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10 août 2010

Mada (3) Nina

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C'était notre chauffeur des quatre premiers jours. Au fond, il n'aurait pas eu besoin de nom. Sa gentillesse, sa patience et sa disponibilité auraient pu être celle d'un autre, puisqu'elles sont celles de tous, à Madagascar. Peu de touristes apparemment se plaignent de fumisterie de la part des professionnels qui les accompagnent. Seulement voilà, en quatre jours, dans une 505 aux états de service honorables, traversant d'est en ouest la belle île malgache, lui en routine, nous en émerveillement, les noms deviennent importants. Lui c'était Nina. Jusqu'au bout, nous n'aurons pas su s'il fallait dire Nina ou Neyna.

A notre arrivée, il nous attendait à l'aéroport. Il était 1h30 du matin. Ici, on n'abandonne pas les Européens à n'importe quelles mains : elles pourraient être rivales et le touriste est une denrée rare. Le chemin de l'aéroport à la ville est le premier temps de la confiance et de la négociation. Souvent, et nos deux jeunes compagnes de voyage Italiennes qui nous rejoindront à mi-parcours ne me démentiraient pas, c'est là que se décide la suite du séjour.

Nous avions réservé ses services par l'intermédiaire de son frère , qui proposait sur Internet une location de voiture avec chauffeur et des itinéraires, mais n'était pas lui-même disponible. Le tarif c'était 30 euros par jour plus le carburant (qui se vend à un prix comparable à l'Europe), et c'est bien la seule chose qu'il n'était plus question de discuter.

DSC04945.JPGIl parlait un français un peu bancal, timide, il se définissait comme une victime de la malgachisation des années 70, abandonnée depuis après avoir laissé, de fait, les gens de sa génération à l'écart des métiers du tourisme et de leur manne.

Il avait été électricien, mais des problèmes de phlébite l'avaient obligé à arrêter de monter aux pylônes. Heureusement, son jeune frère avait lancé une affaire dans la location avec chauffeur, et cela lui avait constitué un débouché. Il avait 48 ans.

Il s'arrêtait ici, pour nous laisser déguster un ananas frais, là pour assister à une démonstration artisanale, Mora-mora, doucement, prenez votre temps, je m'arrête quand vous voulez pour les photos, je suis là pour ça. Il nous suggérait des adresses pour déjeuner ou pour dîner, s'éclipsant alors pour rejoindre d'autres chauffeurs, ou peut-être simplement pour ne pas outrepasser son rang.

C'est avec lui que nous avons vu nos premiers paysages, rencontré nos premiers villageois, acclamé DSC05044.JPGnos premiers footballeurs de terre battue, dépensé nos premiers aryaris...

Au troisième soir, avant de quitter Antsirabe, il nous dit que sa sœur aurait plaisir à ce qu'on passe boire un apéritif chez elle. C'était dans une grande villa un peu à l'écart, entourée d'un mur d'enceinte et de barbelés. Son mari était le directeur d'une grande agence bancaire, et après avoir bu des rhums artisanaux parfumés et grignoté quelques sambosa frits au zébu, il fit tomber la cravate et nous entraîna dans une soirée karaoké qui nous fut complètement surréaliste. Ses jeunes garçons de 15 et 18 ans chantèrent Esmeralda, Gérard Lenormand et Joe Dassin. Avec ma nièce, nous entonnâmes des Ferrat, Brel, Brassens, Aznavour et autre Gainsbourg...

Fils de riche au pays des pauvres, parfaitement francophone, à l'éducation à peine perturbée par les brinquebalements successifs des perpétuelles mutations de son père, le plus grand des garçons était beau et séduisant. Je n'en dirait rien à personne, mais il visitera la même nuit, chastement, un de mes curieux rêves érotiques. D'une nudité contenue, il se tiendrait accroupi, jambes rapprochées, au bord d'une rivière, fixant immobile et silencieux, dans les yeux, ma nièce S. sur l'autre rive.

Sans doute avais-je déjà perçu la magie de l'eau et les prémices de l'amour, deux sujets nécessaires pour des notes à venir.

DSC05060.JPGAprès un dernier trajet jusqu'à Miandrivaso le lendemain, au bord du Mahajilo, qui nous fit passer par une petite ville où il avait vécu à l'âge de 10 ans quand son père y était sous-préfet, nous avons dit adieu à Nina, en lui promettant de recommander ses services.

(lire ici Mada 4 : l'eau)

Commentaires

Un voyage avec toi ça doit être quelque chose : -) des recettes ? tu as ramené des recettes ? pour un brunch ; -) ?

Écrit par : Bougrenette | 10 août 2010

C'est vrai qu'il est mignon.

Écrit par : Gouli | 10 août 2010

il y a des guides qui sont parfois "mécaniques", qu'on n'interrompt pas sous peine d'un regard furieux....mais toujours, toujours les chauffeurs sont de grande amabilité...serviable etc. et comme tu le soulignes, bien rares sont les fois où ont peu manger avec eux....

Écrit par : Francis | 10 août 2010

-> Bougrenette -> Des recettes, des recettes... tu crois vraiment que j'avais que ça à faire !?!...
-> Gouli -> Oui, gentil surtout. Parce que pour l'intrusion dans mes rêves, c'est de son grand neveu, qu'il s'agit, pas de lui...
-> Francis -> Une fois, il accepter de se faire inviter pour manger avec nous, mais il n'y étais pas à l'aise, et nous avons cessé de le pousser à cela. Et puis une fois, nous étions dans sa famille, et ça s'était top. Pour le coup, il y était bien à son aise...

Écrit par : Oh!91 | 10 août 2010

mais heu ... ! un voyage sans recettes c'est comme un pain au chocolat sans chocolat tu le sais bien c'est intolérable !

Écrit par : Bougrenette | 11 août 2010

Boug',
Même avec recette, ce ne sera jamais aussi bon que cuisiné par les locaux. Et ici, importés et sans le soleil, les produits tropicaux n'ont définitivement pas la même saveur.
Sur ce terrain-là, sauf quand il s'agit de recettes réunionnaises parce que je les ai faites sous l'oeil vigilant mais indulgent de ma maman réunionnaise, je ne joue même pas, je leur laisse la main (et je mets les pieds sous la table;))

Écrit par : Fiso | 11 août 2010

-> Bougre... -> et na ! (merci Fiso...)

Écrit par : Oh!91 | 11 août 2010

C'est toujours sympa de rencontrer des guides qui ne prennent pas les touristes que pour des porte-monnaie ambulants.

Écrit par : Doréus | 11 août 2010

C'est quoi ça, une association pour me mettre au tapis ? et puis na rien du tout, aucune excuse ; -)

Écrit par : Bougrenette | 12 août 2010

-> Doréus -> Tout à fait... et quand bien même, franchement, on le leur pardonne, vu qui on est et d'où on vient. Je suis jamais trop fâché de laisser de l'argent là où on en manque tant... Derrière, c'est des familles, et des villages...
-> Bougrenette -> OK, on fait un deal : tu trouves le zébu, je te prépare son filet. Et bingo pour un brunch de dimanche matin...

Écrit par : Oh!91 | 12 août 2010

Les commentaires sont fermés.