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30 mars 2011

triste valse

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Elle est vieille et malade. Son fils la veille, allongé dans un lit près du sien. Soudain des gens s'approchent, des hommes, l'un d'eux l'invite à danser : une valse enlevée, emprunte d'une retenue mélancolique. Et elle tourne, elle tourne, puis la musique s'apaise, elle retourne s'étendre. Son fils est toujours là, près d'elle. Les hommes aussi sont encore là autour d'elle. A nouveau on l'invite à danser, la musique s'égaye à nouveau, et elle tourne, et les bras de cet homme, et la musique, et ce rythme qui s'accélère, et ces bras qui la tiennent, et la musique qui va vite, vite, de plus en plus vite, qui s'emballe... Dans la folle ronde, elle dévisage son cavalier, le reconnaît : c'est la mort.

C'est avec ces mots que John nous a introduit à la Valse triste du finlandais Sibelius, un des magnifiques morceaux du programme que le Rainbow Symphony Orchestra donnait ce week-end à l'Église Réformée des Batignolles.

Que dire encore de ce concert ? Que le RSO s'impose décidément, parmi les orchestres amateurs, comme un ensemble qui a l'audace de s'attaquer à un répertoire peu connu et profond, qu'il parcourt un XXème siècle délicat mais accessible, que ses interprétations sont soignées, qu'il impose une approche musicale maîtrisée et brillante, qui en éclipse les imperfections techniques. Les lenteurs, les silences, les contrastes, tout fonctionne et appelle les frissons.

La Valse triste m'a tenu longtemps la chaire de poule en haleine, surtout dimanche, où la musicalité du propos était à son comble.

Le concert avait des couleurs nordiques : on y jouait aussi deux œuvres contemporaines hypnotisantes de l'Estonien Arvo Pärt, la Simple Symphony du britannique Benjamin Britten, au troisième mouvement intense, et en bis, un extrait de Per Gynt, du norvégien Edvard Grieg. Le tout - c'est une marque de fabrique du RSO - émaillé de deux œuvres de compositeurs français : la Petite symphonie de Gounod, et Pelléas et Mélisandre, de Gabriel Fauré.

Avec ce choix, cordes et vents ne jouaient pas systématiquement ensemble, et l'on pouvait plus aisément s'essayer à écouter les différents instruments de l'orchestre, à les reconnaître, à disséquer les phrases pour y retrouver par exemple les yeux noisette d'un violoncelle ou les orbites bleu-rieur d'un hautbois.

La valse des politiques, dimanche soir, n'était franchement pas plus gaie. Entre illusions et aveuglement, on avait l'impression sur les plateaux télé que la mort de notre système politique actuel leur échappait : après tout, il y avait bien des élus, et des battus, tout pouvait donc continuer comme d'habitude. Et tant pis si c'est la famille Le Pen qui menace de nous faire entrer dans la danse...

26 mars 2011

les cowboys du quatrième arrondissement

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J'allais hier matin prendre ma place dans la queue de l'Opéra Bastille, pour la mise en vente de Tosca. Puccini sera sans doute une de mes dernières queues, j'y reviendrai. Il était à peine plus de quatre heures trente, un instant un peu suspendu, après que les loups aient rejoint les chiens dans leur repli et avant que les rossignols ne s'ébrouent, quand la nuit se termine plus que le jour ne commence malgré les premières pâleurs printanières. Sans doute y croise-t-on des épaves avinées plus sûrement que des mélomanes furieux, et n'est-il pas anormal que la maréchaussée veille à l'état des conducteurs.

Bastille est à la croisée des 11ème, 12éme et 4ème arrondissements. Ce dont je parle se passe clairement sur le territoire du 4ème.

Nous sommes donc Place de la Bastille, la police a installé un point de contrôle balisé. A ma sortie du Boulevard Richard Lenoir, là où il se joint au Boulevard Beaumarchais, un doigt pointe ma Mégane bleu azur, je dois me ranger. On aurait sans doute vu dans mes yeux défiler un compteur, non pas des euros d'une amende à venir, j'étais bien certain de n'avoir rien à me reprocher, mais des numéros qui allaient m'échapper dans la file d'attente de l'Opéra.

"Coupez le moteur !", "les papiers afférant à la conduite du véhicule, s'il vous plaît !", "Où vous rendez-vous ?" Yeux hagards des policiers m'entendant parler d'opéra et de queue !...

A dire vrai, il ne s'est rien vraiment passé, hors mis le signalement des 90 euros, dans un regard appuyé à la morgue non dissimulée, dont serait passible l'état de mon permis de conduire aux volets, vieux de vingt sept ans, qui se détachent les uns des autres, ou de cette autre amende, de 90 euros également, que pourrait me valoir ce feu de croisement défectueux, que je me promets pourtant depuis des semaines d'aller faire changer. Rien. L'affirmation d'un pouvoir, l'expression d'une autorité, contrôle routier en ville.jpgune démonstration de force. J'étais à leur merci. Mes "fautes" ne valaient pas triplette, mais elles étaient avérées, et il ne tenait qu'à eux, ou à leur mansuétude, que j'écope de 180 euros d'emmerdes, ou que j'en sois épargné. Cet instant suspendu, quand les chiens et les loups ont rejoint Morphée et où s'installe un jeu de regards qui s'éprouvent, où se jouent à la fois l'autorité de la force publique sur le citoyen craintif, forcément coupable de quelque chose, qui n'a qu'à se soumettre, et celle du chef de brigade sur ses subordonnés, avec l'invisible pression de ce que les collègues percevront des muscles du boss, de ses couilles. L'instant des possibles inconsistants.

Il ne s'est rien passé. Je suis reparti en aillant promis de m'occuper de ces problèmes, d'en avoir eu l'intention même.

Du coup m'est revenue cette autre histoire que j'avais voulu te raconter en son temps, il y a trois mois environ, mais que j'ai laissé filer comme souvent des sujets que j'aimerais te consacrer ces temps-ci sans que j'en aie le temps, et qui me glissent entre les doigts, ou que je t'écris avec les pieds. Bref, à peine plus loin, au niveau du Port de l'Arsenal. Ils n'avaient été que deux cette fois-ci. L'heure était des plus ordinaires, un début de journée dans le fracas du trafic matinal. J'avais découché et je me rendais à mon travail depuis Paris. Cette fois-là avait été des plus étranges. Les policiers n'avaient pas de balise. Leur véhicule était arrêté de façon anarchique, comme en cours d'intervention. Eux-même semblaient chercher à ne pas être vus. Mais d'une façon étrange, comme à la sauvette. Moteur, papiers, tout ça tout ça... "Vous savez pourquoi nous arrêtons votre véhicule ?" Je reste interdit. Refaisant le film de ma traversée de la Place : rabattu trop vite sur la droite ? Un feu passé à l'orange foncé à mon insu ? Une priorité non respectée ?... Franchement, je ne voyais pas. Ces types n'étaientpolice,ripoux,contrôle routier,mes nuits de la bastille pas nets, mais je cherchais ma faute... J'aurais pu citer une de ces supposées toujours possibles imprudences. J'étais même sans doute à deux doigts de le faire, sauf que j'étais très sûr, au fond de moi, n'avoir vraiment mordu aucun trait... "Non, je m'excuse, je ne vois pas". "Vous n'avez vraiment pas d'idée ?" Le même aplomb, la même morgue qu'hier à l'aube. "Non, pardon". Pas le moindre contrôle de mon immatriculation, ni même la consultation de leur fichier des permis de conduire. "Profession ?" Tiens, quelle question étrange ? "Combien de points vous reste-t-il ? "Six je crois. Sept peut-être". Et là, je te le donne en mille : "Très bien, contrôle aléatoire, vous pouvez circuler." Des shérifs, je te dis.

J'étais fou. Je suis resté longtemps à essayer d'interpréter cet épisode. Un retard sur leurs chiffres du mois ? Me faire énoncer une faute à défaut d'en avoir constaté une ? Mais pourquoi cette question sur mon métier ? Et pourquoi surtout celle sur mes points, alors qu'ils disposent d'un fichier consultable à distance et à tout moment ? En fait, une conviction s'est installée en mois : ces deux keufs se la jouaient perso, en prédateurs, avec tout l'arsenal et l'ascendant de leur fonction, mais sans la loyauté ni la légitimité qu'elle leur enjoint : leur proie ? Un conducteur à moins de quatre points. Un qui pouvait basculer dans la suspension du permis sur le premier feu transgressé, ou au premier stop ignoré. Avec immobilisation et confiscation du véhicule. Je n'aurais eu que trois points et je le leur aurais dit, je suis sûr qu'ils m'auraient accusé les yeux dans les yeux d'un passage au rouge, m'auraient menacé de dresser une contravention, puis m'auraient proposé un arrangement "amiable", avec une petite commission à la clé pour leur compassion à l'égard de mes habilités professionnelles.

J'avais affaire à des ripoux, je ne vois pas d'autres explications. Des petits esprits vengeurs, vénaux, des cow-boys sans scrupule ni vergogne, qui ne méritaient que du goudron et des plumes. Hier, parmi les agents qui gonflaient la poitrine, sous un gilet pare-balle qui leur remontait au dessus du nombril, ces deux-là y étaient très certainement.

24 mars 2011

quelque chose en nous de Fukushima

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Respire, doucement, lentement, intensément, gonfle-bien ta poitrine ! Laisse entrer en toi l'air de la zénitude, détend-toi, tout va bien...

Nous avons tous désormais en nous quelque chose du Japon : des particules infinitésimales, dont les analyses en cours par la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) nous dirons demain, ou après-demain, à quelle famille elles appartiennent. Indétectables à ce jour, de toutes façons.

En plus de croiser les jambes dans la position du lotus, je crois que tu ferais bien aussi de croiser les doigts : la demi-vie du Césium 137 n'est que de trente ans, celle des isotopes 238 et 241 du plutonium de 24.000 ans, et celle de l'uranium 235 de 700 millions d'années. La demi-vie est le temps mis par une substance pour perdre la moitié de son activité radioactive.

Nous ne savons donc pas encore ce que nous commençons à recevoir, à respirer, ni comment cela va évoluer, ni même combien de temps cela va durer. Ce qui est sûr, c'est que les robinets sont encore ouverts, que le beau temps préserve nos sols pour l'instant, et que la fréquentation des restaurants japonais à Paris commence à décliner. Mais comme 90 % d'entre eux sont tenus par des Chinois, ils auront tôt fait de devenir des restaurant sénégalais ou créoles, car le business est toujours le plus fort. Dans l'hémisphère-sud, tout ira bien : les cloisons éoliennes sont étanches aux dernières nouvelles.

Moi, cela fait trois ans et des poussières que je trimbale en moi quelque chose du Japon, une onde irradiante et lumineuse, sur le mode de la clé de fa, demi-vie de durée indéterminée, dont je ne sais si elle se mesure en sievert ou en becquerel. Je suis la preuve vivante que l'on n'en meurt pas. Pas tout de suite.

Tiens, quelques données pour relativiser ce qui nous arrive grâce à des comparaisons rassurantes : 180 tonnes de combustibles radioactifs, prêtes à se réveiller à tout contact de l'eau notamment, c'est ce qui dort actuellement sous un sarcophage en train de rouiller et de se fissurer à Tchernobyl depuis 20 ans. L'eau potable est redevenue potable à Tokyo ce matin. Trois ouvriers viennent d'être hospitalisés pour exposition excessive aux radiations. Les légumes et le lait en provenance de quatre régions du Japon sont interdits à l'importation en Russie depuis ce matin.

Comme aurait dit ma grand-mère (à peu de choses près) : qu'il est bon de se sentir en sécurité, quand tout va mal autour de soi !

C'était Fukushima, J+14.

Respire, doucement, lentement, intensément, gonfle-bien ta poitrine !

20 mars 2011

oh! la belle vitrine

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On se demandait, depuis que Kadhafi avait perdu les faveurs de notre souverain, comment Sarkozy allait financer sa campagne électorale en 2012. Maintenant on sait. Ce sera Serge Dassault. Joli coup double, Monsieur le président !

Il y a le feu à notre commerce extérieur, il ne faut pas être grand prince pour deviner qu'Areva va avoir du mal, pour un moment, à vendre sa technologie nucléaire, mais qu'à cela ne tienne ! Nous avons enfin la vitrine rêvée pour promouvoir nos joyaux militaires, et en particulier ces fichus Rafale pour lesquels Sarko se démène en vain depuis cinq ans. Cinq ans de missions VRP dans le monde entier, et pas un seul contrat de conclu ! Pas un !

Alors là, je parie ma maison, ma bite, et mon goût pour l'opéra qu'on va en prendre plein les yeux : vues de près, de loin, officielles ou quasi-clandestines, images de la préparation, de l'armement, de l'intérieur du cockpit, présentation des prises de vue réalisées, de la précision micro-chirurgicale des frappes... Areva prend l'eau, mais notre complexe militaro-industriel vole à notre secours. Le Rafale a enfin son terrain d'intervention !

Et d'une pierre deux coups : on a un président chef de guerre. Ça donne de l'allure, chef de guerre. Ça en impose. Il a même son nom de guerre Aube de l'Odyssée ! On n'a plus envie de rigoler, là. Gare à celui qui s'aventurera à la polémique. C'est l'heure de l'union sacrée derrière notre chef. Ouf !

Évidemment, parce que tu as mauvais esprit, tu voudrais dire : "C'est un peu tard, jeune homme. Montrer les muscles aux premières heures de la révolution libyenne, quand Kadhafi était ébranlé, vacillait, que ses généraux changeaient de camp ou hésitaient à le faire, eut été plus utile". Mais à la guerre, comme à la guerre, tu vas t'abstenir de refaire l'histoire, te taire en somme, et assister, les yeux écarquillés, aux conférences de presse quotidiennes de l'état-major des armées (comme cette sémantique est douce à lire, non ? Les journalistes s'en délectent tant, en tout cas...), et attendre sagement l'annonce des premiers contrats de vente de nos Rafale nationaux. Puis du marché que nous ouvrira la future probable nouvelle Libye.

Tiens, mais c'est élection aujourd'hui, non ?

Bon mais pfff ! à quoi ça sert, les Départements ?

18 mars 2011

le monstre, le fétu, et les apprentis-sorciers

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C'est un monstre. On croit qu'il dort, mais il attend son heure. Fafner est son nom. Il est le gardien de l'anneau d'or du Nibelung, qui assure le pouvoir éternel, tant convoité qu'il conduit ses possesseurs à une mort certaine. Il est la démence-même. L'impossible absolu. La preuve du néant. La vacuité de l'arrogance.

Dans sa mise en scène de Siegfried, Günter Krämer lui a donné l'allure d'une armée d'hommes nus. fukushima,catastrophe nucléaire,tsunami,séisme,japon,énergie nucléaire,énergie atomique,wagner,siegfried,vivaldi,orlando furiosoD'hommes alignés, soumis au signal, sachant à la demande brandir des armes ou se mettre au repos et ne sachant que ça. Au dessus de cette foule servile, une forêt bat, enfle et se rétracte, et ce cœur souverain est annonciateur d'un débarquement à venir, de l'assaut. On croit qu'il dort, mais il est encore brûlant.

Le monstre se réveille à l'heure du combat, puis se rendort, terré dans sa caverne. Et l'on n'entend que son souffle et sa forêt battante.

Jeune et intrépide, et parce que seul à ne pas connaître la peur, Siegfried a eu le pouvoir de se forger l'épée de l'invincibilité :Nothung . Avec elle, il viendra à bout du monstre, laissant derrière lui une forêt rendue à la terre et jonchée de corps nus enchevêtrés et sans vie, les organes du démon terrassé.

Image de désolation, de guerre, de terreur nucléaire. La peur, il la connaîtra plus tard quand, se cherchant un compagnon il rencontrera l'amour avec Hilde la brune. L'amour et la peur - de la perdre, ou de s'y perdre - ces grands indissociables.

L'Opéra de Wagner a duré plus de cinq heures ce mardi à Bastille. Je me le suis payé de 30 euros et d'une nuit entière à faire la queue. J'avais été privé de la Walkyrie par les obsèques de mon oncle, en juin dernier, j'ai enfin eu mon grand Wagner, ma revanche. Un enchantement musical et visuel. Et j'en ai d'autres dans ma besace qui viendront clore ma saison...

Beaucoup ont été déroutés - moi-même au début - par la légèreté des options de mise en scène et le renversement des personnages : le perfide forgeron, père adoptif de Siegfried, rendu efféminé et travesti en ménagère de cinquante ans, une cuisine vintage en guise de forge, Siegried en salopette portant les dread locks d'un adolescent rebelle. Mais finalement, cette futilité colorée et décalée, cette mise en distance, donnait un relief exceptionnel à la confrontation au cœur de l'œuvre, à son enjeu, et ramenait l'amour à son véritable statut, celui de la perpétuelle sortie de l'enfance, et de l'affirmation. Ou de l'existence.

A propos de décalage, j'ai offert peu de répit à ma frénésie lyrique, cette semaine : j'étais samedi au Théâtre des Champs-Élysées, à occuper une soirée d'abandon dans une autre furie, celle d'Orlando, l'opéra baroque de Vivaldi, puis hier, encore à Bastille, pour un Luisa Miller où Verdi proposait un véritable festival baryton. L'amour encore, l'amour toujours, qui défait plus qu'il ne fait, mais sans qui quoi ?

Cette séquence se conclura par des retrouvailles avec la violoniste Goto Midori. Après le concerto de Beethoven à Paris il y a un an et demi, puis celui de Mendelsohn à Londres l'an passé, c'est le 2ème de Bartok qu'elle livre à Pleyel ce soir. Avec l'orchestre philharmonique de Radio-France, qui interprètera également l'apprenti-sorcier, de Dukas, ils ont décidé de dédier le concert au Japon et aux victimes des catastrophes en cours.

Car mon cœur, et malgré les émerveillements lyriques d'ici, c'est surtout là-bas qu'il a battu ces derniers jours, dans l'effroi de ce qui s'est passé et d'images irréelles qui me hantent. Dans l'attente anxieuse des événements de Fukushima, qui perturbent mes nuits et mes repères.

Un monstre. Ils ont créé, nous avons créé un monstre. Un monstre qui dort mais qui attend son heure.

La technologie nucléaire n'est pas que l'ultime avatar du délire techno-scientifique, du rêve de domination absolue de la nature, de la soumission des hommes aux hyper-réseaux. Elle est l'anneau du Nibelung, l'illusion morbide de la possession éternelle du pouvoir, c'est un démon dépersonnifié. Qu'un cœur se mette à fondre comme une forêt battante à s'abattre sur la terre ferme, et plus rien n'est sous contrôle. Même un réacteur à l'arrêt pour maintenance, dont les combustibles finissent tranquillement fukushima,catastrophe nucléaire,tsunami,séisme,japon,énergie nucléaire,énergie atomique,wagner,siegfried,vivaldi,orlando furiosode se refroidir dans une piscine conçue pour ça, peut de lui-même se remettre à chauffer, menacer de fusion, et cracher ses gaz meurtriers. En guise d'épée invincible, nous avons un fétu : des hélicoptères largueurs d'eau, des lances à eau, et peut-être, promesse ultime et dérisoire, un câble électrique pour remettre sous tension des pompes à eau et croire au rendormissement de la bête.

Sinon, ce sera la cloche de béton, comme à Tchernobyl.

Tchernobyl avait l'excuse du soviétisme, donc de la bêtise et de l'incompétence technologique. Fukushima a l'excuse de la double catastrophe naturelle, la méchante. Le nucléaire en tant que tel ne peut pas, ne doit pas être mis en cause. Le monstre a des gardiens fous.

Certains parlent de la création d'une zone d'exclusion de trente, soixante, ou quatre-vingt kilomètres de rayon pour plusieurs centaines ou milliers d'années. On dit officiellement qu'il est probable que nous connaîtrons pire que Tchernobyl. Cette technologie porte en elle-même l'apocalypse. Nous avons créé l'outil de l'apocalypse, certains que le sommeil du Titan était notre victoire ! Et il serait indécent, indécent, indécent encore, indécent toujours, indécent vous dis-je - combien de fois et dans combien de bouches ne l'a-t-on pas entendu au cours de la semaine écoulée - de parler de démanteler la bête avant qu'elle ne nous démantèle !

Et si le démon, c'était nous. Nous, cette foule nue et décervelée, actrice et victime de la fin du monde ? Le choix de l'apprenti-sorcier pour le concert de ce soir a quelque chose de prémonitoire.

13 mars 2011

désir dévasté

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Tout se détraque. Il n'y a que deux choses qui tiennent la route, vaille que vaille, contre vents et marées, qui résistent debout, dans l'illusion de la montagne : la morgue des dictateurs, et celle des techno-scientifiques. Ils tiennent en apparence, droits dans leurs bottes, jusqu'à la rupture totale.

J'étais dans des bras chauds quand la vague a tout emporté.

Quelqu'un peut-il faire taire les experts du nucléaire qui se répandent sur les ondes depuis deux jours ? Sur le ton du quoi qu'il arrive, tout est prévu, la science est là, et sous-entendu : les experts, ses détenteurs, vous sont indispensables.

Les satellites du bout du monde nous envoient des scènes de destruction spectaculaires. Les images de Sendai, qui déferlent à la télé comme la coulée de boue sur les gigantesques zones côtières, exercent parfois une fascination nauséeuse, pourquoi ne pas le dire. Et des histoires en contre-point commencent à nous toucher, celle de ce SMS par exemple, envoyé par l'amie d'un proche à sa mère 1356205_000-hkg4684711.jpgjuste après le séisme : "merci de tout ce que tu m'as donné pendant ces 43 ans", et qui n'est plus joignable depuis.

Je goûtais à la douceur, à la chaleur, plongeant dans la profondeur d'un puits.

Mais les discours techno-scientifiques sur l'accident nucléaire, qui voudraient nous tenir à l'écart, me consternent. Le séisme n'avait pas deux heures, j'étais au volant de ma voiture en route vers mon travail, un poil plus tard que d'habitude, que le Premier ministre japonais assurait déjà : "pas de fuite radioactive détectée dans nos centrales nucléaires".

Depuis, les lâchages de vapeur à Fukushima sont "faiblement radioactifs", évidemment, les évacuations de population ne sont que la mise en œuvre planifiée de précautions "prévues" . Un bâtiment explose, mais "l'enceinte de confinement tient bon". Un troisième réacteur s'embrase, on le noie dans des millions de mètres cube d'eau de mer... Bref, "tout est sous contrôle", dans tous les cas. Même les vents sont bien orientés. A chaque degré, son niveau de réponse, il y a des processus pour ça : on tient, on gère, écoutez-nous, nous vous dirons quoi faire. Et quoi penser. Et nos experts français, un rien gênés aux entournures, forcés d'admettre qu'ils ne savent rien, ou presque, mais rodés depuis longtemps à faire de la communication en guise de transparence, participent de cette triste mascarade car ils ont chaud aux fesses. Relayés par une ministre de l'environnement - dont je reconnais qu'elle pourrait me réconcilier avec le personnel politique par sa compétence et son charisme - mais qui, dans le cas d'espèce, a plus joué à la MAM du lobby atomique qu'à la veille écologique - comme le faisait remarquer un militant anti-nucléaire sur i-télé ce matin. Leur discours aussi tend à se craqueler.

Tout se détraque et du coup, face à ces événements, mon cœur en fusion et mon désir assez profondément détraqué lui aussi, sont peu de chose. D'ailleurs, y a-t-il quelque chose d'obscène à parler de désir quand l'humanité se trouve meurtrie par une déferlante de la nature ?

Alors que je suis ainsi atteint dans mon âme et ma chair par ce drame humain qui nous rappelle à notre devoir d'humilité, voilà que mon désir, frappé d'un profond dérèglement - ça se confirme - me rappelle à une autre humilité.

J'étais la nuit du tsunami en compagnie d'un cheval fougueux, un an jour pour jour après la mort de Ferrat qui nous fit, à distance, rentrer dans l'intimité l'un de l'autre.

Ferrat, la nature, l'humanisme, l'humilité même, une vision de l'avenir à mon échelle, en somme... Le cœur de ma construction mentale, mon assemblage sensible et mes références idéologiques, il était tout cela à la fois, en même temps que l'époque de mes désirs enfouis et de mes émois secrets. Celle des espoirs fous et d'une capacité irrépressible à trouver des raisons d'optimisme dans un monde détraqué.

Le positivisme a disparu de mes ressorts. Le monde peut sombrer et avec lui sa belle humanité, il peut disparaître englouti par sa bête humanité, qu'on peut autrement nommer arrogance, et j'ai souvent l'impression que l'on court droit au précipice, avec les oligarchies financière et techno-scientifique pour cochers.

L'optimisme dévasté dans mon cœur, le Japon enseveli, et mon désir désorienté comme une girouette soumise aux vents malins...

Mon cheval fou au sourire clair était dans mes bras comme dans un grand magasin, éperdu de mon propre désir, le recherchant rayon par rayon. Et moi entre mes peurs, mes culpabilités, ma schizophrénie, la peur de recevoir, que sais-je mes remords, les enjeux que j'y investissais, la sensibilité parfois douloureuse de mon gland, cette crainte récurrente d'être redevable ou quoi, l'incertitude sentimentale ou mon chagrin résiduel, je n'avais de mon corps qu'une triste et flasque réponse à offrir. Qui le désarçonnait car le privait de me donner - ou le lui laissait croire - alors que la seule présence de ses bras m'était un havre, et sa vigueur à lui un réconfort.

Seul à l'heure du tremblement, dans le petit matin ensommeillé de la triste banlieue où nous avions un lit, ses censeurs mentaux encore endormis, ma soudaine et furtive ardeur a pu s'offrir à lui, ou à moi, avant de se fracasser sous la vague de l'horloge.

Et pourtant... ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues...

16:52 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (8)

08 mars 2011

l'enquête de la Deûle embourbée dans un cloaque homophobe ?

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Je regardais de loin, comme un fait divers intrigant sans autre statut, et sans intérêt particulier, l'histoire des disparus de la Deûle, puis des meurtres de la Deûle. Xième épisode du thème de l'insécurité censé reconduire Sarkozy au pouvoir mais installant plus sûrement Marine Le Pen sur un piédestal blanc.

Mais hier, j'ai reçu d'un lecteur, avec sans doute d'autres blogueurs, le mail que je reproduis in-extenso ci-dessous :

"Bonjour

Etant un fidèle lecteur de vos blogs, ou de vos livres - et connaissant vos engagements respectifs - je souhaite vous alerter sur une curieuse coïncidence, et sur un parti pris qui me semble douteux, voire révoltant.

Il s'agit d'une série de morts (pour l'instant inexpliquée) - désolé pour le caractère morbide - qui ont au moins un point commun : ce sont des jeunes hommes, plutôt mignons et potentiellement gays (le premier était ouvertement gay, le deuxième soit disant hétéro sortait d'un bar gay, et le troisième  ? ...), passablement ivres le soir des faits, qui sont morts noyés dans la Deûle à Lille.

L'endroit de leur présumée chute dans l'eau glacée est très important : c'est un lieu de drague homo très connu à Lille.

Les questions sont multiples (rôle de l'alcool, dangerosité des berges ...), mais malheureusement une question reste sans réponse : sont-ils tombés à l'eau accidentellement ou ont-ils été poussés dans l'eau ?

Ce qui me choque, c'est que les éléments relatifs à l'homosexualité réelle ou présuposée des victimes et le lieu des disparitions, voire le caractère homophobe de l'acte ne soient pas retenus par le procureur qui reste sur une thèse accidentelle liée à l'alcool.

Alors, est-ce une stratégie policière (ne pas trop dévoiler ses billes) ? ou est-ce une négligence coupable ?

Si comme moi, cette "bizarre coïncidence" ne vous laisse pas en paix, je vous invite à aller consulter l'article ci-après sur la marche silencieuse de dimanche dernier à Lille, ou le dossier sur La voix du Nord.

http://www.lavoixdunord.fr/actualite/Dossiers/Region/2011...

Et surtout si vous pouvez en parler dans vos publications, afin que cette affaire ne soit pas étouffée.

Je vous remercie de votre attention.

Au plaisir toujours renouvelé de vous lire.

Chaleureuses pensées

Olivier"

07 mars 2011

blancs baisers d'Oslo

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J'ai le don pour choisir des destinations où se déroulent à mon insu de grandes compétitions internationales. Il y a deux ans, je renouais avec les plaisirs du ski à Val d'Isère, pile au moment des championnats du monde de ski alpin. Et me voici à Oslo dans les derniers jours des championnats du monde de ski nordique. Du coup, j'y croise nombre d'athlètes professionnels, de sportifs du dimanche ou de compétiteurs décrépis, dotés d'accréditations de toutes les couleurs autour du cou, qui me rappellent la belle époque, quand je courrais les jeux olympiques, de Sidney, puis de Salt Lake City, arborant moi-même une accréditation de premier niveau sur la poitrine.

Ma foi, l'esprit de fête qui règne dans les principaux quartiers d'Oslo n'est pas désagréable. Une ambiance familiale, ce dimanche, où se jouait le 50 kilomètres de fonds, suivi par dix millions d'yeux norvégiens, dans les tribunes, sur des télés domestiques ou sur les grands écrans disposés dans la ville, autour de hot-dogs à la moutarde. On ne pouvait pas passer à côté. Les restos en sont restés désespérément vides jusqu'à 16h.

La rue principale est jonchée, pour l'occasion, de sculptures sur glace, toutes de démesure. Il faut dire qu'il ne fait pas chaud, par ici, c'est le moins que l'on puisse dire, au point que le fjord d'Olso, gelé malgré sa salinité, est impraticable aux croisières.

Par contre, un magnifique soleil a baigné la baie tout le week-end. A notre arrivée, samedi, pour notre visite à l'Opéra. Puis dimanche, pour la promenade sur le port, près de l'hôtel des Nobels, et la visite de la Galerie nationale.

Oslo a les dimensions d'une petite ville de Province. Il faut le savoir avant d'arriver : inutile d'acheter un pass de transport public ! Tout, ou presque, peut se faire à pied. Même entravé par un compagnon au dos cassé. Ça fait autant d'économisé, c'est comme la gratuité des musées, et tant mieux parce que dès qu'il s'agit de manger, là, ça cartonne dur : accroche-toi pour trouver quelque part un plat du jour à moins de 20 euros !

ketil-hugaas-camilla-kjc3b8ll-magne-fremmerlid-in-lulu10-foto-erik-berg-276x300.jpgLa mise en scène de Lulu nous a réjouis : pleine de trouvailles et d'ingéniosité, dans ses principes et dans sa réalisation. Le deuxième acte était un peu décevant, et l'interprète de Lulu manquait sans doute de puissance, mais l'ensemble était inspiré, la distribution homogène, le son de l'orchestre presque sublime, et l'idée de faire jouer les solos - de violon, de piano et d'accordéon - sur scène lors du troisième acte apportait un relief très à propos à la partition d'Alban Berg. Un excellent moment qui à lui seul nous épargnait la déception du voyage. L'Opéra en lui-même, l'édifice, je veux dire, est vraiment impressionnant. Achevé en 2008, au toit en pente douce qui va trouver son appui dans les profondeurs aquatiques, il semble émerger de la croûte glacée, la transpercer d'une somptueuse orgue de bois. On dit que c'est le seul Opéra qui se laisse marcher sur le toit. Il dispose en tout cas d'une acoustique exceptionnelle, et d'une agréable ergonomie.

Comme dans tous les pays nordiques, le vestiaire est obligatoire. Mais à notre grande surprise, celui de l'Opéra n'est pas sécurisé. A chaque place assise correspond un numéro de patère, et chacun y suspend son pardessus ou son manteau, sans surveillance, bien que dans la zone de libre accès. La même chose à l'entrée de la Galerie nationale, du reste, où ton vêtement n'est pas mieux surveillé que les Munch ou le Van Gogh. Venant d'où nous venions, d'un monde où l'incivilité s'est installée en mode de rébellion et d'affirmation au point que notre démocratie soit menacée par une périlleuse opération Marine Le Pen, il est doux et réconfortant de voir ici régner cette tranquillité rassurée. Et preuve que l'immigration n'y est pour rien : la Norvège comme tous les payse scandinaves, sont des terres d'asile, la mosquée est le premier bâtiment religieux que nous ayons rencontré en venant de l'aéroport, et l'arabe ne se parle pas moins souvent dans la rue qu'à Paris !!

Aujourd'hui, le temps se couvre un peu, les températures vont sans doute s'en ressentir. Bons baisers et belles pensées...