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28 octobre 2010

le début de la récré

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Finie, pas finie, la mobilisation contre la réforme des retraites ? Moi j'y serai en tout cas, ce jeudi, et c'est à mes yeux déjà la preuve que la partie n'est pas jouée.

Les parlementaires ont donc achevé leur sale besogne, peu fiers. Les éditorialistes montent à présent au créneau sur les ondes. La bataille de l'opinion est perdue, mais la guerre idéologique continue. Distribution gratuite d'urticaire ! Entre ceux de la droite bien-pensante qui ne voient chez les acteurs du mouvement social qu'une minorité manipulée par des syndicats aux abois, et ceux d'une gauche de complaisance qui admet du bout des lèvres que ce cri de douleur était juste inévitable, ils s'accordent sur l'essentiel : on ne pouvait pas y couper, c'était écrit d'avance, parce que tous les grands pays, parce que la compétitivité, parce que la démographie, parce que la Chine, parce que mon chien, parce que, parce que, parce que.

Eh bien non. Ou plutôt oui, c'est vrai. Pour exister dans ce système fondé sur la compétition perpétuelle entre les individus, entre les activités, entre les territoires, dans la pensée, dans la culture et partout ailleurs, il faut que ceux qui n'ont rien renoncent à tout, histoire que ceux qui ont tout gonflent encore, et encore. Il faut faire vœu de pauvreté pour permettre aux milliardaires d'ici de peser plus lourd que les milliardaires d'à côté, et d'avoir une chance de les écraser, de les OPA-tiser, de les fusion-acquisition-iser - et au passage à ses serviteurs d'acquérir leur Rollex. Au fond, que valent quelques millions de pauvres, que vaut la vie de ces brassées humaines qui basculent chaque jour dans l'exclusion, que pèse le quotidien stressé des fins de mois impossibles, à côté des vrais enjeux de l'avenir ?

C'est bien ça, oui, dans ce système capitaliste qui a réinventé depuis longtemps les lendemains qui chantent, qui s'est donné des règles néo-libérales pour être bien sûr que quelques critères macro-économiques primeront toujours sur la vie des hommes, alors oui la réforme des retraites était indispensable. Et probablement la suppression des 35 heures, de la plupart des jours fériés, et de la cinquième semaine de congés payés. Puisqu'il faut être compétitif, pourquoi donc y faudrait-il une limite ?

C'est bizare, les mêmes éditorialistes n'évoquent pas les mouvements sociaux qui se poursuivent en Grèce, au Portugal, en Roumanie... On nous parle beaucoup de l'image de la France en Europe - que les syndicats auraient salement amochée - mais on nous dit assez peu comment le monde du travail en Europe regarde nos grèves et manifestations, et la part de rêve qu'ils y placent. Je ne crois pas, moi, que les hommes soient naturellement enclins à la compétition. Regarde-les, les hommes : c'est toujours dans la solidarité qu'ils sont le plus heureux.

Je crois par contre que ce système nous condamne à des crises à répétition, parce qu'il n'a rien d'autres à nous proposer que des enfermements et des renoncements.

Il va bien falloir que nous en reprenions vite les clés ! Toi, moi, ton voisin de palier, mon collègue de bureau, son correspondant de Bavière, ton blogopote de La Réunion... les gens bien, quoi, parce que nous n'avons qu'une vie !

Pour moi, ça commence à 13h à République. Il paraît qu'on n'arrivera pas loin du Fouquet's. Le début de la récré !

Commentaires

"qui ne voient chez les acteurs du mouvement social qu'une minorité manipulée par des syndicats aux abois", c'est exactement ça mais dans le sens opposé. En faisant semblant de lancer un grand mouvement qu'ils savaient voué par avance à l'échec parce qu'ils l'avaient organisé de sorte que.
Au final, tu as perdu combien de fric pour assurer à la CGT et à la CFDT une allégeance gouvernementale ? Je trouve ça dommage.

Écrit par : Olivier Autissier | 28 octobre 2010

-> Olivier Autissier -> C'est triste, Olivier, de te voir t'enfermer dans cette lecture cynique, désabusée, quasi complottiste de la situation.
Moi, j'y ai participé, à ce mouvement, et je n'y ai pas perdu 600 ou 700 euros ! J'y ai gagné : gagné des sourires et la joie de l'action collective, des tranches de dignité humaine, j'y ai vu une situation politique se transformer, ai rencontré des idées en bouleversement, sur notre société et aussi sur le pouvoir du peuple, même si nous n'avons pas gagné - pas encore en tout cas. Et puis moi au moins, j'ai agi. Et crois-moi, j'en garde la tête bien haute. Si ton critère pour entrer en lutte, c'est que la CFDT et la CGC lancent un appel à la grève générale illimitée, tu es immunisé contre les manifestations pour quelques siècles. Moi, je préfère me réjouir de voir que toutes ces centrales ont réussi à maintenir un front uni, oubliant pour un temps leur esprit de boutique. Relis ce que Georges Séguy raconte aujourd'hui du mouvement de 1968 : "ce qui en faisait sa force, c'est que le commandement de l'action échappait aux appareils syndicaux, mais était pris en main par les travailleurs eux-même".
Qu'à-tu fais, chez toi, pour donner le pouvoir aux salariés de ta boîte ?
Pour moi en tout cas, ce n'est pas terminé. Et j'ai cru comprendre chez les quelques deux millions qui ont manifesté encore aujourd'hui, en pleines vacances et juste après l'adoption de la la loi, que ça va continuer encore.
Donc ne te réjouis pas trop vite de l'échec de la mobilisation ! Tu as un peu trop l'art de tirer contre ton camp...

Écrit par : Oh!91 | 28 octobre 2010

Je ne me réjouis pas, bien au contraire.
1968 n'est pas 2010, et tu le sais très bien.
Je ne vois pas quelle situation politique a changé.
Et tu sais très bien que si les syndicats n'avaient pas appelé à chaque manifestation, je dis bien à chaque, il n'y en aurait eu aucune. Aucune. Et tu ne m'enlèveras pas de l'idée qu'ils l'ont fait de cette manière en toute connaissance de ce que j'appelle un échec et toi un espoir.
Quant à leur esprit de boutique, si tu l'as cru un temps oublié, c'est que tu es dans l'utopie ou l'aveuglement. Mais je suis d'accord avec toi, on peut et doit faire sans eux. A ce compte, comment se fait-il qu'il n'y aura personne demain dans la rue ?
Si ces sept jours avaient été accolés au lieu de leur dispersion, ça aurait probablement tout changé. Tout changé. Mais non, personne, je dis bien personne n'a voulu s'en donner les moyens. Et alors, j'y aurais continué à y être.
Pourquoi veux-tu que j'ai eu à donner le pouvoir aux salariés de ma boîte ?

Ce que je dis et que tu ne sembles pas vouloir comprendre, c'est que les manifestants ont été manipulés par les grosses centrales syndicales qui savaient comment ça se terminerait. Même si tu penses que ça n'est pas terminé.
Je suis pour descendre dans la rue pour dire son mécontentement, mais quand l'enjeu est de se faire couper une première couille, je dis qu'on ne doit pas en remonter. Pour moi, l'erreur a été là. Le reste n'a été que de l'illusion, de la bonne conscience. Tant mieux si tu y as gagné des émotions. Pour moi le combat n'était pas là. Ou pas seulement.

Écrit par : Olivier Autissier | 28 octobre 2010

-> Olivier Autissier -> Désolé, mais cet état d'esprit présomptueux et donneur de leçon, me dépasse. Si tu veux éditer LE vade mecum de la "bonne" action syndicale, libre à toi ! Passe-moi un coup de fil le jour de la révolution !

Écrit par : Oh!91 | 28 octobre 2010

Qui te parle de révolution ?
Je n'ai pas l'impression de donner de leçon, juste de défendre mon point de vue.
Bien sûr, libre à ceux qui souhaite continuer le mouvement.
Je me retire donc du débat puisque comme des milliers de blogueurs, il faut impérativement être de ton avis pour être bien reçu dans tes commentaires. Je le constate à regrets.

Écrit par : Olivier Autissier | 29 octobre 2010

-> Olivier Autissier -> Ah! ben non !! Tu ne peux pas commenter dans une posture de débat contradictoire, et considérer que tu es mal reçu parce que j'exprime un point de vue contradictoire, ou même parce que je manifeste de l'agacement, voire une pointe d'exaltation ! Tu débats, donc tu t'exposes, et moi itou. Mais si tu préfères, j'efface toutes mes réponses qui précèdent et me contente d'un "c'est ton avis, ce n'est pas le mien, mais ce n'est pas grave, à bientôt, bisous !" On aurait l'air con, non ?
Le seul truc, c'est qu'on est un peu dans un face-à-face, là, et que c'est toujours stérile, les face-à-face. Je leur préfère les débats plus collectifs, mais pas de bol, y'a plus personne !!...

Écrit par : Oh!91 | 29 octobre 2010

Cela n'apportera sans doute rien au débat... mais j'ai eu l'impression en effet que les syndicats n'y croyaient pas et faisaient en sorte de gérer la colère (horrible expression, je sais).
Par contre, dans la rue, une chaleur, une conviction revigorante, l'émergence me semble-t-il d'une revendication positive : oui, il est possible de faire autrement. Et un peu partout, chez des personnes insoupçonnables jusqu'alors, une interrogation féconde.
Alors, non, je ne crois pas que cela n'ait servi à rien. Toutes les conditions n'étaient pas réunies, mais le sont-elles jamais ? Entendre et lire - ailleurs que là où on le disait déjà avec conviction - qu'il s'agit de repenser notre choix de société, ensoleille ma confiance.

Écrit par : Axel | 01 novembre 2010

-> Axel -> Mais oui, c'est ce qui se passe dans l'action collective, qui est intéressant, les syndicats, on s'en fout. Les structures sociales et autres corps constitués ont vocation à défendre leur bout de gras, à gérer, comme tu dis, les institutions sont conservatrices par essence, et le pouvoir corrupteur. Mais quand des hommes et des femmes se retrouvent ensemble dans l'action, avec des jeunes, la solidarité devient un vrai catalyseur, un soleil, pour reprendre ta jolie expression, jeté sur notre confiance.

Écrit par : Oh!91 | 01 novembre 2010

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