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20 mai 2011

écrire la lune de tout mon corps

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Un petit point en passant, avant que le cours du temps n'atteigne des sommets inaccessibles au cac 40 de ma vie... Sans délit d'initié, on n'attend pas de chute avant la mi-juin, autant dire que ce blog va continuer encore un moment au ralenti.

C'est vieux déjà, mais j'ai adoré les jeux de corps et de cœurs dans Pina. Restituer, dans un film et dans l'espace, le talent chorégraphique de Pina Baush était un challenge, mais plus encore donner à voir ce que cette femme savait allait chercher au plus profond des êtres, non pas en s'accommodant de leurs fragilités, mais en les exaltant. Être acculé dans ses limites pour reconnaître en soi, attelé a ses pires complexes, ce qu'il y a de meilleur, donner, par l'art, un sens au dépassement. Pina baush avait un rapport exceptionnel, exceptionnellement humain, avec les danseurs et les danseuses de sa compagnie. Elle pouvait demander à l'un d'eux d'écrire la lune de tout son corps, parce qu'à l'autre elle demandait autre chose, elle faisait sortir la danse de la simple écriture corporelle, pour que la sensibilité soit en tout première et authentique.

A peu près l'exact opposé de ce qui s'est passé samedi dernier dans la suite 2806... Un des plus beaux sujets de conversation que nous n'ayons eu au bureau ces dernières années. Voilà qui nous occupe et nous anime plus que Fukushima, à l'heure de la gamelle, avec une délectation non dissimulée. Et quand je dis délectation, n'y vois pas de voyeurisme, ni même de la jubilation politique. Bien sûr, il est réjouissant de voir Sarkozy perdre son challenger idéal, celui sur qui il avait tous les dossiers, près à sortir, au compte-goute ou à l'artillerie lourde, au cours de la prochaine campagne. Merde, il a dérapé trop vite, quel con, qu'il a du se dire, Sarko. Heureusement qu'il garde au chaud dans le ventre de son mannequin, son deuxième couteau de papier glacé...

Non, la délectation vient d'autre chose. D'abord, je ne doute pas une seule seconde que ce dont est accusé DSK soit vrai : trop d'informations concordent sur son harcellement comme technique de drague, sur sa pratique du verrou refermé sur ses proies... A l'évidence, ce mec ne jouit pas de la conquête mais de la possession, et la seule limite qu'il connaisse au rapport consenti, c'est l'arme de poing : ni son pouvoir, ni sa notoriété, ni son argent ni même sa force physique ne constituent dans ses représentations des facteurs d'agression. Dans une vidéo de 2007 ou 2008, celle où Tristane Banon évoque sur le plateau d'Ardisson, l'agression dont elle fut victime en 2002, on entend Roger Hanin réagir par ces mots : "Non, ce n'est pas possible, s'il est capable de ça, c'est qu'il est capable de tout." Évidemment !

Nous nous apprêtions, dans le consentement général, soumis à la seule dictature de l'audimat, piégés par les professionnels d'Euro-RSCG, à investir un stéréotype : on nous a vendu sa compétence alors que c'était un fumiste, son éthique alors qu'il courrait derrière le luxe, son autorité internationale alors que les peuples d'Europe défiaient depuis des mois les cures d'austérité qu'il mettait en place, et - c'est cela qui est jubilatoire - tous ses petits camarades du PS, toute la sphère journalistique parisienne, comme un seul homme pour ne pas prendre le risque d'être exclus du cercle, ont repris ce chant et l'ont colporté dans nos foyers. Taisant tout des travers connus, juste bons à rigoler dans les salles de rédaction.

dominique-strauss-kahn.jpgQue la déchéance, non pas de DSK, mais de tout ce système de politique-communication, vienne d'une femme, pauvre, noire, migrante, reléguée aux tâches domestiques, victime d'agression, fragile en tout point, c'est cela qui est jubilatoire.

Comme je suis un homme de bien, et de compassion, j'ose espérer que DSK aura durant ces quelques jours passés dans le silence de sa cellule, dans cette paix ingrate loin de tout, j'espère qu'il aura joui durant ces quelques heures du plaisir simple de la réconciliation avec lui-même. Qu'il l'aura connue, reconnue. Qu'il aura éprouvé, peut-être même quelques minutes seulement avant que ne lui revienne tout l'univers auquel il a des comptes à rendre et pour lequel il devra retrouver les postures du combat, le vrai bonheur de la sortie de l'usurpation. Qu'il se sera laissé, une seconde seulement, dans la noirceur crasse et nauséabonde de sa cellule, prendre en rêve par la main de Pina Baush.

Commentaires

Sans préjuger de quoi que ce soit sur cette affaire, je me demande ce qui se passe vraiment dans la tête d'hommes de pouvoir, souvent semble-t-il de cette génération ou plus. Ce parallèle qu'ils établissent entre le pouvoir politique, économique, intellectuel et un supposé pouvoir sexuel. Qu'est-ce qui fait même que pour affirmer des idées ou des positions, ils puissent passer très facilement à l'allusion voire à la violence verbale triviale et machiste, quand ce n'est pas pire. Il y a quelques années, en conflit professionnel avec une forme de politicard, ce dernier se vantait en privé d'être sûr de gagner car il avait "la plus grosse"... Ce n'est qu'une petite anecdote à côté du témoignage d'Hélène Jouan qui faillit abandonner le journalisme à cause du comportement des hommes politiques. Mais notre société est tellement imprégnée de cette facilité de dérapage que nous acceptions en silence.
Tu frappes très juste en décryptant le phénomène de construction de la rencontre quinquennale d'un homme avec le peuple. Vive la 6ème république !

Écrit par : estèf | 22 mai 2011

je ne paratge pas totalement.... tu dis espérer "qu'il aura joui durant ces quelques heures du plaisir simple de la réconciliation avec lui-même."... crois tu qu'il soit faché contre lui ? oui..mais simplement parce que les dégats sont gigantesques (pour lui..) et il doit s'en vouloir..pour le reste... un cul est un cul !!! et sur un autre plan tu dis "on nous a vendu sa compétence alors que c'était un fumiste"... comme lui tu confonds bite et cerveau.... sa compétence n'est pas en cause....et s'il avait été élu..ma foi...il n'aurait que suivi le chemin de moults présidents, de VGE à Chirac, en passant par Mitterand, à draguer et sauter !! mais tu as raison...la vengeance est belle (bien sur si tout est vrai....)

Écrit par : Francis | 24 mai 2011

-> estéf -> Je ne suis pas si sûr que les sociétés acceptent tout ça en silence. On parle beaucoup de l'élite ces temps-ci, avec un petit côté populiste qui ne m'incite pas à faire dans le même registre. Mais si "ceux qui savaient" se sont tus, je ne crois pas tellement que ce soit au nom du refus de ce puritanisme américain, ni même au nom de je ne sais quelle vertu de la chose non-jugée. Je crois que c'est par peur de sortir du cercle. Par mimétisme. Le journalisme chez nous fonctionne malheureusement comme ça sur presque tous les sujets... le contexte "sexuel" étant en plus particulièrement sensible ;
-> Francis -> S'il y en a un qui confond bite et cerveau, ce n'est sûrement pas moi. Quand je dis fumiste, je le dis au sens premier. DSK est un fumiste. Ce n'est pas un mec qui travaille, qui produit des idées, du sens, qui se plonge dans des références, qui construise une vision étayée des choses pour la mettre en partage. Il a juste des facilités intellectuelles, et il compte sur son charisme pour le tirer d'affaires en toutes circonstances. Et depuis plus récemment aussi sur ses agences de communication. Et même désormais sur ses avocats. C'est chez lui un trait de caractère. Je te jure que ce mec n'était, avant cette affaire, qu'une illusion. Juste suffisamment libérale pour que tout le monde s'en accommode !

Écrit par : Oh!91 | 29 mai 2011

Envie absolument de découvrir Pina Bausch mais, mais... comment Olivier, avec autant de certitude, pouvez-vous condamner un homme que vous ne connaissez pas sur des faits que vous ne connaissez pas ? Et si vous croyez le connaître par ce que vous avez pu lire de lui dans la presse, croyez-vous vraiment que tout ce qui s'écrit est vrai ? Allons donc, Olivier, laissez les juges faire leur travail et parlez-nous ici de tout ce beau qui vous émeut et vous enthousiasme.

Écrit par : Gicerilla | 03 juin 2011

-> Giceerilla -> Oh la la, je ne le condamne pas, je fais confiance à la justice américaine - dont on en apprend beaucoup grâce à DSK, du coup - pour nous dire quoi en penser. Mais j'ai une intime conviction, une intuition, un truc que je m'étais forgé de lui depuis bien avant cette affaire, et que l'affaire, justement, éclaire. Voilà. N'avez vous rien décelé, dans ce texte, de ce de quoi je préfère m'émouvoir ?

Écrit par : Oh!91 | 05 juin 2011

Vivent Mon Général et tante Yvonne!

Écrit par : DzarxasK | 10 juin 2011

Alors tu en connais plus que moi sur le personnage...je m'incline !! cela étant ça commence à me gonfler c't'histoire !!!

Écrit par : Francis | 10 juin 2011

-> DzarxasK -> Bah! Quitte à rester dans les parabole gauliennes... Il y a donc du DSK en toi ?
-> Francis -> Moi, elle continue à m'amuser, de loin en loin...

Écrit par : Oh!91 | 11 juin 2011

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