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14 juin 2010

la goutte d'eau et le violoncelle

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Une péniche s'approche doucement de la berge. L'herbe est haute, une prairie sous le soleil couchant, des graminées que seul un spécialiste saurait nommer, il me manque, quelques coquelicots encore clos, un papillon quelque part dans l'air, en pleine liberté. Sur la péniche, un plateau recouvre la cale. Une scène, en fait. Au centre, un fil tendu entre deux poteaux, à gauche, une horloge. Sous le fil, un violoncelle, un accordéon et une trompette. Près du cadran, un homme parle, c'est inutile, un peu bête même, une histoire de seconde qui s'étire, il laisse place à un numéro d'acrobate. La musique est douce, joyeuse, un rythme slave. Une grue arrache des entrailles de la péniche, lentement, une structure métallique, un agré en forme de goutte. Un homme y a pris place, qui peu à peu s'anime, se pend, danse avec la goutte, flirtant avec les eaux du fleuve.

Plus tard, sur un battement de tambour simulant le danger, une équilibriste se déhanche sur le fil, puis un autre s'envole dans des positions improbables d'un trampoline dissimulé derrière le tablier de la scène. Le spectacle vogue et le violoncelle s'immisce dans un jeu déchirant. Le spectacle est fini, la péniche s'éloigne à présent, le public hésite à applaudir ou à saluer de ses mains levées.

Ainsi s'est réalisé un rêve né à la force d'un chagrin.

L'eau se fêtait ce week-end. L'eau version fleuve, l'eau version Marne, l'eau version femmes. A Alfortville, le Rainbow Symphony Orchestra filriviere.jpgproposait un répertoire dédié aux femmes et à l'eau. Il fallait du courage pour venir jouer ainsi au bord de l'eau, au milieu du bruit, au milieu de la vie, entre deux jours d'orage. Le public est au rendez-vous. Pas le public de l'Oratoire. Des hommes et des femmes intrigués d'entendre de la grande musique venir vers eux, près de leurs cités. Le répertoire n'est pas complaisant. Haendel évidemment, et son Water Music. J'ai pensé à la Fée qui aurait adoré ce mariage de l'eau et de la musique, et qui peut-être un jour y emmènera ses nains. Fauré, Pelléas et Mélisandre, à la délicatesse risquée. Et un inédit, pour ainsi dire, exhumé d'un siècle de silence : la Sirène, d'Auber, qui se jette, joyeuse, de la scène à la Seine.

Ça marche, le public adhère, applaudit, longuement. Ils n'ont pas prêté attention aux cris d'enfants alentour, aux voitures qui passaient par moment à proximité, au vent qui arrachait sa partition au chef. La musique était là, elle leur était offerte.

Il fallait à l'orchestre se dépouiller de sa quête de pureté, de perfection, jouer, jouer bien, donner. Ils ont su le faire, n'y ont rien perdu de leur intégrité, ils ont joué avec générosité, et la rencontre a eu lieu. Il fallait oser, en amateurs, s'attaquer à pareil défi. Ils ont su le relever avec plaisir. Gay, lesbien, hétéro friendly avait annoncé un présentateur, combattre pour la tolérance par le plaisir de la musique. Je ne sais pas si ces mots ont fait mouche, mais ils furent dits et présents dans ce partage, et c'est le plus important.

Ailleurs, cinq hommes en noir tambourinaient sur d'immenses tuyaux biseautés en PVC. Un péniche encore, habillée d'un improbable instrumentarium, de la présence et du regard rares de ces hommes. Ailleurs encore, mes copines et Yo se laissaient enchanter par des Vénus sorties d'un chapitre méconnu.

Tu sais quoi ? L'eau n'est pas seulement pure, elle n'est pas seulement vitale. Elle est juste belle quand elle chante.

Commentaires

j'ai regretté de ne pouvoir bouger dimanche, c'était vraiment bien, sublime les Vénus aucun regret, si ce n'est ce putain de temps tout pourri. Cette eau elle est chaude et douce comme toi, et cette année encore elle a enchanté un paquet de monde...

Écrit par : Bougrenette | 15 juin 2010

Même de l'autre côté de la rive j'ai eu de très bon échos de l'eau de la haut...Mabrook !

Écrit par : gaëtand'Oran | 15 juin 2010

Déjà deux ans depuis mon unique festival de l´Oh!, et l´eau a bien coulé depuis sous les ponts de la Marne et du Guadalquivir, et entre nos doigts, comme les grains d´un sablier.
Toujours en manque de temps pour te lire, et encore plus pour participer et répondre à tes posts comme je le souhaiterais, mais bon, je t´envoie quand même une bise, fraîche et humide comme cette journée, d´ailleurs comme toute cette merveilleuse année généreusement et abondament rincée.
Pour qu´il y ait de l´eau dans les rivières, les robinets et les festivals, il faut d´abord qu´il y en ait dans l´air...

Écrit par : Guadalzarxas | 16 juin 2010

Bravo, j'espère pouvoir participer à la prochaine édition !

Écrit par : Fauvette | 16 juin 2010

Ho ouiii j'aurais aimé ! Tout comme l'an passé d'ailleurs ...
Mais pourquoi tu es si loin ?
Il veut pas faire des bébés, ce festival et venir faire danser les dames au dessus de l'Isère ? Dis, il veut pas ?

Écrit par : feekabossee | 16 juin 2010

-> Bougrenette -> Mais l'eau ne se déguste pas en deux heures de temps. Il faut s'y abandonner, prendre le temps de la contemplation, même qu'un chien aboie, s'alanguir sur un banc, laisser le poète te parler aux oreilles et diriger ton regard... L'année prochaine, tu prends ta journée ?
-> Gaëtand'Oran -> Une rencontre en effet, samedi soir, m'a bien fait penser à toi. On a promis de se voir à l'un de tes prochains passages...
-> Guadalzarxas -> Tu n'avais pas fini d'écrire ton commentaire, que toute l'eau des airs s'abattait sur une région que tu connais bien. Elle peut faire mal aussi, l'eau, quand elle forme soudain une rivière qui coule dans les airs...
Deux ans déjà, en effet. Mon dieu, quelle tranche de vie ! Toi aussi, tu pourrais faire signe la prochaine fois que tu quittes le Guadalquivir pour venir flâner à Paris...
-> Fauvette -> J'espère aussi que tu pourras, et qu'on pourra s'y retrouver, avec Fiso et sa petite bande !
-> feekabossee -> Mais si, il veut bien. Surtout que l'Isère aussi a été plutôt mal-traîtée et qu'elle a besoin de restauration. Plein de bises...

Écrit par : Oh!91 | 17 juin 2010

Les commentaires sont fermés.