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25 octobre 2010

Vénus noire

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Je m'étonnais, depuis plusieurs jours déjà, de voir arriver vers mon blog un flux croissant de connexions à partir de la requête "Princesse hottentote".

Bien sûr, je me souvenais avoir écrit un billet sur une pièce que j'avais particulièrement appréciée, la saison dernière, au théâtre de l'Athénée, consacrée à l'histoire obscène de l'exploitation sans vergogne d'une femme "importée d'Afrique", pour faire de ses attributs le clou d'animations de foire ou l'objet d'une bien malsaine curiosité scientifique. Une femme que les authorités muséales conservèrent des décennies dans du formol, qu'on pouvait voir encore il y a trente-cinq ans au Palais de Chaillot, avant qu'elle ne fût rendue à l'Afrique du Sud.

Cette histoire a valu à mon blog, chaque mois, tout au plus une ou deux connexions sur ce thème. Mais soudain, l'accélération : depuis le milieu de la semaine dernière, dix ou quinze connexions par jour, à partir de toutes les variantes orthographiques ou thématiques, parmi lesquelles cette jolie "princesse du musée de l'homme". Une énigme.

Jusqu'à samedi.

Où dans une rue de Paris, j'ai vu ça.

affiche Vénus noire.jpg

Abdellatif Kechiche en a donc fait un film. Et il sort mercredi.

Vu ce que Kechiche a déjà été capable de faire avec une caméra. Vues sa sensibilité et son audace, je m'attends au meilleur, même si je continue à croire que le voyeurisme est difficile à mettre en scène. Je lui fait surtout confiance pour ne pas simplement nous dire qu'avant, les hommes étaient des cons, aujourd'hui parfaitement immunisés contre leur sottise.

Nous avons besoin de mises en garde. Quand la menace plane sur nos retraites, il ne faut pas perdre de vue celle qui oppresse les sans-papier, de Roumanie ou d'Afrique, et c'est bien en humaniste que l'on peut le mieux appréhender les enjeux de notre époque. Je fais aussi confiance à Kéchiche pour regarder ce monde, celui d'hier et celui d'aujourd'hui avec l'indulgence qui permet de croire à des lendemains. Deux heures quarante-quatre ne sont sans doute pas de trop pour ça !

Commentaires

Tu peux lui faire confiance, c'est très bien !

Écrit par : Fauvette | 25 octobre 2010

-> Fauvette -> Pfff ! Bon, je vois qu'il y en a qui jouent les VIP dans des avant-premières !!!

Écrit par : Oh!91 | 28 octobre 2010

Le peu de critiques que j'aie entendues étaient suffisamment élogieuses pour me donner envie d'aller le voir. Un sujet pas facile tout de même qui met en scène nos a priori et des théories fumeuses d'un autre siècle sur les races et leur potentiel qui ne sont pas pour autant sortie de l'actualité !

Écrit par : Gicerilla | 29 octobre 2010

-> Gicerilla -> Oui, et ce qui me paraît intéressant, dans cette histoire, c'est qu'elle pose la question de l'altérité, et que si les a priori ont évolué, évidemment - il faut bien que la connaissance serve à quelque chose, et qu'une certaine sagesse s'installe - la question reste fortement d'actualité. Même si nos dirigeants préfèrent se poser celle de l'identité !

Écrit par : Oh!91 | 29 octobre 2010

J'ai vu le film avant hier et suis sorti avant la fin. j'ai dû quitté avant les 20 dernières minutes. Kéchiche n'est pas indulgent comme cité plus haut ni avec les anciens et encore moins avec nous. Il nous place dans la peau ou plutôt dans la tête du voyeur tout au long du film et nous impose ce regard pendant 2h44 , de celui qui matte la vénus noire dans toutes les poses les plus humiliantes et de ses spectateurs ( petit peuple, noblesse et scientifiques ) qui la regardent, la jaugent et la palpent. C'est dur, c'est insupportable. difficilement soutenable.

Écrit par : zigoto75 | 29 octobre 2010

-> zigoto75 -> D'abord merci de ce commentaire, et bienvenue ici ! J'irai le voir lundi - peut-être du coup avec un peu de prévenance - et je te dirai alors si je partage ton point de vue.

Écrit par : Oh!91 | 30 octobre 2010

Les commentaires sont fermés.