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29 novembre 2010

des nouvelles d'Hélène Grimaud

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Apparemment, beaucoup de monde s'inquiète de l'état du poignet d'Hélène Grimaud. Depuis que j'annonçais sa défection pour le concerto N°2 de Rachmaninov, sous la baguette d'Alexandre Ashkénazy, il y a près d'un mois, et mon regret de n'avoir pu alors l'entendre en raison d'une faiblesse articulaire, un nombre incalculable d'intenautes, en quête de nouvelles sans doute, ont échoué par ici. Et n'auront appris que ce que tout le monde en a dit : ses médecins lui recommandaient de se ménager.

Elle était bien au rendez-vous de ce vendredi, par contre, pour un récital très centre-européen au Théâtre des Champs-Elysées, comprenant des sonates de Mozart, de Berg, de Liszt et les danses roumaines de Bartók.

J'ai adoré son interprétation de Mozart, très personnelle, tout en contrastes. Beaucoup de musicalité dans son jeu. Beaucoup de vélocité aussi, dans Berg et Liszt, notamment, même si je me faisais rappeler à l'ordre lorsque je la qualifiais de virtuose : ce n'est pas sa technique qui la caractérise, mais sa sensibilité, ce qui n'empêche pas sa prestation de relever de la performance.

Le Bartók, qui concluait son récital était sautillant et léger. Un joli clou (que tu pourras écouter ci-dessous) au spectacle de cette artiste qui réussit à être, en plus de tout, une très très belle femme.

Et je te le confirme : son poignet va visiblement très bien.

27 novembre 2010

du foutre parfumé

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Il y avait du beau monde, mercredi dernier, au Théâtre de l'Odéon, du people. Il faut dire que Jeanne Moreau sort désormais peu sur scène. Les cent ans de la naissance de Jean Genet lui donnaient l'occasion d'une apparition à contre-temps, dans un duo inattendu avec Etienne Daho autour de l'un des textes forts de la poésie française : Le condamné à mort. Dit, chanté, accompagné, introduit par un court texte de Sartre, cet objet artistique non identifié qui vient de donner lieu à un album qui fait événement par son caractère iconoclaste, s'avère être un bijou rare. Seuls les initiés pouvaient se procurer des places pour seulement deux représentations à guichets vite refermés.

C'est ma bogopote feekabossee qui m'avait refilé le tuyau, désolée de ne pouvoir elle-même être à Paris pour qu'on s'en fasse une sortie commune, mais qui a régalé Yo, Bougre et mon ami d'amour, tous conscients de leur privilège et heureux d'être là.

Objet est bien le mot. Résultant de tensions sourdes qui n'ont besoin de nul extravagance pour transpercer l'obscurité du théâtre. Une voix rauque, presque éteinte, au souffle pourtant étincelant de vie, et une autre pure, lisse, de demi-miel, à la mélodie sans emphase. Une poésie aux mots crus, déchirés, portant en eux la cicatrice du palpitant désir de l'innocence, déparés des fioritures morales fabriquées par une société frustrée, affranchis plutôt que provocants tant ils en paraissent ignorants.

L'âme de Genet, de celui qui est entré en littérature par l'obscénité sublime, faisant le premier d'une bite en érection ou d'un jet de foutre non une fantaisie d'élite, reléguée aux dessous des manteaux de salons, mais une poétique clamée, au garde-à-vous en tête de ligne d'une œuvre d'abord et avant tout profondément humaniste.

moreau-daho.jpgL'évocation biographique de Genet par Sartre, lue par Jeanne Moreau dans les premières lumières du spectacle, retracent la trajectoire du poète, relégué aux confins de la société du bien et de celle du mal, et que l'enfance acculait au talent.

Il ne peut être que très présomptueux d'écrire sur ce moment, si précieux, sur cette perle brillant sous l'échafaud. J'ai déjà un peu honte de ces quelques mots en trop.

La seule chose qui est sûre, c'est qu'un jour, bientôt, souvent, tout le temps, je pourrais dire, nous pourrons dire : "j'y étais".

Extraits :

(...)

J'ai tué pour les yeux bleus d'un bel indifférent
Qui jamais ne comprit mon amour contenue,
Dans sa gondole noire une amante inconnue,
Belle comme un navire et morte en m'adorant.
 
Toi quand tu seras prêt, en arme pour le crime,
Masqué de cruauté, casqué de cheveux blonds,
Sur la cadence folle et brève des violons
Égorge une rentière en amour pour ta frime.

Apparaîtra sur terre un chevalier de fer,
Impassible et cruel, visible malgré l'heure
Dans le geste imprécis d'une vieille qui pleure.
Ne tremble pas surtout, devant son regard clair.
 
Cette apparition vient du ciel redoutable
Des crimes de l'amour. Enfant des profondeurs
Il naîtra de son corps d'étonnantes splendeurs,
Du foutre parfumé de sa queue adorable.
 
Rocher de granit noir sur le tapis de laine
Une main sur sa hanche, écoute-le marcher.
Marche vers le soleil de son corps sans péché,
Et t'allonge tranquille au bord de sa fontaine.

Chaque fête du sang délègue un beau garçon
Pour soutenir l'enfant dans sa première épreuve.
Apaise ta frayeur et ton angoisse neuve,
Suce son membre dur comme on suce un glaçon.
 
Mordille tendrement le paf qui bat ta joue,
Baise sa tête enflée, enfonce dans ton cou
Le paquet de ma bite avalé d'un seul coup.
Ètrangle-toi d'amour, dégorge, et fais ta moue !

Adore à deux genoux, comme un poteau sacré
Mon torse tatoué, adore jusqu'aux larmes
Mon sexe qui te romp, te frappe mieux qu'une arme,
Adore mon bàton qui va te pénétrer.

Il bondit sur tes yeux; il enfile ton âme
Penches un peu la tête et le vois se dresser.
L'apercevant si noble et si propre à baiser
Tu t'inclines très bas en lui disant: "Madame "!

Madame écoutez-moi ! Madame on meurt ici !
Le manoir est hanté ! La prison vole et tremble !
Au secours, nous bougeons! Emportez-nous ensemble,
Dans votre chambre au Ciel, Dame de la merci !

Appelez le soleil, qu'il vienne et me console.
Étranglez tous ces coqs ! Endormez le bourreau !
Le jour sourit mauvais derrière mon carreau.
La prison pour mourir est une fade école.

(...)

 

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24 novembre 2010

de mer profonde

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Barcelone, j'y reviendrai plus tard, quand j'aurai digéré. Trop beau, trop riche. Trop loin des souvenirs sombres que j'avais gardé de mes derniers passages. Trop lumineux sans doute pour se dire en deux coups les gros. Trop somptueux aussi, tendre. Ce n'est pas tant de Barcelone que je me dois de te parler d'ailleurs, mais de ce séjour empli de son meilleur. Promis, j'y reviendrai, donc, dès que la vie m'aura laissé un petit répit.

Avant de passer à côté de tout, je voudrais juste évoquer le dernier concert du Rainbow Symphony Orchestra. Ou plutôt ses derniers concerts, puisqu'il vient de se produire triomphalement à l'Oratoire du Louvre dans trois représentations ce week-end, assemblé pour l'occasion au magnifique chœur d'hommes des Mélo'men et au chœur féminin de Torcy, offrant à un public comblé une interprétation très réussie de la Messa di Gloria, de Puccini. Une performance qui doit beaucoup au chef commun à ces trois ensembles : John Dawkins.

J'assiste ravi depuis quelques années maintenant, au petit bonhomme de chemin de cet orchestre coloré - qui, tout de noir vêtu, avait cette fois offert son camaïeux à l'ensemble choral. Le programme du concert comprenait l'ouverture méconnue d'un compositeur français oublié - auteur pourtant de 50 opéras, pas un de moins, juste jamais montés nulle-part ! - mais qui a donné son nom à une des stations les plus fréquentées de la ligne A du RER : Auber. Sa Sirène, sortie de la Seine au dernier festival de l'Oh! pour intégrer le répertoire du RSO, est ma foi plutôt agréable. Jouée tout en fébrilité lors de la Première vendredi soir, elle avait déjà une belle maturité samedi, pour friser la perfection dimanche lors de la représentation de clôture, quand John sut imprimer à l'orchestre un tempo étiré et assumé, qui donnait tout leur relief aux petites pirouettes aiguës de la partie dansée.

Les mouvements lents servent à ça : atteindre le cœur, mais surtout servir d'écrin aux envolées légères. Comme l'orchestre se pare de noir pour souligner le bigarré d'un chœur.

Avant l'entracte, le thème fut décliné à l'anglaise, avec une pièce due au compositeur Hubert Parry, Blest pair of Sirens, qui justement vit les choristes entrer en scène. Pas ma tasse de thé, même si après plusieurs écoutes il me faut lui reconnaître une certaine capacité d'émotion !

66907_concert-messa-di-gloria-de-puccini.jpgLe clou du concert était donc cette messe de Puccini - une œuvre de jeunesse, d'avant qu'il ne se consacre totalement à l'opéra - mélodieuse à ravir, grandiose sans être grandiloquente, qui te prend dans d'incroyables moments d'extase mais te laisse souvent respirer dans des tonalités graves, plus proches de la méditation que de la transcendance.

Pour des raisons que tu connais, il se trouve que j'ai assisté aux trois représentations - après avoir suivi l'avant-première à Torcy. Tantôt avec un billet acheté - il faut bien soutenir le travail des ensembles amateurs - tantôt avec une invitation en bonne et dûe forme, ou un soir, ne le dis à personne, en resquillant un strapontin dans les coulisses.

La fusion du chœur et de l'orchestre était impeccable. L'exécution orchestrale s'est d'ailleurs avérée parfaitement maîtrisée. Si elle avait été encore un peu aléatoire à Torcy, la subtile attaque du Kyrié, le premier mouvement de la messe, tiré par des cordes légères, douces et lentes, accrochées dans les aigus, soutenues ensuite par des basses harmonieuses, a lancé l'œuvre sur d'excellents rails.

Le chœur ensuite est arrivé, presque imperceptible, sur un régime de marée montante avec ses déferlantes et ses ressacs. Puis, des frissons dans les membres, il t'appelait comme un grand bleu dans ses profondeurs. C'est samedi et dimanche que les canons, comme une houle de mer profonde, furent le mieux chaloupés. Quel résultat !

L'Oratoire du Louvre ayant fait salle comble chaque soir, j'étais samedi dans une tribune de l'arrière scène, juste au dessus de la lisière entre le chœur et l'orchestre, face au chef.

Déjà frappé, en auditeur attentif, par la maîtrise de John sur ces trois groupes réunis, l'avoir face à toi durant toute une représentation t'en aurait donné des clés. John est un garçon plutôt agréable, mince, élégant, souriant, l'oeil clair, une petite houppette à la tintin, et un accent so british à tomber. Mais devant ses musiciens et ses chanteurs, il dégage un charisme exceptionnel. Regards, mouvements, simple expression du visage, il donne et il donne sans compter à ses ouailles, rattrapant d'un geste ample, d'un sourire dessiné de la main sur son visage, ou d'un simple clignement de sourcil, la tendance au repli de certains chanteurs arcboutés à leur partition.

Sans ce don, l'œuvre n'existerait tout simplement pas. Mais cette générosité faisait de 150 quidams, dont le chant ou la musique n'est qu'un hobby, les artisans d'une émotion grandeur nature. Partagée, née d'une rencontre improbable entre des bourgeoises de banlieue, des garçons pimpants au talent choral éprouvé Oratoire.jpget d'un orchestre plus divers et ouvert à tout que franchement gay ou lesbien, par ailleurs en constant progrès, la messe de Puccini en fut majestueuse sous les voûtes de cette Église réformée, à l'acoustique sur mesure.

John était formidablement beau dans cette réverbération, face à ces artistes comme face à un miroir, obtenant tout d'un sourire, ne relâchant jamais son emprise.

Je ne pense pas que beaucoup d'ensembles amateurs puissent jamais aspirer à gravir de tels sommets musicaux. Mais avec du travail, et sous la baguette de John, ils le purent. L'attaque en chasse-neige des cors, le hoquet du tuba, ou même le démarrage précipité du premier violon en ont été des incidents insingnifiants. Et la joie des spectateurs était finalement assez mince à côté de celle des musiciens, des chanteurs, et surtout des chanteuses - qui reviennent de loin m'a-t-on dit - mais qui ont réalisé une admirable prouesse.

Ce sont les deux sollistes Guillaume et Frédéric, le ténor à barbichette et le baryton à chignon, qui ont naturellement rafflé la mise des applaudisements et des bouquets de fleurs, c'est la loi du genre et ce n'était pas démérité. Mais l'on aurait voulu les couvrir tous et toutes de leurs pétales bariolés.

Vivement que l'on connaisse le programme à venir de tous ces fabricants de bonheur.

En attendant, moi, ce soir, je m'offre grâce aux conseils avisés d'une fée qui doit encore enrager d'envie frustrée, Le condamné à mort de Jean Genet, dit et chanté par Etienne Daho et Jeanne Moreau. Deux représentations seulement, pour un album événement. Peut-être y suis-je, au moment où tu me lis...

Oui, je sais ce que sont les privilièges !

23 novembre 2010

le pont de la mort

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Ils étaient rassemblés dans la joie pour fêter l'eau. L'eau la douce, la pure, la nourricière. Ils fêtaient la vie, son essence. De part et d'autre des rives du Mékong. Sur un pont pour voir des joutes. Comme je les comprends !

Puis un mouvement de panique, que personne n'explique. Une rumeur. Le pont est instable, le pont va céder. Et la foule allégorique est devenue folle, incontrôlable. Il fallait fuir, s'échapper, coûte que coûte. Echapper à la vague humaine déferlante, devenue torrent de boue. Il n'y avait alors plus rien à faire.

Ils sont 345 au dernier bilan à y avoir laissé la peau. La fête de l'eau de Phnom Phen s'est transfigurée. Et l'eau, pour un temps, s'est montrée haïssable.

20 novembre 2010

question de temps

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Putain, pour les trois ans, j'aurais du te bombarder de papiers sur cette expérience bloguesque et les réflexions qu'elle m'inspire. J'avais plein d'idées en tête.

Je voulais te parler de ces rencontres qui ont changé ma vie, l'ont orientée, l'ont soulagée et m'ont fait garder prise quand tout s'effondrait autour de moi. Et au delà, de ces nouveaux amis qui rythment mes soirées, mes week-ends, même mes manifs. Je dois aux rendez-vous de blogueurs du Paris-Carnet mon entrée dans le cercle des prosélytes lyriques et ma découverte de l'opéra à peu de frais.

Je voulais te parler de cette histoire de mouchards, que de plus en plus de chefs d'entreprises installent sur les ordinateurs de leurs salariés, pour en limiter l'usage à des fins professionnelles. Je voulais parler de mon temps passé sur ce blog même pendant les heures de travail, de ce qu'il attise de ma curiosité, de mon acuité, de mes capacités lexicales, de mon assurance, de l'expression de points de vue assumés, de réflexions construites. Ce qu'il représente en gratification, entre deux tâches accomplies, fait de ce temps volé en apparence un espace indispensable de reconcentration au service de mon travail et des projets dont j'ai la charge.

Ça échappe à tous les indicateurs de productivité, ça n'entre pas dans les grilles des démarches "qualité" auxquelles nous sommes astreints. Beaucoup trop immatériel pour ça. Mais une étude menée en Australie en a, paraît-il, récemment confirmé l'utilité. Le temps perso sur un ordi, c'est aussi efficace qu'une pause cigarette ou qu'un break devant la machine à café...

J'aurais aussi voulu évoquer l'évolution des requêtes et des mots clés qui dessinent ma nouvelle géographie Google. La grande plaine du sexe, des branlettes, du touche-pipi, des expériences les plus diverses dont je n'ose même pas ici reproduire les termes, est désormais jalonnée de fréquents pics de références culturelles : on s'est chez moi beaucoup intéressé au poignet d'Hélène Grimaud ces derniers temps, à l'histoire de la Vénus hottentote, à Lulu...

J'aurais voulu parler des twitt, des facebook, des wikio, de tout ce à côté de quoi je passe pour ne pas me perdre dans l'univers virtuel, car le temps justement me manque, au travail comme à la maison, et m'empêche déjà d'aborder tous ces sujets. Je sors trop, sans doute, et ai moins l'opportunité du partage.

Je suis juste content, par la magie de la préprogrammation, d'avoir pu te balancer mon billet anniversaire depuis Barcelone où j'étais en week-end prolongé.

horloge-probe.jpgBarcelone, tiens, encore un truc où je suis en train de me mettre en retard. J'en ai plein à te dire, pourtant.

Bon, sur les trois ans, le mieux c'est que je referme le dossier, pas le temps, on essaiera de faire mieux pour les quatre ans !

Quant à Barcelone, promis, je m'y mets bientôt !

16 novembre 2010

trois ans

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Elle battait son plein lorsque j'y suis rentré. Chatoyante, effervescente. Décloisonnée et sans tabou. On allait y picorer de la littérature, des états d'âme décousus, des bribes de poésie, de la politique de bistrot, des expertises juridiques, des confessions intimes. Des chroniques culinaires. Des récits de voyage. Des histoires de rencontres. De belles et nobles révoltes. Du sexe, pourquoi le nier ?

Je lui ai d'abord tourné autour à cause du sexe, justement. Devenu par sa magie tension amoureuse. Car comme la grande musique, elle a du mystère qui t'autorise à l'hypnose.

Mon pourvoyeur de sexe avait été WajDi. Il m'avait comblé dans le secret de mes dimanche matin, avant le réveil de mon compagnon. Après l'audace d'un premier commentaire, et d'une première réponse, il était devenu l'objet d'une convoitise, puis le sujet d'une amitié distante, secrète, un sujet en détresse pour lequel je puisais, va savoir pourquoi, une sorte de devoir - peut-être parce que je trouvais dans ma propre histoire, que j'avais jusque-là considéré honteusement, les éléments d'un possible remède.

Alors je m'étais mis à écrire, à faire remonter des souvenirs, à m'analyser aussi bien... ce faisant, à donner du sens à mes travers honteux. Je le fis chez WajDi, six mois durant, et singulièrement durant un mois d'août où il avait abandonné son blog à ses lecteurs fidèles, depuis le cybercafé d'un quartier populaire de Budapest. C'est là que je fis la connaissance de Fiso, de Boby, et d'autres qui ont depuis disparu du paysage. On se parlait, on échangeait, on se réconfortait, on prenait plaisir à se côtoyer et parfois... à se rencontrer en vrai !

C'est ainsi que ça se passait alors, la blogo. C'était il y a trois ans. Et ma foi, sans rien savoir de ce où cela allait me conduire, un matin de désœuvrement, un vendredi de RTT je crois, je me lançais, fort des quelques rudiments que m'avait enseignés ma copine Fiso.

generalite-de-120.jpgSans projet. A l'aveugle. J'avais juste vaguement en tête qu'avec tout ce que j'avais écrit chez WajDi, rien qu'en recyclant je pouvais tenir quelques semaines. Et de fait, j'ai recyclé, en pagaille. A peu près tout, d'ailleurs. Tout ce que j'avais conservé d'écrit de mon histoire récente, même des copies de courriers à des amis, à des amants, à mes compagnes... je l'y ai recyclé.

16 novembre 2007, 16 novembre 2010. Trois ans de ma vie, à t'en raconter quarante. 10 % de ma vie d'adulte livrée jour après jour à ton regard, et où j'ai exercé le mien à en comprendre les 90 autres. Comment se fait-il que je sois encore là ?

J'ai mes rituels. Le matin, dès 6h15 au réveil, j'ouvre ma messagerie. C'est là que je reçois les alertes m'avisant qu'un commentaire a été déposé. C'est ma première gorgée de café. Et puis je jette un coup d'œil distrait sur les statistiques, je repère à leur avatar les blogologues de la communauté BlogitExpress et souris intérieurement.

Mais force est de constater que la blogo a changé, en trois ans. Ou alors c'est moi ? L'effervescence me paraît loin. Je constate ici et là quelques communautés encore bavardes, des billets ouvrant des sillons de commentaires par dizaines, surtout quand le sujet est politique. Mais les chicaneries politiciennes, ou les complaisances droitières, je n'ai plus ni le temps ni le goût de m'y frotter. Comment se fait-il que je sois encore là ?

Dans ses débuts, mon blog était nourri de sexe et de politique. Et de souvenirs alliant l'un à l'autre. Je garcons_de_la_piscine1.jpgme régalais dans cet anonymat ouvert, si nouveau pour moi, à parler du plus inavouable, de techniques de branle, de parties de touche-pipi, de partouzes organisées. J'exultais quand mon combat pour la justice trouvait, à travers une rencontre, à se marier à la tendresse et au sexe, et que je pouvais être cru et du coup, totalement sincère, comme aucune autre sphère de la vie sociale ne pouvait se le permettre.

Et puis... est-ce ce chagrin qui vint sanctionner trop de confiance ? Est-ce la perte progressive de l'anonymat, la corruption de la rencontre ? Est-ce parce que ma vie elle-même a changé ? Mon blog aujourd'hui s'alimente d'opéra et de politique. Le sexe y a laissé la place a un objet plus noble, mais pas moins orgasmique. Plus lumineux et moins racoleur. Plus difficile. Je n'en parle pas pour briller, d'ailleurs. Ce pourrait être le cas. Mais parce que partant de nulle part dans cet univers réservé, j'y accomplis comme un voyage initiatique, et l'écriture en est ma mise à l'épreuve. Un peu mes devoirs du soir pour capitaliser et apprendre. Je m'y sens au fond plus à nu que lorsque j'évoquais mes érections. La politique ne vient qu'en parenthèse, parce que je redoute d'abdiquer mes engagements et que le cri me reste la preuve de la résistance. Je refuse de désespérer du monde, et parfois ça me fâche avec les blogo-pessimistes chroniques.

L'eau demeure un fil bleu dans lequel j'aime à me plonger, avec le corps, avec les mots. Mon milieu immuable.

Ce petit coup d'œil dans le rétroviseur me fait percevoir que trois ans, c'est très long, et que sur un laps pareil, on connaît plusieurs phases. On change. Je n'ai plus mis les pieds dans un sauna gay depuis plus d'un an sans doute, j'ai délaissé mes nocturnes naturistes de Roger Le Gall, je ne donne plus suite aux relances téléphoniques des amants de coins de vestiaires. Nous sommes dotés d'une identité mobile. C'est peut-être de cette fluctuation que vient le mouvement.

C'est peut-être pour ça, que je suis toujours là. Même lorsque toi, tu n'y es plus.

12 novembre 2010

jeux autour d'un piano

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Ils sont entrés l'un après l'autre, chacun accompagnés jusqu'au bord de la scène. Fébrilement, ils ont d'abord regardé le public. Ils avaient l'air timides. La lumière les gênait, visiblement. Puis ils se sont assis en face du piano. Un piano droit, très assourdi mais doté d'un amplificateur. Un bastringue au son rond. Etouffé et enflé, enrobé. A la touche délicate. Pas de ceux que l'on trouve habituellement au Palais Garnier.

Tournant le dos au public, ils ont joué. Au sens propre. Et si leur seule présence l'un avec l'autre, timide était touchante, si leur proximité nous donnait à tous l'impression d'être simplement installés dans leur salon, autour d'une tasse de thé, dans une villa désuette de Budapest, c'est musicalement qu'ils nous ont impressionnés. Retrouvant Bach dans son intention, à la façon de Glenn Gould. Et Bartok, et d'autres. A deux ou à quatre mains, improbablement croisées.

L'Opéra national de Paris rendait hommage le 2 novembre à György Kurtág, l'un des grands compositeurs du 20ème siècle, et c'est avec sa femme Martha qu'ils interprétèrent Játékok, "Jeux", en hongrois, adaptation de pièces de divers compositeurs, tentatives d'accès à l'essence de la musique. Avec la simplicité comme seule règle.

C'était la première partie de ce concert. Tante Margot venait de mourir, mais je ne le savais pas encore.

10 novembre 2010

à la poursuite de Lulu

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Lulu, prototype de la femme fatale. Indomptable. Insondable. Libre. Partie de rien, finie comme rien, elle a tout connu sur le grand cycle du néant, jusqu'au meurtre. Elle est celle derrière qui l'on court à en mourir, sur l'échine de qui l'on se fracasse. L'objet du désir par excellence.

L'opéra d'Alban Berg en a fait un animal de foire, presque une princesse hottentote, quand la pièce de Wedekind en avait fait le paratonnerre à tous les fantasmes.

Je l'écoute et l'écoute à m'en repaître, ces jours-ci. Sous les baguettes de Pierre Boulez ou de Karl Böhm, enregistrements mythiques, paraît-il. Cultes, dirait-on aujourd'hui. Inaudible aux premières écoutes, puis encore aux suivantes, la partition d'Alban Berg prend finalement forme à mes oreilles, la dramaturgie s'anime peu à peu. La pièce de Wedekind, montée au théâtre de la Colline et que je suis allé voir dimanche, m'a permis d'y ajouter des images, des nuances aux personnages - épaisseur ou futilité - et certaines grilles d'interprétation.

Depuis, la musique m'en apparaît plus juste, plus intense encore.

Donc je suis prêt. Prêt à filer sur Barcelonne, courir à mon tour - c'est cocasse - derrière Lulu, et ce 189626-patricia-petibon-pavol-breslik-pendant.jpgfaisant assister à mon premier monument lyrique : Patricia Petibon dans le rôle titre, et Olivier Py à la mise en scène !

A la clé un week avec celui qui, il n'y a pas si longtemps encore, me laissait m'asphyxier dans mes propres frustrations, et aujourd'hui me tient par la main pour m'introduire dans ce sanctuaire réservé.

Avant de revenir de ce pèlerinage vers le futur, et d'en partager avec toi mes impressions, forcément belles, je te signale que la version théâtrale qui vient de m'enjouer à la Colline sera en tournée en janvier (*) : à Toulouse, à Grenoble et en Bretagne (hé hé ! - clin d'œil à quelques uns de mes blogo-lecteurs préférés).

Et vraiment, c'est à voir.

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(*) Grenoble MC2 du 7 au 13 janvier 2011, Nantes Le Grand T du 19 au 22 janvier 2011, Toulouse TNT du 27 au 30 janvier 2011