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29 décembre 2010

la croix que je porte, ou l'origine du trouble

passion-07.jpg

- Dis-moi l'adresse du bonheur !

Bon, eh bien je m'y essaye... Des jours que les mots affluent en vrac au bout de mes doigts, qu'ils me brûlent l'estomac, m'embarrassent la poitrine, se fracassent sur des pics d'adrénaline, ou se noient dans des larmes revenues par surprise, qu'ils trainent de-ci de-là au milieu d'une vie qui se déroule malgré eux, ou entassés en fatras à ne plus savoir par quel bout les prendre. Des jours que je cherche à les coudre, pour faire un lit à ce qui est déjà plus qu'un trouble.

Face au désert, il n'y a que deux attitudes : s'engager, avec la certitude d'un eldorado, ou renoncer. S'arrêter au milieu du gué, c'est la mort, et je suis lancé. Alors, attention, je vais hennir...

As-tu eu l'occasion, depuis que tu viens visiter ce blog - à mon grand plaisir, je le répète - de lire ces billets que j'avais regroupés sous l'intitulé Trilogie de l'impossible ? Je suis retombé dessus par hasard, alors que je recherchais en vain un document égaré dans le foutoir de mon ordi, et comme j'avais des heures à perdre, le temps d'un trajet en TGV vers le sud, je les ai relus, non sans surprise. Putain ! Qu'est-ce qu'on peut sortir de son bide, en proie au chagrin d'amour !

Le chagrin a fait fait long feu, d'ailleurs - dix-huit mois fermes sans larme, avant Noël, c'était un signe, non ? - mais pas l'obsession. La relation s'est reconstruite. Enfin, une relation, sans nom. La comptant en moments passés ensemble, en projets conçus ensemble, en émotions vécues ensemble, en nuits au toit partagé, beaucoup sans doute y verraient les stigmates d'un vrai concubinage. Mais elle se jauge aussi aux liens de dépendance, à leurs équinoxes qui installent, de part et d'autre du tandem, des pôles d'affection et d'irritation, d'amour et de crainte, de quête et de rejet, de besoin et d'oppression. Tu peux y lire alors la tension extrême qui relie autant qu'elle éloigne, à la perpétuelle limite de la rupture. Et qui peut-être permet à la structure de tenir.

Il est heureux que j'aie arrêté le psy, car si j'avais du soumettre cette relation à l'examen de l'analyse, elle aurait mis à jour, je le crains, quelques tonnes de stupéfiants ou d'artifices qui relèvent plus de la poudre à canon que de la bibliothèque rose.

cheval triste.jpgVoilà néanmoins ce que moi je peux en dire. Je suis rendu au stade de la monture. Sans moi, il avance dans la vie empêtré, il va moins vite, moins loin. Ses journées se ramènent à un horizon étroit, ponctué de dépressions. Livré à des choix qu'il ne peut pas commettre. Il trébuche sur la langue. Il se perd dans les dédales de la bureaucratie. Son dos le handicape pour suivre le rythme soutenu de ses répétitions. Alors moi, j'aboule. Au premier signe, au premier coup de sifflet. Attendant la caresse qui me fera remuer la queue quand l'humeur lui en viendra, mais subissant inlassablement les coups, les encaissant sans philosophie ni révolte.

Les coups, enfin... la grande promesse qui ne vient pas, les "tu m'as manqué", ou "j'ai besoin de toi" qui avortent à la première syllabe dans un timide gémissement, sans parler des "je t'aime", ou "tu m'excites" que je n'attends plus depuis longtemps. Je suis le cheval, la jument, qui patiente à l'écurie, attendant sans fin la petite gratification : l'accolade enveloppante et chaude de sincérité, les quelques pas de marche bras-desus bras-dessous, la liberté de poser ma main fébrile quelques instants sur son sexe et d'en éprouver un début d'érection, ou la sensation de sa main qui, quelques secondes à peine, viendra provoquer la mienne et se retirer. L'invitation, parfois, avant qu'il ne s'endorme et que je ne retourne discrètement sur ma paillasse, à accompagner son endormissement d'un chaste enlacement dans son lit.

Les coups... il y a aussi les infidélités, qui n'en sont pas puisqu'il n'y a pas promesse, disons les petits mensonges qui me tiennent à distance pour lui permettre ses excursions favorites, que je désigne du nom de sa copine-alibi, d'un mot qui commence par un M comme mardi, et se termine par un i comme touche-pipi, dont il doit bien se douter que je ne suis pas dupe... Je m'efface alors, le ventre noué, espérant juste que d'une séance de tripotage dans un sauna ou un hammam ne sortira pas la rencontre qui me relèguera définitivement.

Et puis il y a les rencontres, justement, les adresses mail échangées ou les numéros de téléphone, qui le projettent dans un ailleurs où alors ma présence l'entrave. La mise à distance se radicalise. Les gratifications s'espacent ou disparaissent. Plus question de prévoir un week-end quelque part. Ni de toucher son sexe. Il est déjà ailleurs, dans un espoir de séduction qui berce son illusoire jeunesse perdue. Et moi je ne suis plus nulle part, sauf alors dans le néant abyssale où seules reviennent me tenir une compagnie mortifère des larmes, enfouies dans les tréfonds de mon avilissement. Comme durant les préparatifs de ce triste réveillon de Noël où mes spasmes sont enfin revenus exploser, dix-huit mois, oui, dis-huit mois après les derniers des derniers jours du printemps 2009.

Quelqu'un peut-il me dire où se trouve la frontière entre le jardin secret et la trahison amoureuse ? Surtout si, en toute clarté, il n'y a pas promesse d'amour ?

Je connais tout de lui. Au fil du temps, il m'a introduit dans chacun de ses travers, il en a même fait des objets de complicité. Il m'a conduit jusque dans les petits recoins sombres de son quotidien, et m'a témoigné une confiance sans borne, comme pour compenser ce désir qu'il ne peut plus me montrer. Il ne sait pas sans doute que ce faisant, cette image du meilleur ami bon à rien d'autre, de bonne poire en somme, à qui l'on donnerait jusqu'aux codes de son compte bancaire sans confession, nourrit la forte répugnance que j'ai de moi-même et qui m'accompagne dans la douleur.

Je connais ainsi comme personne ses manies, ses névroses, ses obsessions, ses compulsions... Il ne me cache plus rien. Et je lui suis fidèle. Il ne se doute pas du coup, à quel point je décèle tout de ce qu'il me cache. D'un mot, d'une hésitation, d'un objet déplacé, d'un prénom apparu dans la colonnes de ses contacts, d'un usage soudain et inhabituel de son dictionnaire électronique, j'ai tout compris de ses convoitises infidèles.

C'est à chaque fois le douloureux rappel de ce statut bâtard où je suis enfermé. Pas amant. Pas conjoint. Celui à qui l'on ne doit rien, et à qui il est ainsi possible, quelques fois, en fermant les yeux, s'accrochant à d'autres fantasmes, de concéder quelques caresses, voire un bien insignifiant soulagement du corps.

Ce compte-goutte sexuel, qui a fait un retour dans notre relation, n'est que l'achat de sa tranquillité. Je brutos12083.jpgn'en suis pas dupe, victime de son bon-vouloir, à l'affût de son bon vouloir, prenant et souffrant de ce que je prends, parce que jamais je ne m'en illusionne, même si je ne peux me détacher de ce pis aller, dont je ne sais que réclamer - par d'évidentes postures - davantage, et le forcer sans le vouloir à me le refuser.

Tu vois, je suis lucide sur l'état de soumission où je me suis mis. Il ne trahit aucune promesse, puisque je n'en reçus aucune, je n'ai donc même rien contre quoi me soulever. Tu pourrais, comme beaucoup de mes amis, les pieds dans le plat ou en allusions douces, m'inviter à tout lâcher pour enfin m'autoriser autre chose. Mais je ne le peux pas. J'ai essayé, mais je m'enferme alors dans une souffrance plus perfide encore. Je commence à croire que cet état de soumission où je ne maîtrise rien est le contre-poison moral, cérébral, au leader que j'incarne dans ma vie publique. Je crois surtout que j'ai toujours l'espoir qu'à ainsi traverser les ans, m'attachant à garder nos pôles, certes distants l'un de l'autre, mais reliés malgré tout, un jour il se retournera et réalisera que c'est l'amour, seulement l'amour, le plus grand, le plus beau, l'éternel amour, qu'il tenait ainsi dans ses mains, et qu'il ne doit qu'à moi qu'il ne se soit pas corrompu.

Dans la tristesse, on a besoin de rêves, non ? Pour accompagner les insomnies, à défaut de les combattre.

Puissè-je simplement nourrir à moi seul la force de cette éternité, pourfendant dédaigneusement ses amourettes vaines et infidèles, pour les laisser à l'état de guenilles sur le bas côté de notre histoire.

- Parti sans laisser d'adresse, sans doute.

Commentaires

Je marche malgré l'ordre et le poids du travail
Et je vis midi sonne aux clochers des usines
Hors des chemins battus je cherche mon bercail
L'enfant-fraternité dans les rues sans vitrines
Court tout illuminé d'un rire de corail

Je t'embrasse

PS : j'aime toujours tes choix d'illustrations, en particulier ici l'évocation d'un île déserte tropicale

Écrit par : estèf | 29 décembre 2010

Être seul (e) à prier dans la chapelle de ce qui fut un amour...
Je connais bien le sujet.
Et les larmes ne surviennent plus que dans mon sommeil, réveillée que je suis par la minette qui les essuie de sa langue râpeuse.
Je ne connais pas de (le) remède, je l'aurai volontiers partagé avec tous les "souffrants" du mal de désamour de l'autre.
Courage mais est-ce assez.
Je t'embrasse et te souhaite que l'an neuf soit plus "clément".

Écrit par : mume | 29 décembre 2010

Un seul remède: prend un amant...

Écrit par : RPH | 29 décembre 2010

Je ne sais pas s'il y a un remède. Ce n'est pas une maladie, juste une souffrance. Et on tient souvent à nos souffrances - on tient par elles.
Finiras-tu par le détester ? Ce serait une solution, aussi : détester quelqu'un pour tout l'amour qu'on lui porte...

Écrit par : manu | 29 décembre 2010

"Tu pourrais, comme beaucoup de mes amis, les pieds dans le plat ou en allusions douces, m'inviter à tout lâcher pour enfin m'autoriser autre chose."
c'est bien mal connaitre les relations amoureuses..
bien sûr, quand on n'a pas vécu pareille situation on se dit ' mon dieu comment peut il accepter, supporter ça .à sa place je casserai bien vite... "
et justement, personne n'est à ta place, c'est toi qui souffres, es amoureux de quelqu'un qui ne t'aime plus, toi seul sais comme tu es empêtré dans toute cette souffrance..

tes mots, une nouvelle fois sont tellement justes..
cette expérience, je l'ai vécue et n'aurais su la dire mieux..

Écrit par : Gilles | 29 décembre 2010

-> estéf -> Le jour ouvre un oeil froid un arbre échevelé
Emerge de la brume en ébrouant ses branches
Les trottoirs de Paris rechaussent leurs souliers
On rêve encore un peu d'une aube toute blanche
Les gares grises s'ouvrent aux regards exilés.
Pourquoi ne sommes-nous plus des enfants ?
-> mume -> Prier seul dans la chapelle de l'amour... l'image est belle, et je prends l'an clément. Je t'en souhaite un pareil ;
-> RPH -> Il était mon amant, il était mon remède... et voilà où il m'entraîne, y comprends-tu quelque-chose ? Et quand ma route croise un nouvel ange - de près de loin au sourire clair - alors c'est moi qui lui transmets mon mal, qui me vois impuissant, et me confronte à ma piètre image. L'amant : le remède, ou le signe de la guérison ?
-> manu -> je crois que je le déteste déjà, je lui en veux de m'avoir entraîné dans son filet, d'y avoir mis de la patience, de m'avoir plusieurs fois repêché de son air triste quand mes nageoires retrouvaient leur allant, mais elle est où, la différence, entre l'amour et la détestation ?
-> Gilles -> Et l'as-tu dépassé ? Saurais-tu dire, comment tu t'es détaché, comment tu t'es libéré ? Comment tu as géré l'abstinence, tourné la page ou effacé une partie de l'histoire ? Je suis libre, à présent. Il a sa carte de résident, l'objet jusqu'auquel je n'aurais pu le lâcher, mais ce combat ne me retient plus, il est gagné. Seule ma peur de souffrir me retient encore, la peur aussi de perdre ces belles pages écrites avec lui, de renoncer à une victoire sentimentale que je ne peux croire impossible, de quitter les boulevards qu'il m'a tracé dans la musique... Comment as-tu cheminé ?

Écrit par : Oh!91 | 29 décembre 2010

Un petit poisson, un petit oiseau... Il a pris sa volée, et si tu reprenais ta nage ? Entre deux souffrances, laquelle choisir ? Surtout ne t'habitues pas à la douleur et ne porte pas de croix.
Je ne peux pas croire que tu puisses transmettre un quelconque mal.

Écrit par : estèf | 29 décembre 2010

Et ce téléphone qu'on garde dans la poche de peur de ne pas l'entendre sonner mais qui ne sonnera pas ...
Et cette boîte mail qu'on relève à longueur de journée accusant le fournisseur d'accès de ne pas faire son boulot ...
Et cette place de cinéma, restée vide ce soir encore...
Ho oui c'est douloureux mais je crois que quand on s'est assez infligé d'abnégation on doit forcément redevenir un peu exigeant, au moins avec soi-même, à défaut de l'être avec celui qui nous rend dingue au nom d'une amitié amoureuse. Non ?
Qu'il est dur parfois le métier de vivre.

Écrit par : feekabossee | 29 décembre 2010

(N'empêche que, d'un point de vue littéraire, c'est un très beau livret d'opéra contemporain).

Écrit par : manu | 30 décembre 2010

pour répondre à ta question ..
il y a eu plusieurs étapes.. beaucoup de souffrance
du rejet et de la violence d'abord :je me suis séparé de tout ce qui le touchait de près ou de loin
du regret, de la tristesse .. énormes
comme toi je pensais que notre assemblage avait tout pour fonctionner, mêmes centres d'intérêt,émulation réciproque..
j'ai accepté l'inacceptable pour porter cette relation à bout de bras, l'éloignement quand ses enfants venaient (ils ignorent sa double vie), les mensonges, et un fonctionnement somme toute assez manipulateur..
amoureux fou, je savais le mal qu il me faisait mais était incapable de renoncer..
quand IL a décidé "d'envisager autre chose"(en d'autres termes, restons amis, je ne me sentirai plus coupable mais un pied à terre à Paris ça peut servir), la violence du choc m'a assommé et ce n'est surement pas en ayant un nouvel amant que j'aurai pu en sortir..
c'est lui que j'aurai cherché dans le regard des autres
J AI décidé qu'en aucun cas je ne le reverrai ni ne l'entendrai,
un nouvel ordre s'est installé peu à peu
une belle relation se dessine, prudemment..
mes exigences sont autres, quand j'ignore ce que je cherche ce que je refuse est maintenant très précis.
maintenant, ces 14ans restent un souvenir, des moments magnifiques, et ... des moments de profondes solitudes.

laisse faire le temps, laisse ta tristesse s'user, Oh, vis un jour après l'autre, petit plaisir après petit plaisir..

reste à te souhaiter une année 2011 apaisée, belle, un tournant dans ta vie..

Écrit par : Gilles | 30 décembre 2010

-> estéf -> Le problème, c'est que je livre-là la face obscure de la relation, qui tient à ce que j'y projette et ce que j'en espère, générant d'infinies frustrations. Un autre point de vue, plus objectif petu-être, ou plus naïf, serai de regarder tout ce que j'en retire, comment j'avance dans la musique, comment je me hisse. Les choses sont toujours si contradictoires. Parfois je me demande aussi si ces moments de souffrance, toujours passagers, ne sont pas un prix à payer, maigre en fin de compte, même si quand l'ardoise se présente il semble abyssal, d'une construction riche et nourricière. Mais peu importe les eaux, l'essentiel est que je nage, et que je nage encore. Merci, grand merci à toi ;
-> feekabossee -> Tout ça, oui ,tout, tout, tout y est, toutes ces manies qui te dévorent... Tu crois qu'on est quelques uns à les connaître ? "Etre exigent avec moi-même"... le concept me fait réfléchir, c'est peut-être la bonne façon de me poser des questions ;
-> manu -> Et on fait tout un acte avec vos commentaires ! Mais c'est que tu es revenu, fourbe ! En silence, sans rien dire à persone...!! Profitant de la torpeur générale à l'approche des fêtes !
Et dire que j'avais arrêté de passer faire mes petites vérifications hebdomadaires sur ton blog, sûr de continuer à n'y rien trouver...
Bon, et bien je vois que j'ai déjà un mois et demi de retard, je vais m'y mettre. Je suis sûr que ça ne me fera que du bien au moral... (par contre, pas moyen de laisser un commentaire, faut être membre, paraît-il, et j'ai même pas vu comment fallait faire pour prendre sa carte !)
Et bravo en tout cas. Rien que ça, et y'a un bout de moi qui revit. 2011 s'annonce bien !
-> Gilles -> Wouah ! C'est quand même une histoire de quatorze ans...!! Pour l'instant, je vais m'en tenir à ta conclusions, laisser le temps faire son oeuvre, m'autoriser des plaisirs s'il s'en présente, et m'efforcer d'être - comment dit la fée ? - exigent avec moi-même !

Écrit par : Oh!91 | 30 décembre 2010

En cette période de fin d'année où chacun fait un peu son propre bilan, ton texte m'a beaucoup touché. J'aurais tendance également à t'encourager à te défaire de cette sujétion. Mais comme il a déjà été dit dans les commentaires, je ne suis pas à ta place. Je ne peux donc que t'apporter tout mon soutien.
Plein de bises

Écrit par : Robin | 31 décembre 2010

-> Robin -> Tiens, te revoici rôder par là, toi ? Merci de ton soutien, toi qui me voit au quotidien. Mais tu vois que je tiens debout, quand-même, non ? Excellente fin d'année à toi...

Écrit par : Oh!91 | 31 décembre 2010

Croire en l'amour c'est comme croire en dieu, c'est une drogue dure !
et le sujet aimé au fond importe peu...

Écrit par : kriss007 | 11 janvier 2011

-> kriss007 -> Je souscris. Faut-il tout miser sur l'abstinence ?

Écrit par : Oh!91 | 12 janvier 2011

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