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02 septembre 2010

la maison de Claude Monet

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A Giverny, là où commence la Normandie, au bord de la Seine, se trouve la maison de Claude Monet. Une bien belle maison, en vérité, un clos normand coloré, allongé, élevé sur un étage, avec de grandes pièces aux murs étonnement tapissés d'une myriade d'estampes japonaises.

En ce dernier dimanche d'août, la villa et ses jardins fleuris dégueulaient de centaines de touristes, étrangers pour la plupart, venus nous rappeler que Monet demeurait le bel ambassadeur d'un art et d'un style qui continuent à représenter le bon goût français. Comme s'il s'y était arrêté.

J'avais fini mon été, déjà l'année dernière, par la visite de maisons d'artistes : le Moulin de Villeneuve, où vécurent Aragon et Triolet, l'atelier de Millet à Barbizon, la sous-pente de Van Gogh à Auvers-sur-Oise...

nympheas.jpgDe toutes, la fondation Monet est sans doute celle qui s'est le plus installée dans le filon commercial : il faut dire que le site est enchanteur, que l'étang des nymphéas n'a rien perdu - ou tout retrouvé - de ses reflets calmes, et que la Seine y offre de magnifiques décors paysagés.

L'exploitation touristique de l'endroit donne lieu à un abattage bon marché assez encombrant. Au milieu du racolage mercantile, dont on atteint l'overdose en traversant l'atelier des nymphéas reconverti en boutique à produits dérivés, la présence partout de reproductions sur des toiles imprimées, encadrées comme les vraies œuvres, trompant malgré la grossièreté du procédé les visiteurs les moins avertis, est sans doute la touche de kitch en trop.

Avec un effort d'imagination pourtant, et un peu de patience, tu parvenais à te représenter la maison cent ans plus tôt, les discussions autour de la table de jardin, le chant du coq, à l'époque où de jeunes peintres y affluaient pour tenter d'intégrer la cour du maître, et s'emparer auprès de son instigateur de cet art nouveau en train de naître.

Le Musée des impressionnismes, à deux pas, rend compte de ce mouvement, et accueille des expositions temporaires qui redonnent à des seconds couteaux oubliés la place qui fut alors la leur dans ce courant libérateur qui voulait que la chose fût enfin moins importante que l'émotion qu'elle suscitait. Même si le pointillisme outrancier de Maximilien Luce, auquel est consacrée l'exposition du moment (*), te laisse vite en état de sursaturation.

Le musée, de facture moderne mais presque encastré dans la végétation du coteaux, dispose d'un auditorium, et c'est d'ailleurs sa programmation - un festival de musique de chambre - qui nous avait attirés dans cette ultime excursion estivale, mon ami musicien et moi-même.

Musique de chambre à Giverny rassemble, autour d'un jeune compositeur invité, des jeunes talents et des interprètes confirmés pour une résidence de quelques semaines. Durant dix jours sont délivrés des concerts de qualité, à Giverny et dans les environs, servis par un répertoire éclectique. Cette année, les deux thèmes fil-rouge étaient les 200 ans de la naissance de Robert Schumann, et les influences du jazz dans la musique classique.

Alors que les festivals d'été étaient à peu près tous éteints, et que les saisons culturelles n'avaient pas commencé, c'était ce week-end la seule manifestation où entendre de la musique classique, et nous n'avons pas été déçus.

Le premier concert m'a permis de découvrir un trio contemporain du Hongrois György Kurtàg, avec le grand Péter Frankl au piano, une altiste et un clarinettiste. Mon ami, pourtant exigeant, s'est laissé surprendre par la qualité du jeu et de la proposition. Le romantisme de Brahms fermait le ban d'un étonnant quintet avec clarinette.

Le deuxième concert, le samedi soir, s'ouvrait par Schubert, la jeune fille et la mort, une adaptation du le-violoncelliste-grand.jpgcélèbre quatuor par Mahler pour orchestre de chambre. Cette œuvre m'a littéralement emporté. Puissante, sonore et rugueuse, voluptueuse et dramatique, une plongée dans l'instabilité tendue de l'introspection et de la confrontation au néant.

Après les grandes salles de spectacle, les productions gigantesques qui te tiennent à distance, où le maestro t'est un roi inaccessible, il n'était pas désagréable de retrouver des espaces plus confinés, de toucher du doigt la rencontre des musiciens, leur dialogue sans chef par des clignements de cil ou des haussements d'épaule.

Si le beau temps n'était pas au rendez-vous, le charme oui. En particulier celui de la maison d'hôte dénichée in-extremis dans un cadre et un calme exceptionnels. Une autre bonne surprise de ce séjour improvisé. N'eut été le goût ostentatoire du tenancier pour les compliments - somme toute mérités - le séjour eut été parfait.

Le charme était aussi dans ce sourire retrouvé, le laissé-aller qui a bercé cette sortie culturelle et bucolique.

Et puis la pensée m'a traversé que finalement, la musique étant un genre par essence impressionniste, il n'avait pas été anormal qu'elle nous ait conduit en pareil sanctuaire.

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(*) jusqu'au 31 octobre 2010

Commentaires

un endroit magnifique que cette maison... et ce jardin.... on croit un moment vivre dans ses tableaux... et, blasphamatoire, j'en dit qu'avec un tel décor, c'était facile de peindre aussi bien !!

Écrit par : Francis | 03 septembre 2010

-> Francis -> Tu me rappelles la réaction d'un jeune couple dans la grande salle de la maison, l'atelier-bureau de Claude Monet :"ah ben si c'est ça la peinture, on n'a qu'à nous y mettre nous aussi !..." Et puis deux minutes plus tard, la fille montrant la reproduction d'"Impression soleil levant" : "Aaah, il est joli, celui-là..."

Écrit par : Oh!91 | 03 septembre 2010

C'est amusant, il fait un peu exercice imposé ce billet... Tu t'imposes une discipline ? Autant, j'ai envie de sauter dans le premier avion pour Mada, là, Giverny, beuh...

Écrit par : estèf | 05 septembre 2010

-> estéf -> La vache ! Bon, disons que tous les billets ne peuvent pas être aussi... inspirés. D'ailleurs, à bien y réfléchir, 90% de ce blog relève d'exercices imposés, si tu vas par là. Imposés par la peur du vide, imposés par le besoin du regard de l'autre, imposés par l'urgence du partage, imposés par le désir de plaire, imposés par... l'impérieuse nécessité de me voir vivre pour vivre vraiment. A part ça, Giverny ne vaut pas Mada, c'est évident, surtout vu d'un point de vue humain. La dimension mercantile dérange, et il ne me déplait pas que tu l'aies perçu, même si l'imagination aide à transcender ce que le commerce travestit. Sinon, l'essentiel de ce billet et de ce week-end était sans doute dans son pénultième paragraphe, deux lignes sybillines à dessein. Par discrétion et par pudeur...

Écrit par : Oh!91 | 06 septembre 2010

L'écriture est un art dans lequel tu excelles quel qu'en soit l'exercice ou l'expression. Puis-je, cher Oh, m'en tirer avec un sourire ?

Écrit par : Estéf | 06 septembre 2010

-> estéf -> Avec pareil sourire, tu t'en tires forcément très bien... (tiens, j'ai réussi à décocher un compliment supplémentaire, avec, ça !...)

Écrit par : Oh!91 | 07 septembre 2010

Les commentaires sont fermés.