernier, non seulement pour en redécouvrir les installations ludiques, mais surtout pour mettre à contribution le grand de Bougre : doté d'un mètre-ruban, nous sommes partis sans nous soucier du regard de l'entourage à l'assaut du grand bain. Il faut dire qu'au fil des maîtres-nageurs, on m'a eu dit qu'il faisait 42, 38 et parfois 33 mètres : rien de cela ne correspondait à mon feeling.

Huit carreaux faisaient 2 mètres, il y avait 160 carreaux par longueur : donc nous tenions le bon bout : la longueur du bassin de natation, à Palatinus (Budapest), fait exactement 40 mètres.

Et je me permets de l'écrire en gras, en couleur, en français, en anglais et en hongrois, dans des tas d'autres jangues encore grâce à Madame Gi, pour aider tous les google-chercheurs, car figure-toi que cette information n'était disponible ni sur place ni sur aucun site internet dans aucunelangues. So, the swimming pool, at Palatinus, Budapest, is 40 meter long - 40 méteres a pontos hosszúsága a Palatinus strand fürdő úszómedencéjének Budapesten - la longitud de la piscina del Palatinus (Budapest) es de cuarenta - la lunghezza della piscina del Palatinus (Budapest) è di quaranta metri - Длина плавательного бассеина Palatinus в 40 метров - C'est réparé !

De ce bassin, on pouvait tout savoir de la température des eaux, de la profondeur, de l'année de construction, de l'heure qu'il était, des préférences alimentaires des surveillants de baignade... désormais aussi de la longueur !

Bougre et sa petite tribu repartent ce matin. C'est triste. Leur compagnie, pendant cette courte semaine ici, n'a été que du bonheur. On en retiendra la brioche-cheminée à la transylvanienne, la soupe froide palatinus,natation,nager,trouble obsessionnel compulsifaux fruits rouges, les escargots au chocolat, le pont de la liberté et une petite lichette de crème aigre. Ah, le chocolat chaud aux épices du café New-York, j'oubliais !

Après le fiston et sa copine, on a déjà signé l'an prochain pour la grand-mère. Et Bougre s"est jurée d'y revenir avec son amoureux. Lui reste à décider lequel, mais en matière d'épices, elle s'y connaît, alors...

Viszontlátásra (note bien, Bougre : VI-SONT-LA-TACH-RA, voilà !)

19 juillet 2011

à la recherche du panorama perdu

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Chacun connait cette histoire, mille fois dite et redite : Budapest est la réunion de deux villes, Buda et Pest, séparées du Nord au Sud par le Danube, et désormais reliées l'une à l'autre par un chapelet de ponts qui ont fait dire aux Hongrois que Budapest était une Paris de l'est.

Buda est la magistrale, couverte de collines, de lieux de pouvoir et d'opulence, tandis que Pest, étale, porte ouverte sur la puszta, sans retenue, est le lieu de la besogne. Son développement date de l'ère industrielle et elle en porte les allées rectilignes et des structures à la Haussmann.

Il y a toutefois à Buda un phénomène que nul n'explique : la présence d'un bâtiment mastodonte, potentiellement l'un des plus beaux points-de-vue sur la ville, à raz de crête juste à l’aplomb de l'île Marguerite, doté d'un galbe qui épouse la courbe du Danube et lui fait embrasser tout l'horizon, mais qui depuis seize ans au moins, c'est à dire depuis que je connais Budapest, n'a jamais eu aucune fonction.

J'ai vu ce bâtiment dans toutes ses mues : Je l'ai vu se charner et se décharner, se couvrir de parois de verre fumé, opter pour du verre blanc, puis s'en découvrir, je l'ai vu doté d'une plate-forme panoramique puis s'en défaire. Plus d'une fois j'ai vu sa structure totalement nue comme aujourd'hui.

DSCN0151.JPGJ'ignore s'il est l'objet d'un blanchiment opaque, s'il vacille au rythme de tergiversations politiques ou selon le cour du Forint hongrois, mais les projets s'y sont succédé sans qu'aucun n'ait jamais abouti. On y a engouffré de quoi sans doute venir à bout de l'analphabétisme résiduel des campagnes, bâtir un auditorium et trois théâtres nationaux, ou finir de mettre en lumière le Parlement hongrois, qui le mériterait...

Comme ce bâtiment, le séjour de Bougre et de sa petite famille est au milieu du gué. Le temps devrait virer à un régime d'averses aujourd'hui. Pas très grave, puisque notre projet à nous passe par l'île Marguerite et les eaux du complexe Palatinus - version familiale, bien-sûr. Insensible au cour du lángos.

Ce séjour aussi sera à remettre sur le chantier, tiens. Après le fiston et sa petite amie, on a déjà prévu la version grand-mère. Faudra qu'on y essaye la plateforme panoramique.

16 juillet 2011

le mendiant et le petit garçon

DSCN0117.JPGJe ne donne pas aux mendiants. Jamais. Sauf en contre-partie d'une prestation musicale si j'y ai pris du plaisir et vu du cœur. C'est assez injuste, d'ailleurs. Pourquoi celui qui est dépourvu de talent, ou simplement d'instrument, doit-il être doublement puni d'une défaillance dont on ignore le responsable ?
Je m'en sors en général avec un geste de la main, voire un petit sourire, qui signifie qu'il n'y a pas d'hostilité envers son humanité, mais que bon, voilà.
A Budapest, qui a aussi ses cours des miracles, c'est plus simple. Il me suffit de dire, dans mon hongrois un peu cassé : "je ne parle pas le hongrois, désolé !" Normalement, interloqué mais sans temps à perdre, le vagabond passe son chemin.
Hier, un petit garçon assis à ma gauche, à la station de tramway, m'a regardé les yeux éberlués et m'a demandé : "Mais comment avez-vous compris ce qu'il vous demandait, alors ?"

J'ai bafouillé, l'air très con.

En face de moi, il y avait une palissade de chantier sur lesquelles étaient peintes des saynètes, dont celle, ci-dessus, qui évoquait la Moszkva Tér, dont je te parlais hier.
A l'heure où j'écris ces lignes, Bougre est dans l'avion avec un bout de sa petite famille. Nous allons passer une semaine ensemble, à parcourir la ville à travers des regards curieux et insouciants. Je suis certain que grâce à la pointe acérée de son appareil photo, j'y découvrirai des trésors qui m'ont toujours échappé. Et son blog va se ranimer, accordé à son sourire.

A J+4, je n'ai toujours pas mis un doigt aux bains...

15 juillet 2011

l'accident et la capote

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Tout change, rien ne change...

Voilà un an que le pont Marguerite est désossé pour des travaux qui sont sans doute parmi les plus importants qu'il ait connus depuis sa construction. On aperçoit désormais les partis pris de sa nouvelle enveloppe : lui redonner un cachet d'autrefois. Une rambarde en ferronnerie, des piles et des escaliers en pierres de taille. La pierre est belle, d'ailleurs, fraîchement ciselée, écarlate. Les entrées de la station de tram, côté Buda, retrouvent une voûte à l'ancienne que l'on devine derrière des palissades grillagées, les cadres d'aluminium des années soixante-dix avaient trop mal vieilli.

J'aime beaucoup le pont Marguerite. Le seul pont coudé de Budapest. Il relie Pest à Buda, en desservant par son extrémité sud l'île Marguerite, poumon vert de la ville, où l'on trouve de nombreuses installations sportives, parmi lesquelles la vieille piscine olympique Hajós Alfréd (où j'appris à fait mes premiers crawls il y a quinze ans), le tout nouveau bassin de compétition où se sont déroulés en 2006 (j'y étais), puis en 2010, les championnats d'Europe de natation, et le complexe Palatinus, panthéon à ma première rencontre d'homme accompli.

Palatinus est la strand à la hongroise par excellence. Une multitude de bassins et d'animations 36_pala.jpg(tobogans, piscine à vagues, labirynthes, bassins à jets...) Toutes les générations s'y éclatent, on y mange des crêpes, des glaces, ou des lángos - beignets géants servis avec de la crème aigre, du fromage rapé et une sauce à l'ail... Ambiance familiale, ambiance de vacances... Peu se doutent sans doute que sur le toit de l'un des bâtiments, réservé au naturisme masculin, d'autres valeurs s'éprouvent.

Je n'avais pas vraiment prévu d'y aller hier. Mais deux facteurs sont intervenus. D'abord, la cicatrisation de mon doigt opère plus vite que prévu. Peut-être parce que j'ai décidé de ne pas laisser la plaie sous sparadrap, pour qu'elle respire le plus souvent possible. Alors m'étant procuré dans une pharmacie une gaine censée être hermétique, j'ai entrepris de tenter une immersion pour quelques longueurs dans la piscine Komyádi, où j'étais descendu en janvier dernier. Mais cette piscine que j'affectionne, qui se trouve derrière mon ancien appartement, s'est avérée fermée pour vidange et visite technique (ce n'est donc pas une spécialité parisienne, c'est rassurant).

Voilà comment j'ai finalement pris la décision de me replier sur Palatinus. J'y ai nagé 40 longueurs, dans un bassin dont nul ne sait dire l'exacte dimension (33, 38, 42m, selon le maître-nageur). La gaine au doigt a permis au pansement de ne pas se défaire, mais celui-ci a fini la séance tout trempé. Encore un accident de capote, dirait quelqu'un qui me connait bien !

Tout change, rien ne change...

Sans y avoir remis les pieds depuis deux ans, j'y ai retrouvé en grande partie les mêmes visages, les mêmes corps, les mêmes mimiques, les mêmes airs de ne pas y toucher, les mêmes regards fuyants, ou insistants... A dire vrai, c'est presque le dégoût que j'ai ressenti en premier, mais j'ai décidé de me laisser apprivoiser par le lieu, de m'efforcer d'y retrouver des sensations d'autrefois, de laisser ces bites étalées me passer par les yeux, certaines par les mains, et par la bouche pour une des plus élégantes. Mais si j'ai pu ainsi me vider les couilles, à genoux dans une obscure cabine de douche, et sous le regard appuyé de deux ou trois autres mâles envieux, le dégoût persistait. Il faudra que j'y retourne. Ça doit bien finir par se retrouver, le goût du sexe !...

Tout change, rien ne change.

budapest,palatinus,budapest gay,île marguerite,pont marguerite,place moscou,naturismeMoszkva Tér : un des nœuds du transport public, la correspondance entre la ligne 3 du métro et les tramways 4 et 6. Une station de béton au toit en éventail, datée comme ce n'est pas permis. Un traffic de main d’œuvre au black. Du petit commerce, tout petit petit, des bouquets de pissenlits, de minuscules napperons, de la revente, des biffins... Toujours ses buffets de gare, ses Internet'cafés. Moszkva Tér est aussi le titre d'un film qui racontait avec humour la Place Moscou des années 80, disait toute cette vie parallèle, la jeunesse prise entre le marteau de ses rêves et l'enclume du possible, embarquant ses espoirs dans une traband surchargée, et construisant dans sa quête une façon de vivre douce et amère, qui façonne encore aujourd'hui une budapest,palatinus,budapest gay,île marguerite,pont marguerite,place moscou,naturismecertaine agilité à appréhender le monde avec distance.

La jeunesse a gardé la douceur et l'amertume, le plateau de la balance penche juste de l'autre côté. La place Moscou vient d'être rebaptisée, dans la plus pure des traditions que l'on croyait réservées aux tournants idéologiques du soviétisme, et au grand dam de tout le monde, qui a l'impression que ses rêves aussi doivent être enterrés. Elle s'appelle désormais la Széll Kálmán Tér.

Il paraît que c'est parce qu'il n'y a pas de place Budapest à Moscou !