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31 octobre 2010

sonate d'automne

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Dernier jour d'octobre, 9 h.

Nous venons de gagner une heure.

Le mouvement social a pris la pause et ça me fait des vacances. J'ai remis la goulash à frémir.

La RTT m'a fait un pont entre la grève et le long week-end. Hier, la lumière de la Toussaint était généreuse.

J'ai rempli mon premier sac de feuilles mortes et nettoyé la salle de bain... Mon ami d'amour dort encore à poings fermés. Quel chemin parcouru !

J'ai ajouté une goutte de Thym à timol dans mon thé pour endiguer un rhume commençant. Deux mois que je m'essaye à l'aromathérapie, les résultats sont convaincants.

Ni lutte, ni tourment, ni sortie, ni fête, ni rencontre... juste un moment hors de tout, étoilé de coups d'archet et de petites notes de musique.

Dis, ça se raconte, l'apesanteur, sur un blog ?

09:03 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (8)

28 octobre 2010

le début de la récré

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Finie, pas finie, la mobilisation contre la réforme des retraites ? Moi j'y serai en tout cas, ce jeudi, et c'est à mes yeux déjà la preuve que la partie n'est pas jouée.

Les parlementaires ont donc achevé leur sale besogne, peu fiers. Les éditorialistes montent à présent au créneau sur les ondes. La bataille de l'opinion est perdue, mais la guerre idéologique continue. Distribution gratuite d'urticaire ! Entre ceux de la droite bien-pensante qui ne voient chez les acteurs du mouvement social qu'une minorité manipulée par des syndicats aux abois, et ceux d'une gauche de complaisance qui admet du bout des lèvres que ce cri de douleur était juste inévitable, ils s'accordent sur l'essentiel : on ne pouvait pas y couper, c'était écrit d'avance, parce que tous les grands pays, parce que la compétitivité, parce que la démographie, parce que la Chine, parce que mon chien, parce que, parce que, parce que.

Eh bien non. Ou plutôt oui, c'est vrai. Pour exister dans ce système fondé sur la compétition perpétuelle entre les individus, entre les activités, entre les territoires, dans la pensée, dans la culture et partout ailleurs, il faut que ceux qui n'ont rien renoncent à tout, histoire que ceux qui ont tout gonflent encore, et encore. Il faut faire vœu de pauvreté pour permettre aux milliardaires d'ici de peser plus lourd que les milliardaires d'à côté, et d'avoir une chance de les écraser, de les OPA-tiser, de les fusion-acquisition-iser - et au passage à ses serviteurs d'acquérir leur Rollex. Au fond, que valent quelques millions de pauvres, que vaut la vie de ces brassées humaines qui basculent chaque jour dans l'exclusion, que pèse le quotidien stressé des fins de mois impossibles, à côté des vrais enjeux de l'avenir ?

C'est bien ça, oui, dans ce système capitaliste qui a réinventé depuis longtemps les lendemains qui chantent, qui s'est donné des règles néo-libérales pour être bien sûr que quelques critères macro-économiques primeront toujours sur la vie des hommes, alors oui la réforme des retraites était indispensable. Et probablement la suppression des 35 heures, de la plupart des jours fériés, et de la cinquième semaine de congés payés. Puisqu'il faut être compétitif, pourquoi donc y faudrait-il une limite ?

C'est bizare, les mêmes éditorialistes n'évoquent pas les mouvements sociaux qui se poursuivent en Grèce, au Portugal, en Roumanie... On nous parle beaucoup de l'image de la France en Europe - que les syndicats auraient salement amochée - mais on nous dit assez peu comment le monde du travail en Europe regarde nos grèves et manifestations, et la part de rêve qu'ils y placent. Je ne crois pas, moi, que les hommes soient naturellement enclins à la compétition. Regarde-les, les hommes : c'est toujours dans la solidarité qu'ils sont le plus heureux.

Je crois par contre que ce système nous condamne à des crises à répétition, parce qu'il n'a rien d'autres à nous proposer que des enfermements et des renoncements.

Il va bien falloir que nous en reprenions vite les clés ! Toi, moi, ton voisin de palier, mon collègue de bureau, son correspondant de Bavière, ton blogopote de La Réunion... les gens bien, quoi, parce que nous n'avons qu'une vie !

Pour moi, ça commence à 13h à République. Il paraît qu'on n'arrivera pas loin du Fouquet's. Le début de la récré !

25 octobre 2010

Vénus noire

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Je m'étonnais, depuis plusieurs jours déjà, de voir arriver vers mon blog un flux croissant de connexions à partir de la requête "Princesse hottentote".

Bien sûr, je me souvenais avoir écrit un billet sur une pièce que j'avais particulièrement appréciée, la saison dernière, au théâtre de l'Athénée, consacrée à l'histoire obscène de l'exploitation sans vergogne d'une femme "importée d'Afrique", pour faire de ses attributs le clou d'animations de foire ou l'objet d'une bien malsaine curiosité scientifique. Une femme que les authorités muséales conservèrent des décennies dans du formol, qu'on pouvait voir encore il y a trente-cinq ans au Palais de Chaillot, avant qu'elle ne fût rendue à l'Afrique du Sud.

Cette histoire a valu à mon blog, chaque mois, tout au plus une ou deux connexions sur ce thème. Mais soudain, l'accélération : depuis le milieu de la semaine dernière, dix ou quinze connexions par jour, à partir de toutes les variantes orthographiques ou thématiques, parmi lesquelles cette jolie "princesse du musée de l'homme". Une énigme.

Jusqu'à samedi.

Où dans une rue de Paris, j'ai vu ça.

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Abdellatif Kechiche en a donc fait un film. Et il sort mercredi.

Vu ce que Kechiche a déjà été capable de faire avec une caméra. Vues sa sensibilité et son audace, je m'attends au meilleur, même si je continue à croire que le voyeurisme est difficile à mettre en scène. Je lui fait surtout confiance pour ne pas simplement nous dire qu'avant, les hommes étaient des cons, aujourd'hui parfaitement immunisés contre leur sottise.

Nous avons besoin de mises en garde. Quand la menace plane sur nos retraites, il ne faut pas perdre de vue celle qui oppresse les sans-papier, de Roumanie ou d'Afrique, et c'est bien en humaniste que l'on peut le mieux appréhender les enjeux de notre époque. Je fais aussi confiance à Kéchiche pour regarder ce monde, celui d'hier et celui d'aujourd'hui avec l'indulgence qui permet de croire à des lendemains. Deux heures quarante-quatre ne sont sans doute pas de trop pour ça !

24 octobre 2010

poignet blessé et pied levé

Parmi les figures qui comptent, dans le piano d'aujourd'hui en France, il y a Hélène Grimaud. Elle devait jouer au Théâtre des Champs-Elysées, vendredi dernier, le 2ème concerto de Rachmaninov, invitée par Vladimir Ashkenazy, avec l'Orchestre Philharmonia.

Je m'étais fait moucher pour ne pas connaître Hélène Grimaud, même de nom, lorsque j'avais acheté les places de ce concert, à la fin du mois d'août dernier. Preuve que si j'adore ce concerto de Rachmaninov, d'un romantisme déchirant, avec de sublimes envolées sonores, où le piano est grave, ample, dense, abandonnant souvent la mélodie à l'orchestre pour lui en constituer les bases, je reste profondément inculte dans ce domaine, comme dans d'autres.

Seulement voilà, poignet blessé, Hélène Grimaud s'était faite porter pâle et fut remplacée au pied levé par le jeune et brillant pianiste russe, Nikolaï Lugansky, spécialiste de Rachmaninov, invité  d'Eshkenazy pour le concert du surlendemain dans le cadre des trois concerts qu'il lui dédiait ce week-end.

Nous étions au perchoir. Une petite loge de côté, au premier rang, vue sur la moitié de l'orchestre et quelques touches du clavier, une octave et demi tout au plus. Près du plafond. Nous y avons perdu du son, et j'ai été déçu de ne pas être transporté par le cœur sonore du premier mouvement, trouvant le piano étouffé sous le poids de l'orchestre, à la traîne. Et ce n'est pas le brio du jeune talent qui fut en cause, car il eut l'occasion de nous en montrer d'autres facettes dans le bis qu'il nous offrit avant l'entracte.

On perd toujours de l'acoustique, perché dans les dernières loges de galerie. Le mariage piano-orchestre repose sur une alchimie subtile et se laisse affecter plus sensiblement que d'autres alliages.

Les violons ne doivent pas se fondre, ils ne sont pas un prolongement de la touche, ils doivent être soutenus pas l'effet percussif du piano. Le piano ne doit pas être donné avant les autres instruments, mais juste après. Une micro-seconde après. Pas plus, sinon l'orchestre semble être poussé, lourd, alors qu'il doit juste être porté.

Or le son du piano et celui de l'orchestre ne voyagent pas de la même manière dans la salle. Les cordes et les vents s'en vont résonner contre les parois de l'arrière scène, s'envolent vers la voûte avant de redescendre occuper l'espace acoustique. Le piano, lui, est projeté par son couvercle relevé, il arrive directement sur les fauteuils d'orchestre, puis remonte, atténué, vers les balcons successifs, jusqu'aux galeries du plafonnier. Il appartient au chef d'anticiper, de lancer l'orchestre en avance, en veillant à ne pas se laisser pousser.

J'ai été un peu déçu de la prestation de vendredi soir, mais je ne sais pas si je dois en accabler Hélène Grimaud, Vladimir Ashkenazy, Nikolaï Lugansky ou nos sièges...

C'est drôle, j'en étais juste à ces regrets quand sur Mezzo, ce dimanche matin, était diffusé cet enregistrement du 2ème concerto par Hélène Grimaud, accompagnée par l'orchestre du festival de Lucerne, avec Claudio Abado à la baguette. Admire, l'expressivité de son visage.

J'ai prévu de la revoir, en récital cette fois, le 26 novembre prochain, avec nos places dans une baignoire, à hauteur de scène. J'espère que son poignet sera réparé, et qu'elle n'aura pas à lever le pied.

22 octobre 2010

ainsi va la blogo

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Un gros ballon gonflé de mots et d'images, de vérités et de mensonges, d'usurpations et d'exhibitions, une sphère gigantesque, pas tout à fait lisse. De l'eau dans les crevasses. Des sables mouvants, presque inconsistants. Des îles qui se forment sous l'effet des courants, ou qui disparaissent ensevelies, avec leurs passagers clandestins. La faute aux bouleversements climatiques. Quelques plaques tectoniques qui se meuvent avec lenteur, qui font qu'on la reconnaît depuis l'espace. Autour, des réseaux sociaux en anneaux, des météores qui constellent le ciel de twitts fulgurants. On y naît, on y meurt, dans l'indifférence ou les larmes.

Bleue et paisible de loin, hospitalière de prime abord, on peut s'y perdre, s'y enliser, s'en ennivrer, s'encanailler à bon ou à mauvais escient pour peu qu'on y jette l'ancre.

Si tu y touches elle te transforme, si tu l'ignores elle te rattrape. Tu y vois une fenêtre pour échapper à quelque chose, puis elle t'enferme à son tour. Tentaculaire. Illusoire. Prédatrice.

Trente-sixième mois que j'y navigue. J'en côtoie les pièges. Des ailerons tournoient sans cesse autour de mon embarcation. Parfois la houle est tempétueuse. Mais j'y trouve encore les récifs paisibles et les baies protectrices.

Marin des grands chemins, j'ai appris à avancer sans plus me retourner sur les cadavres en décomposition. Mais ils m'habitent.

Parfois le ciel prend la figure des ogres.

20 octobre 2010

mon slogan préféré

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Lu hier à la manif, porté par deux lycéens espiègles :

"La retraite à 62 ans ? Pkoi pas à 69 ? Quitte à se faire baiser, autant choisir sa position !"

18 octobre 2010

les portes de l'histoire

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Il y a dans l'air comme quelque chose de 1995. La grève commence à peser, mais elle plaît. La pénurie de carburant fait entrer dans le quotidien une gêne. Mais on l'accepte avec philosophie. Avec jouissance. Presque heureux de voir ce mouvement, jusque-là indolore, impacter sa vie. Et donc l'économie. Mettre le gouvernement dans une impasse d'où il ne peut plus sortir. Sauf à attiser les tensions et parier sur la violence.

Qu'elle était drôle, Christine Lagarde, Madame 2%, affirmer les yeux dans les yeux dimanche, derrière un petit sourire narquois et des pommettes saillantes : "Vous êtes bien gentils avec vos histoires, comment pouvez-vous parler de pénurie ? 2% des stations service seulement sont fermées !", alors que les automobilistes en étaient déjà à se refiler des tuyaux, par voie de radio ou d'internet, sur les endroits où il restait de quoi se remplir le réservoir.

Ce soir, c'est Bussereau qui, sur le même registre, brandissait au journal de Pujadas sa carte de France des départements en état d'alerte, histoire de bien montrer que la situation était pleinement sous contrôle...  Voilà à quoi nous en sommes réduits : être gouvernés par Monsieur Météo. Dommage que météo-France ait ses radars en panne. Ou en grève.

Nous avons un gouvernement de guignols, qui s'agitent derrière un castelet transparent, sans plus l'ombre de la moindre crédibilité. Morbides, aveuglés par leur propre aplomb.

oskraeq2.jpgFigure-toi que je suis rentré dans la grande histoire sociale de la France il y a vingt-quatre ans. Le projet que je combattais s'appelait Devaquet. Chirac était Premier Ministre. Il jurait pendant des mois qu'il n'y avait rien à faire, que jamais il ne retirerait ce projet, qu'il en allait de la compétitivité de la France, qu'il fallait moderniser nos universités, qu'une minorité de manifestants n'aurait pas la peau de sa détermination.

Il envoyait même Pasqua et Pandreau, ses deux ministres aux dents de tigre, lâcher leurs bataillons de CRS provoquer et mâter la jeunesse rebelle. Il fallait faire peur. Il fallait décourager. Ils ne voyaient pas la force de la détermination gagner en assurance tranquille. Et quand un beau matin, on trouvait Malik Oussekine mort sous le porche d'un immeuble de la rue Gay-Lussac, terrassé par des coups de matraque de trop, ils pensaient bien que c'en était fait, que les rangs allaient enfin se rompre. Mais ce furent au contraire les derrnières digues de l'incrédulité qui cédèrent. Et un soir, pathétique mais non sans grandeur, au 20 heures d'une grande chaîne de télévision, Chirac vint en personne annoncer qu'il se rendait.

Et si les jeunes d'aujourd'hui entraient à leur tour dans l'histoire sociale de la France par la grande porte ? Par celle de la victoire ? De la conquête ?

Je m'en vais perdre demain ma cinquième journée de paye depuis l'été. Mais c'est quoi, cinq jours, à côté des deux ans qu'ils veulent me voler ? Et surtout, surtout, à côté de l'entrée de la nouvelle génération dans l'expérience initiatique de l'utilité de la lutte ?

Ça, c'est préparer l'avenir ! Et ils ont beau jouer les météorologues, ce n'est pas la pluie annoncée pour demain qui m'arrêtera !

17 octobre 2010

une journée bien remplie

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Tiens, je vais te raconter mon samedi...

Souvent, le samedi est une toute petite journée. Tu as travaillé assez tard le vendredi, tu finis ta semaine sur les rotules, en proie à un stress résiduel sournois. Au réveil, tu restes dans le coltard jusqu'à l'heure des courses, la sieste te conduit à la fin de l'après-midi, et tu es encore à moitié déchiré à l'heure d'honorer un dîner.

Mais au lendemain d'une RTT, tu rentres dans ton samedi avec vaillance, et ton week-end a une autre allure. Entre parenthèse : cette expérience me confirme à chaque fois que la société a tort de vouloir minimiser le temps qu'elle consacre à autre chose que le travail, le temps libre n'est pas coupable ! C'est le temps de la vie. Je ne sais pas combien d'années de vie on a gagné en 15 ans, bien qu'on nous en rebatte les oreilles, mais je sais qu'on a gagné bien plus de points de productivité, tous empochés par les seuls grands fortunés, et que cela suffit à ne pas me faire accepter le recul de l'âge de départ en retraite. Comme on lit dans les manifs, on n'a qu'une vie !

Vendredi s'était fini par un moment improvisé au Théâtre des Champs-Élysées. Pierre-Laurent Aimard jouait Bartok, Maessian, Liszt et Ravel dans, non pas un récital, mais un parcours musical d'une exceptionnelle virtuosité, où le piano, exploré de fond en comble, poussé au-delà de ses limites, pla2.jpgdonnait un son ample, épais, entêtant dans les graves, léger dans les trilles aigües, suspendu ou immergé en apnée, limpide ou accroché, souvent haletant. Aimard est paraît-il un grand spécialiste des musiques contemporaines, et c'est sur un coup de tête, car nous passions non-loin de là à la sortie du travail de mon ami, que nous avons décidé de chambouler notre programme pour nous offrir celui-ci. Dans un théâtre à moitié vide, nos places à 10 euros sont devenues des sièges à 65 euros, au premier rang du premier balcon, côté cours de trois-quart  : vue imprenable sur le pianiste et son clavier ! Voilà un miel que l'on aimerait goûter sans fin...

Bref ! Lancé sur de pareils rails, samedi fut donc gaillard.

Entre petit déjeuner tardif et déjeuner précoce, la matinée fut courte et s'est passée en cuisine. Puis ce fut une virée épique, à soixante kilomètres de ma lointaine banlieue, autant dire dans les confins de l'Ile-de-France où je devais laisser mon ami et son violoncelle pour quelque obscur séminaire de répétittion. Ah! la vie des musiciens !

J'avais prévu d'être de retour à Paris assez tôt, pour ne surtout pas manquer cette nouvelle manif, mais je n'avais juste pas prévu que mon réservoir serait vide, qu'il me faudrait réaliser un plein de gazole, et que cela me vaudrait près d'une heure d'attente devant la station service d'une grande enseigne de distribution.

Finalement, j'ai rejoint la place de la Nation à 16h 10 et ai trouvé sans difficulté une place où stat201010171446_zoom.jpgionner. Je fais ça désormais, les jours de manif : je me gare au point d'arrivée, et rallie la tête du cortège par le métro ou à pied selon l'état des perturbations : ça marche très  bien, dans tous les sens du terme.

Bon, à l'heure où j'arrivai, il était inutile de me rendre à République. J'ai donc remonté l'avenue Faidherbe et rencontrai bientôt la tête de l'un des deux cortèges, puis j'ai continué presque jusqu'à Bastille pour retrouver Yo, avec qui nous avons pris l'habitude de manifester ensemble, ce qui nous permet de nous signaler l'un à l'autre les beaux garçons du défilé. Il n'en manque pas, et la SNCF est plutôt bon pourvoyeur, soit dit en passant...

Mon Dieu, quel monde ! Les manifs en sens inverse, pour le coup, c'est spectaculaire. Je n'avais pas fait celle du samedi précédent, avec ces jeunes qui sont là en couple, ces familles, cette présence paisible mais déterminée qui rend si dérisoire l'arrogant déploiement des brigades de CRS dans les rues adjacentes. Rien semble ne pouvoir arrêter ce flot simple. Ce pouvoir est face à un os imprévu, je ne sais pas comment il va s'en sortir.

Revenu à Nation avant 17h 30, j'ai eu le temps d'aller à ma piscine de prédilection, juste à côté, de me faire un petit 1.200 mètres avant l'évacuation du bassin - dont six cents mètres d'un papillon dont je brutos12844.jpgmaîtrise de mieux en mieux la fluidité, quand-même ! - et de ne pas résister, lorsque le grand métis athlétique qui se douchait juste à côté de moi s'est dévêtu complètement dans la claire intention de s'offrir à ma vue, à la tentation de laisser aboutir une petite caresse, vite-fait bien-fait, sans un mot ni même un regard échangé, exactement comme j'aime.

J'étais ainsi repu, un océan de sérénité, en me rendant chez Fiso rencontrer quelques amies blogueuses et amis tout-court. Au milieu d'une ambiance chaude et sympathique comme elle en a le secret, le meilleur ami de son frère, cerise sur le gâteau, a fait une irruption aussi intense que fulgurante, magnétisant les convives du regard qu'il porte sur la vie depuis la capitale du grand pays d'Amérique centrale où il officie comme correspondant d'un quotidien du soir. J'aurais pu gober la cerise toute crue ! J'aurais pu.

Je pouvais rentrer chez moi tranquillement, sans avoir abusé du petit Sancerre blanc de derrière les fagots, ravi de toutes ces choses utiles et inutiles qui avaient empli ma journée.

As-tu remarqué que dans la vie, plus on se vide, plus on en ressort plein ?