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24 avril 2011

les poupées russes

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Écrire, c'est un métier. Bien écrire, c'est un vrai métier. Avec le blog, on a vite fait de s'y croire. Mais quand on a renoncé aux ambitions dans ce domaine, alors c'est un plaisir. On peut s'essayer. Jamais aussi bien que ceux dont c'est le métier, et à qui réussit chaque audace. Mais on a toute liberté de changer de style. Limiter ses phrases à un sujet, un verbe, un complément, s'autoriser une relative de temps en temps. On peut jouer avec les adverbes aussi. On peut faire des phrases sans verbe, laisser flotter des pronoms si on le souhaite. L'écriture peut être suspensive, conclusive, facultative, elle peut aussi s'autoriser l'ampoule, qu'est-ce qu'on s'en fiche, en fin de compte.

Mon métier n'est pas d'écrire. Mais mes obligations professionnelles me conduisent souvent à écrire. Toujours, tout le temps. Beaucoup mieux et beaucoup plus vite, d'ailleurs, depuis que je tiens ce blog. J'écris des articles. J'écris des rapports. J'écris des discours. J'écris des mails. J'écris des notes de service. J'écris des choses qui doivent être alléchantes. Signifiantes. Qui invitent au débat, ou à la réflexion, qui doivent, paraît-il, aider à la décision... ce n'est pas mon métier. Mais ça fait partie de mon métier. Je connais par cœur les "dans le cadre de", "il convient de" et "dans la mesure où", mon préféré. Je sais que pour être suivi, ou accompagné le plus loin possible, il faut préférer les phrases courtes. Je coupe souvent en deux, à la relecture, celles qu'ont préparées mes collaborateurs. Je leur efface les inutiles superlatifs. Je raye d'un trait les redondances suicidaires.

Dans l'avion qui me ramenait de Berlin, je lisais donc L'Amant russe, de Gilles Leroy. Très belle écriture, affûtée, celle d'un pro. Ses phrases étaient souvent longues, pleines de tiroirs. Je ne connais pas le nom de ses figures de style, je ne suis pas un littéraire - des poupées russes ? - mais elles fonctionnaient bien, toutes, sans perte de fluidité.

Alors je me suis amusé, dans ma dernière note. Enfin, amusé, si l'on veut, les sujets étaient graves. Mais j'ai écrit sans préméditation, pour mettre fin à un silence. Par obligation mais sans nécessité. Je n'avais rien en tête en m'installant à mon clavier. Une question m'est alors venue : pourquoi me suis-je asséché ? Pourquoi écrire sur le blog n'appartient-il plus vraiment à mes nécessités ? Qu'est-ce qui a changé ? Une fois posée cette question à moi même, trois réponses se sont imposés : l'opéra, le sens du monde et les choses de l'amour. De quoi faire trois romans. Ou trois encyclopédies. Ramenées à moi, de quoi faire une belle note.

Alors, j'ai laissé défiler mes pensées. M'essayant à une autre écriture, mais toujours dans la sincérité de "ce que je suis et de ce qui me fait être" (quelle belle expression !), rassemblant les faits, tels qu'ils sont, tels que l'idéologie dominante nous pousse à les analyser, tel qu'ils interrogent mon histoire personnelle et politique, tels qu'ils expriment mes angoisses. Sans fard. Sans effet de style. Juste comme ça, comme ça venait, dans un flot que je voulais vertigineux, autant que la réalité des puissances qui nous dominent et façonnent nos modes de pensée, que je voulais juste aussi irrépressible que le tsunami de la vie qui prend le monde de court.

Je pensais que ce blog n'avait plus guère de lecteurs, plus guère d'amis à l'exception d'un cercle bien connu, mais je découvre qu'il s'est gardé ses ennemis intimes. Ils ont perdu en route, eux aussi, une bonne partie de leur cour, mais ils veillent au grain, imbus mais sans bagage, imaginant au passage le fascisme comme un jeu à la mode. Un instrument de rébellion, les couillons. Ils n'ont juste rien compris à ma liberté. Et je les emmerde !

Joyeuses Pâques à toi !

Commentaires

Heureusement que je regarde les liens avant de cliquer !
J'aurais pu ouvrir une boîte nauséeuse que j'évite depuis des années !
Fais gaffe !
Bises.

Écrit par : Boby | 24 avril 2011

Ce que j'ai toujours aimé sur ton blog est ton écriture: belle, fluide et sachant faire passer les émotions quelque soit le style que tu utilises.
Quant au fond: je suis en accord avec beaucoup de tes idées.
Certains billets m'ont parfois déstabilisée, car abordant un monde inconnu pour moi. Mais je ne le regrette pas car j'y ai gagné en connaissance humaine et ta liberté d'écrire, sans ostentation, ni militantisme et avec beaucoup de sincérité a permis de m'ouvrir l'esprit.
Donc merci, et n'arrête surtout pas...

Écrit par : jelaipa | 25 avril 2011

Fond et forme, je suis bien d'accord avec jelaipa, te lire est un régal.
Sans être déstabilisé pourtant car nos univers se rejoignent souvent...
Puisses tu continuer longtemps, avoir l'envie de continuer longtemps..

Et voilà que d'autres blogs commentent le tien...
tu fais des envieux cher Oh,

cette haine donne la nausée

""Il est bon d'apprendre quelquefois aux heureux de ce monde, qu'il est des bonheurs supérieurs aux leurs, plus vastes et plus raffinés.""
[Charles Baudelaire]

Écrit par : Gilles | 25 avril 2011

Tiens, pour ce soir, j'en appelle à Henri Gougaud. Ça faisait longtemps...

En écho à ton difficile retour : "Ce qui rend effrayants les masques du pouvoir est l'irrémédiable absence d'amour." [L'inquisiteur]

Et pour toi et ton blog, n'en déplaise aux affreux : "Il avait cette étrange vertu de s'éclairer soudain, comme un ciel délivré après un temps d'orage." [Paramour]

Merci pour ta lumière.

Écrit par : estèf | 25 avril 2011

Je ne suis pas sûre d'avoir tout compris, la clé est peut-être dans les liens mis mais ce soir je n'ai pas envie, pas le temps de le remonter justement... Cela dit, oui c'est un métier d'écrire. Pour autant, un blog n'est qu'une tribune qu'on se donne pour dire des choses et tant qu'il ne renferme pas d'autres prétentions, alors on peut, on doit écrire librement. Ceux qui aiment resteront, ceux qui n'aiment pas, passeront. Je suis toujours là !

Écrit par : Gicerilla | 26 avril 2011

il y a des idées que nous ne partageons pas (mais pas les "règles d'écriture..." que j'essaie d'inculquer à mes alternants...) mais nous partageons au moins la liberté d'expression !

Écrit par : Francis | 27 avril 2011

Comme d'habitude, je suis scotché par ton style, le contenu...Ok avec tout sur toi...et désolé de découvrir aussi ce qu'écrivent certains sur MLP...

Écrit par : arthur | 27 avril 2011

-> Bobby -> J'ai bien longtemps hésité avant de mettre le lien. Mais peut-être par excès d'orgueil... Je suis content de découvrir ton passage ici. Chuis débordé, mais je pense souvent à toi ;
-> jelaipa -> Merci de tout cela. Puis-je savoir, en particulier, ce qui a pu parfois te déstabiliser ?
-> Gilles -> Et toi, cela ne t'a-t-il jamais tenté, de commencer un blog ?
-> estéf -> Un ciel délivré, après un temps d'orage, voilà une bien belle évocation, ma foi, qui rassemble des odeurs, une pénombre qui se dissipe, le pressentiment d'un bien-être à venir... Une sensation sur la peau. Ah! écrire avec des mots choisis ! Un métier, je te dis. Bravo Gougaud. Et merci, toi !
-> Gicerilla -> Votre fidèle présence me comble. Vous avez eu raison de ne pas vous embarrasser des liens que je vous proposais, vous auriez pu y laisser votre bonne humeur. A bientôt !
-> Francis -> Tes alternants ? Kezako ?
-> arthur -> Désolant, c'est le bon mot. Merci en tout cas de ton commentaire encourageant, et à bientôt

Écrit par : Oh!91 | 27 avril 2011

S'il te plait, pas "kesako ?"... Qu'es aco ?... :-)

Écrit par : estèf | 27 avril 2011

la découverte de certains modes de vie du monde gay masculin...Ce n'est pas une critique, ni un jugement de valeur; juste une façon d'être (comme les rencontres piscine par ex) qui m'a surprise et que j'ai vu confirmée sur d'autres écrits.
Mais comme pour moi, une journée où je n'apprends rien est une journée de perdue, je te remercie.
Comme en plus tout ce qui me permet de comprendre mieux l'être humain est important, ta façon modeste d'en parler m'a touchée et enrichie.
Voilà, c'est tout... ou presque car tes écrits libres m'ont aussi permis de découvrir à quel point je suis introvertie : mais ai-je envie de changer?

Écrit par : jelaipa | 29 avril 2011

=> alternants : je forme un jour par mois dans un CFA des apprentis en alternance dans des banques...ils doivent rédiger un projet...d'où ma remarque

Écrit par : Francis | 29 avril 2011

-> estéf -> C'est noté. Renseignement pris, "Qu'es acò", même, avec un accent sur le "ò". J'aurais appris quelque chose...
-> jelaipa -> S'ouvrir à l'autre monde, c'est toujours la promesse d'un voyage. La notion de rencontre est souvent galvaudée, pourtant c'est à travers cette curiosité respective, dépouillée d'idées préconçue, qu'on s'enrichit vraiment. Merci encore ;
-> Francis -> Merci pour le décryptage !

Écrit par : Oh!91 | 01 mai 2011

Bien vu ! Sans accent, ça ferait "akou"... Quel oubli !

Écrit par : estèf | 01 mai 2011

-> estéf -> hé, hé ! J'ai l'oeil !...

Écrit par : Oh!91 | 05 mai 2011

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