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09 octobre 2010

le génie mélodique

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Quel est le lieu où se joue la tragédie humaine, sans qu'il ne se passe rien ? Le coeur, bien-sûr. Et c'est au coeur du coeur, au coeur des coeurs, que je me suis laissé convier par Tchaïkovsky, dans les sept tableaux de son Opéra lyrique Eugène Onéguine, qui étaient donnés à l'Opéra Bastille mardi dernier.

Mon premier opéra de Tchaïkovsky. Une plongée dans le tourment amoureux. Dans ses retournements. Dans sa malédiction. Depuis la flamme du premier transport, jusqu'à sa fin promise, pathétique. Un miroir.

"On prie le ciel pour qu'il nous envoie le bonheur, et il ne nous envoie que l'habitude", dit une chanson populaire russe dansée par les villageois d'une contrée reculée.

Là-bas, dans cet univers rural indolent, Lenski et Onéguine sont les meilleurs amis du monde. Le premier, jeune poète fougueux s'éprend de sa voisine, la belle Olga, lumineuse et frivole, dont la sœur Tatiana, au caractère mélancolique, tombe amoureuse du second, son jeune ami séducteur et dandy.

Tous les éléments sont dans ce quatuor à cœurs. Onéguine éconduit Tatiana, s'encanaille avec Olga. Offensé et trahi, Lenski convoque son ami dans un duel où il se fera tuer. Quelques années plus tard, Onéguine retrouve Tatiana, alors aristocratiquement mariée, s'éprend enfin de la belle ténébreuse, mais celle-ci, malgré l'amour qui n'a cessé de la ronger, forte même de cette épreuve, choisit l'honneur et abandonne son tortionnaire à sa détresse totale.

Hormis un combat d'hommes, il ne se passe rien dans cet opéra, qui te saisit d'abord par sa lumière et sa lenteur.

La mise en scène, reprise de Willy Decker et montée à l'Opéra Bastille en 1995, pose des cadres, à quatre côtés, des trajectoires où parfois l'on se croise mais où souvent l'on se manque, où l'on s'évite. La couleur bascule au noir entre les deux actes. Et tu ressors, dans la sobriété de l'ensemble, avec en tête l'air de l'aria de Lensky avant son combat. Son chant au passé révolu, à l'ami évanoui, un poème d'amour, en fin de compte, au presqu'amant qui incarnait sa jeunesse désinvolte, un déchirement absolu (en voir dans la vidéo ci-dessous, une interprétation particulièrement sensible, en récital, de Vladimir Atlantov).

Trois heures, entracte inclus, où l'introspection de l'âme humaine se substitue au récit pour dire l'impossibilité amoureuse.

Tchaïkovsky est décidément un mélodiste de génie.

Olga Guryakova, qui interprétait le rôle de Tatiana réalise une performance convaincante. La voix chevrotante dans les premières mesures, le jeune  baryton français Ludovic Tézier, dans le rôle d'Onéguine, s'est ensuite avéré avoir un chant perçant et précis. Quant à Lenski, le poète qui court se perdre dans l'absolu, c'est lui qui a séduit la salle, et l'on ne saurait trop dire si c'est au personnage tiré de Pouchkine et conçu par Tchaïkovsky qu'on le doit, ou à son interprète, le ténor Joseph Kaiser, au physique et au jeu très justes.

Ma nièce à droite, ma collègue à gauche, décontenancées un temps par le rythme, se sont laissées gagner par la mélodie et les voix, par l'intimité émouvante de l'ensemble, et sont sorties heureuses de leur soirée.

Ce soir, la saison continue : avec Wagner et le Vaisseau Fantôme, mis en scène par le même Willy Decker ! Je ne sais pas si cela me consolera de ma Walkyrie rentrée, mais ce fera le deuxième Wagner à mon actif. Et je ne sais pas pourquoi, je m'attends à plus de bruit et de mouvement. J'espère ne pas être déçu comme Fauvette l'a été...

Ci-dessous, le fameux aria de Lenski :

 

Commentaires

Ah oui, c'était bien Eugène Onéguine, et tu en parles magnifiquement.
Que c'est beau le russe ! C'était la première fois que j'entendais un opéra en russe.

Quant au Vaisseau, ce qui m'a déçue c'est la mise en scène trop plate et statique, le manque d'élan. Les chanteurs eux, étaient très bons.
Oui, je me souviens tu as raté la Walkyrie (pour de bonnes raisons), tu auras peut-être l'occasion de te rattraper !
Bises.

Écrit par : Fauvette | 10 octobre 2010

-> Fauvette -> Finalement, j'ai pas mal aimé le Vaisseau Fantôme, les deux heures et demi sont passées comme une lettre à la poste. C'est vrai que la mise en scène est un peu statique (comme celle d'Onéguine, d'ailleurs), mais la musique, remarquablement instrumentalisée, m'a emporté, tout comme les chœurs et cette Adrianne Pieczonka qui jouait Senta. Le seul vrai bémol, et de taille : le Hollandais volant, interprété par un Jame Morris atone : son chant était faible, faux, un pur naufrage, c'est le cas de le dire ! Bises

Écrit par : Oh!91 | 10 octobre 2010

Moi aussi j'ai aime Senta, et Eric aussi.
Bon je suis soulagee, si dans l'ensemble tu as vibre.

Dis-donc as-tu vu la pièce La Fabbrica ? C'est au Theatre Marigny, les chants revolutionnaires sont splendides !

Écrit par : Fauvette | 10 octobre 2010

-> Fauvette -> Erik aussi était sensationnel. Et le marin-sentinelle aussi. C'est vrai. La Fabbrica ? Non, je n'ai pas vu. J'ai juste lu ce que tu en avais écrit. Ça a l'air tentant, je vais me renseigner !

Écrit par : Oh!91 | 12 octobre 2010

J'ai aussi beaucoup apprécié la musique de cet opéra, mais vocalement, ce qui m'a le plus frappé est l'air du prince Grémine (Gleb Nikolski) et la scène de la lettre de Tatiana.

Écrit par : Joël | 25 octobre 2010

-> Joël -> Grémine m'a aussi scotché, magnifique ténor, d'une limpidité incroyable. D'ailleurs, lors de ma représentation (était-ce la même ?) Gleb Nikolski fut longuement ovationné !... Nous-y croiserons-nous, un de ces quatre, dans les travées de Bastille ?

Écrit par : Oh!91 | 25 octobre 2010

Je crois que sa voix était un peu plus basse que celle d'un ténor, mais oui, il a été longuement ovationné (ce qui laisse le temps de s'éponger les yeux...) les deux fois où j'y suis allé (17 et 26 septembre).
La prochaine fois qu'on se croise à Bastille, ce ne sera peut-être pas en soirée, peut-être plutôt en matinée lors d'une file d'attente...

Écrit par : Joël | 26 octobre 2010

-> Joël -> Je te confirme : j'y serai le 19, on m'a dit beaucoup de bien de cet Ariane à Naxos !!

Écrit par : Oh!91 | 28 octobre 2010

Les commentaires sont fermés.