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29 avril 2011

Juliette, et autres poupées

roméo et juliette.jpg

Figure-toi que pendant que mes deux blogo-copines n'en finissent pas d'arpenter le sol irlandais - déjà deux semaines que ça dure - ma blogo-fée préférée quitte sa colline et s'apprête à venir jouer la Juliette dans mon giron. Et en musique, s'il-te-plaît, puisque l'énergumène l'emmènera pour l'occasion à l'Opéra-Bastille voir et entendre le pas de deux d'un Roméo emmené par Noureev pour la dernière du ballet magique de Prokofiev. Il a le filon, le laron !

Ma Berline a été nettoyée de long en large, et j'espère bien que, même si nous rentrons après minuit, elle ne retournera pas citrouille avant les noces !

Ah, ben pas de risque : ma Cendrillon est quand-même bien trempée, ses noces, elle se les offre la veille. Un petit écart bien négocié dans les bras du prince charmant, avant de rejoindre, normalement rallumée, son Montaigu à l'heure du p'tit dèj !

Tiens, faut que je nous trouve une adresse sympa, pour le p'tit dèj, d'ailleurs. C'est noté.

Tout ceci pour te dire que, poupées russes à part, c'est pas des matriochka, mes copines. Elles dépotent ! Et moi je m'en délecte.

Si c'est pas de la littérature, ça !

24 avril 2011

les poupées russes

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Écrire, c'est un métier. Bien écrire, c'est un vrai métier. Avec le blog, on a vite fait de s'y croire. Mais quand on a renoncé aux ambitions dans ce domaine, alors c'est un plaisir. On peut s'essayer. Jamais aussi bien que ceux dont c'est le métier, et à qui réussit chaque audace. Mais on a toute liberté de changer de style. Limiter ses phrases à un sujet, un verbe, un complément, s'autoriser une relative de temps en temps. On peut jouer avec les adverbes aussi. On peut faire des phrases sans verbe, laisser flotter des pronoms si on le souhaite. L'écriture peut être suspensive, conclusive, facultative, elle peut aussi s'autoriser l'ampoule, qu'est-ce qu'on s'en fiche, en fin de compte.

Mon métier n'est pas d'écrire. Mais mes obligations professionnelles me conduisent souvent à écrire. Toujours, tout le temps. Beaucoup mieux et beaucoup plus vite, d'ailleurs, depuis que je tiens ce blog. J'écris des articles. J'écris des rapports. J'écris des discours. J'écris des mails. J'écris des notes de service. J'écris des choses qui doivent être alléchantes. Signifiantes. Qui invitent au débat, ou à la réflexion, qui doivent, paraît-il, aider à la décision... ce n'est pas mon métier. Mais ça fait partie de mon métier. Je connais par cœur les "dans le cadre de", "il convient de" et "dans la mesure où", mon préféré. Je sais que pour être suivi, ou accompagné le plus loin possible, il faut préférer les phrases courtes. Je coupe souvent en deux, à la relecture, celles qu'ont préparées mes collaborateurs. Je leur efface les inutiles superlatifs. Je raye d'un trait les redondances suicidaires.

Dans l'avion qui me ramenait de Berlin, je lisais donc L'Amant russe, de Gilles Leroy. Très belle écriture, affûtée, celle d'un pro. Ses phrases étaient souvent longues, pleines de tiroirs. Je ne connais pas le nom de ses figures de style, je ne suis pas un littéraire - des poupées russes ? - mais elles fonctionnaient bien, toutes, sans perte de fluidité.

Alors je me suis amusé, dans ma dernière note. Enfin, amusé, si l'on veut, les sujets étaient graves. Mais j'ai écrit sans préméditation, pour mettre fin à un silence. Par obligation mais sans nécessité. Je n'avais rien en tête en m'installant à mon clavier. Une question m'est alors venue : pourquoi me suis-je asséché ? Pourquoi écrire sur le blog n'appartient-il plus vraiment à mes nécessités ? Qu'est-ce qui a changé ? Une fois posée cette question à moi même, trois réponses se sont imposés : l'opéra, le sens du monde et les choses de l'amour. De quoi faire trois romans. Ou trois encyclopédies. Ramenées à moi, de quoi faire une belle note.

Alors, j'ai laissé défiler mes pensées. M'essayant à une autre écriture, mais toujours dans la sincérité de "ce que je suis et de ce qui me fait être" (quelle belle expression !), rassemblant les faits, tels qu'ils sont, tels que l'idéologie dominante nous pousse à les analyser, tel qu'ils interrogent mon histoire personnelle et politique, tels qu'ils expriment mes angoisses. Sans fard. Sans effet de style. Juste comme ça, comme ça venait, dans un flot que je voulais vertigineux, autant que la réalité des puissances qui nous dominent et façonnent nos modes de pensée, que je voulais juste aussi irrépressible que le tsunami de la vie qui prend le monde de court.

Je pensais que ce blog n'avait plus guère de lecteurs, plus guère d'amis à l'exception d'un cercle bien connu, mais je découvre qu'il s'est gardé ses ennemis intimes. Ils ont perdu en route, eux aussi, une bonne partie de leur cour, mais ils veillent au grain, imbus mais sans bagage, imaginant au passage le fascisme comme un jeu à la mode. Un instrument de rébellion, les couillons. Ils n'ont juste rien compris à ma liberté. Et je les emmerde !

Joyeuses Pâques à toi !

21 avril 2011

difficile retour

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Oh la la, j'ai tellement de choses à te dire... Forcément, après tout ce temps !

Tiens, je n'ai pas de manque, pourtant. Ai-je changé ?

Forcément, l'opéra m'a changé, c'est une évidence. Il a changé mon rapport à la voix, mon rapport à l'art vivant, il a créé en moi d'autres tensions, toujours impatientes, par nécessité curieuses, instillé d'autres addictions, où je projette une autre vision de moi, une sorte de respect ou de réconciliation, peut-être aussi un regard irrespectueux sur les histoires, une libération presque, une distance en tout cas avec les manifestations dissimulées de la médiocrité. L'opéra a enchanté des parties de moi oubliées, alors oui, j'ai changé et ce blog, bon, ma foi.

Fukushima m'a changé. Profondément transformé, peut-être parce que les fuites ont lieu près de mon cœur. Fukushima a accéléré en moi une mue en cours, une symbiose nouvelle avec la nature, ou plutôt, comment dire ? avec la chose naturelle, a aiguisé un sixième sens que je pourrais nommer perception intime des limites ultimes de la planète, a scotché derrière ma rétine, juste là au niveau du nerf optique, une prémonition apocalyptique, qui se renforce avec le déni qui nous entoure - ce négationnisme moderne, l'ignorance orchestrée d'un holocauste à venir qui ne pourrait se dire parce qu'il n'aurait encore eu lieu et qui, à simplement se concevoir, ne serait rien moins qu'un blasphème - mais dont les ingrédients se rassemblent sous nos yeux, à nos portes, sous la conduite d'oligarques - énarques ou capitaines d'industrie, les deux souvent - passés de majors multinationales à des cabinets ministériels, ou l'inverse, communiquant, communiquant et communiquant sans cesse pour désamorcer la déraison et laisser la voie libre à la seule inconscience, nourrie par toute la filière coalisée de l'arme du crime : extracteurs de minerais responsables d'un esclavagisme suffisamment arrangé pour être tu, patrons négriers de sociétés sous-traitantes, médias peu enclins à suivre un dossier dans sa durée et sa profondeur, préférant sauter d'un marronnier à l'autre, vulnérables comme jamais, sans distance, à toutes les manipulations, élus de la majorité ou de l'opposition se faisant rédiger leurs communiqués de presse "pour occuper le terrain" par les habiles lobbyistes d'AREVA, d'EDF ou de Veolia à qui ils ont remis leur papier à en-tête. J'ai si peur que l'on n'en sorte pas malgré les évidences. Alors bon, mon blog, ma foi...

Mon chagrin m'a changé. Il y a longtemps déjà. Il a changé mon rapport au sexe, mon goût pour le face-à-face, il a annihilé une assurance virile que je trimballais sans vergogne, m'a enfermé dans des obsessions pénitentiaires tantôt tranquilles, tantôt agitées. D'ailleurs, avec le recul, faut-il parler de chagrin ou de soubresauts, d'échec ou de repositionnement ? Ce qui est sûr, c'est que je me trimballais une relation vide, que je la compensais par une débauche peu regardante, te prenant à témoin, et qu'aujourd'hui, je cumule une liaison officielle, qui me pèse mais s'accroche, une amitié amoureuse qui accepte sans le dire son volet amoureux, ou qui l'accepte parce qu'il ne le dit pas, par défaut plus que par pudeur, et une liaison secrète, occasionnelle, évanescente, qui m'est chère même si elle connaît plus souvent les parking en sous-sol que les chambres d'hôtels et qui m'a fait récemment retourner au sauna. Au milieu de tout berlin,opéra,vol de valise,fukushima,productivisme,libéralisme,politiquecela, le sexe se perd et se refuse à d'autres fantaisies. Je ne suis finalement pas allé me perdre, moi, dans un labyrinthe gay à Berlin. L'opéra a pris toute la place, et quand ce n'était pas lui, c'était la politique et les magouilles des lobbys industriels, nos sujets du moment avec Maryse, et la ville, marcheuse mais adaptée aux fauteuils roulants, qui nous est apparue ouverte autant que sympathique et nous a laissé une forte envie d'y revenir. Alors au milieu de tout ça, le blog, hein...

Lien ténu avec toi ? Petit pois sous le matelas d'une princesse, oui ! La dérive du monde est insondable, on a envie de renoncer, je te jure !

Dans la valise qui m'a été volée au retour de Berlin lundi, à mon nez et à ma barbe, depuis le coffre de ma voiture sans doute mal fermé, il y avait un livre. Il me restait trois pages à en lire. L'Amant russe. Une plongée dans la Russie soviétique. Ou plutôt dans un groupe de visiteurs complaisants par idéologie où je me reconnaissais, au milieu des années quatre-vingt, le tout dans le regard d'un jeune garçon de 16 ans grinçant, différent, en quête d'amour et d'authenticité, qui décelait l'oppression et l'usurpation là où nul ne pouvait la soupçonner.

Avant Berlin, les deux derniers opéras que j'avais vus à Paris parlaient de deux femmes russes, justement. Enfin, au nom slave. Je n'ai pas bien compris, du reste, si ce télescopage Akhmatova - Kabanova avait relevé d'un choix artistique ou s'il s'était avéré fortuit. Je les avais vus à la suite l'un de l'autre, et l'Amant russe m'y a refait penser.

Mais si j'en parle - j'aimerais réussir à écrire conjointement sur ces deux œuvres, à les faire dialoguer - ce sera une autre fois. J'ai des factures à rechercher. Un vol de valise, pfff ! Ne me manquait plus que ça pour me garder encore loin de toi, tiens ! Comme si mes doutes n'y suffisaient pas...

15 avril 2011

Berlin, labyrinthe lyrique

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Un coucou de Berlin, en passant. En week-end prolongé avec mon amie Maryse, et une chaise roulante pour soulager son pied cassé : ça, c'est pour le chevet qui me colle à la peau.

Au petit jeu qui consiste à reconnaître si nous sommes dans l'ex Berlin-est, ou dans l'ex-ouest, en dépit de signes que l'on croit clairs, on s'y trompe souvent.

Demain, c'est Carmen, à l'Opéra d'Etat, puis dimanche, un Wagner, dirigé par Daniel Barenboïm : ma Walkyrie de rattrapage.

Ah, tiens, il y a un sexodrôme à côté de l'hôtel, qui annonce fièrement la présence d'un "labyrinthe gay"... ma curiosité est à son comble. Y succomberai-je, à la faveur d'un petit coup de fatigue de ma Maryse ?

12 avril 2011

Youri Gagarine, ma première piscine

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Youri Gagarine, c'est ma première piscine. C'était à Argenteuil, j'avais sept ou huit ans. C'est là que j'ai passé mon brevet de vingt-cinq mètres nage libre. Autant que je m'en souvienne, je n'aimais pas y aller, à Youri Gagarine. La coordination de la brasse m'y était une épreuve. Je n'aimais pas m'en mettre dans les yeux, le chlore avait un goût détestable, qui me provoquait des éternuements toute la soirée ensuite. M'y rhabiller était le pire, les vêtements collaient, les enfiler était une souffrance. Les chaussettes, surtout.

youri gagarine,énergie nucléaire,progrès,croissance,développement,politique énergétique,conquête spatialeIl y avait un plongeoir, flexible, de trois mètres, et un autre, rigide en bois, de cinq mètres qui me terrorisaient. J'ai du m'y élancer une ou deux fois, en me fermant les yeux et le nez, debout comme un i, les jambes dans la position du crapaud, la mort au front, en tremblant comme un feuille. Je crois bien que je n'aimais pas l'eau.

Youri Gagarine, ce fut aussi ma première légende. L'épopée de l'espace me fascinait. Tous ces moyens mobilisés pour l'acte gratuit par excellence de simplement connaître pour mieux comprendre le monde. Je n'étais pas né à son premier voyage dans l'espace, il y a tout juste cinquante ans aujourd'hui. A mon adolescence, la conquête spatiale était devenue un terrain de paix plus que de guerre. Je garde un souvenir précis de la rencontre Apollo-Soyouz. Je me rêvais cosmonaute.

Je ne suis contre ni le progrès ni les grandes épopées scientifiques. Des billets récents, suite à l'accident de Fukushima, peuvent te laisser penser que je m'inscris contre le sens de l'histoire. Certains productivistes pourraient m'accuser de vouloir revenir au temps des lampes à huile : l'accusation est si commode !

Je crois simplement qu'avec la nature, il y a un certain équilibre à respecter, parce qu'elle est fragile, et que notre planète a des limites. La surenchère technologique est donc une spirale destructrice.

Je ne suis pas non plus un adepte du risque zéro, et j'accorde à l'aventure scientifique la même noblesse qu'aux grandes explorations.

Je dis simplement que notre mode de vie s'est construit en technicisant nos ressources, et en les dé-socialisant. L'eau nous arrive au robinet et repart à l'égout par des réseaux enterrés. C'est très bien. On y a gagné en confort, et même si l'on y a perdu la convivialité des fontaines et des lavoirs, il serait absurde d'envisager y revenir. Simplement, je crois qu'il nous faut reconstruire des formes de socialisation, pour retrouver de l'intérêt collectif à la façon dont nos ressources sont gérées, retrouver le sens du bien commun. Peut-être dans des fêtes, ou dans des combats contre les apprentis-sorciers.

En tout cas, s'il y a des choix à faire et des risques à prendre, il me paraît évident que certains doivent être écartés d'emblée, en raison de leur degré de dangerosité, ou de la durée de leur impact. On peut prendre le risque de faire perdre la vie à cinq ou sept spationautes, candidats volontaires à l'aventure de la navette spatiale. Youri Gagarine est bien mort d'un stupide accident d'avion... Mais parier le développement d'une société sur une technologie qui, lorsque le contrôle t'en échappe, a des conséquences aussi importantes en durée et en étendue que l'énergie nucléaire est clairement un choix déraisonnable. La zone d'exclusion autour de Fukushima vient de passer hier de vingt à trente kilomètres. Ils ont ainsi créé pour des décennies, peut-être pour des siècles ou des millénaires, un no man's land de 2.826 km2 - 12 fois la superficie de la Seine-Saint-Denis, pour te faire un idée. 12 fois ! Sans parler du stockage des déchets qui nous oblige à parier sur gagarine-vol-4.jpgla survivance d'une mémoire technologique au delà de six mille ans. Qui sommes nous, pour nous autoriser à léguer cela aux générations suivantes ?

Je crois au progrès. A condition qu'il ne soit pas dicté par le profit. Je veux des pionniers au même sourire engageant que youri Gagarine, mais je ne sauterai plus, les yeux fermés en me bouchant le nez, dans n'importe quel marigot techno-scientifique. Pas plus, en ce qui me concerne, que dans la piscine de refroidissement de combustible nucléaire.

11 avril 2011

au refuge détourné de la confiance

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Parmi les nombreux témoignages du Japon arrivés jusqu'à nous, il y a ce texte de l'écrivain Ryû Murakami, écrit dans la semaine qui a suivi le tsunami et relayé par Courrier International. Ce qu'il dit de l'attitude qui est la sienne au cœur du chaos vaut sans doute mieux que mille longs discours pour tenter d'accéder à l'incompréhensible sérénité apparente de la société japonaise.

Au moment où ton immeuble tremble, la seule chose raisonnable est de t'en remettre aux messages de sécurité délivrés par les hauts-parleurs, et de te glisser sous une table avec une bouteille d'eau et un paquet de biscuits, en croyant dur comme fer que tout a été anticipé et que l'édifice résistera.

Et du même coup, quand une centrale nucléaire fuit, et avec elle toute une série d'informations contradictoires, tour à tour alarmistes et rassurantes, le mieux est encore de croire que les experts et les scientifiques sont ceux qui donnent les recommandations les plus raisonnables.

Ma foi, m'en remettre à une parole autorisée, au moment où tout est chamboulé, au milieu de la mère de toutes les crises, il me semble bien que ce serait mon attitude aussi. En tout cas c'est la seule qui serait en mesure de me rassurer. Vouloir avoir confiance pour garder de l'espoir.

La confiance est une belle valeur. On aimerait vivre en société en pleine confiance les uns envers les autres. Penser qu'une parole, un rendez-vous, un conseil, un engagement... sont a priori fiables. Je suis moi-même, je crois, considéré généralement comme fiable. Trop même, car il arrive que l'on me confie le travail d'un autre. La confiance est plus forte que la légitimité.

La vie nous apprend aussi la méfiance. Les menteurs, baratineurs et autres bonimenteurs courent les rues et il faut bien savoir s'en prémunir. La science vole alors à notre secours, car elle propose une méthode infaillible de connaissance : le postulat par la récurrence, et la vérification par l'expérience.

Nos sociétés modernes sont allées loin dans la connaissance du monde grâce aux progrès de la science - au passage, en évacuant, ou plutôt en éradiquant toute une série de connaissances locales, profanes, empiriques qui permettaient notre survie. Si dans bien des cas ceci nous a rendus vulnérables, insensibles aux signes avant-coureur des grandes catastrophes - mais c'est une autre histoire - on ne peut dénier à la science d'être vecteur de connaissance. Et donc aux scientifiques d'avoir une autorité morale, un ascendant sur le commun des mortels.

C'est ainsi que nous avons glissé vers une société d'experts : experts médicaux, experts les_experts_-_miami__02.jpgtechnologiques, experts économiques... et que l'expertise est devenue un parapluie universel. Plus une décision n'est permise sans expertise préalable : une expertise judiciaire, une expertise médicale, une expertise d'assurance... Tout notre système décisionnel est soumis désormais à cette obligation d'expertise, devenue règle de confiance aveugle. La bureaucratie galopante doit beaucoup à cette logique de l'expertise dans laquelle on a tôt fait de dissoudre sa responsabilité et de se satisfaire d'immobilisme. La haute fonction publique s'en repait.

L'expertise est ainsi devenue pouvoir. Les agences de notation, de sécurité - toutes plus indépendantes les unes que les autres  - et autres hautes autorités sont passées du statut de parapluie à celui de paravent, et désormais ce sont ceux qui devraient être contrôlés qui sont les contrôleurs, avec leurs comités d'expertise maison, et pire, avec leurs propres experts placés dans les organismes supposés les plus indépendants.

La société est invitée à dormir tranquille sous les regards bienveillants de ces paternels sourcilleux, elle ne se prive d'ailleurs pas de le faire.

Jusqu'au jour le Mediator lui pète à la gueule ! Mais qu'avaient donc dit les experts, se demande-t-on. Et plus loin : mais qui étaient-ils donc, d'ailleurs, ces fameux experts qui ont délivré ces autorisations inconsidérées ?

Où l'on découvre que l'aspartam - après avoir été interdit aux États-Unis - a finalement été autorisé à la suite d'une nomination à la Food and Drug Agency étroitement liée à des connivences politico-financières entre le laboratoire qui l'a mis sur le marché et le Président Bush...

Et que notre belle et fière Agence française du médicament est noyautée par tous les laboratoires pharmaceutiques coalisés...

Où il apparaît que l'on va confier une expertise sur la sécurité de nos centrales nucléaires à l'Autorité de sûreté nucléaire qui se trouve être au cœur du lobby atomique.

S'en remettre aux experts, c'est désormais être la proie des conflits d'intérêt, et c'est renoncer à l'alternative.

Car c'est comme ça, les experts se sont placés, moyennant quelques avantages confortables, au service du système oligarchique actuel. Ils sont en grande partie responsables des impasses de notre démocratie, bien que les politiques en soient plus responsables encore, qui s'en sont remis à eux du moment qu'on leur laissait un espace de communication suffisant pour exister.

gaz de schiste.jpgJe participais vendredi soir à un débat public sur l'eau, en présence d'industriels - fabricants et distributeurs d'eau potable - et ingénieurs de l'assainissement. Quelqu'un dans la salle a posé une question sur la prospection en cours de gaz de schiste en Région parisienne, dans des sites de Seine-et-Marne. Il exprimait une inquiétude à voir se déployer dans son voisinage une technologie encore peu éprouvée, qui consiste à projeter dans une roche située à trois kilomètres sous nos pieds, une grande quantité d'eau à haute pression mélée à du sable et à des produits chimiques. Déjà cause de catastrophes environnementales dans les États de Pennsylvanie et du Rexas, aux USA, elle menacerait très concrètement l'une des principales nappes phréatiques d'Île-de-France, la nappe de Champigny, sans qu'aucun débat préalable n'ait eu lieu pour demander à la population ce qu'elle en pensait.

Les industriels de l'eau, peu au fait de ce dossier en réalité, qui appartient plutôt au domaine de la prospection pétrolière, n'avaient aucune autre réponse à proposer que celle-ci : ne vous inquiétez-pas, les rejets d'eau dans le milieu naturel font l'objet en France d'une règlementation extrêmement rigoureuse. Les professionnels s'occupent de tout, en somme, ne vous souciez donc de rien !

Un peu comme si tout se valait. Tous les choix industriels, tous les choix énergétiques, toutes les technologies. Du moment qu'ils font l'objet d'une certification. Comme si le progrès ne pouvait avoir qu'un sens : celui de consommer toujours plus de ressources, dans des conditions toujours plus impactantes, avec ainsi la certitude d'ouvrir des marchés à de nouvelles technologies destinées à réparer les impacts, quitte à en générer de nouveaux qu'une autre technologie viendra à son tour réparer. Et ainsi irait la quadrature du cercle infernal de la croissance : confiance, expertise, impact et technologie. Et à chaque étape, des victimes expiatroires, et de fabuleux profits !

Jeudi, avant mon débat sur l'eau, je participais à un séminaire de cadres sur le management. Le formateur nous a ainsi parlé de la confiance et de l'espoir, dans la perspective des relations à établir avec nos collaborateurs : "pourquoi pensez-vous que malgré toutes leurs déceptions, les gens continuent à aller voter ? Parce qu'ils ont toujours besoin de croire. Quand on croit, on a de l'espoir. Même si vous avez déçu vos collègues, conservez des convictions, c'est comme cela que vous regagnerez leur confiance". Un homme politique de droite le disait autrement il n'y a pas longtemps : on peut toujours mentir sur un plateau télé, le tout est de le faire avec aplomb.

La confiance, non plus comme une valeur noble à cultiver, à construire, à soigner, non plus comme un trésor dans les relations humaines, mais comme un outil de pouvoir.

A Fukushima, tout était prévu. Si si, tu peux lire des dizaines de rapports où la question de la sécurité était abordée, et les experts étaient formels. Comme à Onagawa. Comme à Fessenheim. Comme partout.

Il y avait eu des experts formels sur l'amiante, car il y avait des normes anti-incendie à satisfaire à moindre coût. Il y avait eu des experts formels sur les pesticides, car il y avait ce formidable défi alimentaire mondial à relever dans un contexte de guerre économique...shaddok2.JPG

On peut penser ce qu'on veut des José Bové et autres écolos, mais au moins nous invitent-ils à débattre, et desserrent-ils l'étau des techno-scientifiques qui ont conquis le landernau politique productiviste dans sa quasi totalité.

Moi, je veux bien passer sous la table avec une bouteille d'eau et un paquet de biscottes au moment où la terre tremble. Mais à condition de ne me soumettre à aucune confiance aveugle avant, ni après. Et que l'on considère que tous les modes de développement ne se valent pas, et que l'on me donne le pouvoir de m'exprimer avant que des choix ne soient faits.

L'énergie est chère, soit. Le nucléaire en réduit le coût ? En est-on si sûr, si l'on y inclue le prix de la réparation des Tchernobyl, Fukushima et Onagawa à venir ?

11 mars, 11 avril, un mois ce matin, mais on ne parle plus du Japon, tiens. Rien, absolument rien ce matin sur les grandes chaînes nationales. On parle de voile et de visage caché. Encore une histoire de confiance et de dissimulation ?

07 avril 2011

le roi des vautours

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J'ai plein de choses à te dire, je suis en retard, en retard, en retard...

Et c'est pas demain que ça va s'arranger avec le travail qui me tombe dessus et d'autres obligations prenantes. Juste te dire de regarder France 2 mardi soir. Y sera retransmis à 00h30 la soirée donnée hier soir au Théâtre des Champs-Elysées, en hommage et en solidarité avec les victimes du séisme au Japon. Soirée sobre, émouvante. Avec tout ce que le Japon donne à la musique, il était beau de voir la musique lui rendre de la poésie sensible et bien servie.

Quatre semaines, déjà. vingt-huit mille morts et disparus à ce jour. Des fuites radioactives qui bousculent toutes les certitudes, y compris les plus inébranlables des travailleurs du nucléaire, et dont on a peine à dire qu'elles sont dores et déjà pires que Tchernobyl.

Tiens, j'ai même appris de ma Japanese Connexion que notre président, qui s'est rendu à Tokyo la semaine dernière en marge d'un voyage en Asie, et y a passé quatre heures, a maintenu cette visite, selon la presse japonaise qui ne cesse de s'en émouvoir, en dépit des réticences manifestées par les autoriés japonaises, en proie à de plus urgentes priorités. J'en éprouve une grande honte.

Il fallait être le premier des grands chefs d'État à visiter la péninsule après la catastrophe, message en direction du peuple de France. Il fallait manifester le pouvoir que lui conférais la présidence du G20. Message au monde. Et puis porter la technologie française au secours de la nippone, si manifestement défaillante. Message à tous les potentiels clients du nucléaire français. Au fond, eut-il été possible d'avoir quelqu'égard pour le peuple japonais meurtri, animé de ces vulgaires valeurs ?

Charognards, va !

02 avril 2011

l'après Fukushima

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"On  ne  résout  pas  un  problème  avec  les  modes  de  pensée  qui  l’ont  engendré"
Einstein

Or on s'attaque à Fukushima avec... une norme de sûreté. Bravo Sarko ! Mettre les pieds pendant quatre heures sur le sol nippon pour pondre juste un bidule, bravo vraiment ! Areva est fier de toi...

Je crois qu'il y a mieux à faire que de changer une norme, mieux que de la rendre internationale, mieux que de se préparer AU risque de plus, mieux que de jouer la guerre des technologies...

Nous sommes dans l'après Fukushima, qu'ils le veuillent ou non, qu'ils soient près à le voir ou non. Je refuse que l'oligarchie productiviste me conduise, ni mes nièces ou leurs enfants, ni mes amis et les gens qui me sont chers, dans l'abîme ou un futur noir de science fiction.

L'heure est à voir le développement hors du sillage de l'accumulation des richesses et le progrès autrement qu'en vulgaire avatar du capitalisme. C'est ça, l'après Fukushima. C'est la réponse écologique aux inégalités sociales. C'est la résistance sociale et la défense de l'environnement qui se vivent autrement qu'en rivales. C'est le bonheur ailleurs que dans la possession, c'est la redécouverte de la richesse intérieure, des richesses intérieures, de la culture, des cultures, probablement la restauration des vertus du multiculturalisme. C'est le bien partagé plus grand que le bien privatisé, c'est le devoir de solidarité, c'est la pénalisation de la sur-possession. Ce sont les limites de la planète acceptées pour ce qu'elles sont parce que jamais travesties par l'injustice. C'est le Front de Gauche et Europe-Écologie qui apprennent à sortir de l'esprit de boutique et se présentent ensemble aux prochaines élections. Et qui - tu sais quoi ? - se trouvent beaux et fiers de ce dépassement...

Ouais, bon, on n'en est pas là. 2012 ne l'aura pas encore digéré, et ça ne viendra pas de France, c'est à peu près sûr. Mais l'après Fukushima, ce sera ça. Ou ce ne sera rien !

09:50 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (5)