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29 septembre 2010

sept cents

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T'es-tu déjà amusé à lancer une requête pour "sept cents" ? Moi oui.

Sur une page, outre les règles grammaticales pour l'écriture des nombres, Google m'a rendu un aperçu morbide de la condition humaine :

  • Haïti Action Artistes : sept cents œuvres préposées à la vente aux enchères
    "Une vente de sept cents œuvres contemporaines, réalisées par sept cents artistes professionnels différents", était organisée le 23 septembre dernier en solidarité avec Haïti.
  •  Sept cents mètres sous la terre
    "Le 10 septembre 2010 « Reporters » a suivi le sauvetage des mineurs de San José, en plein désert d'Atacama dans le nord du Chili". Un reportage exclusif lesoir.be.
  •  Sept cents faisans s'envoleront bientôt
    "Cette année, c'est au tour du Noyonnais de voir sa population de petit gibier augmenter. Sept cents faisandeaux entrent ce mercredi en volière pour une bonne semaine avant de prendre leur envol vers la vie sauvage". Et vive l'actualité picarde !
  • Sept cents élèves sarthois assistent à un test-choc
    "Sept cents élèves des collèges, lycées et centres de formation pour adultes de la Sarthe ont assisté ce jeudi matin (23 septembre dernier)à une simulation d’accident à vitesse réelle entre deux voitures, au circuit Bugatti du Mans". Une information Ouest-France. 
  • Immigration : Sept cents Roms seront prochainement expulsés de France
    "17 août 2010 : Sept cents Roms seront prochainement expulsés de France". Ca y est c'est fait, merci pour eux !
  • La grippe porcine a fait sept cents morts dans le monde
    "21 juillet 2009 : Le virus de la grippe porcine A(H1N1) a fait 700 morts dans le monde depuis le début de sa propagation". Ce n'était que le début de l'opération Bachelot... qui nous a coûté la bagatelle de 420 millions d'euros !
  • Prophétie Cathare
    "On prête à celui qui sera le dernier « parfait Cathare », Guilhem Bélibaste, cette étrange prophétie : « Au cap des sept cents ans le laurier reverdira » Cette prophétie date de 1309, dit-on… 1309-2009… sept cents ans…nous y sommes !"

Et si, à propos de prophétie, je pronostiquais que l'on trouve très bientôt dans les résultats Google pour "sept cents" la réponse suivante :

  • "29 septembre 2010 : Oh!91 publie sur le blog entre2eaux son 700è billet" ?

16:43 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : sept cents, 700, google

28 septembre 2010

un chant d'amour

un chant d'amour.jpg

Ce pourrait être parce que j'ai vu récemment Un prophète sur Canal, et me suis frotté, dans le confort de mon canapé, pour tromper l'ennui et combler l'absence, à la dureté impitoyable de l'univers carcéral,

parce que j'ai quitté la manifestation jeudi soir, près de Denfert-Rochereau, en longeant le robuste mur de la Santé, haut et interminable,

ou parce qu'avant hier, dans la grisaille du dimanche finissant, je suis allé à la rencontre de L'homme au bain et de son univers érotique déchiré,

ou encore parce que j'ai appris tout à l'heure que Genet fit à Fresnes l'essentiel de sa détention, dans la cellule, peut-être, où mon père éclusa ensuite quelques unes de ses jeunes années...

Mais c'est en fait parce qu'une fée est venue hier délicatement réveiller en moi le captif amoureux, me glissant que cette année il aurait eu 100 ans, et qu'à cette occasion elle aurait bien voulu m'entraîner, moi, dans l'hommage que vont bientôt lui rendre Etienne Daho et Jeanne Moreau, à l'Odéon,

c'est pour cette raison que je t'offre ce soir le plus beau chant d'amour. 



27 septembre 2010

un robinet sonnant et trébuchant

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Ma copine Fiso nous montre encore une fois tout l'intérêt qu'elle porte aux questions de l'eau et son acuité sur le sujet, en publiant un billet fort bien documenté à l'occasion de la sortie d'un documentaire jeudi dernier, Water Makes Money. A défaut de voir le film - dont le nombre de diffusions programmées est réduit, mais qui malgré quelques raccourcis malheureux ne manque pas d'efficacité pédagogique - je ne saurais que trop t'inviter à aller le lire, et à suivre les liens qu'elle te suggère pour approfondir le sujet.

Et si les multinationales perdaient la bataille de l'opinion et, dans la foulée, quelques marchés de l'eau dans nos villes ? Et si les pouvoirs publics retrouvaient un peu de leur pouvoir de contrôle sur la gestion de la ressource, la plus vitale de toutes ?... Affaire à suivre, la plupart des contrats de délégation de service public arrivent à échéance en 2012.

26 septembre 2010

le rêve continue

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Ce rêve-là finira trop tôt pour que tu le laisses se dissoudre dans des draps blancs. Ce lundi est comme les autres, les Hongrois se lèvent à l'aube, la ville s'anime dans la nuit. Tu as hâte d'aller la rejoindre, marcher dans ses rues qui incarnent par leur désuétude patinée le romantisme mélancolique par excellence. Tu n'es pas loin de Yourcenar.

Une journée pour un rêve, c'est court, il te faut t'en repaître.

Pourquoi ne commencerais-tu pas par l'ancien ghetto juif ? Après tout, tu es tout près, et il n'est que 8h 30. Tu rejoins le cours Ferenc Lizt, que tu prolonges par la rue des luthiers pour rejoindre la place Klauzal. De là, tu files à droite en direction de la Synagogue - la plus grande d'Europe à ce jour.

Certaines façades restent burinées par des éclats d'obus ou des balles perdues de la dernière guerre, des bâtiments refaits à neuf les côtoient.

Le fonds de l'air est mordant, tu réajustes ton écharpe et te protèges de la brise humide. Tu n'iras pas voir la Basilique Saint-Étienne, il te faut faire des choix. Tu préfères rejoindre le Pont des Chaînes, en passant par la place Deák, la place Vörösmarty - où tu t'arrêteras prendre ton dix-heures (le tíz órai, sorte de quatre-heure matinal, est ici une institution), un café viennois et une pâtisserie. Chez Gerbaud, concession nécessaire aux clichés, tu t'arrangeras pour visiter les toilettes qui sont une leçon à l'hôtellerie parisienne !

pont des chaînes.jpgLa vue sur Budapest, dans ta traversée du Danube, ne te laissera pas indifférent. A droite, le pont coudé Marguerite, encore en travaux, et le Parlement, à gauche la citadelle, et face à toi la colline du château. Mais tu n'as pas encore la vision panoramique sur la ville. La perspective, c'est là-haut que tu iras la chercher, en empruntant le funiculaire, par exemple, ou bien si le temps s'est levé et que tu veux te décrasser du voyage, en montant à pied à travers les sentiers de la colline. Les arbres sont déjà bien roussis, mais les feuilles d'automnes n'ont pas encore commencé à tomber. Il y faudra, dans quelques jours, le redoux de l'été des vieilles dames.

Derrière le palais présidentiel se trouve l'esplanade d'où la vue sur Budapest est la plus belle. Je te laisse à ta contemplation.

(...)

Évidemment, une journée c'est court pour s'offrir une parenthèse muséale, mais la Galerie nationale, installée dans le Château, est dense, et les collections du XXème siècle d'avant-guerre témoignent richement de la créativité hongroise d'alors. Allez, offre-t-en une petite heure de visite. Ton déjeuner attendra. Quelques sandwichs à la hongroise en mode tartine, que tu pourras même acheter au buffet des bains Rudás, feront l'affaire.

Le Rudás, ça tombe bien, c'est le lundi qu'il est ouvert pour les hommes. Dommage pour le Király, où tu aurais trouvé la même atmosphère tamisée sous une même voûte turque en pierre, mais aussi des garçons ouvertement en demande de caresses ou de rencontres ! Au Rudás, les jeux sont plus subtiles, ce ne sera sans doute pas pour te déplaire. C'est là qu'il y a trois ans j'ai rencontré, dans des conditions rocambolesques - qui doivent te rappeler à quelques règles de prudence - l'homme qui concentre jusqu'à aujourd'hui mon attention et mes peines. Perçois-tu, à l'affût, le jeune fantôme de son regard, apitoyé mais tendu vers sa proie ?

Tu y arriveras soit à pied, soit par bus, par le 86, après être redescendu de la colline. Il se trouve juste à l'amorce du grand Pont blanc Élisabeth. 16h est une bonne heure pour y arriver. Tu n'y auras amené ni maillot, ni serviette. Ici l'on se vêt d'un pagne et l'on se sèche d'un drap, fournis par l'établissement. Récemment refaites à neuf, les installations rudas fürdö.jpgsont propres, les matériaux sont chauds. Et l'ambiance est saisissante. Ce n'est pas un établissement gay, mais... Tu alternes les bains et les températures. Parfois tu vas dans les vapeurs, parfois dans le sauna sec, puis tu t'immerges sans question dans le bain le plus frais, avant de te refaire un parcours à chaleur croissante. Le délassement te gagne. Ton corps svelte, ta peau brune, ton regard profond attirent quelques sourires. Un homme ici, un autre là, laissent discrètement apparaître un désir à ta vue. Tu lâches prise. Tu décides que quoiqu'il arrive, tu reviendras à Budapest.

(...)

Il n'est pas loin de 20h quand tu sors. Le pont Elizabeth est trop long, trop exposé au vent pour que tu l'empruntes. Tu préfères, prendre à droite, longer la falaise du Mont Gérard, sentir sa proximité rassurante, même si elle vient rarement à fleur de main, à cause d'une grille qui fait obstacle. Arrivé place Gellért, tu prends le temps d'admirer le célèbre hôtel thermal de luxe, puis sur la gauche tu t'engages sur le pont Szabadság. Tu remarques en arrivant de l'autre côté du Danube, sur ta droite, la grande halle, due à Gustave Eiffel, qui accueille le marché du centre. Tu ne sais pas si tu auras demain à l'ouverture le temps d'y revenir. A gauche, juste en face, tu t'engages sur Váci utca. La rue n'est déjà plus trop animée. La marche et la chaleur des bains t'ont creusé, alors tu t'arrêtes au numéro 67, au Fatál, une adresse qui fut autrefois branchée, renommée pour ses plats gargantuesques, et qui s'est un peu endormie sur ses lauriers. Un lundi, le service sera peut-être assez rapide.

As-tu à présent convenu d'un rendez-vous, pour un dernier verre avec l'homme qui t'a abordé aux bains ? Sinon, retournant sur le quai du Danube, tu pourrais t'en offrir un -de verre - au Capella, un lieu tatoué sur ma peau au fer rouge, où je rencontrais Igor il y a bientôt 13 ans, lors d'une nuit de la Saint-Sylvestre. Où je m'autorisais, onze ans plus tard, pour une autre nouvelle année quand je trompais l'oubli, des déhanchements coquins entre deux hommes à qui il me plaisait de plaire. Tu pourrais aussi, te rapprochant de la place Kálvin Tér, aller jeter un œil rue Magyar utca, au numéro 42. L'Action bar est l'un des tout premiers lieux gays de Budapest. Lorsque je vivais là-bas, à la fin des années 90, c'était presque le seul. J'y étais passé, une fois, encore honteux de mon état, et n'avais osé passer la tête.

Le tramway 47, ou le 49, te ramènera à Deák Tér, et de là tu choisiras sans doute de rejoindre ton hôtel à pied, remontant par Andrássy utca pour fixer l'Opéra dans ton regard, et profiter de la perspective vers le monument aux héros.

Le lendemain matin d'ailleurs, qui signera la fin du rêve, la fin de ce rêve-là, tu n'auras guère de temps avant d'aller chercher ton vol à la mi-journée. Peut-être est-ce justement à la place des héros que tu te rendras, décrypter les mille ans de histoire du pays à travers son statuaire, dégager ton esprit d'inutiles visions, pour commencer à te reconcentrer sur l'objet de ton séjour est-européen.

Peut-être cela va-t-il t'étonner, mais t'inviter à pénétrer ainsi mon rêve, à le vivre jusque dans ses détails insignifiants, m'a donné l'occasion de faire un peu de ce voyage interdit.

Un voyage virtuel où je poursuis une chimère tenace sans risquer de la croiser. Je ne sais si c'est un contre-point ou une revanche. Un soulagement, assurément. Alors, je me dois de t'en remercier, en attendant que tu me dises, toi, bientôt, ce que tu en auras fait.

00:08 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (15)

25 septembre 2010

rêve avec moi !

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L'été a passé son relais sous quelques gouttes de pluie. Il te laisse à un week-end morne, la vaillance entre parenthèses. Triste répit ! Tu étais avant-hier parmi les trois millions de manifestants. Petit, tout petit, noyé dans des milliers de prunelles amies. Reflétant en silences, à corps et à cris, de belles espérances. Et te voilà aujourd'hui en face du précipice, d'un grand bleu ou d'un grand blanc, en proie à l'abandon et à son impitoyable ressentiment.

Alors tu te prends à rêver. Bien-sûr, le 2 octobre, tu y seras encore. Par le cœur, par l'esprit, par le poing serré qui n'en peut plus de l'humiliant mépris des riches et du rictus servile de leurs valets.

Mais si après, si juste après, si dès le lendemain, tu partais entrer plutôt dans mon rêve, y retrouver l'absent, épier le cruel infidèle, défier sa liberté à son insu, noyer ta blessure dans les lieux de l'oubli...

(...)

Il est 17h35. Tu atterris à Ferihégy 2-B par le vol Air-France. A cette heure de pointe, tu choisis de rejoindre ton hôtel par le métro, question d'économie et de temps : le bus 200 t'emmène directement au terminus de la ligne bleue, Kőbánya-Kispest. A Déak tér, centre névralgique des transports publics, la correspondance avec la ligne jaune t'introduis sur les voies du plus ancien métro d'Europe continentale. Tu choisis la direction Mexikói út, les distances sont courtes entre deux stations, les rames rikiki, tu es juste sous l'avenue Andrássy, soutenue par quelques poutrelles d'acier à chapiteaux ferronnés qui te datent l'installation de ses bientôt 115 ans. Tu descends à Vörösmarty út, quatre arrêts plus loin.

En sortant, tu respires un grand coup : ta première bouffée out-door d'une Budapest appelée à te prendre. Tu fermes un peu les yeux, te tournes, te tournes encore, la poitrine gonflée. L'avenue est large, un peu pompeuse, bordée de grands bâtiments de la fin du 19ème siècle, entre style haussmannien et néo-classique. Ce sont les Champs-Elysées de Budapest, l'avenue-perpective, qui va du centre à son monument mémoire. Tu souris parce que tu y reconnaîtrais presque des relents de Buenos Aires (au point qu'Evita, le film, y fut tourné - presque 15 ans, déjà, tu te rends compte ?...). La nuit est installée, la chaussée est humide d'une pluie d'après-midi, tu marches rue Vörösmarty contre le sens des voitures, tu humes l'écho de tes pas et tu arrives vite à ton hôtel, face au parc Hunyadi.

Tu as bien choisi : à deux pas d'Oktogon et de son quartier culturel - l'Opéra, l'Académie de musique, les théâtres de music-hall, le square Ferenc Lizt, tout est là à ta portée, idéalement situé.

Mais ne perds pas de temps, nous sommes dimanche, il est encore temps d'accéder au palais du thermalisme, Mon palais par excellence : la meilleure entrée en matière possible. Tu mets un maillot de bain dans un sac, une serviette et une paire de tongues : il est tentant de remonter l'avenue Andrássy à pied, mais tu auras d'autres occasions. Pour ce premier soir, avant la fermeture, tu files aux bains Szecshényi. Même métro, même direction, c'est à cinq stations seulement.

En sortant du métro, sur la droite à travers les arbres, la façade en rotonde du majestueux bâtiment des bains se révèle à toi, dans ce jaune Habsburg un peu ocre si caractéristique du patrimoine hongrois. Tu contournes le bâtiment par la gauche pour en trouver l'entrée principale. Et tu prends un ticket. Pour un casier chez les hommes plutôt que pour une cabine familiale. On ne sait jamais...

A cette heure-ci, les bassins couverts aux multiples recoins ne sont plus accessibles, mais le grand bain extérieur, fumant sous les projecteurs, se livre à toi en nocturne, et une heure et demi de temps ne sera pas de trop pour en jouir de toute la surface de ta peau et de tous tes pores.

(...)1228161965_furcsi.jpg

Les joueurs d'échec sont là. Les jets d'eau, puissants ou en pluie fine, quelques matrones, hongroises ou russes, qui promènent sur leur chevelure un étrange bonnet de douche et dans les mains, hors d'eau, leurs paires de sandalettes. Des beaux garçons aussi, dont le maillot-short sportif te dira qu'ils ne sont pas pour toi. Pas ce soir. Toi tu marches, tu regardes, tu souris, tu t'installes sous un jet, tu t'assoies sur des marches, te suspends à une rampe, tu marches encore. Et quand ta peau, à peine flétrie dans ces 37 degrés de jouvence, te fera signe, tu sortiras et il ne sera pas loin de la fermeture.

hösök tere.jpgUne fois dehors, un doux sentiment de faim t'accompagnant, tu redescendras l'avenue Andrássy, jetteras en passant un œil à la phénoménale fresque historique rassemblée dans le monument aux héros, tu dépasseras Oktogon, puis arrivé Cours Ferenc Lizt, tu trouveras une table libre au Menza. Avec un peu de chance, ce sera la 24, face à la rue.

Te voilà rendu à ton premier rendez-vous gastronomique : le cadre t'amuse, le kitsch des années soixante-dix y est reconstitué, mais aussi la démesure du réal-socialisme. Le mieux - les rêves peuvent s'arrêter à tout moment - c'est que tu commences par le plat national : une Gouliash (la soupe incontournable), qui te réchauffera, ou bien un pörkölt de veau ou de champignons, sa variante-ragoût, servie avec des gnocchis hongrois ou des pommes-de-terre persillées. Et puis n'hésite pas, offre-toi un petit verre de vin, un blanc frais, un fürmint. Il est déjà 23h...

De là, selon tes ardeurs, tu rentres te coucher, ton hôtel est à 10 minutes à pied, ou tu tentes une escapade nocturne. Un lieu de rencontre ? Non loin de là, place Astoria (5 minutes avec le tramway 4 ou 6), au 38 de la rue Dohány, le CoXx Club est ouvert jusqu'à 4h le dimanche. (Toujours demander s'il y a du monde avant de payer sa consommation !). Et qui sait qui de Morphée ou d'un vaillant Magyar t'ouvrira les bras ?

(...)

Demain, le rêve continue...

23 septembre 2010

la mode et le graal

jakeblueshoothires1.jpg

Moi et la mode, c'est toute une histoire. Enfin, une histoire qui n'a jamais vraiment eu lieu. Je ne dis pas qu'il ne m'est pas arrivé de courir derrière. Mais franchement, je suis toujours arrivé à la bourre. Bien deux-trois ans derrière. Et puis prenant de l'âge, mon inertie s'aggrave : le shopping, les soldes, c'est vraiment les étés où je n'ai rien d'autre à faire, et puisque les tiroirs sont pleins, il n'y a pas de crise.

 Le monde qui m'entoure ne lasse pas de m'étonner. J'ai pourtant connu le patte d'eph, le punk, le jean moulant et d'autres gothiqueries... Mais quoi dire de cette mode qui fait fureur depuis déjà quelques temps, dont certains jeunes raffolent, qui consiste à laisser tomber son jean jusqu'au milieu des fesses, en laissant dépasser le caleçon.

A la dernière fête de l'huma, chaleur aidant, c'était un festival. La foule était parsemée de ces jeunes plutôt bien gaulés, torse nu, le calbut ajusté à la racine des poils pubiens, bien en vue sous un jean stoppé ras-les couilles dont on ne savait pas trop comment il tenait en place.

Il est désormais de ces jeunes qui fréquentent les mêmes piscines que moi. Et le même soin qu'ils beau-goss-en-short.jpgmettent à traîner derrière eux cette invitation permanente à se faire déshabiller, du regard ou des mains, ils le mettent, dans les vestiaires, à se dissimuler derrière une serviette pour se changer, même quand autour d'eux personne manifestement ne s'embarrasse de pareille pudeur.

Voyant cela, je ne sais plus quoi penser des valeurs et de leur inversion. Comment cohabitent la sophistication extrême mise à se montrer sur le fil de la nudité, et le raffinement mis à cacher le graal, dans le lieu par excellence où il a droit de citer sans obsénité ?

Cette nuit nous ramène l'automne, mais je ne doute pas que dans les rues de Paris et d'ailleurs, petit sursis estival aidant, de nombreux jeunes viendront déambuler, caleçon exhibé au nom de la mode et de leur âge, conscients ou non de leur provocation, à l'occasion de cette journée de manifs. Les sondages disent que ce sont les jeunes qui sont les plus nombreux à réclamer l'abandon de la réforme des retraites, alors.

00:31 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (4)

20 septembre 2010

et maintenant, voilà l'ethno-délinquance...

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La presse fait grand bruit des travaux d'un chercheur au CNRS, Hugues Lagrange, qui ont même eu droit la semaine dernière aux honneurs du 20h de France 2 - où on sait bien toute la place qui est habituellement faite aux recherches en sciences humaines ! Il faut dire que lesdits travaux, sans doute fort respectables, sont consacrés aux facteurs ethno-culturels de la délinquance. Terrain glissant par excellence, mais petit lait pour certains dans le contexte sécuritaire à haute ethno-valeur ajoutée actuel.

Ne tournons pas autour du pot, je n'ai pas lu Le Déni des cultures qui rend compte de ces thèses (Paris, Seuil, septembre 2010, 350 pages), et la publicité qui y est faite ne me donne pas envie d'y goûter. La page Wikipedia d'Hugues Lagrange, décidément très à jour, explique que cet ouvrage "part du constat statistique qu'il y a, parmi les mis en cause dans les procès-verbaux de police judiciaire (antérieurement à toute décision judiciaire, précisons-le), une surreprésentation de jeunes personnes la20haine.jpgissues de l'Afrique sub-sahélienne, pour ensuite chercher les causes de ce phénomène". En plus de l'influence de l'origine sociale, il estimerait que "des différences culturelles expliquent cette situation". Selon lui, "les familles de ces jeunes mis en cause sont en difficulté financière, sans formation et avec une appréhension très limitée de la culture du pays d'accueil, ce qui affecte les jeunes à travers leur socialisation familiale".

On apprend sur Wikipedia que les travaux de Lagrange sont contestés, notamment par le chercheur Laurent Mucchielli, qui réfute tout biais culturel à l'origine des problèmes d'intégration et estime par ailleurs que Lagrange fait fi des autres facteurs (économiques, sociaux, problèmes familiaux) de la délinquance.

Sur le sujet, je préfère te recommander la lecture du socio-linguiste - par ailleurs ethno-psychiatre - Ismaël Sory Maïga. Il a beaucoup travaillé sur les migrants. Lui aussi vient de publier un ouvrage - avec la contribution d'autres grands chercheurs ouest-africains : Djoliba, le grand fleuve Niger (Paris, La Dispute, juin 2010, 208 pages). Bizarrement, il n'a fait ni le 20h de France 2, ni même les matinales de France-Inter. Il nous dit pourtant des choses fortes sur l'imaginaire des migrants, sur celui des enfants de la deuxième génération, sur ce qui fonde les représentations et les comportements, sur la construction des identités.

En creux, il dit aussi des choses sur la responsabilité des institutions d'accueil, en premier lieu des structures d'État. J'y ai notamment découvert combien les hommes de l'Afrique sub-sahélienne, en particulier dans le bassin du fleuve Niger, concevaient depuis toujours la migration comme un rite initiatique, qui se voulait d'abord source d'enrichissement immatériel. Que la migration portait en elle l'obligation du retour, et s'adossait à des attentes de la part de la famille d'origine, jamais d'abord pécunières : le migrant se doit de revenir avec des connaissances nouvelles, et la preuve de cette acquisition, c'est la maîtrise de la langue du pays de transit, et souvent une épouse. Pendant des siècles, l'Europe n'était pas dans la sphère des mouvements migratoires, et les échanges fonctionnaient, assuraient la stabilité et le développement de ces communautés.

C'est le colonialisme, puis le capitalisme productiviste qui, pour satisfaire leurs besoins en main d'œuvre bon marché, ont fait venir par wagons entiers - par les bateaux de l'im-portation, histoire de ne pas dire les trains de la traîte moderne - des Maliens en France, principalement de jeunes hommes solides et célibataires. Et qui, de peur qu'ils ne s'installent, ont veillé à ce qu'ils ne s'intègrent pas, et par ce fait, sans-même s'en rendre compte, ont rendu le retour impossible.

la_haine_1994_reference.jpgS'est-on jamais intéressé à l'historie de ces hommes ? A leurs cultures ? Mieux, au patrimoine des représentations par lesquelles ils visualisent leur place dans le monde et fondent leur rapport au cosmos ? La société française a-t-elle fait l'effort de chercher à rencontrer cet autre, ou s'est-il contenté, pour le meilleur et pour le pire, dans l'exploitation comme dans l'action syndicale, de l'enjoindre de se fondre dans la société supérieure où il vivait ?

Et si ce dont on parlait n'était que l'histoire d'une rencontre qui n'avait jamais eu lieu ?

Puis d'enfants pris dans l'étau, entre un groupe qui les rejetait et un autre qui ne les reliait plus à rien ?

Prendra-ton un jour le temps de cette interrogation-là, pour non-seulement apporter des réponses éducatives, sociales et solidaires, comme Lagrange a l'air de le préconiser, mais aussi pour reconnaître cet autre dans ce qu'il est, dans la singularité de son histoire, et lui offrir des espaces où laisser s'épanouir cette reconnaissance ? S'offrira-t-on un jour le luxe de cette rencontre, de la rencontre avec cet imaginaire qui nous dépasse en acceptant qu'il puisse être plus riche que le nôtre ?

Pour permettre simplement à ces jeunes d'être beaux quelques fois dans notre regard, et non de se voir toujours pestiférés - fut-ce au travers des statistiques scientifiques ?

17 septembre 2010

Saison 2010-2011, c'est parti !

yo yo ma.jpg

Et voilà que ça démarre sur les chapeaux de roue. J'ai profité du séjour francilien de ma Maman pour lancer ma saison culturelle. Et je la commence avec ce(ux) que j'aime : Bach - je t'en ai parlé -, le violoncelle - tu sais pourquoi -, et un soliste de renom que je ne connaissais pas. Yo Yo Ma jouait l'intégrale des Suites de Bach, en deux concerts au théâtre des Champs-Elysées cette semaine, et nous étions mardi soir dans une des loges de galerie du 4ème étage pour en entendre trois, les impaires.

Son jeu était léger, parfois lent. J'ai aimé les rugosités appuyées de ses graves dans les doubles voix.

J'ai faim. Faim de musique, d'opéra, de théâtre. Je me vois à l'affût des affiches, accroc aux billetteries électroniques des grandes salles de spectacle. De Paris et du monde. Et si l'an dernier Londres et Bruxelles s'étaient immiscées dans mon programme, avec le Barbican Center, le Royal Opera House, La Monnaie, cette année sera le tour de Barcelone (le célèbre Liceù), et d'Oslo, à l'opéra comme sorti des eaux.

Une dominante se dégage - en même temps qu'une découverte : Lulu, considéré comme le grand opéra contemporain du XXème siècle, du à Alban Berg (j'avais adoré son Wozzek, l'an passé, à Bastille) que je verrai dans deux productions distinctes, dont une à laquelle travaille Olivier Py, avec Patricia Petitbon dans le rôle titre - ce sera à Barcelonne - et que j'irai d'abord voir à la Colline dans une version théâtrale. Un tableau érotique et provocateur de la vulnérabilité des hommes en proie à leurs désirs...

Hmm ! Je me délecte par avance de ces horizons. Ils me sont une fenêtre sans laquelle il me serait pénible de m'enfoncer dans le tunnel des obligations professionnelles et de me projeter vers l'été prochain. Ils inscrivent mon amitié amoureuse dans une durée longue, dans des projets, dans des niches extraites du monde.

C'est mon scaphandre. Je peux m'enfoncer.