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04 décembre 2010

entre deux B (2) rallumer un cierge

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Je reviens à la Sagrada Familia, l'emprunte marquante de Barcelone, son signal, sa Tour Eiffel. Outre l'exubérance, c'est sans doute son état d'inachèvement qui en fait un monument unique au monde. Plus d'un siècle de travaux, pour une silhouette incomparable, visible de toute part. Un chanter interminable et mis en scène, des grues pour castelet, dans un ballet à sa démesure. On parle d'une fin de chantier vers 2025, le temps d'ériger la tour lanterne haute de 170 mètres où sera installée la croix, et d'achever la façade de la Gloire avec ses clochers à 100 mètres. Mais on ne voit pas bien quel premier ministre prendra le risque, en coupant un ruban, d'annoncer la fin des travaux. Et de tuer le mythe.

Tu rentres désormais dans la Sagrada Familia comme dans un temple de lumière. Les colonnes IMG_4495.JPGs'élèvent vers la voûte, légèrement penchées les unes vers les autres, en tiges raides. A leur brisure, elles se subdivisent, poursuivent leur montée vers une nouvelle ramification pour former les dômes des apôtres, à présent bien en place. Droites et fragiles, végétales, leur arborescence te rappelle ta condition d'homme aux pensées sournoises qui t'élèvent mais te rendent fragile.

J'ai moi aussi l'érection fragile. Je l'avais belle, assurée, oh! pas l'érection d'une cathédrale, même pas celle d'une basilique, comme j'en ai encore effleuré l'ogive hier, en retournant à Rudas : l'érection d'une belle église de campagne, constante et fiable, plutôt harmonieuse, bien proportionnée, la septième voûte à portée de main. Je pouvais m'y recueillir ou m'y ressourcer. Il m'arrivait aussi d'y communier. C'était avant ma brisure.

Depuis peu, elle me fait défaut quand je compte le plus sur elle. Les premières alertes sont devenues un ciel s'effondrant sur la tête, la voûte étoilée s'est étiolée, pour tomber à présent en décrépitude. Et si c'était une des raisons de mes fuites...

Qu'il y ait de l'enjeu - une inclinaison amoureuse à cultiver - ou de la culpabilité - la peur de transgresser des phobies, de fermer la porte à mon authentique désir -, la machine s'ensable. Et tu sais, un peu à la façon des escaliers hélicoïdaux des clochers de la Sagrada, mais dans le sens descendant : tu te vois dans le cercle vicieux, pris dans un flot descendant, glissant irrémédiablement vers le bas, précipité vers les Abîmes.

Mais une fois dans la Crypte, va-t-en la retrouver, toi, la colonne de marbre !

robert_recker_animale2_1.jpgJe profite de mes errances solitaires à Budapest pour me remettre à l'écoute de moi, tenter de desserrer l'étau infernal. Le premier jour, j'ai commencé par me raser, pour livrer mon sexe à de nouvelles sensations. Et puis au Rudas, où le système de verrouillage des cabines change tous les deux ans, on te remet à présent un bracelet magnétique qui se porte comme une montre. Dans le secret des eaux chaudes, au début sans même m'en rendre compte, j'ai joué à en faire un Cock's ring, tu sais, cet anneau de cuir que certains hommes se mettent autour de la verge - les saunas en pullulent - qu'ils enserrent avec leurs couilles pour stimuler leur érection. Je dois dire que ça n'a pas été inefficace ! Je me suis presque assoupi, l'agnus dei autour du trésor.

Marchant dans ces grands bains d'eau comme dans des fonts baptismaux, sanctifiant ainsi mon cierge reconquis, je me suis surpris à me suspendre à la rampe d'un des quatre escaliers du bassin octogonal. Imperceptiblement, je me suis vu m'y glisser, dans la position de la planche, puis m'enrouler, m'empaler même sur son embout métallique immergé, qui fait sous l'eau un demi tour pour remonter dans un angle à 45 degrés.

Il n'y avait, hier, que des hommes occupés à d'ordinaires conversations, personne vraiment en chasse à l'heure où j'y étais. Le Rudas n'est d'ailleurs pas un lieu de consommation sexuelle, ce n'est qu'une nef d'inégalée suavité. Je pouvais ainsi dans l'indifférence générale, dans une langueur appesantie et embrumée, me laisser aller à ces curieux jeux d'eau, dont j'étais seul à entendre les plaisantes résonances qu'ils avaient dans mon corps.

Ce soir, plus sage, j'ai opéra. Ma foi, il faut vraiment que je sois loin pour m'autoriser à écrire des choses pareilles, comme à l'époque où je sévissais en total anonymat ! Mais après tout, les églises ne sont elles pas faites pour que l'on y aille à confesse ?

Commentaires

J'ai aussi besoin des églises. Il faut que j'y aille prier régulièrement. Je n'ai pas encore vu la Sagrada Familia, mais chaque fois que je vais à Strasbourg, il faut que j'aille dire bonjour à la cathédrale.

Écrit par : gouli | 04 décembre 2010

Il est de belles cathédrales qui impressionnent par leur vigueur et leur beauté.
Il est des églises à taille humaine où il fait bon se réfugier.
Notre Dame du Taur doit-elle jalouser Saint-Sernin ?
J'ai connu des érections spectaculaires qui livraient peu de chose.
Il y a le plaisir que l'on prend et celui que l'on donne.
Il est des érections qui ne sont qu'illusion.

Écrit par : estèf | 04 décembre 2010

Osée la métaphore... Mais fort joliment livrée. Cela me rappelle des jours lointains : la découverte incrédule et émerveillée de certains journaux gays où s'exprimaient, apparemment sans pudeur, de gracieux danseurs de l'indicible.

Écrit par : Axel | 04 décembre 2010

-> gouli -> Et y pries-tu pour les mêmes problèmes ?!?... Moi, si j'en ai besoin, comme d'un lien à une histoire, je n'y prie pas, je les visite. Tiens, ce soir, avant l'opéra, je suis passé à la Basilique Saint-Etienne de Budapest : tout à fait différente, mais somptueuse !
-> estéf -> T'es en or, toi ! Ton cloître renferme-t-il un graal ?
-> Axel -> "de gracieux danseurs de l'indicible"... Comme l'expression est belle. Merci de ton commentaire.

Écrit par : Oh!91 | 04 décembre 2010

Il est en effet original pour le monument identitaire d´une métropole d´être défini par son état d´inachèvement. L´érection gaudienne aura fait long feu, à notre grand plaisir. Mais personne ne peut retarder indéfiniment la Petite Mort.

Paris aussi a eu son grand projet longtemps retardé, constament modifié pendant des années. Et vu le résultat, on regrette qu´il ne fût pas resté en l´état d´éternelle potentialité.
Le ventre de Paris était alors l´objet de tous les désirs. On eut souhaité pour ce centre du monde jacobin un peu plus d´égards. Malheureusement, si on n´osa pas toucher à l´érection eiffelienne, qui devait pourtant ne durer qu´un temps, celui de son exposition, provocatrice et défiant le monde entier, la matrice nourricière du peuple parisien dut se soumettre au verdict de l´ablation totale. Les décideurs, ingrats et égoïstes, ne suivent pas les mêmes critères selon l´objet en question.
Paradoxalement, cette décision renforça dans un premier temps le caractère, le genre du lieu: devenues un trou immense, le lieu où tout était possible, les Halles engendrèrent une infinité de projets, et un western décalé dont on se prend à regretter que les mâles décideurs de l´époque n´aient pas obtempéré à son titre, pourtant impératif et péremptoire: Touche pas á la femme blanche!
Mais que sont les Commandements face au Veau d´Or? Et plutôt que vider ses bourses, Oedipe désirait avant tout se remplir les poches.
Enlaidi, vieilli, , ce bas-ventre continue à assumer le rôle dégradant qu´on lui a refilé avec dégoût et résignation et ramène le flouze à son taulier. Facile: tout le monde lui passe dessus.
Il paraît qu´on pense à lui faire un lifting. Sera-t-il suffisant pour lui rendre sa dignité?

Écrit par : sagrado zarxas | 06 décembre 2010

-> zarxas -> Elle est très belle, en plus d'être instructive, ta métaphore... On essaie de se retrouver près du trou ?

Écrit par : Oh!91 | 08 décembre 2010

@oh94. De ce côté cela va. Juste que je suis encore croyant.

Écrit par : gouli | 08 décembre 2010

petite mise en bouche du bas-ventre de Paris avant de le faire en chair et en os...

Écrit par : néo-zarxas | 08 décembre 2010

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