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16 août 2010

Mada (6) le feu

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"Nous les Malgaches, nous sommes des pyromanes." C'est Nina qui nous parle, mi amusé, mi résigné. Les paysages défilent aux teintes changeantes, mais toujours à l'horizon des panaches lointains trahissent les feux de brousse. Les flammes lèchent les bois, réduisent à rien les jeunes pousses. Et nous sommes frappés de voir partout les collines sans forêt. C'est un fléau qui te saute aux yeux. C'est d'ailleurs interdit. Mais les paysans y régénèrent leur champ, c'est un rituel fécond, sans alternative.

Une herbe verte repousse vite derrière un foin brulé. Le problème, c'est qu'à chaque fois les arbres y laissent de leur territoire, et que feu après feu, il ne reste plus guère de zones boisées. Vévé, sur le Tsiribihina, nous montrera une fois une berge rase :" tu vois, ici, il y a dix ans, quand j'ai commencé, c'était une forêt."

Une fois, au cours de notre trajet le plus chaotique, entre Belo et les Tsinghy, notre chauffeur a été pris de court par un feu de brousse qui stationnait le long de la piste. A son orée, une nuée de milans noirs traquaient les rongeurs en fuite. Il pila et s'arrangea comme il put pour faire demi-tour et s'éloigner. Rendu à bonne distance, il prit alors le temps d'évaluer la situation et opta pour une traversée rapide. Les flammes étaient à quelques mètres de nous et avançaient lentement. Le plus impressionnant alors fut leur chant, leur crépitement sauvage en marche vers la satiété.

Le feu fait partie de la vie parce qu'il porte la mort, alors on s'arrange.

C'est au feu que l'on cuisine, au feu que l'on se chauffe. Et ce n'est pas le cours du pétrole qui changera la donne. Pour des communautés entières, la récolte du bois et la fabrication de charbon, ou le transport des sacs à charbon, sont une subsistance. On y fond aussi l'aluminium pour y couler les marmites, on y chauffe la corne de zébu pour lui donner la forme des objets.

Le feu est aussi un partenaire de bivouac, pour sa lumière, pour sa chaleur, pour sa convivialité. Les piroguiers, dans leurs missions d'accompagnement, en font une fête, où est conviée l'abondance de chaire. Les reliefs des repas sont brûlés à même la plage au moment des départs.

Et ces foyers dévorent tout, même les inutiles emballages, marques de notre civilisation. Et jusqu'à notre propre condition, pauvres vazahas.

(à venir Mada 7 : nous)

Commentaires

aie.. chez eux aussi le feu est sauvage....

Écrit par : Francis | 17 août 2010

quand je regarde les petites photos je me dis que j'aimerais voir en plus grand, tu bottes les fesses d'Igor pour le motiver stp !

Écrit par : Bougrenette | 17 août 2010

-> Francis -> Plus que sauvage, il est naturel, une deuxième peau. Et la dévastation est tellement progressive qu'elle est inapparante...
-> Bougrenete -> N'as-tu pas remarqué qu'en cliquant sur les petites photos, elles t'apparaîtront en grand ? Bon, pour les fesses à Igor, c'est fait !

Écrit par : Oh!91 | 18 août 2010

Les commentaires sont fermés.