Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10 octobre 2010

le grand théâtre de l'obscène

FunPhotoBox_4701020804230.jpg

Désormais, la politique du parapluie s'applique donc au domaine de la culture. La rétrospective de Larry Clark parle de l'adolescence, de façon crue. Un peu comme les ados ont besoin qu'on leur en parle. Mais l'adolescence n'aura pas le droit de la voir. Les images incriminées datent, pour certaines d'entre elles, de mon enfance. Elles illustraient l'Encyclopédie de la Vie sexuelle que je consultais en secret bien qu'elle fût installée dans les rayonnages de la bibliothèque de la maison à l'intention de notre petite fratrie. Je n'y ai pas appris à être adolescent, j'y ai peut-être juste admis le pourquoi d'un mal-être et ainsi pu, avec d'autres repères, me situer.

Seulement voilà : il POURRAIT y avoir une plainte, un tribunal POURRAIT condamner la ville de Paris, 578721_sans-titre.jpgcela POURRAIT relever du pénal. Alors par précaution, on émet un arrêté d'interdiction pour les moins de 18 ans. C'est tellement plus simple, la lâcheté. Mais c'est tellement plus obscène ! On me dira que grâce à cette mesure, l'œuvre est montrée dans son intégralité pour la première fois. Oui, mais si on lui dénie ses vertus pédagogiques, à quoi sert l'art.

J'aurais préféré voir les talents de communication de la ville de Paris déployés dans un prétoire, si quelque détracteur avait osé l'y convier, pour y prendre le parti de l'art et de sa liberté, plutôt qu'ainsi étalés, défensifs, dans les journaux pour justifier la pudibonderie. Pour les jeunes, j'aurais préféré de la mise en garde, de la médiation, peut-être des espaces derrière un film opaque, comme l'avait fait la Cinémathèque pour présenter, dans l'exposition de la Lanterne magique, derrière l'épais rideau rouge d'un salon bourgeois, les premiers pas des films érotiques d'animation. Mais pas de l'interdiction.

homme-au-bain-de-christophe-honore-7942444plhmi.jpgOn a beaucoup reproché aussi au tout dernier film de Christophe Honoré, L'homme au bain, sa pornographie, voire une vacuité au seul service de fantasmes sexuels explicites. Oui, il y a du sexe, chez Honoré, de beaux sexes, d'ailleurs, en érection, en demande. Omar, jeune galérien du cinéma, chétif et éteint, anti-stéréotype sexuel par excellence, qui vit dans une cité de Gennevilliers, est lassé des infidélités et de la brutalité d'Emmanuel, son compagnon bodybuildé, joué par une star du X gay, qui cultive son image autant que son plaisir. Il profite d'un voyage professionnel à New-York auprès de Chiara Mastroiani qui pour l'occasion joue son propre rôle, pour prendre une décision de séparation définitive. Emmanuel a une semaine pour quitter l'appartement d'Omar. C'est le contrat.

Le film, c'est une semaine des trajectoires parallèles des deux garçons. Le premier, blessé mais libéré, fort de la décision qu'il a prise, se laisse charmer à New-York par un jeune cinéphile québécois à la grâce éthérée. L'autre multiplie les aventures mais s'enferme, à la dérive, dans le souvenir obsessionnel du compagnon parti. Pas beaucoup plus que la photographie du retournement du rapport dominant-dominé, un grand classique, où contrairement à ce qui s'est écrit sur le film, les clichés  homosexuels n'ont pas d'autres fonctions que d'y être dépassés. Les parcours, superposés l'un à l'autre, l'un tourné sur pied, l'autre en amateur, vidéo au poing, au cœur de deux formes opposées de consommation sexuelle, confrontent chacun des deux hommes à un trio inattendu en présence d'une femme, dans des situations de triolisme qui seront en définitive la seule vraie rencontre des deux amants au cours du film, le sens de leur recherche amoureuse leur étant ainsi virtuellement restituée, par delà le déterminisme de la pratique sexuelle.

C'est un cinéma de la vie, dans ses lenteurs comme dans sa crudité, qui rejoint l'hyperréalisme de Larry Clarck, mais qui, gorgé de sexe, est dépourvu d'obscénité.

Tout comme n'est pas obscène la longue masturbation à cru à laquelle se livre Stefan Konarske dans la pièce de Bernard-Marie Koltès que je suis allé voir à La Colline il y CombatNegre2.jpga - mon Dieu, déjà !... - bien quinze jours. On y reprenait Combat de nègre et de chiens. Superbe mise en scène, et jeu exceptionnel de tous les comédiens, extraordinairement vrais.

Une entreprise blanche de BTP en Afrique. Trois hommes, une femme. Horn, chef du chantier en cours de liquidation, fait venir Léone, sa jeune épouse auprès de lui. Cal, l'ingénieur en mal de femmes, en mal de vivre, vient de tuer, par dépit, un ouvrier africain dont le frère, Alboury, du village voisin, vient réclamer le corps. Caché derrière un arbre, tapis dans l'ombre, à l'abri des systèmes de sécurité, Alboury est joué par un cœur d'hommes : il pourrait être tout autre Africain, il est toute l'Afrique, il est tous les opprimés. Il dégage par la force de la scansion celle de son droit et de ses coutumes. Horn, le tout puissant impuissant, est pris dans l'étau, il ne pourra à la fois protéger son ingénieur et donner droit à l'Africain. Il bavarde, gagne du temps, cherche à corrompre, sans avarice pour les bouteilles d'alcool. Puis monte un stratagème de mort.

Il y a de la crudité, de la frustration, de la faim de sexe. C'est devant la jeune épouse encore vierge de son chef que Cal, parvenu aux confins de son cynisme, se livre à cette longue masturbation en plein milieu de la scène.

L'obscénité est pourtant ailleurs : dans la concupiscence de l'ingénieur, dans la condescendance du chef, dans la frivolité de l'épouse, qui, tombée amoureuse d'Alboury, pense qu'en s'offrant à lui il renoncera à sa quête. Dans ces regards qui n'ont pas tous de la cruauté, mais qui ne peuvent se défaire du statut néo-colonial qui leur colle à la peau.

Tu te rappelles de WajDi ? Ah ! C'était les grandes années de la blogo... Un jour où il nous arrivait de discuter, il m'avait dit qu'il trouvait beaucoup d'obscénité à s'entourer la taille d'une serviette pour se cacher le sexe, dans des vestiaires d'hommes.

Je trouve aussi que la violence est surtout, souvent, derrière ce que l'on cache.

Commentaires

Excellent papier, oui, vraiment avant de prendre ma place dans le vacarme , merci

Écrit par : Sissi de la Scarpe | 11 octobre 2010

-> Sissi de la Scarpe -> Tiens, y'avait longtemps... Merci de ton com. Moi ausi, le vacarme m'assourdit.

Écrit par : Oh!91 | 12 octobre 2010

Les commentaires sont fermés.