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06 août 2010

Mada (1) Jules-César

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Il s'est prévalu d'une association dont l'objet est d'assurer le calme du quartier et d'apporter une assistance aux touristes. C'était sur les hauteurs de Tana, aux alentours du Château de la Reine, au premier jour de notre voyage. Il nous a offert ses services de telle manière, presque en ami, qu'il était difficile de les évincer. Il nous a accompagnés d'un pas convivial et bavard, évoquant l'histoire des lieux et des cultures malgaches, le rôle de l'architecte français Jean Laborde et son héritage, l'exil forcé de la Reine à l'heure de la colonisation, puis la mise en place d'une monarchie constitutionnelle, les habitats traditionnels des différentes régions de l'île, la tradition du retournement des morts, le rôle des marabouts et des astrologues qui nous disait déjà qu'ici la chrétienté s'était drôlement combinée aux rites animistes pour réussir à s'installer...

Il a glissé qu'il avait appris tout ça en autodidacte, que pour lui les études auraient été trop chères et c'était sans doute vrai. Il aurait aimé nous proposer une excursion dans le sud, malheureusement notre périple était déjà booké.

Autour de nous, quelques athlètes s'entraînaient au sprint contre une pente ardue. Peut-être en perspective des championnats d'Afrique d'athlétisme ?

DSC04873.JPGLa ville haute nous est apparue calme, dépourvue des tensions ressenties en début de matinée plus bas. Nous n'avions pas alors voulu sortir nos appareils photo, et étions restés sur nos gardes, comme il est recommandé. Nous avions même assisté deux ou trois fois à des bousculades provoquées par la fuite de quelques vendeurs à la sauvette à l'approche d'une patrouille de police. En proie à un impuissant malaise, nous avions du braver toutes sortes de colporteurs et de mendiants qui s'agglutinaient en grappe humaine autour de nous, nous obligeant à l'expression arrogante de notre agacement.

Avec les gamins aux pieds nus, et le linge qui se lavait sur un coin de trottoir, dans l'eau des rigoles, le cadre avait été campé, et sans doute avait-il fallu ce choc pour, d'emblée, nous faire accepter comme tel le caractère iconoclaste de notre présence.

Pour le moment paisible, charmant en vérité, et instruit que nous venions de passer avec lui, j'ai proposé 10 euros à Jules-César, qui m'en a réclamé plutôt 20, arguant que les billets de 10 étaient difficiles à échanger. Au moment de lui offrir le billet de 20, il m'a suggéré de lui donner aussi celui de dix. Je m'y suis refusé. Je réaliserai plus tard que mon pourboire avait été hors de proportion, équivalent à celui de quinze ou vingt services analogues. Mais je n'en ai pas éprouvé de remord.

Lorsque le recroisant au même endroit quinze jours plus tard, à la toute fin de notre séjour, je le vis avec un large sourire quitter un groupe de touristes pour venir nous rejoindre, avec le même sourire heureux de le retrouver je lui fis comprendre qu'il ne m'y prendrait pas deux fois à ce tarif-là, et lui envoyai en guise de souvenir, dans un mouvement ample, un baiser du bout de mes deux doigts. Entre temps, il m'avait expliqué, sans que je puisse le vérifier, qu'il ne reparaissait là que pour la première fois depuis notre précédente rencontre, le territoire étant partagé par tours de rôle entre une cinquantaine de "guides"...

Il est vrai que nous ne fûmes assaillis par aucun rival au cours de cette promenade qui nous offrit le tout dernier panorama sur la capitale de Madagascar avant de décoller vers Paris.

Nous, c'est à dire moi et deux toutes jeunes touristes italiennes rencontrées en cours de rouJules-César.JPGte puis restées avec nous pour la deuxième partie de notre excursion, ma nièce S. et Igor étant cet après-midi-là, sans doute en raison de la nostalgie naissante, restés se reposer à l'hôtel en proie à un état nauséeux.

Mais Jules-César comme prénom, pour un guide de pacotille au profil quasi sumérien, ça valait bien une note, non ?

(lire ici Mada 2 : la terre)

Commentaires

je vois qu'on "partage" les mêmes sensations...la gêne en voyant la pauvreté, la difficile relation avec l'argent, le bonheur d'avoir fait un heureux, même si parfois c'est "arraché" !

Écrit par : Francis | 09 août 2010

-> Francis -> J'y consacrerai d'ailleurs une de ces chroniques, à cette impossible rencontre, toujours entravée dans la réalité de nos conditions. Dans quelques jours. Merci à toi de cette fidélité...

Écrit par : Oh!91 | 09 août 2010

Hum ... oui ça valait une note, et j'ai bien l'impression qu'on va avoir le plaisir d'une belle, très belle série de notes. La richesse d'un lieu n'est pas forcément dans le paysage.

Écrit par : Bougrenette | 09 août 2010

-> Bougrenette -> La richesse d'un lieu est d'abord dans les cœurs... Et Mada, c'est la première fortune du monde.

Écrit par : Oh!91 | 09 août 2010

Les commentaires sont fermés.