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07 février 2011

le tango de quat' sous

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"J'ai gardé moi aussi une petite valise, à Berlin. Pleine d'une petite musique qui n'est plus à la mode, de mots qui ne sont plus à la mode, d'une poésie qui n'est plus à la mode. Je n'intéresse plus vraiment, hors-mis une petite "niche". Merci de me suivre".

Moi, je ne l'ai pas suivie. Je viens de la rencontrer.

Ute Lemper. J'étais un peu dérouté, au tout début, par cette voix amplifiée. Habitué du Théâtre des Champs-Élysées - mis sous les projecteurs par hasard hier dans le film du dimanche soir de France 2, Fauteuil d'Orchestre - , je n'y avais pas vu la couleur d'un micro depuis bien longtemps, peut-être jamais. Nous étions donc sous le signe d'autre chose, d'un monde de variété.

Mais alors d'une variété au sens noble, celle de l'éclectisme, de l'audace, de l'aventure. Au sens du voyage. Ute Lemper a commencé une carrière de soprano, s'est spécialisée dans le répertoire allemand du XXème siècle, se délectant notamment de Kurt Weill, de l'Allemagne de la liberté avant qu'elle fut happée par la barbarie ravageuse. Elle a épousé l'univers des cabarets allemands et s'est aventurée à suivre l'itinéraire de Weill : au sens propre, en proposant une traversée de l'Europe pour rejoindre l'Amérique, via Lisbonne et Buenos Aires, découvrant au passage la puissance musicale du bandonéon et adhérant au tango. Au sens figuré, adoptant son goût pour une liberté dépravée, assumant sa décadence pour en souligner les enjeux sociaux. Une prise de parti. Et de risque.

"Dernier tango à Berlin, c'est un titre métaphorique, évidemment - à moitié un clin d'œil à Marlon Brando, pour lui dire que je suis prête, bras ouverts, à moitié pour vous parler de cette petite valise, qui le suivait partout, celle dans laquelle Kurt Weill avait rassemblé des objets insignifiants pour, exilé, l'ouvrir de temps en temps et se souvenir."

Son spectacle te transporte du tango d'Astor Piazzola à Lili Marlène, en passant par les évocations du Port d'Amsterdam de Brel. C'est un univers épais, épris de liberté et de plaisir, ou l'amour est rugueux, parfois sale, aux confins des détresses humaines, un univers authentique qui ne se paye pas de mots, qui se livre cru, comme une gorge déployée. Il te transporte d'une langue à l'autre, l'allemand se découvrant des accents latins et une virilité semblable.

Très vite je me suis retrouvé fasciné par son charisme. Sa voix s'aventurait dans les registres les plus inattendus, adoptait des rythmes blues, jazz, imitait une trompette dans toutes ses facultés. Elle descendait dans des graves râpeux puis se hissait dans des aigus gémissants. Sans jamais se prendre vraiment au sérieux, jouant continuellement sur le sexe et la vénalité. Tu penses parfois à Diane Dufresnes, parfois à Liza Minelli. Et entre un Johnny et un Milord, Berlusconi, "pour qui la fête continue", et Sarkozy, "qui s'est trouvé, aaah!, une bien belle femme", en prenaient, ultime anachronisme, gentilment pour leur grade.

Le pianiste qui la suit depuis huit ans, et son accordéoniste - âgé de soixante-douze ans - depuis vingt, étaient dans une complicité visible et subtile.

Depuis ma loge de galerie, la numéro 79, juste en face, yeux rivés à mes jumelles, je n'ai rien perdu de ses mimiques, de l'ondulation de ses bras, des jeux de jambes et de froufrous, retrouvant un Brecht un peu oublié depuis mon enfance poétique et politique, ressentant près de moi, enclin à quelques câlins, une amitié bienveillante quoique peu disposée aux écarts - alors que la configuration de la loge et la tonalité du soir s'y prêtaient...

Un moment de découverte. Juste intense.

Commentaires

Je l'avais vue dans "Cabaret" à Mogador, il y a ...pfiuuuu.
Je regrette de ne pas y être allé cette fois.

Écrit par : Olivier Autissier | 07 février 2011

Grrr, désormais à partir de dorénavant je ne vous lirai plus. Pourquoi ? Ben, parce que je ne peux jamais participer à tous ces spectacles magnifiques que vous exposez ici... J'suis frustrée. C'est mon psy qui ne va pas être content !

Écrit par : Gicerilla | 07 février 2011

"...enclin à quelques câlins, une amitié bienveillante quoique peu disposée aux écarts - alors que la configuration de la loge et la tonalité du soir s'y prêtaient..." Et pourquoi pas une gâterie, tant que tu y es?

Écrit par : RPH | 08 février 2011

-> Olivier Autissier -> Tu peux le regretter... D'autant que le Théâtre n'était pas plein, et c'est bien dommage. Mais tu sais quoi : ça me fait super plaisir de te retrouver !
-> Gicerilla -> Mais dîtes-moi, vous qui planifiez soigneuseument et longtemps à l'avance vos déplacements sur Paris, ne vous arrive-t-il pas de vous prévoir quelque spectacle de cet acabit ?
-> RPH -> Oui, voilà, c'est ce que je voulais dire... C'est un peu un fantasme, une loge d'opéra, non ? Mais hélas, je ne fixe pas seul les règles, bien au contraire, sinon...

Écrit par : Oh!91 | 08 février 2011

Je ne vais quand même pas te proposer mes services.. Je n'ai jamais fait ça et tu viens de me créer un nouveau fantasme, "une pipe à l'opéra": mon partenaire choisit le moment qu'il préfère et moi je le comble et ma foi, si c'est bien fait, ça doit être divin....

Écrit par : RPH | 09 février 2011

-> RPH -> écoute, heureux de débrider ta fantasmagorie, il y faut peu de chose...

Écrit par : Oh!91 | 11 février 2011

Les commentaires sont fermés.