Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03 octobre 2010

au bord de la fosse

Place-de-la-bastille-crep-1.jpg

Vois-tu, on peut se croire novice, jouer aux humbles, tâcher de ne pas trop la ramener quand le niveau s'élève, placer un "pour moi, vous savez, c'est tout nouveau" histoire d'éviter les questions embarrassantes... un jour, malgré soi, on se retrouve sur le devant de la scène. Bah, la scène dont je te parle, elle est toute petite. Elle se trouve du côté de l'Opéra Bastille, certes, mais côté trottoir. Là où, le jour de la mise en vente des spectacles au guichet, on se rassemble à la fin de la nuit, à quelques fous furieux, pour prendre son rang dans une file d'attente et, sur le coup de midi, décrocher le Graal version low cost : une place acceptable, avec vue sur les surtitres - primordial - pour seulement 20 euros.

Tu te rappelles peut-être que je me suis inscrit, il y a un an et demi, au blogo-groupe des Prosélytes lyriques, grâce auquel, à quelques uns, nous nous soulageons de la corvée à tour de rôle. Selon les aléas de mon courage matinal, j'ai tour à tour obtenu les rangs 36, 19, 31, 50, 27, 61 et 5, et grâce à ces efforts, des billets généralement bien placés. Ce sont des queues très organisées, avec appel par numéro chaque heure, et entre deux la possibilité de vaquer, autour d'un café, par exemple. Organisées donc, mais de façon informelle, par des amateurs. Dans tous les sens du treme.

Vendredi, c'est pour l'obscur Mathis, le peintre, du ténébreux post-romantique Hindemith, que je m'étais levé. Jamais montée en France, cette œuvre se traîne surtout la réputation d'avoir eu ses représentations interrompues au Liceu de Barcelonne, en janvier 1994, après l'incendie du Grand Théâtre catalan - on en apprend des choses, dans ces queues ! Cette œuvre est maudite.

C'est peut-être pour ça qu'à cinq heures du matin, cinq heures moins vingt pour être précis, ce vendredi, je me suis trouvé être... le premier. Avec personne pour me donner mon ticket, donc, quatre-vingt premières minutes d'attente dehors, dans le froid, au milieu d'un ballet d'hommes en jaune-fluo, ouvriers du BTP attendant l'arrivée de leurs camions de chantier, ou d'agents de police en civil jouant à Starsky et Hutch avec des jeunes de banlieue.

C'est bien 45 minutes après moi que Michel est arrivé, avec sa petite boîte magique contenant les tickets numérotés. Gilda, prosélyte devant l'éternel mais impressionnée par l'exploit, n'a pas pu résister, plus tard, à la tentation de prendre mon ticket number one en photo et d'en faire une note : la preuve de la performance est à voir là, avec un extrait de l'œuvre en vidéo.

Me voyant lire le livret de Lulu dans cette attente nocturne, Michel s'est mis à me parler opéra. C'est là Agneta-Eichenholz-as-Lulu-001.jpgque j'ai pris peur. Number one, fallait-il tenir le rang ? Lire Lulu, aller voir Lulu, se préparer à Lulu, c'est déjà un deuxième signe d'esthétisme, non ? Je lis Lulu, donc je suis esthète. En plus numéro 1 pour Mathis !... Mon Dieu, à quelle question allais-je être soumis ?

"Ah bon, vous irez à Barcelonne. C'est Petitbon qui tiendra le rôle, c'est ça ?" Oui c'est ça. Là, je savais, ouf ! "Elle a été très bonne dans ce rôle à Genève." Oui, il paraît en effet. C'est Olivier Py qui en assure la mise-en-scène. "Ah oui ?" Là, c'est moi qui prenais la main. Je ne sais pas comment il fait : monter Mathis à Bastille, Lulu à Genève puis au Liceu, mais comment fait-il ? "Oui, surtout qu'il vient de mettre en scène La vraie fiancée, à l'Odéon dont il assure par ailleurs la direction artistique, ça paraît dingue, non ? Il y faut du génie."

C'est bien pour ça que je m'étais levé si tôt, d'ailleurs. Je n'ai personnellement jamais encore rien vu de joué, d'écrit ou de monté par Olivier Py. Mais son nom laisse rarement indifférent. Il plait, ou il énerve, mais j'avais l'impression que sa réputation sulfureuse attirerait les foules.

"Pour en revenir à Lulu, c'est quand-même une musique très difficile. Moi, ça ne fait que six ou sept ans que je m'intéresse à l'opéra, et je dois vous dire que lorsque je suis venu voir Lulu à Bastille en 2004, je suis sorti à la fin du premier acte."

Tiens ? Notre amateur en chef était donc novice, il y a si peu de temps encore... Finalement, c'est prometteur. Je sais bien que je m'attaque à un gros morceau avec Lulu, je peux même dire que c'est pour ça que je ne cesse de l'écouter depuis un mois, et de le lire, pour y être bien préparé. "Vous avez raison. D'ailleurs, il sera monté à nouveau à Paris, la saison prochaine."

En fait, nous n'étions finalement pas plus de quatre-vingt à l'ouverture de la caisse, à 11h 30, et alors que le nombre de places autorisées à l'achat par personne présente, le premier jour de la mise en vente, est généralement limité à quatre, il n'y avait ce vendredi aucune limite. Gilda a profité de mon aubaine pour ne pas attendre l'appel du 21, et a pu retourner vite travailler dans sa bibliothèque de prédilection.

Et moi, je me retrouve maintenant comme un con, sans plus de marge de progression : un pas de plus, et je tombe dans la fosse !

(la photographie qui ouvre ce billet est d'Arnaud Frich, à qui je l'emprunte sans autorisation préalable. Son portfolio est à consulter ici)

Commentaires

Alors c'est toi le Number One !!!
Félicitations. !
Et bravo pour ta constance.
Dans 4-5 ans c'est toi qui organisera la file d'attente !
Bises

Écrit par : Fauvette | 04 octobre 2010

-> Fauvette -> ...et toi, te voilà Number one pour les commentaires. Avec constance, également ! Merci.

Écrit par : Oh!91 | 05 octobre 2010

Les commentaires sont fermés.