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21 janvier 2011

la passion maladive (3/2)

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La folie continue. Il ne suffit pas d'analyser une passion maladive pour l'enrayer. La semaine qui vient de se dérouler est un exemple du genre. Tu as dit frénésie ?

Le guichet ouvrait vendredi dernier à 11 heures trente, c'était le jour de la mise en vente des deux opéras de Wagner achevant la Tétralogie. Il était évident qu'il y aurait du monde au portillon, d'autant que la Direction de l'Opéra avait décidé de limiter les ventes à deux billets par personnes et par opéra.

Pour la première fois, j'ai commencé la queue dès la veille au soir, un peu avant 19h. Mon premier pont lyrique, ma première traversée, dans une nuit étonnamment douce, pavée de bons moments, intercalant un coup à boire avec un nouveau blogueur sur la tranche 19-21h, une goulash de distante réconciliation pour la 21-23h, des petits sommes dans la voiture... De notre groupe des Prosélytes lyriques, Gilda fut la seule à me rejoindre, à 7 heures du matin, avec un numéro d'ordre vertigineux, au delà des 150, tandis que que j'avais décroché le numéro 7. J'ai eu les places que je voulais.

Et ce matin, plus calme, pour un Verdi peu connu - Luisa Miller, "charnière" dans son œuvre, ai-je entendu en arrivant un peu avant cinq heures ce matin - et un contemporain, Akhmatova, dû au jeune compositeur français de 36 ans, Bruno Mantovani, la nuit est redevenue glaciale.

Entre temps, je me suis offert vendredi soir du théâtre : Salomé d'Oscar Wilde, dans une mise en scène plaisante par les Dramaticules (illustration), qui offrait une lecture singulière de ce drame mythique dont j'avais vu jouer la version lyrique de Richard Strauss dans deux productions la saison dernière à Paris et à Londres.

Puis en rafale, le Théâtre des Champs-Elysées ayant organisé des soldes pour ses concerts de janvier : Nelson Freire et l'orchestre philharmonique de Saint-Petersburg pour des Brahms samedi soir. Lundi soir, le poème symphonique Une vie de Héros, de Richard Strauss, par l'Orchestre symphonique de Birmingham, avec auparavant Gautier Capuçon dans le magnifique concerto pour violoncelle de Chostakovitch, dont le mouvement lent m'a emporté. Mercredi soir, c'est le délicat Orchestre de chambre de Lausanne qui consacrait une soirée à Beethoven, sous la direction de Christian Zacharias, qui était en même temps pianiste pour le cinquième concerto. Ce soir, je retrouve Yo pour Shéhérazade de Rimsky-Korsakov, par l'Orchestre du Mai musical florentin, avant de conclure la séquence par le Barbier de Séville, au Chatelet samedi. C'est l'écoute de France-musique, mercredi après-midi, qui m'en a suggéré l'idée. Le jeune chef et le metteur en scène parlaient de façon jubilatoire de leur collaboration, alors pourquoi pas...?

Je n'aurais raté, finalement, que ce somptueux concerto pour violon en ré, que je chéris plus que tout autre, de Tchaïkovski, le 11 janvier dernier, retenu ailleurs par des obligations professionnelles. Mais j'ai tenu ma revanche - la passion est maladive, l'harmonie parfois irréelle : dimanche dernier, le petit matin était baigné de soleil. Le marché engorgeait le Boulevard Richard Lenoir. Je conduisais mon ami d'amour et de tourments sur son lieu de travail. Radio classique en diffusait le 1er mouvement. Nous sortions de l'agitation maraîchère dans l'agitation de l'orchestre, et sur les quais lumineux et fluides, la Cadenza nous ouvrait la Seine. Rivoli, Concorde, le Rond-Point des Champs, l'Avenue Montaigne, le violon d'Hilary Hahn montait dans ses aigües déchirants et magnifiques, l'orchestre lui donnait son écho sur l'Avenue Kennedy. Et à la minute précise où nous devions arriver, à la seconde même, la voiture s'arrêtait au niveau du parvis du Trocadéro, face à la Tour Eiffel encore délaissée par les touristes, et l'orchestre livrait la dernière note du mouvement.

Une coordination qu'il eut été impossible de programmer. Le minutage d'un montage. Un film d'action et d'amour. Un moment rare où, à ses côtés, m'est revenu cette fois où nous avions écouté l'interprétation de ce même concerto, partition en main, par Akiko Suwanai. C'est l'un de l'autre, que jusque là nous avions été amoureux. Avant que l'harmonie ne vienne se corrompre.

Commentaires

Il y a cette "frénésie" musicale, lyrique, que rien ne semble rassasier.
Tu en as livré ton analyse. Limpide.
Il y a les longueurs que tu décompte sans fin.
Il y a des relations, blogosphériques ou non, dans lesquelles tu donnes tant de ta personne.
Du loin dont je t'observe, je ne te vois qu'ainsi ; passionné, exclusif, ardent, infini. Et de me demander, es tu ainsi dans tout et pour tout?
Sais tu être en dilettante parfois, au sens péjoratif du terme, au sens du peu d'engagement?
Sais tu te délecter dans la superficialité?
Je me demande, moi qui, passionné, le suis tellement en rien et pour rien, j'ai mon analyse la dessus.
En fait, non, ce n'est pas si divergent...
;-)

Écrit par : πR | 21 janvier 2011

même passion dévorante...ton blog est une perle que je découvre peu à peu...merci

Écrit par : arthur | 23 janvier 2011

-> πR -> Pfff ! Encore un commentaire qui justifierait toute une note pour te répondre... Ou plusieurs ! Oui, j'ai un problème avec le relâchement, avec le lâcher-prise, c'est un très gros problème, même, qui m'empêche de profiter pleinement de la vie et me laisse continuellement en attente, donc frustré, je ne sais pas si le lien de cause à effet est limpide, mais j'aurais l'occasion de m'en expliquer. Et pourtant, je sais avoir du détachement. J'en ai avec mon travail, plus que de raison. J'en ai dans ma démesure, où je me laisse aller comme un toxico s'il s'agit d'assouvir mes soifs soudaines. Sans doute parce que moi-même passionné en rien, mais en pressant besoin d'amour, j'y dissimule mes peurs...
-> arthur -> Bienvenue à toi, et en avant pour une découverte mutuelle !...

Écrit par : Oh!91 | 23 janvier 2011

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