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14 juillet 2010

conversation sympatique

Vergilius Vaticanus - Convivium.jpg

Paris ce matin avait la tête en l'air. Le défilé aérien avait ouvert la parade du 14 juillet, et la Place de la Nation recevait les fins de cortège avant la dislocation dans un ciel chargé. J'ai nagé sous la pluie battante, et ce fut réjouissant.

Lundi, pour notre dernière séance avant la rentrée, mon psy m'a engueulé. Il faut dire que pour la première fois, j'ai évoqué la possibilité d'arrêter.

La perche était trop belle.

Un rêve à l'origine. Un collègue, haut placé dans la hiérarchie mais en disgrâce, lisait fièrement en réunion le montant des émoluments qui lui seraient versés en compensation de sa retraite précipitée. Comme un ami avait reçu de son notaire, le même week-end, dans la matinée d'une crémaillère où j'étais invité, un chèque de trop perçu dans le pli qui contenait son acte définitif de vente. Le trop perçu de mon collègue s'élevait à quelque chose comme 250.000 euros. "Ah! l'argent", avait simplement réagi mon psy. Là où moi j'avais d'abord simplement pensé à une envie de large par rapport à mon boulot.

Alors je le lui ai dit. L'idée me taraudait depuis plusieurs mois. Depuis je crois le jour où mon amie Céleste avait écrit ici-même, dans un commentaire, qu'une psychanalyse pouvait s'arrêter quand on avait retrouvé l'énergie du travail et la capacité de l'amour. Je lui ai dit que je me demandais si l'heure n'était pas venue. Bien sûr, ce rendez-vous m'était devenu familier, presque agréable, mais il me coûtait cher, et mon budget était en peine, mes comptes dans le rouge, presque chaque mois. Pas à cause de ces séances, seulement. A cause de mes sorties surtout, de mes excusrsions. Mais enfin, cela me créait suffisamment de souci pour que je lui en parlas.

Il est parti dans une diatribe comme il en livre peu. Il m'interpelait. N'était-ce pas un prétexte ? Un acte de résistance ? Pourquoi donc est-ce que je ne m'interrogeais pas plutôt sur les difficultés qui étaient les miennes à interpréter mes pensées sur un plan psychanalytique, et me contentais-je sans cesse de conversation sympathique ? D'où venait donc que je fus si récalcitrant ?

Je me suis montré surpris de sa véhémence, me suis défaussé de vouloir arrêter, ai prétendu avoir voulu évoquer cette idée parce qu'elle était simplement présente dans ma tête, que du reste, l'incertitude quant à ce qui fondait la fin du travail engagé ne me permettait pas de savoir par moi-même s'il était légitime de m'interroger ou non.

Il était bien gentil de me reprocher ma carapace, mais si je savais par moi-même comment la faire craquer, cela se verrait. Je m'efforçais même, lui dis-je, de parler sans interrompre mon flux durant nos séances, pour ne pas laisser mes mécanismes cérébraux prendre le pouvoir mais tâcher de laisser les idées s'exprimer telles-quelles, dans l'état où elles me venaient. Il me répondait qu'il ne fallait plus que j'aie peur des silences, qu'il fallait que je prenne le temps de m'interroger sur la portée psychanalytique de ces pensées, sans les redouter, sans en faire de simples éléments de récit, sans chercher à me construire une image, comme pour chercher, toujours et toujours, à être idéalisé. Que si j'étais venu commencer ce travail, c'est bien qu'il y avait une blessure à mettre à jour... Et selon lui, nous n'en étions qu'aux balbutiements !

Bref, il m'a secoué. Avant un break de 5 semaines. Sans que je sache quoi faire de tout cela. Si je n'ai plus le droit à la conversation sympathique dans son cabinet, que va-t-il me rester. Ou que va-t-il surgir ?

Je vais donc refermer cette porte. Et la tienne aussi, avant de partir quelques semaines pour Madagascar : le cadeau à ma nièce, pour ses 18 ans. Un projet qui lui fut aussi un remède quand elle était au fond du trou, il y a six mois. Elle vient d'ailleurs de décrocher son Bac avec mention, et à son arrivée, lundi soir, nous a joué une danse hongroise de Brahms au violon. Plutôt bien, d'ailleurs. Attention à ce qu'elle ne reparte pas dans une course effrénée à la performance. Elle aussi, tient, elle sait pratiquer la conversation sympathique pour ne rien livrer d'elle.

Ce doit être un sport familial, la dissimulation des blessures.

Commentaires

Bonjour Oh :-)

La vie est une aventure!

Ton psy t'a donné matière à réfléchir.

A Madagascar d'autres réalités t'attendent, qui t'emporteront ailleurs. Un beau voyage!

Keep cool and keep on walking!

Allez, deux petites pensées taoïstes pour la route:

" Viser la perfection entraîne de grandes souffrances"

"Qui ralentit le pas perçoit des chants d'oiseaux qu'il n'avait jamais entendus"

Baci baci

Écrit par : céleste | 15 juillet 2010

Freud s'est bien psychanalysé tout seul. T'es pas plus con que lui...

Écrit par : RPH | 15 juillet 2010

Je vois ma psy une fois par trimestre et heureusement, je n'ai plus à la sonner dans l'urgence.
Je me débrouille de mieux en mieux toute seule (enfin il y a le blog pour laisser couler les angoisses, les doutes, les douleurs)
la lecture des autres, pour me soigner !
J'ai renoncé à la perfection, il y a tellement d'oiseaux à écouter !
Après la pause vacancière et le dépaysement, le tri automatique aura fait son œuvre.

Écrit par : mume | 15 juillet 2010

-> céleste -> J'adore tes pensées taoistes. Les sages ont souvent raison...
-> RPH -> Ah bon, Freud aussi avait un blog ?
-> mume -> Tu as raison, je reprendrai tout ça tranquillement, à la fin des vacances.

-> à toutes et tous -> Bonnes vacances... Je ne suis pas si sîr que vous allez me manquer tout de suite. Ou si ?

Écrit par : Oh!91 | 16 juillet 2010

"J'ai longtemps souffert de cette obstination des psys à vouloir toujours aller plus loin, à interpréter l'idée d'arrêt comme une résistance exigeant que l'on aille plus loin".
Dixit mon psy le jour où je lui ai dit que, pour ma part, c'était terminé, que je fonctionnerai dorénavant sans lui - y compris dans l'interprétation (ou la non interprétation d'ailleurs).
Jusqu'où réfléchit-on sur soi-même, à partir de quand s'abrite-ton derrière l'analyse ?

des bises et bonnes vacances

Écrit par : manu | 16 juillet 2010

Tiens! J'allais écrire quelque chose, mais manu l'a fait avant (et mieux que) moi. On se demande parfois si l'acharnement est du côté du thérapeute ou du côté de celui qui cherche le mieux-être... Mais bon. Tu es celui qui sait le mieux quels sont tes besoins... quoi qu'en dise le psy.

Écrit par : Doréus | 17 juillet 2010

eh bien toi tu vas nous manquer !
Bonnes vacances , bel été

Écrit par : Gilles | 20 juillet 2010

Très bonnes vacances !

Tu décideras au retour, en attendant laisse-toi aller bonhomme !

Écrit par : Fauvette | 20 juillet 2010

Vous décrivez votre psy de telle sorte que d'aucun dirait par solidarité outrée "virez le !" Pourtant j'ai bien envie de le suivre dans ses hypothèses et vous enjoindre de continuer en suivant ses injonctions de près... J'espère que vos longues semaines de congé vont être comme un terreau pour les idées (violentes) qu'il a semé en vrac dans votre cerveau.
En attendant, profitez bien de votre repos.

Écrit par : Gicerilla | 27 juillet 2010

-> manu -> Vois-tu manu, je passe des vacances resplendissantes, qui me transportent vers des horizons incommensurablement plus riches que les replis introspectifs où notre civilisation nous assigne... Je me nourris de tout ça, je me détache aussi grâce à cela... Mais pourtant cette seule question continue de me tarabuster et j'appréhende la séance programmée pour le 23 août... Je suis comme décidé à arrêter, sans pour autant me sentir le courage de confronter cette résolution à mon psy... Tu crois que je devrais consulter ?
-> Doréus -> Si seulement je savais, justement, où ils sont, mes besoins... Partir en laissant le travail inachevé, ou m'entêter par faiblesse autant que par facilité... Pfff ! Encore vingt jours avant de décider...
-> Gilles -> Merci de me le dire... Me voici donc de retour. Avec de la matière sous le coude. Content aussi de te retrouver ;
-> Fauvette -> "laisse-toi aller"... j'ai comme l'impression que tu mets pile-poil le doigt là où ça fait mal : il me faut apprendre à me laisser aller, à lâcher prise, dit autrement. Peut-être qu'un sophrologue me réusirait mieux qu'un psy ?... Qu'en penses-tu ?
-> Gicerilla -> J'ai l'impression qu'en guise de terreau, mes vacances m'ont été une parenthèse propice. J'aurais peut-être du mettre le feu aux brousses : le brûlis aurait mieux fertilisé la terre. Bon, à part ça, vous me troublez... Plus que réfléchir, je vais tâcher de me jauger, durant ces quelques jours. Sur mes points sensibles de préférence. Bonnes vacances à vous.

Écrit par : Oh!91 | 04 août 2010

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