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01 octobre 2010

le Rom et la petite fille

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Mon amie me raconte cette histoire. C'est arrivé le matin même, elle aurait envie d'en faire une nouvelle.

Elle est assise dans le métro. En face d'elle, un homme d'âge mûr lit le journal. Un gratuit, Métro ou 20 minutes. A côté de lui, une petite fille, sa petite fille, ne tient pas en place. Mon amie lui donne trois ans et demi.

"Papy, c'est quoi, çaaa ?"

Elle montre une image, ou une lettre, sur un petit livre d'enfant. Plongé dans son journal, l'homme ne répond pas.

"Papyyy ! C'est quoiii, çaaaaaa ?"

La petite ne lâche pas, crie plus fort. Des passagers s'attendrissent, la plupart s'irrite, et le montre de sombres coups d'œils jetés par dessus l'épaule.

L'homme fait mine de s'intéresser, sans conviction, presque sans regarder le livre. "C'est un A, ma chérie". Il retourne aussitôt à son journal.

"Non, c'est pas çâ !" s'accroche vite la petite fille.

Mon amie suit la scène, nonchalante. Elle ne sait pas si cet homme l'agace par son incapacité à donner à la petite les trois minutes d'attention qu'elle lui demande, ou si c'est la petite qu'elle trouve teigneuse et insupportable. C'est une enfant modèle, le cheveu blond sorti d'une publicité Lotus, des vêtements de petite fille.

"C'est pas ça, je te diiiis !"

La petite fille ne sait plus quoi faire pour exister entre son siège et son grand-père. Elle n'a que sa voix, qu'elle balance de plus en plus haut. Le métro s'arrête, les portes s'ouvrent. Dans le flot entrant, un homme, que la petite suit des yeux intriguée, reste debout, porte à sa bouche un curieux instrument, une sorte de clarinette à clavier de piano, et se met à jouer de la musique. C'est un Rom.

La petite fille regarde cet homme. Elle ne le quitte pas des yeux. Elle écoute la musique mélodieuse qui sort de son engin. Elle a oublié son livre, ses questions, son grand père, sa quête existentielle. Le métro s'arrête, les portes s'ouvrent, la musique continue dans le chassé croisé, la petite fille aux vêtements de petite fille, à la tignasse blonde comme les blés, garde les yeux ronds, la bouche entrouverte. Elle regarde cet homme et écoute sa musique.

Le métro est reparti, il s'est arrêté de nouveau, puis va repartir. Il n'y a qu'elle, et lui. Sûrement pas son livre, sûrement pas son grand père, qui profite de l'aubaine pour finir d'écouler son gratuit, sûrement pas ces grands qui ne l'entourent plus, avec leurs mines patibulaires : juste elle, et lui, qui avec sa musique simple sait lui dire que oui, elle est là à sa place.

Mon amie est sur le point d'arriver. Sans attendre le passage de l'écuelle, elle va vers le musicien et, ostensiblement, y dépose quelques pièces.

Elle me dit que c'était un geste politique. Elle aurait envie d'en faire un conte.

06:37 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : roms, métro

Commentaires

Je dépose toujours un pièce, mais ce n'est pas un geste politique. C'est juste que j'aime bien la musique...

Écrit par : l'hérétique | 01 octobre 2010

"Elle me dit que c'était un geste politique. Elle aurait envie d'en faire un conte."
Elle devrait, en tout cas un de ces petits livres illustrés qu'on lit aux petiots qui ne savent pas encore le faire seuls.

Écrit par : blousse | 02 octobre 2010

Je ne connais que de loin et par l'intermédiaire du filtre des médias la controverse qui entoure les Roms en France présentement. Cependant, c'est un geste que j'aurais aussi posé. Au Canada, toutefois, dans les grandes villes où il y a un métro, ça n'aurait pas pu se passer à l'intérieur d'un wagon; le musicien se serait fait arrêter pour avoir troublé la paix. On ne fait de la musique qu'aux endroits prévus pour ça dans les transports en commun au Canada... La question ne se pose évidemment pas dans mon patelin, où les transports en commun n'ont qu'une existence symbolique.

Écrit par : Doréus | 03 octobre 2010

-> l'hérétique -> Je ne dépose jamais de pièce : sauf aux sans papier dans les manifs, et aux musiciens de rue ou de métro lorsque j'aime bien leur musique. Ou va se nicher la politique, hein !?!...
-> blousse -> Je le lui glisserai de ta part... Merci de ton passage, et bienvenue (c'est la première fois, non ?)
-> Doréus -> A Paris aussi, la musique dans le métro est désormais réglementée : il y faut un badge, un emplacement attitré. Mais au moins, les musiciens à la sauvette ne sont-ils pas systématiquement pourchassés. Parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Et même quand la musique est mauvaise et te saoule, le seul fait qu'une enfant y puise du bonheur te rassérène.

Écrit par : Oh!91 | 03 octobre 2010

Peut etre le premier commentaire, mais pas la première visite. WOoooh nooon!

Écrit par : blousse | 04 octobre 2010

Les commentaires sont fermés.