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05 octobre 2010

un simple document administratif

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Au risque de provoquer le dédain narquois de la bienpensance sarkozyenne, l'ire de la droite décomplexée, et l'embarras de mes amis électoralistes de gauche, je vais oser un parallèle. Un parallèle entre deux textes qui ne sont au fond que des documents administratifs. Préparés par des fonctionnaires, corrigés par des éminences de cabinet, peaufinés et signés par des politiques ou leurs représentants. Des documents qui pourraient règlementer le niveau de chlore dans les eaux de piscine, fixer un seuil pour l'indemnisation du chômage, déterminer l'âge légal de départ en retraite. Des textes que l'on imagine énoncés par des serviteurs de l'État sortis de grandes écoles, défendus doctement par des argumentaires construits sur le bon sens, au nom des intérêts supérieurs de la Nation et de la préservation de l'ordre public, celà va sans dire. Et non, bien-sûr, il ne faut pas y voir le mal ou je ne sais quelles arrières pensées, nous nous en tiendrons là !

Le premier, c'est une circulaire enjoignant aux préfets de démanteler des campements illégaux, prioritairement des Roms, et de se livrer dans ce domaine à au moins une opération à forte visibilité par semaine. Le second est une loi établissant un statut pour les Juifs. Le premier a été signé par le Directeur de cabinet du Ministre de l'intérieur. Le second a été annoté, commenté et durci par un Maréchal chef d'État. Le premier n'a pas conduit à ce jour à une seule mort d'homme connue. Le second a conduit à la mort de 75.721 Juifs de France en déportation. Le premier a été annulé et remplacé, sous la menace d'une procédure judiciaire euroépenne, mais ses auteurs sont toujours aux manettes. Le second a été promulgué le 18 octobre 1940. La presse officielle écrira le lendemain (L’Eclaireur de Nice du 19 octobre 1940) : "La loi portant statut des Juifs reflète la sérénité. Aucune passion. Rien qui soit un reniement de l’idéal humain dont s’est toujours inspiré la France". Elle n'avait alors, ni même dans les mois qui suivirent, provoqué aucune mort d'homme connue.

Vitupérez, droite pétainiste, bien-pensants sarkozyens, dénoncez l'excès du propos, l'extravagance du procédé... Moi, je ne vois que deux papiers, deux actes, annotés, corrigés, publiés. Deux banales procédures administratives. Trois fois rien, en somme.

En 2007, l'excellent film de Nicolas Klotz, La question humaine, avec Michaël Lonsdale et Mathieu Amalric, dénonçait subtilement comment la pire perversité criminelle peut être transmise à tout un corps social - une entreprise ou une administration d'État - même peu préparé, par le seul moyen de la procédure administrative.

Depuis Pétain, plus précisément depuis Sarkozy, il y a même un petit nouveau. La rémunération des Préfet comporte désormais une prime au mérite, qui peut aller jusqu'à 66.000 euros par an, liée à la bonne réalisation des objectifs qui leurs sont assignés.

Désormais, l'on ne peut plus savoir si derrière la forfaiture, les préfets sont des serviteurs de l'État ou des serviteurs de leur porte-monnaie.

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