Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25 septembre 2010

rêve avec moi !

szechenyi-furdo-ejjel.jpg

L'été a passé son relais sous quelques gouttes de pluie. Il te laisse à un week-end morne, la vaillance entre parenthèses. Triste répit ! Tu étais avant-hier parmi les trois millions de manifestants. Petit, tout petit, noyé dans des milliers de prunelles amies. Reflétant en silences, à corps et à cris, de belles espérances. Et te voilà aujourd'hui en face du précipice, d'un grand bleu ou d'un grand blanc, en proie à l'abandon et à son impitoyable ressentiment.

Alors tu te prends à rêver. Bien-sûr, le 2 octobre, tu y seras encore. Par le cœur, par l'esprit, par le poing serré qui n'en peut plus de l'humiliant mépris des riches et du rictus servile de leurs valets.

Mais si après, si juste après, si dès le lendemain, tu partais entrer plutôt dans mon rêve, y retrouver l'absent, épier le cruel infidèle, défier sa liberté à son insu, noyer ta blessure dans les lieux de l'oubli...

(...)

Il est 17h35. Tu atterris à Ferihégy 2-B par le vol Air-France. A cette heure de pointe, tu choisis de rejoindre ton hôtel par le métro, question d'économie et de temps : le bus 200 t'emmène directement au terminus de la ligne bleue, Kőbánya-Kispest. A Déak tér, centre névralgique des transports publics, la correspondance avec la ligne jaune t'introduis sur les voies du plus ancien métro d'Europe continentale. Tu choisis la direction Mexikói út, les distances sont courtes entre deux stations, les rames rikiki, tu es juste sous l'avenue Andrássy, soutenue par quelques poutrelles d'acier à chapiteaux ferronnés qui te datent l'installation de ses bientôt 115 ans. Tu descends à Vörösmarty út, quatre arrêts plus loin.

En sortant, tu respires un grand coup : ta première bouffée out-door d'une Budapest appelée à te prendre. Tu fermes un peu les yeux, te tournes, te tournes encore, la poitrine gonflée. L'avenue est large, un peu pompeuse, bordée de grands bâtiments de la fin du 19ème siècle, entre style haussmannien et néo-classique. Ce sont les Champs-Elysées de Budapest, l'avenue-perpective, qui va du centre à son monument mémoire. Tu souris parce que tu y reconnaîtrais presque des relents de Buenos Aires (au point qu'Evita, le film, y fut tourné - presque 15 ans, déjà, tu te rends compte ?...). La nuit est installée, la chaussée est humide d'une pluie d'après-midi, tu marches rue Vörösmarty contre le sens des voitures, tu humes l'écho de tes pas et tu arrives vite à ton hôtel, face au parc Hunyadi.

Tu as bien choisi : à deux pas d'Oktogon et de son quartier culturel - l'Opéra, l'Académie de musique, les théâtres de music-hall, le square Ferenc Lizt, tout est là à ta portée, idéalement situé.

Mais ne perds pas de temps, nous sommes dimanche, il est encore temps d'accéder au palais du thermalisme, Mon palais par excellence : la meilleure entrée en matière possible. Tu mets un maillot de bain dans un sac, une serviette et une paire de tongues : il est tentant de remonter l'avenue Andrássy à pied, mais tu auras d'autres occasions. Pour ce premier soir, avant la fermeture, tu files aux bains Szecshényi. Même métro, même direction, c'est à cinq stations seulement.

En sortant du métro, sur la droite à travers les arbres, la façade en rotonde du majestueux bâtiment des bains se révèle à toi, dans ce jaune Habsburg un peu ocre si caractéristique du patrimoine hongrois. Tu contournes le bâtiment par la gauche pour en trouver l'entrée principale. Et tu prends un ticket. Pour un casier chez les hommes plutôt que pour une cabine familiale. On ne sait jamais...

A cette heure-ci, les bassins couverts aux multiples recoins ne sont plus accessibles, mais le grand bain extérieur, fumant sous les projecteurs, se livre à toi en nocturne, et une heure et demi de temps ne sera pas de trop pour en jouir de toute la surface de ta peau et de tous tes pores.

(...)1228161965_furcsi.jpg

Les joueurs d'échec sont là. Les jets d'eau, puissants ou en pluie fine, quelques matrones, hongroises ou russes, qui promènent sur leur chevelure un étrange bonnet de douche et dans les mains, hors d'eau, leurs paires de sandalettes. Des beaux garçons aussi, dont le maillot-short sportif te dira qu'ils ne sont pas pour toi. Pas ce soir. Toi tu marches, tu regardes, tu souris, tu t'installes sous un jet, tu t'assoies sur des marches, te suspends à une rampe, tu marches encore. Et quand ta peau, à peine flétrie dans ces 37 degrés de jouvence, te fera signe, tu sortiras et il ne sera pas loin de la fermeture.

hösök tere.jpgUne fois dehors, un doux sentiment de faim t'accompagnant, tu redescendras l'avenue Andrássy, jetteras en passant un œil à la phénoménale fresque historique rassemblée dans le monument aux héros, tu dépasseras Oktogon, puis arrivé Cours Ferenc Lizt, tu trouveras une table libre au Menza. Avec un peu de chance, ce sera la 24, face à la rue.

Te voilà rendu à ton premier rendez-vous gastronomique : le cadre t'amuse, le kitsch des années soixante-dix y est reconstitué, mais aussi la démesure du réal-socialisme. Le mieux - les rêves peuvent s'arrêter à tout moment - c'est que tu commences par le plat national : une Gouliash (la soupe incontournable), qui te réchauffera, ou bien un pörkölt de veau ou de champignons, sa variante-ragoût, servie avec des gnocchis hongrois ou des pommes-de-terre persillées. Et puis n'hésite pas, offre-toi un petit verre de vin, un blanc frais, un fürmint. Il est déjà 23h...

De là, selon tes ardeurs, tu rentres te coucher, ton hôtel est à 10 minutes à pied, ou tu tentes une escapade nocturne. Un lieu de rencontre ? Non loin de là, place Astoria (5 minutes avec le tramway 4 ou 6), au 38 de la rue Dohány, le CoXx Club est ouvert jusqu'à 4h le dimanche. (Toujours demander s'il y a du monde avant de payer sa consommation !). Et qui sait qui de Morphée ou d'un vaillant Magyar t'ouvrira les bras ?

(...)

Demain, le rêve continue...

Commentaires

Perdu d'avance est l'homme qui ne suit pas ses rêves. (Henri Gougaud)
Serais-tu un rêve ?

Écrit par : Estèf | 25 septembre 2010

-> estéf -> Et Saint-Ex, il n'en aurait pas une belle, de citation, sur le rêve ? Gougaud est juste et sage quand il dit cela. Je ne suis pas un rêve, hélas, mais on doit pouvoir me suivre sans se perdre...

Écrit par : Oh!91 | 26 septembre 2010

Et bien, moi, votre récit me fait rêver, ou en tout cas sa lecture ce matin prolonge agréablement mon sommeil éveillé. Il est bien trop tôt pour se lever...

Écrit par : Gicerilla | 26 septembre 2010

Tu penses à "Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité." ?
Tu y es en plein, tout s'entremêle et c'est particulièrement troublant, a fortiori quand le rêve continue.

[PS : mets-moi les italiques]

Écrit par : estèf | 26 septembre 2010

-> Gicerilla -> Il me plait assez d'imaginer vous rejoindre ainsi dans votre matinée endormie. Je ne voudrais d'ailleurs pas trop vous bousculer. Je me retire pour nous préparer un brunch tardif ?
-> estéf -> Les italiques n'existent pas pour les commentaires, je ne les ai en tout cas pas rencontrées. Mais y en a-t-il absolument besoin pour croire le rêve réalité ?

Écrit par : Oh!91 | 26 septembre 2010

Des bains vaporeux à la déco pop seventies de Menza, j'ai marché avec toi, serrée contre ce grand corps sec et fuselé. Le chou farci, pas forcément une bonne idée quand on partage une chambre, mais c'est tellement bon ! ;)

Écrit par : Fiso | 26 septembre 2010

-> Fiso -> Tu as raison, ajoutons le choux farci dans le rêve, pour prendre de la hauteur tout en gardant le goût des bonnes choses. On en a des souvenirs ensemble là-bas, hein !?!

Écrit par : Oh!91 | 28 septembre 2010

Les commentaires sont fermés.